‹ Corvisart et la cardiologieChapitre 20 sur 26 · PARA · texte numérisé non relu

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l'écran radioscopique, nous passerions souvent encore

à côté de tels anévrysmes ; et jusqu’à ces dernière an-

nées, les seuls anévrysmes aortiques diagnostiqués sur le vivant étaient ceux décrits par Corvisart. nr

Querellons d’abord notre auteur ; il sépare, comme on faisait alors, les vrais et les faux anévrysmes. Les vrais sont dus à la seule dilatation de l'aorte, les faux sont ceux où une seule tunique est dilatée, les autres étant rompues. Il veut apporter quelque lumière nouvelle dans l’histoire, qui lui paraît embrouillée, de ces faux anévrysmes, et il suggère que ces anévrysmes « loin de se développer de dedans en dehors par la dilatation d’une ou de toutes les tuniques artérielles, se formeraient au contraire du dehors en dedans par une sorte d’érosion, d'usure de ces mêmes tuniques ».

Il est bien probable que ces « faux anévrismes » étaient tout simplement des ectasies ayant déjà usé une part de l’armature aortique ; et Corvisart, pour une fois, s'égare.

Pour l’anévrysme vrai de l'aorte, il l'étudie fort bien : d'emblée, il en marque le terme fatal, la rupture.

Mais nous sommes surtout intéressés par le chapitre où se trouvent étudiées « les causes des anévrismes de l'aorte ».

On voit, une fois de plus, Corvisart appliquer sa mé-

thode, toute d’ordre et de clarté ; il ramène à deux grands chefs les causes des anévrysmes : d’une part, les causes tenant aux « dérangemens de la circulation »,

d'autre part celles tenant à la désorganisation du vai

seau lui-même. Bref, il accuse des altérations du conte-

nu comme du contenant.

« Les dérangemens de la circulation » peuvent, à son sens, engendrer des anévrysmes ; et il tente de prouver que l'augmentation de la « force impulsive du cœur, ou les obstacles apportés au cours du sang au-delà du point où il se dilate », jouait un rôle valable. On le voit cependant apporter quelque réserve quand il donne «l’histoire d’un anévrisme de l'aorte qui paraît pouvoir être attribué, du moins en partie, à cette cause ».

Il insiste davantage sur les lésions de la paroi aorti- . que, et avec un peu de bonne volonté, on pourrait faire prophétiser Corvisart, puisqu'il met au nombre des

causes qui peuvent déterminer une désorganisation des

parois du vaisseau, non seulement « les efforts violens, les coups portés sur l’extérieur de la poitrine, les efforts de la toux... » mais aussi « le transport et la fixation d'un vice morbifique sur les parois de l'artère ». En vérité, il donne autant d'importance et peut-être plus aux Causes mécaniques qu'à celles nommées par nous

infectieuses.

Mais nous voulons mettre en valeur le bon sens du clinicien, quand il écrit : « Plusieurs observations autorisent à penser que le virus psorique, scorbutique, ténérien, peuvent, sinon causer des dilatations anormales, au moins introduire dans le corps humain une singulière disposition à ces affections. Des faits sans nombre déposent en faveur de cette opinion ».

Tandis que Corvisart note, comme d’autres, cette

coïncidence de la vérole et des anévrysmes, n'oublions

pas que ses successeurs ne S en souviendront plus, ei, en 1865, Luton écrit : « L'action de la syphilis est moins bien démontrée », et il en conclut au rôle entr des « efforts et des traumastismes répétés » (1)..

« Quand on vient à la description clinique de l’anévrisme de l'aorte, on est frappé de la justesse des observations. |

Corvisart connaissait aussi bien que nous les différences dans la difficulté du diagnostic entre l’anévrysme qui «se présente à l’œil et au toucher du praticien », et celui qui, ne faisant pas tumeur au dehors peut être confondu avec « certaines autres affections de la poitrine ».

Il décrit le frémissement que l’on peut percevoir au niveau de la poche anévrysmale ; il le nomme bruissement, comme la sensation semblable qu'il décrivait déjà dans le rétrécissement de l'orifice mitral. Mieux encore, il note qu'on perçoit cé bruissement « au-dessus du lieu où se trouve naturellement placé le cœur, cet organe battant dans son lieu ordinaire ».

Ce sont « les deux cœurs dans la poitrine », comme on l’a dit plus tard... Et tous les autres signes qu'il donne sont exacts : « l’obscurité du son que rend la partie supérieure et moyenne de la poitrine lorsqu'on la frappe, la petitesse du pouls et son irrégularité dans cer-

tains cas, d’autres fois son inégalité sur les deux bras,

sont autant de phénomènes que l’on peut compter au.

SALE EU Dictionnaire de Méd. et Chirurg. pratiques. 1R65, t 2 p. n à * t « * D ?

nombre des signes en quelque sorte pathognomoniques des anévrysmes de l'aorte » (x), Et encore ce ne sont là les signes que des anévrismes ” profonds : s'il y à véritablement tumeur artérielle visible et palpable, alors le diagnostic s'impose, dit Corvisart : « le plus souvent, on y sent, et même on peut y apercevoir des battemens isochrones à ceux du cœur, d'autres fois des bruissemens particuliers qui ne peuvent appartenir qu'à une tumeur artérielle, surtout si l'on sent, comme il arrive presque toujours, le cœur battre dans son lieu naturel, outre les battemens que | fait sentir la tumeur de l’aorte dans un autre point de la poitrine » (2).

Les compressions, dont La plus commune est celle de la trachée, l’usure incroyable du plastron osseux, les ruptures et leurs hémorragies foudroyantes ; toutes ces complications mécaniques des anévrysmes sont traitées.

VIH. Les corRorLAIRES. — L'ouvrage de Corvisart se termine par des GCorollaires, où l’auteur revient sur zes diverses affirmations, les reprend, précise les points de détail. C’est ici qu’il insiste sur la valeur séméiologique et diagnostique de la percussion. « Dans le rang des moyens extérieurs de reconnaître les affections de l'or. gane central de la circulation, On doit accorder une place distinguée à la percussion de la poitrine... Tel est même le degré de précision de ce moyen que souvent j'ai pu déterminer, avec exactitude (l'ouverture des ca-

(1) Essai sur les Malad. du Cœur. p. 345.

{2) Essai snr les Malad. du Cœur, p. 349.

davres l’a prouvé) le degré de dilatation du cœur, en le mesurant, pour ainsi dire, sur l'étendue des parois de la poitrine... Combien de fois après la mort des sujets, n'ai-je pas été à portée de reconnaître la vérité du diagnostic, qu’à l'aide de la percussion j'avais établi ! »

I1 discute les mérites comparatifs de cette percussion et de la « pression abdominale », autre mode d'exploration proposé par Bichat, et que notre auteur dit être infidèle. Mais, de plus, c’est dans ces corollaires qu'on trouve an-

noncée la traduction de l’ouvrage d’Avenbrügger, en

ces termes : « Je donnerai au public, après cet ouvrage, une traduction nouvelle de celui d'Ayenbrügger, avec des commentaires très étendus. Elle sera sous presse au

moment où celui-ci paraîtra » (1).

Cest ici le lieu de noter combien la composition et le

plan de l’ouvrage de Corvisart paraissent singuliers.

Nous demanderions aujourd'hui une description où tou-

tes les parties fussent ajustées dans un certain ordre ; nous aimerions voir décrire les maladies du cœur à leur début, puis aux diverses phases successives, tandis qu'ici cet ordre n'est suivi que par endroits. Pour certains chapitres il faudra chercher dans le discours préliminaire, dans le traité lui-même, dans les corollaires, des fragments séparés. C’est dans cet appendice qu'on voit brosser un tableau de diagnostic des affections organiques cardiaques avec celles du poumon, avec les hydropisies

de poitrine. Il est pour le moins curieux de voir citer les

(1) Essai sur les Malad. et les Lésions organiques du Cœur (coroll., p. 377), note.

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