L'AFFAIRE DES DIAMANTS
Marie Cappelle à Marie de Léautaad.
Prison de Tulle, i8'!io.
Ma chère Marie,
Veuillez donner quelques minutes à M. Bac. Elles sont nécessaires pour l'explication d'une affaire qui vous intéresse autant que moi. Sachant combien vous désirez qu'un homme noble et consciencieux, plein de discrétion et de cœur, soit seul entre nous, je puis vous assurer que M. Bac a toute ma confiance et que j'ai mis en lui mon conseil et mon espoir.
Adieu, chère Marie. J'ai foi en votre amitié, comme j'ai foi en mon innocence (i).
(i) Ce billet discret, n'ayant pu servira introduire l'avocat M« lîac auprès de M'"* Léautaud, née de Nicolaï, fut aussitôt suivi de la lettre explicative qu'on va lire.
A la même,
Marie,
Que Dieu ne vous rende pas tout le mal que vous m'avez fait ! Hélas ! je vous sais bonne, mais vous êtes faible. Vous vous êtes dit que, condamnée pour un crime atroce, je pouvais aussi subir une accusation infâme. Je me suis tue : j'ai remis à votre honneur le soin de mon honneur. Vous n'avez pas parlé.
Le jour de la justice est arrivé ! Marie, au nom de votre conscience, de votre passé, sauvez-moi ! Sans doute, il est mal de tendre la main à la reconnaissance ; mais il est des positions qui ordonnent dans le cœur l'oubli, et je ne sais pour quel front est la rougeur.
Voici les faits, vous ne sauriez les nier.
Lorsque je vous connus, bientôt je vous aimai et je devins bientôt le confidente d'une intrig-ue commencée à Saint-Philippe, continuée dans une correspondance qui passait par mes mains, achevée à Busag-ny en mon absence. Vous découvrîtes bientôt que ce bel Espagnol n'avait ni famille, ni fortune ; vous lui défendîtes de vous armer, après avoir été chercher son amour. Et, pour en finir, vous avez recommencé un autre amour, dans d'autres lettres qui vous ont fait épouser M. de Léautaud.
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