‹ Corvisart et la cardiologieChapitre 5 sur 26 · EX · texte numérisé non relu

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c'est essenticilement à l'étude de Corvisart cardiologue que nous désirons consacrer ce modeste travail.

Mais il nous faudra bien camper — brièvement d’ailleurs — l’homme, avant d'étudier le médecin ; et, à la lueur des travaux connus et de quelques recherches personnelles, nous nous efforcerons de dégager les traits principaux du caractère de Corvisart : peut-être comprendrons-nous mieux alors qu'il ait pu faire œuvre neuve et fouler des sentiers non battus.

Dans un autre chapitre, nous étudiérons rapidement encore les grandes étapes de la cardiologie de l’antiquité à l'époque’ de Corvisart. < Une mention spéciale sera faite de ceux qui furent ses précurseurs immédiats, Sénac et Portal, et nous verrons en quoi ils ont montré la voie à Corvisart, en quoi celuici les a dépassés de loin. £

Nous consacrerons ensuité une courte notice à l’'em-

ploi de la percussion, tel que Corvisart le reçut d'Avenbrügger et le vulgarisa, sans insister d’ailleurs, car cette. : étude déjà faite déborde le cadre de notre sujet. C’est en effet à l’analyse du « Traité des maladies organiques du Cœur » que nous consacrerons l'essentiel de ce travail : chapitre par chapitre, nous verrons Corvisart séméiologiste, clinicien, anatomo-pathologiste ras-. sembler les prémiers matériaux sur quoi se fondera la Cardiologie. Nous tâcherons de faire la part des erreurs inévitables dans l’état des sciences à la fin du XVIII siècle, ia part des vérités cliniques dont beaucoup ont cours encore aujourd'hui.

Il nous restera à situer brièvement Corvisart dans

l'histoire des maladies du cœur. Tâchant de démêler ce qu’il doit à ses devanciers, ce qu'il laisse à ses élèves, nous verrons que sa place est de premier plan, et que de lui date vraiment la clinique cardiologique.

Sans faire une fois de plus la biographie du médecin de l'Empereur, ni célébrer simplement le praticien aux diagnostics impeccables, nous tenterons ainsi de dégager son mérite essentiel, qui est d’avoir créé la clinique des maladies du cœur, mérite un peu trop oublié peutêtre, puisqu'on a pu dire, à juste titre, croyons-nous, que Corvisart avait fait pour le cœur ce qu'avait fait

Laënnec pour le poumon.

Les grands Traits du Caractère de Corvisart

Il ne nous paraît pas inutile de saisir dans l’histoire de la vie de Corvisart ce qui peut éclairer son caractère et. “expliquer l'esprit nouveau qu'il insuffla à la jeune école médicale, méthode bien connue des critiques littéraires qui font le tour de l’œuvre en partant de l’homme « du dedans vers le dehors », comme dit le jargon des esthètes

actuels.

Ne nous attardons pas à refaire une biographie de Corvisart, que d’autres ont déjà retracée. Il importe seulement de mettre en valeur les grands traits du caractère de notre homme : ils nous feront mieux comprendre son œuvre. |

Il se peut, dailleurs, que le tourbillon des événements de la Révolution, que l'envol des idées neuves, que le goût et la nécessité des improvisations aient influé sur un Corvisart mécontent de l’enseignement reçu et persuadé de l'insuffisance ou des erreurs de la médecine de son temps. |

Pourtant, il suffit de comparer quelques dates pour se persuader qu’il n’est pas un homme de la Révolution :

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il l’a traversée ; elle ne l’a pas fait de toutes pièces comme tant d’autres, et son esprit novateur, son scepticisme, il les affichait dès l’année 1782, où il présente ses thèses de licence ou encore en 1785, quand il donne, pour devenir D’ Régent, une thèse intitulée suggestivement : « Les agrémens de l’étude de la médecine et les désagrémens de la pratique ». “

Nourri aux dogmes médicaux classiques transmis par un XVIII siècle improductif, il en aperçoit d’erablée l'insuffisance ; il observe, il se fait des opinions propres et quand le renouvellement de tous les rouages sociaux au souffle de la Révolution lui donne la liberté de jeter bas les’ cadres établis, il affirme sa personnalité et fonde la médecine clinique à l’aurore du. XIX° siècle.

Les grands traits du caractère de Corvisart aident à comprendre qu'il n’ait pu se contenter des pratiques médicales pour lors usitées et fondées encore sur les doctrines hippocratiques. ; \

Le sens critique, l'indépendance, le don d’observation, le scepticisme : voilà les quatre traits saillants de son caractère. On les retrouve à tout moment de la vie

de Corvisart.

Le sens critique.

Il nous semble que le sens critique ait été la qualité essentielle de notre auteur. Il n’en fit pas montre de bonne heure, on le sait, et ses biographes ont dépeint l'enfant maussade, taciturne qui « écoule et réfléchit plutôt qu’il ne montre son savoir » (Hechemann). Peut-être est-ce en écoutant et en réflé-

chissant dès le temps du collège qu’il se fit des idées bien

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à lui, et peut-être apprit-rl ainsi dès l'enfance à juger, âge où l'on se contente d'ordinaire d'apprendre sans discuter.

Notons, chemin faisant, qu'un tel sens critique, il ne le tenait pas de son père : Maître Pierre Corvisart, procureur au Parlement, féru de peinture « ne se connaissait guère mieux en hommes qu’en tableaux » : il se ruinait en toiles sans valeur et s’obstinait à vouloir que son fils prit sa profession. | |

Le fils s'échappa de l’étude paternelle, la vocation médicale lui étant venue, dit-on, après avoir assisté aux lecons de Desault et d'Antoine Petit, les plus brillants

- professeurs de l’époque. à

Déjà son sens critique va s'exercer : il ne choisit pas

ses maîtres à la faculté, dont l'enseignement est devenu

= insuffisant et suranné

: d'emblée, il va dans les hôpitaux à la recherche de ceux qui le mettront en contact avec la réalité clinique : Desault, A. Petit, Desbois de Rochefort. H est attentif «aux démontrations anatomiques de Louis Bucquet, de Vieq d’Azyr ; il suit les cours de Portal.

Il semble que c’est Desbois de Rochefort qui lui avait donné le goût de l'observation médicale, qui lui ait aussi fourni l’occasion d'exercer ses dispositions critiques : dans les entretiens familiers où, avec ses élèves, ce bon médecin discutait diagnostics et médications.

Corvisart à 27 ans quand il devient licencié en médecine, en 1782, et l’une de ses thèses affirme cet esprit

critique dont il ne se départira plus : elle se propose d’étudier si « la pléthore suffit pour produire l’évacualion

menstruelle » et l'on voit Corvisart mettre en doute les

théories mécaniques trop simplistes, couramment adoplées.

Devenu Docteur Régent, c'est encore après avoir pré-

senté un travail frappé au coin de l'examen critique. Le

titre seul nous en est parvenu : « Les agrémens de l'étude de la médecine et les désagrémens de la pratique » ; nous y devinons cependant les premières déceptions d'un Corvisart tâchant de tirer parti des enseignements reçus, et s’efforçant de démêler (les causes de ce désaccord entre théorie et pratique. |

Et, dans le cours de sa vie, son sens critique avisé se retrouvera. Qu'il traduise Stoll ou Avenbrügger, qu'il

rédige son « Traité des maladies du Cœur », il com-

mente, discute, balaie les sornettes léguées par la tradi-

tion, réfute avec logique les erreurs, laisse en suspens les points douteux et confesse, quandyil y a lieu, son “ignorance. Pareillement, il désire vérifier sans cesse le bien-fondé de ses assertions et il confronte là trouvaille d’autopsie aux symptômes notés sur le vivant : c’est une méthode critique par excellence que cette méthode anatomo-clinique. | :

Mais que servirait un esprit critique sans aucun bon

sens ? Corvisart possédait cette qualité au plus haut point ; et si ses diagnostics, par leur assurance, semblaient à ses élèves tenir du merveilleux, c’est grâce à l'union de ces deux qualités maîtresses.

Les exemples que l’anecdote a transmis sont innom-

brables.

On se souvient de cette consultation qu’il eut avec Boyer chez un malade souffrant de l’estomac. « C’est un

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caiarrhe, dit Boyer. -— Non, c'est un squirrhe, riposte Corvisart ; voyez ce teint plombé, voyez cette maigreur | »

Et encore l'histoire de la vessie d'un vieux sénateur le malade est sourd, Corvisart et son ami Dubois explorent sa vessie et s'expliquent en toute liberté : « Tiens, un calcul ! s'écrie Dubois. —- Est-il gros ton calcul, demande Corvisart ? — Un atome, répond Dubois, gros comme une noisette, rond comme elle, et je le crois seul ! — Belle affaire ! poursuit Corvisart, et comment veux-tu que cet imperceptible gravier soit la cause unique de tout ce que nous voyons : cette maigreur, cette émaciation déjà si avancée, ce dépérissement si rapide, des organes... cherche bien, tu dois trouver un fongus, un ulcère, qui rendra compte de tant de désordres et mème de ton calcul... »

Frappé de ces réflexions, Dubois continue à promener la sonde. Tout à coup, il s'arrête et s’exclame : « Tu avais raison |! je trouve un corps moelleux et charnu, c’est ton fongus ».

Triomphe du bon sens et de l'esprit critique.

L'indépendance. -- [es sentiments innés d’indépendance permirent à Corvisart de mettre en pratique ses qualités, sans s'occuper de l'opinion, et surtout sans se laisser assujétir à rien. C’est un des points où tous ses historiographes s’accordent et l’on insiste toujours sur la dignité, la liberté, l'indépendance qu'il sut garder envers l'Empereur. Celui-ci ne l'en appréciait que da-

vantage, encore que parfois Corvisart ait peut-être dé-

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