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miraculeux 1 . Apres ce , ils montèrent sur ] eschaffault et s'assirent le duc et le métropolitain , là où le prince qui deuoit estre sacré se tenoit debout sur vn des bords de l'eschaffault , et lors le grand duc luy vsa de telles paroles : Père sainct , tu sçais que noz pères ont iadis par la volonté de Dieu , suyuant la coustume de leurs ancestres, resigné la principauté à leurs enfans aisnez , ainsi que le grand duc mon pere en vsa en mon endroict , lequel me bénit et estreina de sa grande seigneurie , ainsi que i'auois faict à mon fils aisné. Mais puis qu'il a pieu à Dieu que mon fils soit decedé , et que Demetrie reste seul de luy , que Dieu m'a laissé en sa place , ie le bénis deuant vous tous et à présent, et pour iamais , et inuestis de toutes mes seigneuries : toutes lesquelles il nomma l'vne après l'autre. Et après cela le métropolitain faict venir celuy qui deuoit estre sacré , et le fit agenouiller , et le bénit auec la croix : puis fit reciter au diacre
i Premier métropolite de Moscou, mort en 1326
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quelque oraison. Ce pendant il pria auec le prince , tenant la teste inclinée ( mais en son séant) puis haulsant sa voix , et estendant sa main sur le prince , dist l'oraison qui s'ensuyt : Seigneur nostre Dieu, qui es roy des roys et seigneur des seigneurs , qui esleuz Dauid ton seruiteur, par Samuel le prophète , pour roy sur ton peuple d'Israël , et l'oignis de saincte huile, escoute maintenant les prières de tes indignes seruiteurs et regarde du hault de ton sanctuaire sur ton fidèle seruiteur Demetrie que tu as esleu : haulse et maintien à ton peuple le roy que tu luy as choisy , et qui est racheté par le tresprecieux sang de ton fils nostre Seigneur. Oings le de l'huile de liesse , et le defens auec le bras de ta puissance , ornant son chef de pierres précieuses et exquises , luy donnant vie longue , et à sa dextre le sceptre royal. Assieds le, Seigneur, sur le siège d'équité , et l'enuironne de toutes les armures de Iustice, le fortifiant de ton sainct bras, et luy assubiectissant toutes les nations estranges , si que son coeur soit tout
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en toy, et en ta crainte, et qu'il t'obeisse en toute humilité. Destourne le de toute foy et faulse persuasion , et lui monstre le vray obseruateur des commandemens de la saincte Église vniuerselle , à fin qu'il puisse^ iuger son peuple en iustice i et garder équité et faueur aux pauures et qu'il conserue les enfans du disetteux , et obtienne en fin la vie éternelle. Puis dist plus haultement : Tout ainsi que la puissance est à toy , et le règne , ainsi soit la louange et la vertu à Dieu le Pere , le Fils , et le sainct Esprit , maintenant et au siècle des siècles. Et cecy finy , il commanda à deux abbez qu'on luy portast la barme , c'est à dire l'ornement du duc , qui estoit tout de velours , mais enrichy d'or et pierres précieuses , et tout pourfilé de grandes chesnes d'or toutes plates , et la pierrerie qui estoit mise par dessus : et le schapka , qui est le chapeau ducal , faict aussi de velours , attourné de lames d'or , de fort bonne grâce , lesquelles estoient liées comme flammes l'vne dans l'autre, et chargé aussi d'vne infinité de pierreries : de sorte
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qu'il y a peu de couronnes de roys , qui surpassent ce chapeau en richesse. L'archeuesque ayant cecy en main , le donna au duc , puis bénit le prince , et le grand duc vestit son successeur de ce manteau : et ce pendant le métropolitain dist : Paix soit à tous , et le diacre : Prions Dieu , Seigneur, et l'archeuesque dist encor ceste oraison : A toy seul roy éternel , à qui la terre faict obéissance : enclinez vous trestous et priez auec nous celuy qui a le règne sur toutes choses. Conserue , Dieu , souz ta sauuegarde , ce prince, et le maintien en son royaume , à fin que tousiours il face ce qui sera bon et bien séant. Fay que de son temps la Iustise reluyse, et qu'en amplifiant son domaine , nous viuions en paix souz luy. Puis cria à haulte voix : Tu es nostre duc et roy. Louange donc au Pere , au Fils , et au sainct Esprit , maintenant et au siècle des siècles , Ainsi soit il. Et lors le grand duc mit le chapeau ducal sur la teste de son successeur et le métropolitain le bénit au nom de la saincte Trinité : autant en firent l'arche-
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uesque et les abbez. Puis le duc et métropolitain firent asseoir le prince sacré , et ce pendant le diacre chanta les litanies. Et après il dist : Ayez pitié de nous, 6 Seigneur nostre Dieu , et nomma les ducs qui auoient été excellens en la prouince1. Et le prestre cria : Viue le bien aimé de Dieu , et fidèle seruiteur de Iesus-Christ , esleu et aimé de Dieu, Demetrie, grand duc deVvoldimerie, Nouogardie et grand seigneur de toute la Russie. Et cecy estant répété par le choeur plusieurs fois, tous les prélats furent sa-
i Quoique l'Église russe ne reconnoisse pas en théorie le dogme du purgatoire , elle ne célèbre pas un seul office sans lui rendre réellement hommage et nulle part la prière pour les défunts n'est aussi entrée dans les mœurs qu'en Kussie. Anciennement, il y avoit une administration particulière, le Ponafidnci Prikaz , qui n'avoit pour toute charge que de tenir registre de tous les anniversaires des tzars et grands princes décédés et d'avoir soin d'expédier des ordres à l'avance aux différentes églises de l'empire afin qu'on y commémorât chacun des anniversaires par un service funèbre approprié. V. La Russie du XVIIe siècle, par le prince E. Galitzin. Paris, 1855 , p. 53,
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luer le duc et s'incliner, comme faisans hommage , deuant le nouueau prince : et après ce le métropolitain l'exhorta à craindre Dieu , à obéir à son ayeul , d'estre soigneux du salut de tout le peuple et luy promit que le clergé seroit en oraison continuelle pour sa prospérité, et soudain on chanta la messe en leur langue, d'vne estrange façon. La quelle finie, le nouueau duc fut mené en l'église Sainct-Michel, où sur le pont on ietta près de luy trois fois certaine espèce de monnoye, qu'ils appellent Dengez : et puis fut benist près le tombeau de ses maieurs, et de là fut conduit au temple de l'Annonciation de la pure vierge Marie, où aussi il fut benist, et puis il se retira au palais, où il fit le banquet à la pluspart du clergé et des barons de sa principauté. Ayant tout observé selon que leur monstra le maistre des cérémonies, le lendemain le prince print sesvestemens communs, sans superfluité, sa grand'robbe ceincte, qui luy trainoit iusques aux talons, toute fourrée de peaux riches, son bonnet hault eleué, sen~
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tant son Tartare, et son saye qui luy estoit fort long, le tout fourré. le vous ay mis cecy en auant à fin que chacun voye et congnoisse que le Moscouite n'est 'point aussi infidèle qu'on le crie, ains vray chrestien\ comme verrez mieux par ce qui s'ensuyt de sa religion et obseruation seuere en icelle. Les Russiens se vantent que auant Olha, qui fut nommée Heleine, et Vvoldemere, qu'ils disent Basile, et tous deux Saincts, ils auoient reçu la foy et auoient été benist par sainct André apostre, lequel estoit passé de Grèce iusques au fleuue Borysthene, et que là il
1 « C'est que l'Église catholique , ainsi que nous l'a signalée le plus éloquent des prédicateurs , n'a pas les bornes qu'on lui croit en la mesurant aux contours extérieurs de son existence visible. Partout même dans les branches ostensiblement séparées de leur tige primordiale , elie entretient une séve régénératrice et produit des effets dont l'honneur lui appartient. C'est elle qui est encore le lien du schisme , le ciment tel quel de l'hérésie ; ce qui y reste de substance et de cohésion vient du sang qu'elle y a répandu et qui n'est pas encore desséché, comme on voit des rameaux tombés à terre sous le tronc qui les porta conserver encore une végétation sensible a la lumière et à la rosée. » (6e Conférence de Toulouse. )
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paruint iusques aux montaignes, où a présent est la ville de Chyovvie, où il prescha et baptisa et predict qu'à l'aduenir il y auroit là force églises de chrestiens : puis de là s'en vint en Liuonie, et ayant faict le voyage de Rome, comme il fut en la Moree, iadis Péloponnèse, il fut condamné parLage Antipatre, proconsul à Patras, à estre crucifié. Ceste leur histoire n'est pas trop impertinente, et la cuyde estre véritable, veu qu'elle s'accorde si bien à la vérité du lieu, où ce sainctapostre fut martyrisé. Quoy qu'il en soit, c'est hors de doubte qu'ils sont chrestiens, iaçoit que séparez de l'Eglise catholique romaine. Mais la cause de la desunion est si maigre et fresle qu'il seroit aisé de les attirer à concorde, laquelle d'autres fois leurs princes ont demandée instamment : mais l'on dict que le pape fut trop rigoreux à sa response. Or obéissent ils au patriarche de Constantinople, et nonobstant ont ils vn métropolitain, qu'ils recongnoissent comme souuerain, et lequel ne bouge guère delà compaignie du duc, non plus que le mophti de celle du grand Turc :
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et ont des reuenus de certaines fermes, et quelques autres choses extraordinaires :
mais d'auoir villes ou villages, où ils commandent, il ne s'en parle point : car tout cela dépend de la volonté du prince, sans que nul ecclésiastique ayt iustice ne iu^risdiction aucune , fors au reiglement du clergé , où toutes les faultes criminelles passent sous la iustice du prince. Quelques yns du clergé sont si reformez et consciencieux qu'ils ne veulent vser de chair, s'ils ne sont subiects à maladie : et pareillement quelques moynes , qui viuent austeirement, selon leur reigle, principalement quelques vns de l'ordre de sainct Basile. Ils portent tout le reuenu en commun pour le profit et soutien du monastère , et sont si reformez ces moynes qu'ils ne fréquentent que bien peu auec les hommes : et ne sont point mariez , comme sont les prestres séculiers , voire ne le peuuent estre : et si sont subiects au commandement du prince. Il y a vne secte d'hermites entr'eux , lesquels sortans de ces monastères se retirent aux fo»
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rests et déserts : et sont nommez stolpniki , comme qui diroit habitans ès colomnes , à cause que leurs maisonnettes et cellules sont faictes comme colomnes , ou soustenues de pilliers : et viuent d'herbes et racines et des fruicts qu'ils trouuent par les terres : et ceux cy sont fort estimez et honorez par toute la Moscouie. Quant aux prestres qu'on appelle séculiers , ceux là viennent à telle dignité , à la façon des anciens , lesquels ont seruy à l'Eglise, et y sont venus ayant suivy le rang et ordre deuz en icelle. Et n'est nul faict diacre qu'il ne soit marié 1 : Toutefois
1 n Les prestres qui seruent à l'autel sont obligez de 3e marier, mais ils doiuent espouser vne vierge , et non vne vefue, ou vne femme de mauuaise vie, ou qui ait manqué à son honneur. S'il se rencontre que la nuict des nopces la femme du prestre se trouue n'estre pas fille , et que Von le sçache, on lui oste la dignité de prestre. Estant deuenu veuf il faut qu'il se contente de lire et de chanter, mais il ne peut plus seruir à l'autel. 11 ne se peut pas remarier non plus , à moins de renoncer à la prestrise et de se séculariser ; ce qui n'est pas bien rare parmy eux. » (Estats du grand duc de Moskovie, par le sieur Davity. Paris, 1660.)
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n'est il permis se remarier , car celuy qui se remarie demeure entre les laiz , là où celuy qui se contient en chasteté, bien qu'il ne puisse sacrifier pour sa grand' veillesse , si est ce qu'il assiste au sacre , et dans le choeur auec le clergé , et vit du reuenu de l'Eglise. Au reste , nul prestre peult sacrifier , baptiser , ou faire tel autre exercice de religion , sans auoir un diacre qui luy assiste. Et en plusieurs églises il n'y a qu'vn autel , à cause qu'ils disent que le sacrifice ne se doit faire qu'vne fois le iour. Et le prestre aux paroisses n'esloigne guère ou point son église , où il chante trois fois la sepmaine la messe : et sont soutenuz de quelques terres et possessions que les églises possèdent , lesquelles bien souuent sont entretenues de la seule libéralité du prince. Il y a fort peu d'oblations , à cause que ce peuple est auare : et toutefois si le prestre n'a de quoy viure , les paroissiens sont tenuz de luy fournir ses nécessitez. Aucun ne tient bénéfice qu'il ne soit prestre , et qu'il ne se tienne sur le lieu , s'il n'en veult estre priué
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tout soudain. L'habillement du prestre ne diffère en rien d'auec celuy du marié, non plus qu'ils sont differens en la couche et mariage, sauf que le prestre porte vn petit bonnet rond sur sa couronne , comme vne calotte parisienne , et puis vn autre grand pour se garder du froid : et chacun d'eux pour estre congneuz porte vn baston en sa main , qu'ils nomment possoch en leur langue , qui est faict comme vne croix : et le mesme font les prélats et euesques , lesquels sont accoustrez comme les moynes du mont Atbos , sauf que quelquefois il leur est permis de porter quelque robbe de soye , et ordinairement ont vn manteau dessus , tout noir , qui sur le deuant a des franges faictes comme petits ruisseaux. Au nombre et catalogue de leurs saincts ( car sur toute nation des chrestiens , ceste cy venere la mémoire des apostres , martyrs et confesseurs , et en faict et célèbre les festes) ils ont quelques euesques de Rome , lesquels ont esté deuant que l'Eglise grecque se separast de la catholique : mais les autres ils les détestent,
disaiis qu'ils sont schismatiques , s'esloi-gnans de l'institution des apostres et pères anciens , lesquels , après la conclusion du septième concile gênerai , ordonnèrent qu'on ne fist plus d'autres constitutions , et que celles qui estoient faictes suffisoient à l'Eglise : mais le Romain y résistant estoit excommunié , et pour autres raisons qu'ils disent. Et de cela ne se fault esbahir, attendu que toutes leurs actions et cérémonies sont venues des Grecs. Volontiers les Leuantins les appellent chrestiens de sainct Paul. Ils font leur seruice en langue grecque corrompue : et c'est pourquoy ils sont mal affectionnez , et l'ont esté de tout temps , comme ie vous ay ailleurs dit à l'Eglise romaine et latine1.
1 « Nous connaissons les préjugés qui existent en Russie contre le catholicisme. Nous savons combien ces préjugés séculaires sont fortement enracinés, et nous ne nous imaginons pas follement qu'il vont disparaître enquelques jours. Mais nous savons aussi que ces préjugés sont à peu près les seuls obstacles que nous avons à combattre. Toutes les fois qu'on approfondira la question , on verra qu'il n'y a aucune opposition entre une réconcilia^
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tien et les véritables intérêts du pays ; bien plus, tout le gouvernement , la nation , le clergé , l'Eglise russe ellemême, y trouveraient de très-grands avantages. Nous avons confiance dans la bonté de notre cause; nous avons confiance dans l'opinion publique en Russie. Cette opinion aujourd'hui nous est hostile , mais quand elle sera suffisamment éclairée , elle reviendra sur des entraînements passagers et saura les désavouer. Nous ne nous en cachons pas — dans notre confiance il y a beaucoup d'estime pour nos adversaires; nous nous attachons à leur faire connaître une question d'une immense importance et qu'ils n'ont jamais étudiée sérieusement. Nous ne sommes pas surpris de les voir opposés à notre manière de voir, mais nous ne désespérons pas de la leur faire partager un jour. — Il n'y a pas si longtemps , il se trouvait en Russie des hommes qui recommandaient à leur pays l'éloignement et l'hostilité à l'égard de tout ce qui venait de l'Europe occidentale. On a compris aujourd'hui que cet isolement n'était pas tenable , que la Russie ne pouvait accomplir ses destinées qu'en entrant franchement dans le concert européen. Cela est vrai pour les intérêts matériels, pour le commerce et l'industrie ; cela est vrai pour les intérêts moraux, les sciences, les lettres, les arts, la civilisation ; cela est vrai pour la politique ; tout le monde le reconnaît aujourd'hui; on finira par reconnaître que cela est vrai aussi , que c'est surtout vrai dans l'ordre religieux. Alors on désirera un rapprochement, on cherchera les moyens de l'effectuer, et on sera surpris de le trouver aussi facile. » (Réponse du P. Gagarin à la Revue de Posen.)