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II. L’Essai sur. les Maladies du Cœur

‘« L’essai sur les maladies et les lésions organiques du cœur », de Corvisart, va se distinguer essentiellement des ouvrages précédents, et ouvrir une voie nouvelle, en ce qu'il est fondé sur la méthode d'observation, tant clinique qu'anatomique.

À toute page, Corvisart ne manque pas de consigner les résultats obtenus sur le vivant ou sur le cadavre, par la percussion. Mais ce n’est pas par là que cet ouvrage vaut d’être tenu pour le premier traité clinique de Car- | diologie. £

Pour la première fois on va voir écarter le fatras des traditions et des légendes. Il ne garde que les lésions certaines, dûment constatées par l’examen anatomique post mortem, Il les classe avec précision. Et, après avoir ainsi fait place nette dans l’ensemble, il donne, à propos de chaque cas particulier, des descriptions cliniques dont nous voyons encore aujourd’hui la vérité. Ce que la vue, le palper, la percussion peuvent livrer, il l’a noté.

Certes, il lui a manqué l’auscultation et il n’a pas pu trouver le fil conducteur dans le dédale des cardiopathies valvulaires. Encore faut-il rappeler que dans les hyper-

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trophies cardiaques, il dit avoir « entendu les battements en les écoutant de très près et avec beaucoup d’attention ». Il n’est que d'analyser son ouvrage pour juger des progrès qu'il fit faire à la Cardiologie, avec les seuls moyens dont il disposait. |

« La grande difficulté, est-il écrit dans la Préface de son « Essai », n'était certainement pas de trouver, par une dissection exacte, des lésions quelconques dans les organes ; tout anatomiste attentif est sûr d’en-rencontrer souvent. LE POINT AUSSI DIFFICILE QU'IMPORTANT, LE BUT VÉRITABLEMENT UTILE, C'EST D'ÉTUDIER, SUR L’HOM- ME VIVANT ET MALADE, LES CARACTÈRES PROPRES AUX LÉ- SIONS DES DIVERS ORGANES, D'EN BIEN REMARQUER LES PHÉ- NOMÈNES, D’'EN BIEN CONSTATER LES SYMPTÔMES... » (1).

11 ressort donc de cette lecture que le but essentiel de Corvisart fut de jeter les bases du diagnostic clinique des maladies du cœur ; d'ailleurs un peu pompeusement, cette même préface affirmait que son but avait été rempli « puisque à l’aide de l’observation des signes et de l'étude des symptômes, le professeur Corvisart n’a jamais méconnu une lésion organique du cœur, et que l'ouverture du cadavre la lui a toujours présentée ». Ainsi, Corvisart lui-même, affirmait la valeur de la méthode de travail nouvelle qu'il inaugurait, et l'on peut lire encore : « L’Essai que je publie est un ouvrage de pure pratique fondé sur l’observation irréfragable ; et la médecine clinique ne s'appuie encore un peu solidement que sur cette base antique et inébranlable, l’obser-

(1) Page XIV. Essai des Malad. du cœur.

vation… Quel que soit le sort de cet Essai, et malgré ses imperfections, je ne puis m'empêcher de le regarder comme un utile jalon enfoncé dans le sentier, trop déserté peut-être, de l'expérience et de l'observation » (1).

Bref, les prédécesseurs immédiats de Corvisart étaient d’abord des anatomistes : ils étudiaient l’appareil circulatoire avant tout du point de vue anatomique, et la clinique n’était que l'accessoire. Pour Corvisart, elle devient l’essentiel.

Son « Essai » ne comporte pas d'étude préliminaire sur d'anatomie et la physiologie du cœur ; de plein-pied il entre dans l’étude des maladies du cœur, en se laissant guider par l'observation des malades : c'est véritablement faire œuvre de clinicien.

I. Un Discours PRÉLIMINAIRE n’a d'autre but que d'établir la réalité et la fréquence des maladies organiques du cœur et à juger d’après la véritable passion qu'il y apporte, ses contemporains ne devaient pas être de cet avis. Sénac s'était contenté, nous l’avons vu, de dire ces maladies plus fréquentes qu'on ne le croit. Avait-il convaincu beaucoup de médecins ? On en peut douter quand on voit Corvisart longuement rechercher, dans ce discours, les raisons qui ont fait méconnaître des praticiens de telles maladies. « J’avance sans hésiter, écrit-il, que les maladies organiques les plus fréquentes, la phtisie pulmonaire exceptée, sont celles du cœur. et j’affirme que cette maladie s’est offerte. cent fois plus fréquemment à mes recherches que les autres

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(1) In Préface de l’Essai des Mal. du cœur, p. XIX.

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tant dans l'hôpital de la Charité que dans la ville... et si, comme je crois qu'il est prouvé dans cet ouvrage, la plupart des asthmes, des hydropisies de poitrine, des leucophlegmaties, etc... ont pour cause une maladie de cœur ; si la méprise, à cet égard, est commune dans les asyles publics et tout aussi fréquente peut-être dans la pratique particulière, on peut en conclure hardiment que la mort par affection organique du cœur est bien moins rare que celle par lésion du cerveau, de l'estomac, du foie, de la rate, des reins, etc... peut-être même prises ensemble » (1).

Il devine le rôle des influences héréditaires quand il montre pour le cœur du fœtus « que les principes d'orientation et de trouble entravent déjà son action, soit par la nature des humeurs qui lui sont envoyées, soit par les influences morales de la mère... action trop sûre pour en déranger l’organisation ou du moins pour jeter les fondemens d’une désorganisation future ».

Chez le nouveau-né, il accuse « les changements organiques qui s'opèrent dans le premier temps, tels que l’occlusion du trou ovale, l’oblitération du canal artériel, le développement de l'artère pulmonaire » et surtout il va mettre en relief les innombrables facteurs physiologiques où pathologiques devenus, la vie durant, autant de causes de fatigue cardiaque : d’un côté « les cris, - les vagissemens de l'enfance, les ris, les pleurs, la danse, la course, le saut, la lutte, l'escrime, l’usage des instrumens à vent, la lecture, la déclamation, le chant, l’acte

(1) Discours Préliminaire VL,

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et les excès vénériens ; a efforts de lous genres, la toux el les autres affections morbifiques des organes de la res-

piration, l’action musculaire, les influences atmosphé-

riques » — et d'autre « la nature ou l’abus de mille alimens ou assaisonnemens divers, des boissons fermen-

tées, des virus, des émanations, des méliers ». Si nous trouvons dans cette liste toutes les causes favo-

risantes des cardiopathies encore tenues pour valables au

jourd’hui, il faut reconnaître cependant qu'il manque à ce chapitre d’étiologie les causes infectieuses. Quant

« aux virus » dont parle Corvisart, on aimerait savoir

ce qu'il entend exactement par ce terme dont il souligne

lui-même l'importance. Cette notion de « virus », de causes extérieures et mystérieuses venant. frapper le cœur, nous paraît une idée neuve pour lors, et presque un pressentiment. |

Là où Corvisart reste bien de son temps, c’est quand il met au rang des principales causes des cardiopathies les « passions » qu'il stigmatise en termes définitifs, al-

lant jusqu’à appeler à son secours l’observation elle-mê-’

me : « je ne suis pas le seul médecin, dit-il, qui ait pensé que les lésions organiques du cœur ont été plus fréquentes dans les horribles temps de la Révolution, que dans le calme ordinaire de l’ordre social ». Corvisart hé-

rite ici des idées de Sénac, et, s’il a su séparer les trou-

‘bles fonctionnels cardiaques des cardiopathies organi-

ques. il en reste à l'hypothèse d’une lésion organique

créée par « des causes morales, des passions ». Comme Sénac encore, notre auteur demeure persuadé

de la gravité tout exceptionnelle des cardiopathies, « con-

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tre l'attente peut-être de quelques-uns de ceux qui liront cet ouvrage, on trouve presque partout le fatal prognostic de la mort. Il est possible de prévenir quelquefois la maladie, je Le pense, de læ guérir, jamais ».

Et il ajoute une note où s’accuse encore soh scepticisme thérapeutique, marqué d’ailleurs au coin de:la plus exacte observation : « je sais qu’il y a des médecins qui eroient avoir guéri des maladies de cœur ; si elles n’étaient point encore organiques, je le crois, il s’en trouve des exemples dans cet ouvrage ; si elles l’étaient devenues, j'en doute fort, et la preuve principale manquera toujours ».

Tel apparaît donc le plan de Corvisart : décrire les maladies organiques du cœur, et trouver les signes qui leur sont propres, permettant de les différencier des simples désordres fonctionnels.

Pour le reste, à quoi sert dé remonter à la cause ? elle est d’essence si diverse ! et que faire contre les « pas-

ions », causes les plus fréquentes et les plus sûres ? que servirait enfin d'entretenir quelque espoir en la guérison, puisqu'il n’est pas de médicaments !

Il faut reconnaître que, réduite par son scepticisme à la pure description clinique, l’étude du mal du cœur, telle qu’il la mise sur pied, suffit à la gloire de Corvisart.

IT a suivi un ordre dans cette description ; c’est une division anatomique et, s’il s’en excuse, c’est fort habilement : « cet ordre est, à la vérité, plus anatomique que médical ; mais, si on réfléchit bien sur l'essence des maladies organiques, on doutera, avec moi, qu'aucun autre ‘soit plus convenable ».

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