‹ Corrigé des exercices sur le participe passéChapitre 14 sur 18 · XXXVIII · texte numérisé non relu

XXXVIII

Autant de bravoure les Romains ont montrée « autant de respect ^ de vénération ils ont témoignée pour les dieux. Jamais ils n'ont déclaré la guerre aux nations qu'ils se sont vus forcés de combattre , tans auparavant s'être adressés à la divinité pour obtenir son secours , et se l'être rendue favorable par des sacrifices expiatoires. Lorsque la victoire s'est plu à les favoriser , c'est à la protection du ciel qu'ils se sont empressés d'attribuer leur succès, et non au peu de Valeur qu'ils avaient montrée dans les combats. Ils se sont toujours imaginé que la piété envers les dieux est la source de la prospérité des empires, et se sont persuadés que les calamités que certaines nations barbares ont vues fondre sur elles , étaient dues au peu de sentiments religieux que ces peuples avaient manifesté. — L'Egypte, un des royaumes les plus anciens qu'il y ait eu , peut être coDsidérée comme le berceau des sciences et des

;«7) arts; c est de là ^' ils se sont répandus sur les autres points du globe où on les a vu cultiver ayec plus ou moins de succès. A peine furent-ils transplantés dans la Grèce , qu'ils s'y sont acclimatés , qu'ils s'y sont plu , et qu'ils y ont jeté des racines si profondes , qu'aucune des révolutions nombreuses qui se sont succédé dans ce pays , ne les a empêchés de fleurir. Jamais chez aucun peuple ils n avaient fait autant de progrès qu'ils en ont fait en Grèce : autant d'arts on y a cultivés, autant On en a perfectionné; et c'est sans doute par rapport aux progrès rapides que ce peuple leur a fait faire , et aux avantages que l'humanité en a retirés , que les nations éclairées se sont accordées à appeler les grecs les précepteurs et les bienfaiteurs du genre humain.

Un navire, arrivé des îles Canaries, a apporté des lettres qui nous ont informés des malheurs qu'a occasionnés une éruption volcanique dans rile Lancerotte. Un habitant de cette Ile s'exprime en ces termes : Le vingt-neuf août i824, nous avons éprouvé pendant la matinée des tremblements de terre , qui , étant devenus plus terribles dans lanuit , nous ont fort alarmés. Ils ont augmenté de force , le trente ; et les bruits souterrains que nous avons entendus gronder sourdement toute la ^urnée, npus ont de plus en plus effrayés. )fais la nuit que nous avons eue à passer , a été encor43,plus affreuse que nous ne l'avions supposé : les bruits souterrains qui ont augmenté , se sont

4'épouyaote. Tous les habitante d6 la capitale 4« rile^ et. des villages environnants se sont juis dans la cat)^>agti^) s étant knagmé quil^ raient engloutis sous les débris de leiurs ixiaisons. traite et un , à sept heures du matin, à la ^te d*uae des secousses les plus violentes <|U€ nous eussioQff n^^senties , et des bruits les plus forts qui se lusseï^ lait entendre, un vo)ca9 a éclaté^ à une d^o^^Heue 4e là mâBtagiie. Les flammea qu'il a vomies par aen crâAère ont ^claire toute Hle; mais un ^pediacfte ^qm, tiotts a glacés de crainte ^ c'est celui d'uue gnèle dbféenres énarmet , rougies par lo&«t^ qiw le vcdcon sa iaïQoées en si grande quantité, qtie pendant les vingt-quatre heures, que ce terrible ))feenom€feiê a duré, elles ont formé par leur réunion une montagne considérable. Le premier septembre , le Kek»tt a paru se fermer , et n a laissé qifô des crêpasses d'où s'est échapfiée une fuxnée épaisse cpti dqUs a envek>pf>ésw Mais le deux , au ntatiti , traàs grandes colonnes de fumée , chacune d'une couleur dîAërente ,<se sont formées et nous cmt jetés dans la «onstematicm. Le quatre , ces fléaux que ik>us avions > cru voir finîp, ont recommencé : il est sorti une grande colonne de fumée , le volcan a éclaté dé iKmvemi ; «ux pierrôs et imx. matières anbcasées xpm nous «Fïotis vues sortir du cratère , a succédé une qu»ttillé ooiMidéraye d'eau que le volean a vomie, et quia ^Àrmé une rivib*e, qui sen]â}lait menacer d'im dang^ enoere plus grand le peu d'habttittits qu« l« tronblenieiit de ten^çavait ép«yrgiiéi.

Plusieurs considérations, dit une femme d*€ftf prit qui a publie \^ne iiistoire contemporaine, m'oof inspiré le désir de m'instruire k fond des causés des éyènçments que j'aii vus arriver p^idant loi vingt années que j'ai vécu au milieu des réro^ lutions qui se s6nt succédé en Europe ; et le loisir dont ^'ai longtemps joui à la campagne , m'a portée à écrire cette histoire. Les livres autquelf je me suis vue forcée de recourir , sont assez communs, même assez mal écrits, mais ils m'ont paru avoir une. exactitude, une fidélité que- j'aurais vainement pherchée ailleurs. J'ai aussi consulté plusieurs persoi;ines qui se ^nt trouvées sur 1^ Jieux. Les , renseignem^ts que j'en ai obtenus , joints au peu d'attentioii que j'ai apportée pour lier fet> accorji^ les fajuts entre eux, . m ont mise à mém/ç de C9mpo3er cet ouvr^ige. Je ne me suis .point flatta d'avoir dit tout ce qu'il convenait de dire , ni même de n'avoir point trop dit. Peut-être ai-je attaclié ^ certains faits une import^^ce, plus ^ande qu'il ne l'eût fallu ; et peut-être aussi n'ai-je point donné à d'autres tous les développements que j'aurais dû. Il se peut fort bien que je n'aie pas été assez exactement, informée de tous les ressorts qu'on a fait jouer; mais ces ressorts si secrets, je m'en mifi peu inquiétée , parce qu'en pareil ca^ je les ^i toujours crus suspects, et d'ailleurs des motife que personne n'a devinés sont souvent du nombre de ceu^^^ue je n'^ pas cru i^éoe^saire 4e 4^

lîner moi-mâme. La tâche que je me suis imposé de remplir, c'est de raconter les choses comme je me suis imaginé qu'elles sontarrrirées^ou comme je les ai vues arriver, et TexpérieBce m'a ccmfirmée dans Topinion,' que les lecteurs équitables se sont toujours contentés de savoir les faitf comme une personne qui les a étudiés assez long-temps, et qui n'a nul intérêt à louer ou a blâmer, que celui qui n'ait des choses mêmes qu'elle s'est proposé de râconterJ

Autant Auguste s'est livré long-temps à la disso* hition la plus effrénée , autant son énorme cruauté a été tranquille et réfléchie. C'est au milieu des festins et des fêtes qu'il a ordonné ses proscriptions ; le hombre des sénateurs qu'il a obligé de s'exiler, s'élève à près de trois cents , et celui des chevaliers quil a fait périr à près de deux mille. Toute» les terres des citoyens de Mahtoue et de Crémone furent psortagées par Octave à ses soldats* C'est ainsi qu'il a récompensé par la déprédation les meurtres dont ils s'étaient souillés. Il n'est que trop vrai que la terre fut ravagée depuis TEuphrate jusqu'au fond de l'Espagne par deux hommes qui se sont laissé dominer par tous les vices , qui se sont laissés aller â toutes les fureurs. Cependant on a toujours admiré le gouvernement d'Auguste, à cause des biens que plus tard il a procurés à Rome, la paix, les plaisirs et l'abondance. Mais la lassitude de la cruauté s'est* •Hejamais vue honorée dunomde déidence? On croit

qu'Auguste s'est montré plus doux quand le crime "ne lui fut plus nécessaire. Mais a-l-on jamais tenu compte aux tyrans enrichis et affermis d'avoir joui en paix des fruits des rois qu'ils ont faits, des assassinats qu'ils ont laissé commettre ou qu'ils oùt même ordonné qu'on commît ? Peut-on tenir compte à Auguste de n*ayoir pas assassiné tous les jours les fils et les petits-fils de ceux qu'il avait proscrits , après qu'ils s'étMent prosternés à ces pieds ? Il s'est montré politique prudent , après avoir été barbare ; mais on a remarqué que la postérité , qui ne s'est point laissé éblouir par sa modération calculée et trop tardive , ne s'est jamais plu à lui donner le nom de vertueux, distinction honorable qu'ont value à Titus , à Trajan et aux Antonin , les vartus qu'ils n'ont cessé de cultiver.

Une multitude immense que la curiosité avait attirée se pressait dans l'enceinte du forum. La terreur avait glacé tous les courages, et ces Romains qui s'étaient montrés si indociles au joug, et qu'on avait vus braver tant de fois la morf , courbent honteusement la tête devant la tyrannie des décemvirs. Appius et ses satellites ont reculé les bornes de leur autorité , et ils s'en sont servis ou plutôt ils en ont abusé pour substituer aux lois la violence la plus excessive. Ils se sont laissés aller à la fougue de leurs passions ; ou pour mieux dire , ils se sont laissé entraîner dans tous les désordres que produisent les passions les plus déréglées. Parmi les

Yictime» que la cruauté d'Appius a iésigùêes y u trouve Virginie, fille d*un centurion romain • Sa beauté , son innocence n ont point fléchi le cruel de« cemyir; rien nç saurait faire naître ^^ns son cœur ua mouvement généreux , ni les services que le père de cette infortunée a rendus à Rome , ni les ennemis qu il a vaincus, ni les blessures qu il en a reçues^ ni les combats où sa vaillance s'est signalée^ ni enfin \m récompenses honorJid;>les que lui ont values ses eip ploits. Virginie, debout et tremblante, attend dans ief angopies de la mort^ le deistin qui lui est ré* Mrvé^ Cependant un cri de joie lui échappe : e^ a reconnu la voix de son père. A peine avait-il étf ipfcNrmé de la résolution qu Appius avait formée de réduire sa fille à Tesdavage', qu'il avait quittf Tarmée pour voler à son secours. Ck>mment peindra l'inquiétude qui s'était emparée de ses esprits , et la force d'ame qu'il lui avait fallu pour ne point suc- • comber à la douleur qui déchirait son cœur ! Enfin il arrive^ et aussitôt la foule s'est empressée de le laisser passer. A sa vue , le tyran frissonne ; ses yeux sont baissés , étonné lui-même de la honte qu'il a /sentie rougir, son front criminel ; mais bientôt une iapparente tranquillité a succédé à la crainte qui s'était montrée un moment sur son visage. « Que veux-tu ? dît-il d'un air assuré, » — a Ma fille , répond ce père malheureux, celle que les dieux ont faite l'unique soutien de ma vieillesse. » A ces mots il s'approche de Virginie, et leurs âmes sont coafondues dans les embrassements et dans les sanglots.

« Liçteuxsy sécrieledéceiaviri que cette esclarc

Bolt Utrée it Sôn maître, d Virginie éperdue de douleur , est tombée presque inanimée sur le sein de Vir^ ^inius. Ce malheureux père entraine sa fille loin de la foule , sous prétexte de lui adresser un dernier adieu , et lui plonge dans le cœur une krme meurtrière que le hasard avait fait tomber sous 6a main.

La langue provençale, qui ét^lt celle des troubadours , est parmi nous la plus ancienne que la poésie ait parlée. C'est aux troubadours que nous devons la rime , soit qu'ils Teussent inventée , soit qu'ils s'en fussent servis à l'exemple des Maures. Ces peuples qui s'étaient établis dans l'Europe méridionale au huitième siècle , l'avaient trouvée entièrement barbare, lis ont porté , les premiers , dans les climats méridionaux , le goût de la poésie , et c'est à eux sans contredit qu'il faut attribuer le peu de progrès que les lettres ont faits à cette époque en Europe. Les troubadours , imitateurs des poètes maures , furent honorés et recherchés avec empressement. Les femmes , qui se sont toujours montréies sensibles à la louange , se sont crues obligées de bien traiter cçux qui la dispensaient. A cette époque des souverains se •ont glorifiés du titre et même du métier de troubadours. Ils ont fleuri jusqu'au quatorzième siècle, S'ëtant corrompus à mesure qu'ils se sont multiplies , ils ont , par des désordres de toute espèce , appelé sur eux la sévérité de l'autorité , et l'onf forcée de les réprimer : ils sont tombés insensiblement dans le discrédit) et bientôt on les a yus disparaitre* Axai

troubadours ont succédé les trouvères, poètes qui ont écrit dans la langue nommée originairement langue romance , formée du latin et du celte , et qui, rers le onzième siècle, s'est appelée langue française. Des JabliauJC et des contes ^ voilà les pre^ miers ouvrages poétiques dans lesquels ils se soient essayés , et qui fom^ent une branche de littératui'e beaucoup plus riche que certains critiques ne l'ont pensé. On sait que les fabliaux sont des contes rimes , souvent fort gais et plaisamment imaginés. Qui n'a lu les imitations qu'en a données Pétrarque, et les scènes que Molière a jugé convenable de leur emprunter? Les recueils où les nationaux et les étrangers se sont empressés de puiser ne doivent pas être méprisés. Quelle mine féconde les fabliaux n'ont-ils pas offerte à nos chansonniers modernes! De là vient que les chansons où sont exprimés les malheurs et les plaintes de Tamour sont encore appelées romances , du nom que Ton a anciennement donné à la langfue française.

La langue provençale s'est long-temps conservée dans toute sa pureté au-delà de la Loire; aussi les savants se sont-ils accordés à la regarder comme la tige commune d'où sont sortis le français, l'espagnol et l'italien. Lorsque le reste de l'Europe était plongé dans la barbarie, la Provence s'était déjà rendue célèbre par les poètes qu'elle avait yus briller , et sa langue s'était asservie à des règles sévères. Il nous est démontré que la rime , cet indispensable ornement de la poésie moderne, est née

dans c^tte heureuse contrée ; quuu grand nombre ^e poètes de ce pays s* en sont servis dans leurs ouvrages,* et que c est-là enfin quelle s'est perfectionnée. Quelles que soient les prétentions qu ont élevées d'autres peuples qui se sont imaginé que c'est chez eux que la rime a été inventée, toujours est-il vrai que tous se sont vus forcés de convenir que l'espèce de mélodie qui résulte de la rencontre des mêmes sons placés à la fin des vers, n'a pu frapper que des oreilles musicales, et n'a dû être appréciée que par elles , qualfté qu'on' n'a jamais songé à contester aux peuples du midi. Portée en Sicile par des ti'oubadours très-anciens, la rime s'est répandue, de là dans toutes les contrées policées de l'Europe. Op ne peut Hxer au juste l'époque où s'est faite cette révolution poétique; mais, ainsi que l'ont afîirmé quelques savants, nous sommes portés à croire qu'elle remonte très-haut , et que , vers les temps qui l'ont vue s'opérer, la France était encore plongée dans la barbarie où l'ont laissée croupir la plupart des rois de la première et de la seconde race par le peu d'efforts qu'ils ont fait pour éclairer et civiliser leurs peuples. D'après le peu d'autorités que nous avons consultées , il paraît que, dès le règne de Charlemagne , un des monarques les plus éclairés qu'il y ait eu dans ces temps reculés, des vers rimes avaient été publiés en langue romance.

Suite du même sujet, ^ peine l'emploi de la rime eut été fixé ^ quc,|

)>eu satisfaits des avantages qu ils en avaient tirés, les troubadours ont cherché de nouveaux agréments , et ne les ont pas toujours heureusepient trouvés. On a reproché avec raison, à plusieurs d'entre eux , qui d'ailleurs ne s'étaient pas montrés dépourvus de quelque génie , les extravagances dans lesquelles ils se sont jetés , les lois bizarres qu'ils se sont fait gloire de s'imposer , et les combinaisons ridicules des vers et des rimes qu'ils ont jugé convenable d'introduire dans leurs ouvrages. D'autres , pressés de se distinguer dans la multitude , ont affecté une obscurité de style où chaque pensée s'est changée en une énigme indéchiffrable. Cependant les étrangers les ont vus tomber dans ces erreurs sans les imiter • témoins de leurs fautes , ils en ont profité, et comme ils n'étaient entrés que plus tard dans la carrière, ils s'y sont fixés, tandis que leurs maîtres , poussés par le vain désir d'innover sans cesse, et loin de faire tous les efforts qu'ils auraient dû pour ne pas dépasser les bornes du goût, s'en sont éloignés continuellement. Lesréeompenses extraordinaires que la poésie a values à ceux qui s'en sont occupés , les honneurs dont ont joui les troubadours qui se sont trouvés admis à la cour des princes , ont beaucoup nui aux progrès de l'art, et en ont arrêté l'essor. Une foule d'hommes sans talent ont prétendu au laurier poétique , et souvent même ont obtenu des distinctions que le génie seul aurait mérité qu'on lui accordât; les jongleurs ^ux-mêmes , qu'on avait vus jusqu'alors se odtatenler de chanter les vers des troubadours ,

S^étant laissé éblouir par des àticces si éèlatants, tmt aspiré à là réputation que s'étaient faite leurs maitres; et cette malheureuse émulation, "au lieu de produire les fruits qu on en avait espérés , n* a fait naître que des ouvrages informes, où de pénibles jnxérilités ont été érigées en beautés sublimes.

XLYI.

Désabusez-vous , mes enfants ; cessez vofi mur^ tnures , et mettez un terme aux craintes qui vous

ont agités jusqu'à présent : votre mère n'est point

malheureuse, comme vous Taviez' pensé* Vous

m'avez crue dans la douleur et le trouble ; jamais sm

contraire , je n'ai si bien joui de moi-même , jamais

je ne me suis trouvée aussi heureuse. C'est maintenant

que je commence à vivre pour moi : séparée d'untf

foule importune , échappée aux pièges que la cupH

dite et la perfidie avaient tendus sous mes pas y et

que tant de fois j'ai vus menacer ma vie ,* me^ jours^

qui s'étaient succédé naguère au milieu des np*

préhensions et des déplaisirs, s'écoulent maintenant

sans inquiétude et sans ennui. La nature et mon

propre cœur sont devenus ma principale étude; et^

dans cette paisible retraite , vous seuls , mes chers

enfants , manquez à mon bonheur : vous allez m'é-

tre rendus ; à cette pensée une douce joie s'est en»-

parée de mon cœur , et tous les maux qu'il y a ea

pour moi sur cette terre sont oubliés. Mon asae ne

s'est pas laissé abattre par le malheur^ ielle s'est

élevée , elle a grandi comme les revers qui xacat •

s^ablée , comme les ennemis qui se sont attachés k

Corrige nss PiAxiconss* S

ma ruine, et se sont disputé la gloire de me persécuter. Eclairée par la douleur et rexpérience , elle s'est a^outuniée à se détacher des objets qui Tavaient charmée pendant le peu de jours que j'ai passés simx' cette terre , , c'est-à-dire , pendant le peu de jour^ que j'ai vécu au milieu des méchants. Soumise aux décrets du ciel , je bénis les leçons que j'en ai reçues. Je suis contente , parce que sa volonté est devenue la. mienne , et qu'il ne saurait vouloir que les choses que j'ai voulues moi-même. Combien je vous ai plaints , mes chers enfants , en lisant la lettre où vous gémissez sur le peu de félicité que j'ai goûlé dans ce monde ! Que. vous savez peu en quoi consiste le bonheur ! La sagesse divine s'est plu ù le répandre partout ! quelle que soit la situation où le sort nous a pfecés , quelle que soît la contrée qui nous a vus naître, il est facile de le trouver avec un esprit droit et un cœur vertu<îux.

Pendant" dix ans , les immortelles tragédies de Racine se sont succédé presque d'année en année, liés douze qu'il a vécii ensuite dans une entière inaction après la chute de Phèdre , sont , pour notre gloire littéraire , une perte beaucoup plus grande que les détrncteui's de Rac'ne ne se l'étaient figuré. Le déchaînemeilt de ses ennemis, et l'odieuse partialité qu'ils ont montrée en faveur de Pradon , avaient blessé son ame. On ne s'est jamais rappelé sans dégoût les basses manœvres que la haine n'a pas PAugi. d empkjiyer .contre lui*. Ji y a longtemps

( 99 ) que Pradon n est connu que pso* les traits plaisanti, que son nom a fournis au satirique français, et, parmi les scandales littéraires qu a offerts le dixseptième siècle , on a souvent cité la yogue passagère ^ qu'a obtenue sa Phèdre. C*est la seule raison qu'on ait eue de citer ce plat ouvrage plus souvent que tant d'autres que leur médiocrité a fait tomber dans l'oubli. Des critiques se sont amusés à faire le rap- ' procbement de plusieurs scènes dans les deux pièces; et comme tout le monde les a comparées , les vers, ridicules de Pradon ont égalé en célébrité les beaux vers de Racine. Que penser après cela de l'opinion qu'ont osé émettre les auteurs du Dictionnaire historique , qui ont gravement prétendu que , pour avoir une Phèdre parfaite , il faut le plan de Pradon et les 'vers de Racine? C'est une chinions que nous aurions laissée passer sans la relever^ si nous ne l'eussions entendu répéter plusieurs fois , et si nous n'étions persuadés qu'il n'y a pas de façon, de penser si absurde que des approbateurs n'aient, adoptée, et qu'ils n'aient cherché à propager., D'ailleurs , il paraît piquant de donner à un auteur méprisé une importance que jusque-là personne n'avait remarquée , ni n'avait songé à lui dpnner ; etj| bien des gens ne sont pas fachés de dire , ce rimail- . leur a mis pourtant dans son plan plus d'art et plus. d'habileté que Racine n'en a déployé dans le sien. Ce n'est pas que ceux qui parlent ainsi se soient avisés de lire la Phèdre de Pradon , ils s'en sont bien gardés ; ils répètent seulement des paroles qu'ils ont . entendu dire. Quant à nous , nous 1 avons lue , et

tÊiètùt ^tb ptsdsir , car elle nous a fbi^ dirertîs ^ et Tious pcmvons assurer , en sàreté de conscience , qtte ]è plan et les vers nous ont paru de la même ferce.

xLvin.

€'est à la ^dation d'Alexandrie que le commerce de Garthage a dû la diminution qu'il a éprourée. Bmis le» premiers temps les étrangfers naraient point pénétré dans TÉgypte, parce que la superstition les en avait bannis ; et lorsque les Perses r^eurfenf eu subjuguée, ils ne songèrent qu'à affaiblir leur^ nouveaux sujets ; c'est pourquoi il les auraient laissés tombw» dans l'ignorance et la barbarie. -^ 1^ puissances établies par le commerce ont généralement subsisté long-temps. Toutes se sont élevées peu-à-peu , sans que les autres nations s'en soient aperçues ; car on les a vues rarement Signaler lètn? puissance par des actes qui aient foit du bruit ; ïitàt$ lorsque la chose est venue au point qu'on la eaÛn remarquée, leilrs voisins ont cherché à les priver d'un avantage dont elles s'étaient emparées, ei quVUcs avaiejit, pour ainsi dire, usurpé. — La Grèce accorda son attention aux accusations d'EscYàne dontrè Démosthènes : tous les yeux furent fifxés sur lés deux orateurs , dont l'inimitié ne s'était montrée jusque-là que sous l'ombre du bien public, et qu'on n'avait pas encore vus combattre pour euxlÀémes. Après avoir établi que , dans un état libre , lés mia^pistrats honorables se sont toujours plu à Mire abàerver les lois ^Êschine accuse Démosthènes

eftses partUima de s'en (tro écaHés; Hrq^rociici Villustre oriateur et tous les maux qui sont résultésde la guerre qu'il avait conseillé à ses ccmcitoyeus d'antreprendre , et les sacrifices de toute- espèce qu'oUe leur a coûtés ; évoque les m^bes des guerriers que sa pa:*fide éloquence a envoyés mourir sur ks cbamps de bataille ; il numfare les malheiur«tx al« liés. des Athéniens bannis 9 et qui se iotit enfuit de leurs vilies en ruines ; il en appelle aui larmes qu m 9, TU répandre aux veuves et aux orpbelins^ Enfta, après avoir abaissé , autant qu'il était en lui, Dé- Bftosthihies^ et toUs ceux qui tétaient mciitrét tes partisans^ après les avoir jugés indignes des récompenses civiques^ il demandé aut Atbéniei» ce qui leur restera pour leurs grands bommios, quand is auront proititué les marques dt Fettkne pi^liqud*

On convient que Tode était chantée chez lefii a«« Ciens* Le mot ode signifie chant. Toutes les questions qu'on a élevées sur la ibrme donnée a ce g^ire de poésie, ont souvent exercé les savants , et ces difficultés, quoiqu'on les aitéxaminées avec soin , ne sont pourtant pas encore éclaircies. L'histoire des art^ cbe£ les Grecs pourrait être comparée à un pays immense , semé de monuments et de ruines, de chefsd'œuvre et de débris. Nous avons imité les uns et étudié les autres. Mais le génie a été plus loin que f érudition , et il est plus sûr que Bacine a surpatsé Euripide qu'il n'est sûr qu^ noms nous soyons lor-

m une idée j^tte de t^ut ks arts qui <»rt ^so^^uru

à la tseprëséntation d'Iphigénie. D'ailleurs les ctens ne nous ont point laissé de tradition exacte des progrès qu'ils ont faits, et de la marche qu ils ont suivie pour acquérir autant de connaissances que nous en avons trouvé dans leurs ouvrages. Ils ne

' ie sont point précautionnés contre le temps et la liaii)arfe, parce qu'ils ne les ont pomt redoutés ; et peut-être doit-on pardonner à ces peuples, qu'on a ▼U8 jouer un r6Ie«i brillant, de s être laissé tromper par le sentiment de leur gloire et de leur immorfalité. Les différences dans les mœurs, dans la religion, dans la langue, en ont nécessairement amené dans les arts que nous avons imités , et auxquels nos mains ont donné' de nouvelles formes. Ainsi les mots n (mt plus signifié les mêmes choses qu'on

•leur a vu signifier anciennement. Une action héroïque, dialoguée sur la scène, nous l'avons appelée tragédie ( qui signifie chanson du bouc ) , quoique nos tragédies ne soient plus chantées , et que nos auteurs purent , au lieu d'un bouc , montrer la médaille d'or qu il» ont reçue .

Les empereurs qui ont gouverné TOccident n ont pas manqué de politique ; c'est l'Italie , qui était , en quelque façon, Tame ^e l'empire, qu'ils ont d'abord cherché à sauver. Les Barbares avaient été rejetés aux extrémités : le dessein était bien conçu , il fut bien exécuté. On fournissait à ces na- ' lions la subsistance qu'elles avaient demandé qu'on

leur accordîU; quant aux pays montagneux, aux passages de rivières , aux défilés, le's Romains se les étaient réservés. Les historiens ont prétendu avec raison que ces peuples auraient été forcés de devenir Romains ; et la facilité avec laquelle ces destructeors se sont eux-mêmes laissé détruire par les peuples qui les ont attaqués, justifie assez cette pensée. Tout ce système fut renversé par une révolution plus fatale qiie toutes celles qu on avait vues éclater: L*ai*niée d'Italie, composée d'étrangers, àrrait exigé les mêmes avantages qu'elle avait vu accorder à des nattions plus étrangères encore ; c'est un des coups les plus funestes que cet empire ait reçus. A cette époque Rome était dans une position bien plus critique qu'on ne l'avait cru : les maîtres de l'empire s'en étaient éloignés pour se retirer à Baveimc , ou ils s'étaient imaginé être plus en sûtetèy et l'avaient laissée, sans moyens de résister , soutenir le choc des Barbares dont elle était environnée. Comme elle était située dans une plaine , ceux-ci l'eurent bientôt affamée > ainsi qu'ils l'avaient résolu. Abandonnée des souverains qui Fauraient dû défendre, ^lome songea à faire des traités pour sa conservation, ainsi que l'Armorique et la Bretagne en avaient fait vers la môme époque. C'est mnst qu'a fini la puissance. ^ r^nApire d Occident. Rome s'était agran^( ^arce que les guerres qu*elle avait eues à soutenir n'avaientlété que successives ; par un bonhqiir incoticevable , elle ne s'était vti attaquer par^'chaqufl nation qu'api:ès que l'autre s'était laissé vaincre : ^Ue a été détruite ^ parde

^e toutes les nations lont atta^pié^ à lu fins, et o^ pépétré partout.

H y a long-temps, disent deux voyageurs qui se sont réunis pour explorer les Indes, que noussonaoMtf f^U fait de la croyance religieuse des Braises; 00119 avons lu les principaux ouvrages qu^itpubtiés, à ce sujet, des savants indiens; leurs plufi habites docteurs se ^nt plu à s^entretenir avec nous , et 1^ connaissances que nous en avons tirées nous ont iudé^ k approfondir les systèmes qu'ils ont élal^ sur la transmigration des âmes. Nous avons été étonnés du peu de conformité que nous avons ve** li^arqué die% Içs autçujrs qui s en sont eocupës ; ^tant d'ouvrages nous avons parcourus, audiant d'opinioQfs, différentes nous avons trouvées ; ek noms nous sommes convaincus au^i quil n y a pôhit d'erreurs qui se soient gUssée^flans les auteurs aiM ciens , que l|es Indienst n ai<mt adoptées. Il est vrai qm plusieurs se ,sont imaginé de tous temps qucl^ ^ines sont immortelles, et que qUelques-uns jse sont ^ême persuadé qu elles sont une portion de Diei| jppiên^e. On a peine à. comprendre ^ d*ai»:*ès celor^ comment l'idée de la métempsycose s'est vépmiduèj | ^trefpis dan/ll^i^o 4||^^ue tout entière. Tous.k^^. ' peuples qui se so^L egiprl^^d' adopter cette opit- «^^ jQJ^on l'ont a{fpuyéi^^ mêmes raisbus dont.se sont A^yiis Iqs Indiens.^e peu à^ relations que nous ^ y itmét^' les voyageurs qui onkpiùK^^jmru {'Asné^ue ' dNlfi^tôit iWrè9i(|ue les Européens s'en iPurent^empar^^

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liMfi ifB9iire»l qu'on ;f a trt>uyé defttesiif^iJdlâ ]néténifxiy€06e« Comment cette croyance abeurde ilf^lk pénétré ehez des peuplés 'qui ont été si lolig-temps inconnus au reste du ihondé? Qti'eUe époque Ty a vue naitare? et enfin jusqu'à quel peint les peuples de TAmérique s* en sont-^ils trouvés iniWetés? Telles sont ks choses sur lesquelles «es voyageurs se sont tus^ et que âou» aurions dcHré .qii'ils nOns expliquassent. Osx est moilis surpHs de l'avoir vue se répandre dahs 1- Afrique et dans l'Eu i^e : les Égyptiens peu re^at l'avoir enseignée aux Africains : Pythagore, que Id secte italique sesl ho- Berée d*avoh* pour chef, l'avait établie chee plusieurs nations européennes *, et surtout dans les Gaokp , eu les Druides en ont fait^ pour aitui dii^e^ labase de ieuir rel^^idn. * «

Avant iPiiidias, fes statues 5és Grecs cOttrthé éélïes des É^yptiens^ avaient lés bras cpHés sirt* le Corps , les jamfcfeS e< les pieds jofntS î'iih Coîitre 1 autre , sans geste y sdtis attitude et sans grâtfe. Mais <îetle sculpture grossièrè , il Ta pet-fectronhee part* la feeience, autant (fue par le talent^ qa'il à montrée, tes historiens se sont plii à iiapporter qu'il avait fiiit titie statué destinée à être' placée sui* une <^lônàè« Alcamëne , Son rival, en àvm^ séuïpté une sîiîtl'é. Elles furent ptacf^eS ï'ttne âîupt*ès de Tâtitrtr ; \^ jitfemière parut hideuse ,. la seconde fut trouvée admiS rablel Placez-les ou elles doivent être , dit TMïi- '^ dik W avait câfcuK J'cffet 4tfé l'êfevàlStfn tfevai^

' produire. Les Juges forent WentAt d^rompés. Quelques autres sculpteurs que la Grèce a vus Datù:*e se sont immortalisés par leurs ouvrages; tel est Praxitèle, un des plus grands artistes qu'il y ait eu du temps de Péridès. — Les prodiges que nous avons entendu raconter de la peinture grecque , nous ont toujours paru d'autant moins croyables, que les Grecs n'ont employé que quatre couleurs. Les peintres célèbres qui ont brillé à cette époque, ont été en général très-considérés , et quelques-^ins, il faut l'avouer , s'en sont montrés , ridiculement orgueilleuï. Les Athéniens aursdent mérité encore plus déloges qu'on ne leur en a accordé , s'ils se fussent bornés à exciter et à récom-

' penser les talents utiles; si, ne s' étant pas laisse éblouir par un brillant prestige, ils n'avaient pas attaché aux talents agréables bien plus d'importance qu'ils n'auraient dû. C'est en partie de cet abus qu'est venue la mollesse qu'ils ont laissée s'introduire dans leurs mœurs , et le peu d'énergie qu'ils ont montré, quand, plus tard , les Bomains ont attaqué la Grèce , et s'^n sont rendus les maîtres. C'est au temps où tant de tableaux, de statues et de spectacles que l'amour des arts avait fait naître, étaient exposés à l'admiration de la Grèce, que Phryné s'est engagée à rebâtir ïhèbeSj pourvu qu'une inscription portât : Alexandre a détruit la ville de Thèbes, et Phryné l'a rebâtie'.

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