II
Madame Viot avait été mariée d'abord à M. d'Autremont, puis en secondes noces à M. Bourdic. Lorsqu'elle se fut remariée en troisièmes noces à M. Viot, elle se fixa à Paris, où sa. société fut recherchée de tout ce qu'il y avait de gens aimables. Douée d'une présence d'esprit rare , elle répondait toujours gaîment aux traits malins cpiî lui étaient lancés. Dès sa plus tendre jeunesse elle avait montré la plus grande facilité à' faire' des vers. Elle savait les règles de la versification sans les avoir étudiées; et, 'comme son imagination très -active avait été éveillée de bonne heure, les expressions venaient d'elles-mêmes* se placer Sous sa plume , ou du moins une facilité apparente cachait la peine qu'elles lui avaient coûtée. Sa figure était loin d'être remarquable ; mais elle avait une taille élégante , ce qui lui faisait dire plaisamment , en parlant d'elle-même, que si la natuve avait manqué la
façade, du moins elle s'était surpassée dans Tédifice/ Elle ayait beaucoup de grâces, et «près Faroir examinée attentivement , on était étonné de la trouver beaucoup moins jolie qu'on ne l'avait oiru d'abord. Afin de réparer ce désagrément , elle s'était appliquée à acquérir des connaisssftices profondes dans tous les genres. Une honnête aisance , une heureuse existence permirent à madame Viot île s€^ livrer au goût qu'elle avait toujours eu pour la musique et pour la poésie. Maiâ elle n'a jamais attaché aucune importance à ses productions , même à cellas où , s'étant laissée aller à l'inspiration de son génie , elle s'est montrée vraiment poète ; et -elle- n'était pas peu étonnée , quand elle lisait dans Famanach des Muses les vers qu'on lui avait dérobés. Madame Viot s'était tracé un cercle littéraire , dont elle ne s'çst jamais écartée , excepté deux fois : la première par une ode au silence , que n'auraient pas désavouée nos meilleurs poètes , et la seconde dans son éloge de Montaigne, ouvrage dans lequel, il faut l'avouer, elle s'est laissé surpasser par tous les écrivains qui se sont occupés du même sujet.
ÏIL
Tu ne saurais .t'imaginei; , ma chère cousine , combien je me suis trouvée malheureuse , quand je me suis éloignée de toi. Tu m'a priée de t'écrire tous les huit jours , tu ne me reprocheras pas d'avoir manqué à la parole que je t'ai donnée. Je ne, te dijrai rien de notre voyage : nous avons été transporféesi 4e fsffA9 h 1^ çampa^e 4e mop oncle sans i}QUS
• ( 39 ) être aperçues que nous fussions en route. Les plus beaux sites ont passé 46yant. nous , ou plutôt nous nous sommes vues passer devant eux , comme un éclair ; mais j|e serais fort en peine de te dionner les détails que tu m'as chargée de t'écrire sur un pays à travers lequel nous avons roulé 3ans notre chaise de poste. Il me serait impossible de recueillir les idées confuses q«'il m'en est resté. Enfin nous sommes arrivées après dix-huit heures de marche. Figure-toi que j'ai trouvé réunies ici toutes les beautés de la nature et de l'art. Join^ à ces tableaux qui m'ont transportée d'admiration , une société bien plus aimable que je ne l'avais espéré , des parents qui m'ont reçue comme une sœur, et qui ne se sont occupés à Tenvi que des moyens de varier nos jeux et nos plaisirs. Si mon imagination se fût plu à concevoir toutes les jouissances de la vie réunies dans quelque coin isolé du monde, elle ne m'aurait présenté que l'image de celles que nous avons goûtées dans cette solitude. Jusqu'ici nous nous sommes beaucoup amusées, mais nous n'avons pas perdu nos journées. Notre oncle nous a constamment occupées de travaux utiles. Lés lettres qu'il nous a données à écrire nous ontjÇxercées dans le genre épistolaires ; et c'est un délassement , plutôt qu'une étude, qu'il nous a imposé. Le sujet de l'apiplification que notre oncle nous a chargées de faire , aujourd'hui , est la description d'un jeu qui nous a fort amusées. Je suis vivement intéressée à bien traiter ce su|et , car tu sauras qu'un juri est établi pour en connaître , ^'que ce juri ^ composé de tous nos grands parents , doit décerner au voin^euf
to récompense <)u'ii aura tnérilié ^'pbtçnlrt
^ Bélisaîre envahit TAfrique avec une âotte que Justinien avait fait équiper , et une armée de cinq mille soldats. Cest une des entreprises tes plus hardie^ qu'on ait tentées ; c^ la flotte composte de tous les vaisseaux de F Orient que Léon avait aussi envoyés contre les Vandales dans F Afrique ne s'en était pas emparée, et avait pensé perdre l'empire. Les circonstances ont beaucoup favorisé Bélisaîre dans cette campagne. La grande quantité de provisions qu'il avait tirée dq Sicile, en conséquence de l'alliance, qu'il avait contractée avec Amalasonte, reine des Goths , lui avait facilité cette conquête. Lorsqu'il fut envoyé dans l'Italie , qu'il avait eu ordre d'attaquer, s'étant ai)erçu que les Goths ne s'étaient maintenus dans leurs possessions que grâce axiiç. subsistances que leur avait fournies la Sicile, il avait commencé par la conquérir , et son armée dès-lors s'était trouvée dans l'abondance, tandis que les ennemis qu'elle avait eus à combattre , après s'être laissé enlever la Sicile, s'étaient trouvés affamés et réduits à la dernière extrémité. Carthage, Rome et Ravenne fhrent enlevées aux barbares. Les rois des Goths et des Vandales , que Bélisaire avait envoyés captifs à Constantinople , avaient servi à l'ornement des triomphes qu'on avait enfin vus se renouveler. Les principales causes des succès de Bélisaire doivent être attribuées à ses qualités personnelles. Fidèle aux maximes des premiers Romains qu'on avait laissées tomber dans l'oublf , et que lui seul arait fai^
renaître, il s'était formé une armée que les anciennes cannées romaines n auraient pas surpassée. Les grandes yertus se sont ordinairement cachées ou perdues dans la servitude ; mais la grandeur de cette ame et la supériorité de ce génie n'ont pu être étouffées par le gouvernement tyrannique de Justinien.
Quelque habile que soit un écrivain, si la réflexion n'a pas guidé sa plume , s'il l'a laissée marcher au hasard , l'ensemble de son ouvrage choquera, quelques beautés qu'il ait su semer dans les détails ; et l'impression que produira un tel ouvrage ne répondra pas à l'idée que l'auteur s'en était formée. C'est pour n'avoir pas apporté à la matière qu'ils s'étaient proposé de traiter toute l'attention qu'ils auraient dû ; c'est pour ne pas s'en être rendus maîtres par une étude approfondie , et , en quelque sorte , pour s'être laissé dominer par leur sujet, que des hommes d'esprit se sont trouvés embarrassés, et qu'un sujet , peut-être fort riche , ne leur a pas présenté toutes les ressources qu'ils avaient supposé qu'ils y trouveraient. Ce n'est point que ces écrivains aient manqué d'idées : au contraire , un grand nombre d'idées se sont offertes à leur esprit; mais comme ils ne les ont pas comparées, ils ne se sont pas aperçus qu'ils dussent préférer les unes aux autres, et ne se sont pas attachés à établir entre elles une subordination telle qu on l'aurait désiré. De là le peu de suite qu'on a remarqué dans leurs compositions , le peu de répugnance qu'on a éprouvée en les lisant, quoique d'ailleurs
elles ne fussent pas dépourvues d'un certain mérite; et enfin les critiques fondées qu'elles ont values i leurs auteurs de la part des esprits solides qui se sont toujours plu à n'accorder leur approbation qu'aux ouvrages qu'une raison sage et éclairée a fait éclore. Ce n'est pas ainsi qu'ont procédé Racine , Boileau , et tant d'écrivains supérieurs qu'on a vu admirer par toutes les nations policées. Après s'être tracé un plan , il se sont empressés de mettre en ordre les pensées qu'ils ont jugées appartenir essentiellement à leur sujet, et ensuite ils se sont livrés au plaisir d'écrire. Alors les idées se sont succédé sans effort, parées des charmes de l'imagination et ornées d'un naturel propre à cacher la peine qu elles ont coûtée : telle est représentée à sa naissance la déesse Minerve , que les anciens nous Ont rapportée être sortie tout armée du cerveau de Jupiter.
11 y a des choses qu'on a répétées jusqu'à satiété parce qu'on les a entendu dire une fois. Les his- ^ toriens ont tous parlé de la faute qu'ils ont prétendu qu'Annibal a commise en ne marchant pas droit à Rome après la victoire qu'il avait remportée à Cannes. Il est vrai que la frayeur qu'avait répandue dans Rome cette nouvelle, fut d'abord extrême ; mais la consternation d'un peuple belliqueux , qui s'est presque toujours tournée en courage , peut-elle être comparée à celle d'une vile populace qui n'a jamais senti que sa faiblesse, et qui s'est laissé abattrje par le moindre i'cvers? Une preuve que les Carthaginois ^'auraient pas réussi ,
c^est que les Romains , après avoir essuyé tant de pertes, se sont encore trouvés «i état d'envoyer partout du secours. Parmi les fautes qu'on a reproché à Ànnibal d'avoir conmaises , il en est une sur laquelle les historiens se sont plu à insister j celle d'avoir mené son armée à Capoue , de l'avoir laissée passer l'hiver dans cette ville , où elle s'est amollie ; mais ceux qu'on a entendus soutenir cette opinion , n'ont pas remonté à la vraie cause , ou ne s'en sont pas occupés : les soldats de cette armée que la victoire avait enrichis , n'auraient-ils pas trouvé partout Capoue? C'est par les succès mêmes qu'avait obtenus Annibal , que cette guerre a commencé à changer. Ce n'étaient point les magistrats de Carthage qui avaient nommé Annibal et ses lieutenants , et qui les avaient envoyés combattre en Italie. Le peu de secours en hommes et en argent que ce général a reçu l'a mis hors d'état de tenir la campagne. Tant qu'il est resté avec son armée tout entière, il a battu les Romains : mais lorsqu'il fîit forcé de mettre des garnisons dans les villes dont il s'était emparé, de défendre les alliés qu'il s'était faits, d'assiéger des places , ou de les empêcher d'être assiégées , ses forces se sont trouvées trop petites, et c'est ainsi que . la plus grande partie de ses ressources fut anéantie en détail.
Il importe de combattre une opinion que nous avons entendu émettre par des honunesdu siècle, et que des esprits légers se sont trop empressés d'ac»
çuçilliir : c'est qu'en toiis tçmps l'inûtalioii tfi^ trée ennemie du génie; qu'ellç a étouffé plus de taleiits qu'elle n'en a produit ; que Tesprit a toujours sufjfi aux personnes que la nature en a douées, et que ceux qui se sont crus obligés d'imiter les grands mod4l6S se sont flétris d'une espèce d'esclavage. Ce n'est pas ainsi qu'ont pensé, ''ni que se sont exprimés ces beaux génies dont la postérité s'est plu à nous tf ansmettre les chefs-d'œuvre. Tel n'a pas été non plus le langage de ces grands écrivains que le siècle de Louis XlV a vus naître; que Téclat de leurs productions a rendus immortels ; que le monde entier a admirés comme les législateurs dans l'art d'écrire ; ^enfin que l'envie s'est vue contrainte de respecter, ou que sa malignité s'est efforcée en vain d'égaler. Persuadés que les facultés intellectuelles , si l'art ne s'en est emparé pour les perfectionner , ne se sont jamais élevées au dessus du médiocre , Démostbène et Cicéron , Bossuet et Fléchier , et tant d'autres génies supérieurs qui se sont succédé et se sont rendus célèbres dans la carrière des lettres , se sont imposé l'obligation salutaire de chercher dans les modèles étrangers des appuis et des secours sans lesquels ils n'auraient jamais atteint à ce degré de gloire où an les a vus parvenir. En effet n'est-ce pas sur les écrivains que Taj^robation unanime s'est accordée à placer au premier rang, que doivent se fixer les regards de ceux qui se sont proposé d'y parvenir. Voyez Tarène où rivalisent une multitude de ccmcurrents réunie pour se disputer le prix de la cou):^ : oijL n'y {vead pas pour rivam; ^eoi: 41» ont i^ttc?
oMnbé daos la Ike long-temps avant de Tayoîr parcoiitue ; mais ceux qui se sont élancés arec ardeur vers le but , et qui s'en sont approchés plus légers que le yent.
C'est près de Coutrsûs que s'est livrée la bataille de ce nom , dans laquelle Henri de Navarre a dispersé toutes lés troupes qu'Henri III avait confiées au duc de Jo}^euse. Les six mille soldats qu'avait rassemblés le roi de Navarre s'étaient placés dans une position avantageuse. Les dixrhuit mille hommes de l'armée royale qui leur étaient opposés , paraissaient mieux équipés ; la cavalerie parfaitement dressée , état beaucoup mieux montée qu'on ne l'ar vait supposé. Dès la première charge, les Protestants avaient commencé à plier. Déjà des cris de victoire qu'on avait entendus retentir dans les rangs des Catholiques , semblaient leiu* présager le succès. Mais l'infanterie protestante s'était ralliée ; et les capitaines Montgonuneri etBelsunce s' étant écriés, Enfants il faut périr, mais au milieu des ennemis , et Vepée à là main , tous se furent bientôt jetés tôte baissée sur l'infanterie catholique , et en un instant l'eurent enfoncée et forcée de prendre la fuite. A la troisième charge qu'avait tentée Joyeuse, sa troupe s'étant laissé emporter par la fougue, et ayant pris carrière de trop loin , s'était vue forcée de fuir précipitamment devant les escadrons duVoi de Navarre , qui l'avaient attendue de pied ferme. En même temps, les arqùebù^érà de ce roi qui s'é*
tâîentayancéspour soutenir les escadrons 5 avaient couché par terre une infinité de cavaliers qu'ils avaient attaqués , et* répandu la terreur dans le resite * avant que ceux-ci se fussent reformés. Dès qu'ils eurent fait leur décharge , les escadrons du même prince, s'étant tenus serrés , et étant partis à propos , avaient enfoncé ceux du due de Joyeuse , ' et les avaient dispersés. L'action ne dura pas une heure. . Le duc de Joyeuse , et les officiers qui l'avaient conseillé , s'étant apefçus de la faute qu'ils " avaient commise*, et voyant la bataille perdue , s'étaient retirés derrière leur artillerie ; mais joyeuse ayant été rencontré dans sa retraite par les ennemis , fut tué d'un coup de pistolet , malgl*é T appât d'une rançon de cent mille écus qu'il avait promis de payer aux soldats qui s'étaient emparés de lui,
Comme tous les barbares sont entrés pêle-mêle dans l'empire Romain , ils se sont incommodés réciproquement ; aussi la politique des Romains les at-elle constamment excités à s'armer les uns contre les autres, et les a laissés s'entre-détruire. Voilà pourquoi ils ne se sont établis qu'avec peiné , et l'empire d'Orient doit à cette politique les siècles qu'il a subsisté après la chute de l'empire d'Occident. D'ailleurs , les contrées du Nord se sont épuisées ; elles ont cessé de produire ces armées innombrables qu'on mait vues sortir de leur sein. Effectivement après les premières invasions des Goths et des
9ttn^, les p^upl^ qu^ les ont suivis ^ ont attaqué
(47) avec mains de ibnes. Lorsque ces k s'étaient assemblées en corps d'armée , se 1 persé^ en peuples, on les a vues s'affaiblir; dais les divers lieux de leurs conquêtes , i elles-mêmes exposées aux invasions. Ce fi circonstances que Justinien entreprit la -de l'Â^ique et de l'itatie qu'il av^t | faire depuis long-temps ; entreprise qi aussi exécuter si heureusement par nos rrançais, quand les Visigoths, les Bourguignons, les Lombards et les Sarrasins se sont enfuis devant nos années victorieuses. Les barbares n'ont jamais attaqué avec art les villes qu'ils oAt trouvées sur leur chemin i ils les ont encore moins bien défendues ; loin d'en relever lesmurailles, ils les ont toujours laissées tomber en ruine. C'est dans cet état que Bélisaire a trouvé celles d'Italie qu'il a eues à reprendre sur les barbares. Celles d'Afrique avaient été démantelées par Genséric, comme celles d'Espagne qiw Vitisa avait ordonné de raser , poiu' s'assurer des habitants qui s'étaient souvent révoltés. Ces peuples du nord , établis dans les pays du midi , en avaient pris la mollesse, et étaient devenus incapables des fatigues de la guerre : ces causes expliquent le peu de résistance qu'ils ont fait, ctcoUséquemment la facilité qu'on a eue à les vaincre, quand ils se furent établis dans les pays dont ils s'étaient emparés.
Les sulfrages d'un peuple aussi éclairé et aussi délicat que les Grecs ont suffi pour fixer notre opi>
Pindare, qui ne nous est connu qye par fragmenls que le temps à épai^és. Quelle « ses compatriotes nous ont lassée de son I sait ctombieh ils ont révéré sa mémoire ; [ue ia vengeance d'Alexandre , qui arait ' foute une ville dans le .même arrêt, ée devant cette inscription qu'il a hle avec ne briflezpas la maison dupoéte Pindare.
LbsLacédémonieus, lorsqu'ils s'étaient emparés de Thèbes dans le temps de leur puissance, avaient eu le même respect. Le grand nombre d'odes que Pindare a composé sur le mêine sujet, t^œt-à-dire, pour ceux qui avaient trio;nphé dans les jeuv publics, prouve combien de succès il a obtenus dès son vivant. Tous les triomphateurs se sont montrés jalour d'avoir Pindare pour panégyriste, et se seraient figuré qu'il manquait quelque chose k l'honneur de la victoire, si Pindare ne l'avait pas chantée. Ces chants n'étaient pas sans récompense. L'aventtu* fabuleiee de Simonide, que Pbèdre a racontée, fait voir que les poètes lyriques étaient alors libf'ralement payés. Chez nous je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui un plus mauvais moyen de fortune que les odes. On en a tant composé que la nation française s'en est lass^, et c'est sans doute la cause du^peu d'encouragements que ce genre de poé^e a procuré aux écrivains qu'on a vus s'y livrer. 11 estvraiqueles odes étaient mieux accueillies autrefois. Qui ne se rappelle la récompense qu'une ode a valueàGodeau? et cependant cette ode , récompensée par un érêché, est une des plus mauvaises qu'il y ait jamais
eu. Chapelain en a composé aussi, et celle qu'il a faite pour le cardinal de Richelieu , qui la lui avait commandée, s'est trouvée au dessous du médiocre. Ce qui nous a étonnés, c'est que Poileau ne l'a point critiquée , et l'a trouvée même assez bonne. Mais Fode que celui-ci a donné sur la prise de Namur est très-mauyaise. Pour cette fois Despréaux s'est placé au dessous de Chapelain ; cet exemple nous â rappelé ces vers de la Fontaine :
Ne forçons point notre talent ; Nous ne ferions rien avec grâce.
, Les nouvelles de France que nous avons reçues de vous , madame , ne nous sont arrivées que fort tard. Ne soyez donc pas scandalisée , si je ne vous ai pas informée plus tôt de la part que j'ai prise à la perte que vous avez éprouvée. Combien je vous ai plainte I Après avoir lu ma lettre , ne vous plaignez point si je ne vous ai point entretenue de votre douleur : il est des choses qui veulent à peint être effleurées ; et si ma bouche s'est tue , mon ame ne s'en est pas montrée faiblement affectée. Jusqu'ici je vous ai tenue au courant des événements qui se sont sufecédé à Constantinople ; je vous ai prévenue avant mon départ que je suis fort exact , que tous les événements que j'ai vus arriver dans mes voyages onjfc tmijours été fidèlement rapportés à mes amis, et jusqu'ici , madame , je ne vous en ai laissé ignorer aucun , parce qne les parolea données doivent être ^ GoRBioé mss Partioses. ^
observée» avefr l'exactitude là pitis Bcrtipuleuse. Je c»mniencerai par vous rendre compte de Tentrée de ramliassâdmr d' Aashart , que j*aî vue^ et qui votid ettt fort diterfte* Nous noils étiotlê imagitlé vcfir ua échantiUon de !a magtMficenùe ii vantée de Dariti9 et de Xerce». Coiiibîen nous nous étkms trompés ! Ôotnbiew h(fm nous étions laissé aveuglci» par la prévention ! Son ëxeeM^nee s^est riiontrée teVêtUê d'un liaillon d'étofie d'or, et précédée de deux oeùts chevaux semblables à celui qu'a célébré Cervantes. Dans vos voyages , il vous est peut-être arrivé d'être arrêtée par quelques troupes de Bohémiens que vous aurez rencontrés sur votre chemin : c'est le portrait au naturel des gens dont était composée la suite du seigtKur ambassadeur. Vous seriez-vous figuré, madame , que tels étaient ces vatnqueuars de la Perae^ ees Agonaus qui se sont rendus célèbres partant d'exploits qu'on a entendus retentir partout ? Il n'est point cependant d'b^nneurs que les Turcs ne leur aient rendus ; deux galères qu'on a envoyées prendre Fambaasadeu^ et ses gens à ScittaH , les ont amenéa à Gonstântïiiople ^ où ils ont été reçus au bruit du canon du Sérail et des vaisseaux.
XIÎ.
Gartbage, devenue riebe plus tôt que Rome, fot aussi plus tôt corrompue : ainsi , pendant qu'à Rome tes emplois publice» ne ao sont obtenus que par Ja vertu r tous les avantages que le publit Jieut donner aux particuliers so sont vendiis à CarHiage^ Deux ^ fflbtMi^ ont régné dans ûettevHle^ et l'ont conatam»
meni avisée ; c'est la paix que l*une a totijôurt Voulue , et la guerre que l'autre S'est toujours empressée de conseiller : de sorte que les magistrats, quelques chances qu*îï y kft eu, n'ont pu obtenir Tune complètement, ni jamais y bien faire l'autre. Pendant qu'à Rome, la guerre a réuni les intérêts divisés, les a tous conciliés, elle les a séparés encore plus à Carthage. Dans lè^ états gouvefnés pat un prince , les divisions se sont toujours aisément apaisées , on les a vues s'éteindre à sa Toix , quand il Ta touIu ; mais dans une république elles ont toujours duré plus long-temp» , pai*ce que le mal attaque ordinairement la puià-^ sauce qui l'aurait guéri. A Rome , gouvernée par les lois, le peuple a facilement souffert que la direction des affaires fût confiée atix patHdiens; il Kâ ménie souvent désiré ; k Carthftge , gouvernée par des abus, la populace même ne s'est jamais laiss£ conduire, et a vouki tout ftdre par elle-même'. Dans la guerre qu'elle n'a cessé de faite aveè son opulence contre la pdUvtxîté it)maine elle k eu, par cela même, du désavantage î For et l'argent s'épuisent, et Carthage Fa * éprouvé; mais quant à la véi-tu , la constance , la force et la pauvreté , on ne* les a jamais vues s'épuiser. Mille circonstances imprévues auraient pu forcer Carthage à accepter quelque' condition de paix qu'on lui eût eu dictée : mais Rohie ne s'est jamais laissé dominer par les événements ; elle ne s'est jamais conduite par le sentiment des biens et dei maux ; elle ne : s'esft détpttfaihéc que par sa glo&rè j
et comme elle ne s'est en aucun temps imaginé qu'elle pût être si elle ne commandait pas, quelque espérance , quelque crainte qu'il y eût eu pour elle , elle n'aurait en aucun cas consenti à une paix qu'elle n'eût point imposée.
Quelques auteurs anciens se sont imaginé qu'Hélène , que sa beauté a rendue si célèb^te , n'est jamais allée à Troie , et que Paris n'a enlevé de Lacédénaone qu'une yaine ombre qu'il a crue être cette princesse. Selon eux , la véritable Hélène fut transportée par Mercure dans Fîle de Paros ; et c'est pour un fantôme que les Grecs et les Troyens ont combattu avec un acharnement , une opiniâtreté qu'on n'a que trop louée. Ce fut pour cette chimère que la Grèce , ébranlée jusque dans ses fondements, S'est assemblée en Aulide, o.'i elle s'était proposé de venger Ménélas ; qu'Iphigénie s'est vu immoler par Âgamemnon son père , pour apaiser Diane qui s'était montrée irritée parce qu'il avait tué une biche qui lui était consacrée. Représentea^vous les désastres qu'a entraînés cette guerre, la plus mémorable qu'il ait jamais existé, et le peu d'avantages que les .vainqueurs en ont retiré. Considérez les combats que tant de peuples n'ont cessé de se livrer pendant les dix ans qu'elle a duré; songez aux flots de sang que la patrie d'Enee a vu répandre , et qu'elle a vus couler pour la possession d'un fantôme i vous aurez compassion de tant de héros , qui , s'étant laissé aveugler p9^ une vaine gloire , se sont plu à prodiguer leur
Tie k si bon marché. Vous penserez avec raison que la guerre, surtout quand elle est injuste, est la plus grande calamité qu'il y ait jamais eu , et que , Fissue en fût-elle plus heureuse qu'on ne Favait espéré, elle ne dédommage jamais des sacrifices qu'elle a coûtés. Vous serez convaincus que les princes qui ont aimé la guerre, et qui s'en sont trop occupés , ont enfanté plus de maux que les tyrans les plus cruels n'en ont causé : en effet, autant de guerres les princes belliqueux ont entreprises , autant de sources de prospérité ils ont taries ; et plus de nations ils ont vaincues , plus d'ennemis ils se sont faits. C'est alors que vous vous rappellerez cette parole sensée qu'a dite un philosophe : la. guerre est un procès qtii ruine ceux qui Font ga^né,
XTV.
Ceux qiîi ont voulu remonter jusqu'à la naissance de la poésie* lyrique , se sont perdus dans le pays des fables et dans les ténèbres de l'antiquité. Qui peut savoir au juste quand se sont établies, et perfectionnées les lois de Fharmonie. Il est certain qu'elle seule a créé toute poésie. Il est également probable que les noms les plus anciennement consa» crés en ce genre sont ceux des hommes qui s'y sont les premiers distingués , ou qui se sont rendus célèbres par les leçons qu'ils en ont données aux autres. Les merveilles qu on en a racontées ne sont que Fimage allégorique des succès qu'on les a vus obtenu* , de la gloire dont ils ont joui. Liniis a, dit-on, inventé le rhythmi? et la m^odie , c'est^-dite, la mesure (fes
HQDS et celle des vers, qu il a 0O)^inéi$$ jei^opible : f 'est le plus ancien £a^Yori des muses. Virgile , daiis sa sixième églogue, l'a placé auprès d'elles sur le Parnasse , Ja tête couronnée de fleurs , et Ta représenté comme leur interprète. Il fut le maître d'Orphée , dont la réputation a surpassé la sienne , parce qujç , paj? ses soips, }a musique et la poésie ont coi^ribué ^ eniooblir les cérémonies religieuses qu'il a portées dans la Grèce, après les avoir empruntées des Egyptiens. Ijcs mystères de Bacchus et de Cérès-Eleusine qu'il a institués, furent de son nom appelés Qrphi" ' qv^. Il nous est resté quelques fragments des hymnes qu'on y chai^^tait, et qu'on lui a attribués» Ils 9l>ntiennei>t }^^ idées les plus hautes et les plus purss que les païens aient expri}iiées sur l'unité d'un Dieu. Aussi plusieurs savants se sont-ils avisés de prétendre qu'Orphée avait eu connaissance des livres de Moïse , qtt*il les avait entendu citer, et que peut-être même jl les avaij; lus.