‹ Corvisart et la cardiologieChapitre 22 sur 26 · I. Acquisition dues à Corvisart · texte numérisé non relu

I. Acquisition dues à Corvisart

De ce que nous avons rapporté plus haut, il résulte qu'à proprement parler la Cardiologie n'existait pour ainsi dire pas avant Corvisart. L'un des plus grands services qu’il aura rendus, c’est d’avoir créé la séméiologie cardiaque : la différence entre affections cardiaques et pulmonaires deviendra possible. Mais surtout l'œuvre de Corvisart apporte quelques faits d'ordre général qui ré- -gissent encore notre Cardiologie :

1) La séparation des troubles fonctionnels et des maladies organiques du cœur. On voit Corvisart constamment préoccupé de cette distinction. Palpitations, dysp-

née, syncope surviennent en dehors de toute lésion organique du cœur : il le sait. La difficulté étant d'établir les critères nécessaires à cette différenciation, Corvisart les cherche dans les signes physiques, et il devient séméiologiste.

2) L'emploi, le perfectionnement de la percussion et

la critique des résullais oblenus, voilà, on le sait, un

des grands titres de gloire de Corvisart. Il s’agit ià d’une étape : pour la première fois, on explore de près les malades, et de la percussion immédiate de Corvisart à l’électro-cardiographie, il n'y a qu'une suite logique de progrès. à F

Il est d’un bel effet oratoire de prétendre, comme fit Peter dans une de ses leçons, que Corvisart dénatura l'invention d’Avenbrügger, puisque ce dernier préconisait la percussion médiate et limitée et de s’écrier (1) « Chose plus bizarre encore ! Corvisart, pour en connaî-. tre la force, écoutait les battements du cœur, et il ne sut pas en entendre les bruits ». Mais, en vérité, autant Teprocher à Laënnec de n'avoir pas inventé la radiologie !

Nous pensons qu’il y a dans ces deux progrès le germe de tous les autres.

Pour affirmer en effet la fréquence des maladies organiques du cœur, notre auteur se fondait sur les lésions trouvées à l'ouverture des cadavres : après Morgagni il faisait la part belle à l’anatomie pathologique ; il déclare même dans son ouvrage qu’on ne peut s’en passer. Peter

aura beau écrire : « Un écueil se présentait, qu’on ne sut

(4) Leçons de Clinique Médicale, Asselin édit. Paris 1879, p. 2.

7 Las.

2 98 se pas ‘suffisamment éviter : ce fui de confondre la lésion avec la maladié…. (1) » : il n’en reste pas moins que tout ce que nous savons actuellement de médecine trouve sa racine dans la correspondance des signes cliniques aux

lésions organiques. TRUE

Pour avoir, la percussion aidant, créé la séméiologie

cardiaque, il fut donné à Corvisart de faire le premier des diagnostics en matière des maladies du cœur, et il y avait 1à quelque chose de tellement étonnant, que la surprise se retrouva chez tous les contemporains et jusque chez Cuvier. | |

Mais trois découvertes nous paraissent avoir été encore plus fécondes, du point de vue cardiologique pur ; il s’agit de : |

1) La distinction établie entre anévrysmes actifs et anévrysmes passifs du cœur, c’es-à-dire entre hypertrophie et dilatation.

2) La distinction des 3 périodes successives au cours de l’histoire clinique des anévrysmes du cœur, c’est-à-

dire au cours des états de défaillance cardiaque.

Si

3) Le lien de cause à effet établi entre les lésions des orifices valvulaires et la défaillance cardiaque.

A. La distinction entre anévrysmes actifs et passifs ne fut ‘pas à vrai dire acceptée par tous ; et notamment Portal, sans citer Corvisart, s'attaque à ceux qui tentent pareille descrimination. Le reproche qu’il fait, et que Beau reprendra un demi-siècle plus tard, c'est que les anévrysmes dits actifs correspondaient à un hyperfonctionnement du cœur : les anévrysmes dits pas-

(1) Leçons de Clinique Médicale, p. 8.

siis à une défaillance ; alors qu'au contraire il n'est pas rare de voir des cœurs en même temps hypertrophiés et défaillants,. querelle où les ‘ arguments sont uniquement d'ordre mécanique car on ne peut encore voir intervenir l'explication de J'atteinte-cardiaque par le rhumatisme. Peut-être d'autres que Corvisart avaient-ils déjà entrevu le rôle de l’hypertrophie cardiaque ; et däns le « Traité d’auscultation » de Beau, quelques pages curieuses sont consacrées à li discussion de la première observation où pareil fait fut signalé (r) ; elle serait de J. Mayow, physiologiste éminent du XVII siècle, et non pas de Blancard, comme il avait été dit, et Beau accuse formellement ce dernier auteur d’avoir copié mot pour mot l’observation de Mayow.

De toute manière, il est des cas où l’hypertrophie du cœur ne signifie pas seulement augmentation de la force de cet organe : un cœur hypertrophié peut être défaillant. Voilà le seul correctif que ses contemporains apportèrent à l’opinion de Corvisart.

B. La distinction des trois périodes se, succédant ‘au cours de l’anévrysme ou défaillance du cœur, appartient en propre à Gorvisart. [l reconnaît lui-même que ce n’est là qu’un schéma ; n'oublions pas que ce schéma est utilisé encore aujourd’hui.

C. Les lésions oriflcielles données comme cause de la défaillance cardiaque, voilà encore qui n'avait jamais été

soutenu avant notre auteur ; aussi est-on fort surpris de

(1) Edition, Paris 1856, p. 355.

= AUOE-=

lire dans « l'Histoire de la médecine » de Meunier «...Morgagni avait seulement déjà constaté sur le cadavre les lésions d’orifice. Corvisart va aussi en parler, mais il ne verra pas le lien pathogénique qui les unit aux affections du cœur ».

Il suffit, au contraire, de se reporter au « Traité des. maladies du cœur » pour voir établir comme nous l'avons. déjà souligné, le lien entre lésions orificielles et défaillance cardiaque, découverte tellement importante qu’elle est la base même de la cardiologie.

II, Ce qui reste de l’œuvre de Corvisart

Qu'est-il advenu de ces notions, nouvelles au moment où Corvisart les enseignait? On a définitivement établi Le cadre des lésions organiques du cœur ; par là, on s’est convaincu que Corvisart avait raison d’en soutenir l’exceptionnelle fréquence, contre ceux qui, comme Cuvier, insinuaient qu’à la suite de Corvisart les jeunes médecins ne rêvaient plus que lésions organiques cardiaques: !.…., N

On a sans doute séparé ‘définitivement aussi ces lésions des syndromes fonctionnels encore que bien des. problèmes de cet ordre restent en suspens, tel que celui de l’angine de poitrine.

A-t-on conservé quelque faveur à la percussion dans la séméiologie cardiaque ? Classiquement, oui ; en fait, on s’habitue peut-être trop à s’en passer, et tous les cardiologues s’en plaignent.Quand on peut bénéficier du secours de la radiologie, il est excusable de traiter la percus-

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