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Le cœur, de fait, apparaissait un organe à part, quasi miraculeux, et les anciens ne portaient la main sur « l’organe sacré » que pour lui demander des oracles.
Une déférence semblable, confinant à la peur mystique, laissait subsister entier le mystère des foncions du : cœur : et voilà qui nous explique, sans doute, l’ignorance où l’on demeura tout particulièrement quant au rôle et aux maladies de cet organe.
C'est ainsi qu'avec Platon on se bornait à faire du cœur le centre de l'intelligence, des sentiments et des passions, de même qu'avec Arétée on situait au cœur le foyer de }’Ame et de la Force vitale. :
Hippocrate lui-même n'avait que des idées fort confuses sur le rôle du cœur et cette confusion sera soulignée plus tard par Sénac. Le père de la Médecine croyait en effet, à un flux sanguin, irrégulier et même de sens contraire dans les artères et le cœur, « source du sang », « n’est rempli, dit-il, que par les écoulements d’une source principale qui est le ventricule » (x).
Hippocrate avait donc reconnu un « mouvement dans le sang ; il regardait le cœur comme la source d’où naît ce fluide, et n’ignorait pas que les artères sont alternativement en action et en repos, que le sang qui y est renfermé a ur mouvement progressif, qu'il ne peut revenir dans les ventricules du cœur... » mais ce sont là « des semences dont il n'a pas recueilli le fruit » (2).
Quant aux lésions du cœur, il lés connaît mal, et, en
(1) Cité in Sénac, Tome Il, p. 4 (Traité de la Structure du Cœur
Paris 1749).
(2) Cité in Sénac, p. 3.
tous cas, elles sont pour lui fatalement mortelles. Peutêtre a-t-il, le premier, décrit la dilatation cardiaque, quand il parle d’un accident fréquent qu'il nomme « prolapsus cordis ad latus ». Ce cœur tombé sur le côté ne serait-il pas un cœur dilaté, repoussé sur le côté ? On peut se le demander, et Sénac serait prêt à le croire « s'il ne craignail pas d'attribuer à Hippocralte des connaissances qu’il n'a point eues » (x).
Bref, si nous insistons sur l’ignorance d'Hippocrate, en fait de maladies du cœur, c’est que des siècles durant, la médecine ne vécut que.sur son fonds et ne sut que ce qu'il avait lui-même connu.
Erasistrate, Hérophile lui-même, le plus fameux anatomiste de l’antiquité, ne firent aucun progrès dans cette voie, et de leur temps le mot « cardia » désign'ait encore indistinctement le cœur et l’estomac.
On vient à Galien, et là peuvent être saisis les premières races de l'observation clinique : il a, du point de vue physiologique, au travers d’une série d’aphorismes faux, donné le germe des découvertes ultérieures en avançant nettement que le sang « pouvait passer des artères pulmonaires dans les veines », maïs avant tout, il a insisté sur la péricardite, et, dès lors, la péricardite sera la plus connue de toutes les affections cardiaques.
Il a décrit les palpitations et la syncope par « inflammation du cœur », et il a cru au danger tout particulier
de cette « inflammation » pour les gladiateurs et .les athlètes.
(1) Cité in Sénac, p. 320,
dt 2
Il a enfin décrit une maladie, celle du médecin Antipater qui paraît bien comporter les différentes étapes de l'insuffisance cardiaque.
Cette époque fabuleuse, d’'Hippocrate à Galien, n'a donc accumulé que peu de notions exactes en ce qui concerne le cœur et ses lésions ; mais il appartenait à Galien de laisser dans ses ouvrages « les traces qu'on devait suivre » pour arriver à l'étude raisonnée des maladies du cœur.