‹ Cosima, ou, La haine dans l'amourChapitre 50 sur 55 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE DUC, puis JACOPO.

Le duc agile une sonnette d'or placée sur la table. Entre Jacopo. LE DUC.

Mes ordres ont -ils été exécutés?

JACOPO

Oui, monseigneur ; l'homme que Votre Altesse m'a commandé de faire arrêter est ici.

Comment vous êtes-vous emparé de lui ?

JACOPO

Au sortir de ses ateliers, à la nuit close, dans une rue déserte; personne n'a pu s'en apercevoir : on l'a amené ici couvert d'un capuchon.

LE DUC

Tenez-le dans le pavillon voisin ; traitez-le avec respect, mais ne le laissez pas sortir, quelques raisons qu'il vous donne, quelque prière qu'il vous adresse.

JACOPO

Votre Altesse sera obéie.

LE DUC

Avez-vous porté les lettres que je vous avais remises?

COSIMA 103

JACOPO

Oui, monseigne'T. Au coup de minuit, les personnes à qui elles sont adressées se trouveront ici.

LE DUC

Vous les tiendrez enfermées dans le pavillon avec messire Alvise, jusqu'à ce que je les fasse appeler.

JACOPO

Oui, monseigneur.

LE DUC

Quelle heure est-il ?

JACOPO, regardant l'heure à une pendule placée sur un socle.

A peine onze heures.

LE DUC

C'est bien ; allez au palais, vous trouverez dans la grande salle de danse le seigneur Ordonio Éliséi. Vous lui direz que je l'attends ici; ensuite, vous irez chercher la dame dont je vous ai parlé, avec les précautions que je vous ai recommandées.

JACOPO

Oui, monseigneur.

11 sort.

LE DUC, seul.

Non! je ne pouvais pas m'en rapporter aveuglément à la parole d'une femme que le dépit et la jalousie égarent peutêtre ! je devais me préserver aussi de la fascination que sa jeunesse et sa beauté exerçaient déjà sur moi. Insensés que nous sommes ! à quoi tiennent nos serments et nos résolutions ? Si la comtesse lisait dans mes pensées en cet instant... Allons ! il s'agit de faire le souverain et de tenter une épreuve... (souriant) dans laquelle le cœur du jeune homme n'est pas non plus tout à fait désintéressé... Quelle folie est la mienne 1 (H redevient sérieux.) Je travaille à rendre cette jeune femme à son mari, à ses devoirs, et, malgré moi, je souffre en songeant qu'elle a menti peut-être, et qu'Ordonio ne s'est pas vanté en vain d'être son amant !... Lequel des deux me trompe ? Il lui a écrit ce soir, j'en suis certain, et il a reçu d'elle la promesse

de venir au rendez-vous qu'il lui demandait. Y vient-elle de gré ou de force ? Ordonio, un lâche, un fat, un calomniateur?.. Ah! les princes sont bien malheureux! On porte devant eux le masque du caractère qu'ils aiment, et, quand ils ont le dos tourné, on le jette... Ordonio! il m'en coûtera de ne plus croire en toi... et pourtant je tremble que tu ne m'aies dit la vérité!... Allons! l'honneur avant tout !...

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