‹ Cosmographie moscoviteChapitre 9 sur 15 · ET MANIERE DE SACRER LEURS DUCS · texte numérisé non relu

ET MANIERE DE SACRER LEURS DUCS

n n'a peu sçauoir , qui furent les premiers, qui iamais se feirent seigneurs , et ont commandé en la Moscouie , Lituanie et

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vray de ces païs , veu leurs faultes et contradictions qui se trouuent en leurs liures. Mais du temps de Michel Paphlagon, ils apprindrent les lettres et characteres des Esclauons : qui a esté cause , que aussi ils en ont apprins la langue : car cest empereur leur enuoya gens pour les instruire en l'an du monde quatre mil neuf cens nonante' huict, et de nostre salut mil trente six. Ainsi il n'y a que cinq cens trente huict ans , que ces Moscouites ont congnoissance des lettres. Il est vray que lors ils mirent en escrit en leur langue russienne , ce qu'ils auoient apprins de pere en fils , et retenu de longue mémoire , touchant leur antiquité et celle de leurs princes : et sont ces annales fort différentes à plusieurs choses de mon histoire , traictant des roys et princes de ce peuple : comme du mariage de la fille du roy d'Angleterre , qui fut donnée à Iarislas , duc des Russieris , par le moyen du roy de Dannemarch , en l'an de grâce mil soixante huict : mais cela n'empesche, que la chose ne soit aduenue , quoy que le Russien la taise et

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et necongnoisse aucun prince ayant tel nom : mais il y auoit plusieurs roytelets , et de diuers noms , qui peult donner foy à l'histoire d'Angleterre1. Or, les Russiens, ou (si mieux aimez) les Moscouites , se disent estre descenduz de Iziaphetet des Esclauons, et leurs princes se vantent , que c'est des Romains qu'ils ont prins origine. Mais quant à moy, ie suyurai ce qui me semblera approcher de la vérité. Et au reste diray que suyuant leurs escrits mesmes , on voit qu'ils sont sortis des Vvandales , ou bien qu'ils en ont tiré leurs princes. Car ils tiennent que le

1 Thevet veut parler de Gytha, fille d'Harold , roi d'Angleterre, épouse d'un fils d'Iaroslaf I , qui lui-même épousa en 1019 Inguerlierde, fille de saint Olaf de Suéde, et donna en 1048 la plus belle de ses filles au premier roi de France du nom d'Henry. Touchant cette dernière, Thevet dit ailleurs : « Henry I fut allié par mariage à Anne, ou Agnes, fille de George, l'Esclauon, roy de Russie, de laquelle il eut trois enfans. Ceste dite royne estoit l'une des religieuses princesses qui fut onques en France. C'est elle qui fonda l'Eglise de sainct Vincent de Senlis, et bon nombre d'hospitaux , qu'elle doiia de tresbonnes rentes (ï , liv. 15, De la lignée saxonique de Hue Cajyet). »

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premier qui régna sur eux , estoit venu de Vvagrie ou Vvaregie , qui est pour vray le siège ancien des Vvandales , non loin de Lubec , et du duché de Holsate , en Allemaigne , près la mer Liuonique , ou Balthee. Ce qui se voit, par ce qu'encor ces Russiens appellent icelle mer Vuaretzkoïe morie , qui signifie mer de Vvaregie , qui est le sein séparant l'Allemaigne de la Prussie et Liuonie , et la partie maritime de Moscouie d'auec le royaume de Suece. Et ainsi par leur mesme confession , vous voyez que leurs princes ont eu autre origine que des Romains , l'empire desquels estoit desia en décadence, lorsque les Russiens ou Moscouites commencèrent de se faire valoir et d'empiéter aux païs septentrionaux terre et seigneurie de leurs voisins. Or, fault sçauoir que l'occasion , qui les feit esmouuoir à chercher prince , fut vne sédition qui s'esmeut entre eux , si grande que merueille , chacun voulant et taschant d'estre chef, ainsi que anciennement ces peuples barbares en eslisoient vn pour les conduire en guerre. Comme ils sont en ces

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disputes, et que desiail y auoit du sang espandu de toutes parts , il y eut vn gentilhomme du païs , plus amoureux de la paix , que conuoiteux de la seigneurie , homme sage, accort , et de grande authorité en la ville de Nouogarde , pour lors chef du païs , lequel les incita et exhorta de laisser toute discussion à part , et chercher plustost vn seigneur voisin , que se rompre la teste pour la principauté. Et leur mit en auant trois braues seigneurs vvaregiens, tous frères, afin qu'ils les appelassent , pour leur donner la superintendance de leur republique. Ce conseil de Gostomissel (ainsi s'appelloit ce bon homme ) fut escouté et mis en effect : ambassades enuoyees aux Vvaregiens , lesquels viennent et partagent ensemble les terres que on leur auoit données K Or furent tels leurs

1 « Un jour les Russes , rapporte Nestor, se dirent entre eux : cherchons un prince qui nous gouverne et nous parle selon la justice — et , pour le trouver, ils passèrent la mer, se rendirent chez les Varegues et dirent a leurs princes : notre pays est grand , tout y est en abondance, mais Tordre et la justice y manquent ; venez prendre possession de notre sol et de notre gouvernement. Trois frères Varegues réu-

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departemens. L'aisné, qui s'appelloit Rurick , eut la principauté de Nouogarde la Grande : Sinans second , eut le païs qui est autour du lac Blanc, qu'ils appellent Bieloiesero : et Tuuor eut la Plescouie. Et voilà comme ceux qui ont parlé des alliances de ces Russiens , s'abusent facilement , ne sçachant comme poursuyure leurs généalogies : iaçoit que Sinans et Tuuor mourussent sans hoirs. Et ainsi Rurick eut tout l'empire, duquel sortit vn fils nommé Igor , qui demeura fort petit enfant ; qui fut cause que Olech, parent proche du défunct print le gouuernement et le tint par l'espace de trente ans : et ayant couru la Grèce et mis le siège deuant Constantinople , et amplifié les bornes des Moscouites , il mourut de la cheute d'vn cheual , s'estant blecé à la teste :

nirent leurs familles et vinrent en effet occuper la Russie. » Telle est la genèse de la monarchie et de l'aristocratie en Russie : spectacle presque unique dans l'histoire, car on y voit ses hahitans aholir eux-mêmes leur ancien gouvernement démocratique, et le pouvoir souverain s'y e'tahlir du consentement unanime des citoyens.

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et alors Igor commença à régner, et alla en Asie , faisant des courses iusques à Heraclée et Nicomedie : mais il fut vaincu par l'empereur grec Nicephore , en Fan de grâce neuf cens soixante quatre : et puis circonuenu par les embusches d'vn Russien, prince de Drevulian , fut occis : tenant le siège à Rome Iean troisième , natif du mesme lieu, Lotaire en France, estant empereur des Latins , surnommé le Grand : et au temps que Estienne , roy de Hongrie , receut FEuangile. Et régna Svuatoslas , son fils, quoique petit enfant : mais sa mere Olha , manioit tous les affaires , laquelle tant par ruse que à guerre ouuerte , se vengea à son plaisir , de ceux qui auoient occis son mary , soubz prétexte de vouloir espouseï Maldit , prince de Drevulian : et leur imposa tribut , tel que à présent on paye, à sçauoir chacune maison de celle prouince estant tenue lui donner annuellement trois colombes et deux passereaux. Ceste dame vint (comme ils tiennent) à Constantinople , du temps de l'empereur Iean Zimisces, et receut le sainct

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baptesme auquel elle fut nommée Heleine. Et ainsi ce fut la première royne chrestienne de ce païs, laquelle en attira plusieurs , et entre autres Vvolodimere , son petit fils , qui estoit bastard de Svuatoslas : mais le prince son fils n'y voulut onc entendre. Il fut grand guerrier, et feit de belles conquestes. Car il vainquit les Bulgares , et passa le Danube , faisant mille maux en Hongrie , estonnant aussi l'empire de Grèce : de sorte qu'il auoit rendu tous ses voisins tributaires, iusques à contraindre les empereurs grecs de rachepter la paix à grand' somme de deniers. Et ce pendant sa mere mourut , que les seigneurs chrestiens enseuelirent honorablement , et l'honorent comme saincte , et célèbrent à présent sa feste l'onzième iour de iuillet, comme ils m'ont fait entendre1. Le

1 Baptisée à Constantinople en 957 par le patriarche Polyeucte , décédée en 969 , Olga est également vénérée par l'Eglise catholique. V. les Bollandistes , sept., t. TI. Nous ne pouvons pas résister a citer la page que ses vertus ont inspirée à Nestor. « Olga , dit-il, fut en Russie comme le présage du christianisme , comme l'étoile du matin qui devance le soleil , comme l'aurore qui présage la lumière.

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grand duc feit partage à ses enfans de ses terres : et puis poursuyuant la guerre , qu'il aimoit sur toute chose , fut enfin occis par Curez , roy des Pietzniges , lequel feit du crâne de la teste de Svuatoslas vne coupe et la feit enchâsser en or , y faisant grauer ces mots en substance :

Comme il rauist d'autre le bien , Il perd sa vie auec le sien.

Mort que fut ce vaillant prince , ayant laissé leropolche , et Olega , ses fils légitimes , et Vvolodimere bastard , leropolche , sollicité

Elle répandit le même éclat que l'astre des nuits et brilla , au milieu de ses compatriotes incrédules, comme une perle brilleroit dans un monceau d'ordures. Souillés de péchés les Russes ne se purifièrent pas comme elle dans les saintes eaux du baptême. Seule elle avoit dépouillé le vêtement taché du vieil homme Adam , pour prendre celui du nouvel Adam , qui est le Christ. Disons-lui donc en la glorifiant : Réjouis-toi , car tu as été pour nous le commencement de la connaissance de Dieu et de sa réconciliation avec ton pays. » — Elle est , en effet , la première en Russie qui soit entrée dans le royaume du Ciel et les Russes l'honorent comme leur devancière, car elle a pour eux invoqué la mort de l'Homme-Dieu.

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par vn de ses courtisans , court sus à Olega son frère, et l'occist, et se saisit de son royaume. Vvolodimere s'enfuyt vers ses ancêtres en Vvaregie : puis venant auec secours , il reprint ses terres que on auoit saisies , et occist le prince de Plescouie et ses enfans , à cause qu'on luy auoit refusé le donner Rochmide pour femme d'autant qu'il n'estoit point légitime : et enfin print son frère par ruse, et le feit mourir, exerçant de grandes cruautez sur les siens : Puis (quoy qu'il eust receu la foy chrestienne , sans estre baptisé) il dressa vne infinité d'idoles et print Rochmide et la femme de son frère decedé pour espouses , auec une telle compaignie de concubines , que ie ne sçay si Salomon en eut iamais autant. Mais estant fait paisible seigneur de toute la Moscouie , comme plusieurs le voyans presque sans aucune religion , le sollicitassent de s'arrester sur quelque opinion , à la fin la cause de Dieu vainquit , et enuoya en Grèce prier Basile et Constantin , empereurs frères , de luy donner Anne leur sœur pour femme , et qu'il

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se feroit chrestien auec tout son peuple : auec ce leur rendroit ce que ses ancestres auoient prins sur la Grèce. La chose estant accordée , il passa en Grèce où il fut baptisé et appellé Basile : puis ayant espousé Anne il rendit aux Grecs (selon sa promesse) les terres qu'il leur detenoit : ce qui fut fait en l'an du monde quatre mil neuf cens cinquante trois , et de notre salut neuf cens nonante vn. Et depuis la Russie a tenu la foy chrestienne , selon les coustumes et cérémonies de l'Eglise grecque. Et mourut ce grand prince, ayant régné quelques trente deux ans , estant morte sa femme Anne deuant îuy. Ce fut luy qui feit bastir la ville de Vvolodimerie , qui a esté vn long temps le siège principal de tout le païs : et est ce prince mis au nombre des saincts , et sa feste célébrée le quinzième de iuillet *. Apres son

i V. le Calendrier cT Assemani , Godescard, t. VI , $t principalement le précieux Spécimen Ecclesiœ Ruthenic/e , de Kulcinzkl, imprimé à Rome en 1738, qui contient les hymnes que l'Eglise a autorisé de ehanter en l'honneur de rce saint simillimo apostoli.

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decez , comme il eust plusieurs enfans de diuers litz , tout vint en contention , ligues , guerres , et esmotions , de sorte que Svuatopolche qui estoit duc de Chiovvie , fit mourir ses deux frères Boris et Cleph qui au baptesme auoient esté nommez l'vn David , et l'autre Romain : et sont honnorez comme martyrs , estant leur feste célébrée le vingt quatrième de iuillet Ainsi les affaires s'en allans en empirant, et comme les vns feissent mourir les autres , en fin Vvolodimere , deuxième du nom , fils de Sevuold , sorty de Svuatopolche , fut monarque de toute la Russie, et auoit à surnom Monomach. Ce fut luy qui le premier fit sacrer les ducs de Moscouie : et la façon nous le verrons cy après. Depuis la mort de cestuy iusques au grand Basile , les Moscouites furent tributai-

i Un concile tenu a Zamosc en 1720 s'est spécialement occupé du culte qu'il convenoit de rendre à ces deux jeunes martyrs, et les actes de ce concile ont été solennellement confirmés par Benoît XITI. V. Synodus Ruthenorum habita in civitate Zamosciœ anno MDCCXX. Rornse, 1838in-8<>.

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res aux Tartares , à cause que le premier , qui se voyoit foulé de son compaignon , se retiroit soudain au Tartare , lequel y mettoit celuy que bon luy sembloit , et toutefois les Russiens prenoient touiours les armes , pour s'oster le ioug de dessus les espaules : comme du temps du duc Demetrie , lequel vainquit deux fois en bataille le grand cam de Tartarie , nommé Mamay : mais le successeur d'iceluy appellé Tach tamisch cam , fît tel massacre de Moscouites , que les chemins estoient couuerts de corps morts par l'espace de plus de trois lieues , et print la ville de Moscouie et païs à l'entour : et ce fut enuiron Tan mil quatre cens quarante. Ainsi vous voyez combien long temps ce païs a esté sous l'obéissance des Tartares. Que si dorenauant vous lisez dans mon histoire que les Tartares ont couru la Polongne , ne pensez point que ce fussent les Moscouites , mais bien les suiects du grand cam , qui tenoit la Moscouie en bride , quoy que ce ne fust en repos. Car les ducs faisoient tousiours quelque reuolte, et prenoient des vil-

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les : puis y ayant mis garnison se retiroient à sauueté dans la profondeur des bois. Or Demetrie , qui fut vaincu si lourdement par les Tartares , laissa vn fils , nommé Basile deuxième, lequel osta aux Tartares plusieurs villes, occupa vne partie de la Bulgarie voisine de Vvolhie et en chassa les Tartares. Cestuy cy mourant ne voulut point que son fils Basile luy succedast , à cause qu'il auoit eu soupçon d'Anastase sa femme, mere dudict enfant , qu'elle se fust forfaicte. Et pour ce ordonna , que George son frere fust prince moscouien : ce qui fut faict. Mais les seigneurs du païs voyans le tort que le pere auoit faict au fils, le mettent au siège et le recongnoissent pour prince : mais George eut recours au Tartare, lequel neantmoins îetta sentance pour Basile et l'inuestit du duché. Ce que trouuant estrange George , feit guerre à Basile , et le chassa en Vglitz, que son pere lui auoit donné pour apennage. George estant prest à mourir , ordonna son héritier , non André et Demetrie , ses enfans , ains Basile , qu'il auoit expulsé. Les

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frères oyans cecy , assiègent la ville de Moscouie : puis prennent Basile , qui estoit dans un monastère dédié à sainct Sergie, et luy creuent les yeux. Mais la noblesse se mutina, et fît guerre contre André et Demetrie, restituant Basile tout aueugle qu'il estoit, en la principauté : lequel print prisonniers ses cousins, et les tint tousiours en captiuité. De ce Basile sortit Iean, des plus heureux princes, qui onc régnèrent en Moscouie, lequel fut le premier qui se fît appeller grand duc de Vvoldimerie et Moscouie, et monarque de Russie. Il eut de sa femme Marie , Iean deuxième, qui espousa la fille du Vvaiuode de Moldauie, nommé Estienne, celuy qui auoit vaincu en bataille Mahemet second, roy des Turcs, et Matthias, roy de Hongrie, et Iean Albert, roy de Polongne. Et en secondes nopceslean premier 1 ,

i Ce Iean premier est Ivan III surnommé le Grand, C'est a lui que la Russie est redevable de l'abolition radicale des apanages, de la conquête de Novogorod et de la restauration de son indépendance vis-à-vis des Tatars. En 1471 , il envoya à Rome une députation brillante pour

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espousa Sophie, fille de Thomas, roy de Moree : d'où sortirent cinq masles, Gabriel, Demetrie, George, Simeon, et André, ausquels il diuisa son héritage. Mais l'aisné mourant aiiant son pere, laissant vn fils nommé Demetrie, la grecque Sophie le fit fort tourmenter par le vieillard son mary, et en fin fut occis par les ruses de Gabriel son oncle, qui aussi auoit à nom Basile, lequel succéda à Iean son pere. Du règne de ce duc Iean toute la chrestienté estoit en trouble , et

négocier auprès du Pape son mariage avec la dernière des Paleologues et protester faussement de son intention de se réunir à l'Eglise. Consenties a cette condition . les fiançailles de la princesse Sophie avec le prince de Moscou furent solennellement célébrées en présence de Sixte IV dans la basilique de Saint-Pierre, le 1 juin 1472. Cette alliance , origine de la politique que Ton a prêté à la Russie, lui attira les regards de l'Europe : le Kremlin , à peine élevé, vit des ambassadeurs de l'empereur d'Allemagne , du Pape et du Sultan , des rois de Pologne , du Danemark et de la république de Venise. Ivan conclut des traités avec ces souverains ; il fit profiter son pays de la chute de la Grèce en accueillant ses émigrés , de la renaissance des lettres et des arts en Italie , en en faisant venir un grand nombre d'artistes.

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principalement les chrestiens d'Orient, qui se faschoient de voir les courses et pilleries que faisoient les Turcs, et les Mamelus d'Egypte en autres contrées, qui mettoient le feu partout où ils passoient. La désolation fut si extrême, que mesmes les Abyssins, Nestoriens, et Arméniens, pour auoir la vie sauue, furent contraincts de quitter la sainte cité de Ierusalem : ce qu'auoient faict auparauant les Latins et Grecs : mais toutes ces furies passées, furent tous rappeliez par la prière de Loys douzième, roy de France, qui luy enuoya de riches presens pour maintenir et conseruer les chrestiens en leurs priuileges et libertez. Ce prince Iean estoit fort vaillant et débonnaire, et si simple en habits, qu'il ne differoit aucunement de ceux des princes et seigneurs de sa cour. En ce mesme temps Iean auoit donné sa fille Heleine à Alexandre, grand duc de Lituanie, qui depuis fut roy de Polongne : d'où s'en ensuyuit de grandes guerres, et la perte de Lituanie, que le Moscouite print et se fit le plus grand que fust autre des siens, et bastit

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îa ville de Moscouie, et chasteau d'icelle, telle quelle est à présent, et comme ie vous l'ay descrite : toutefois estoit il tributaire aux Tar tares. Luy mort que fut, succéda Basile aux Estats. Ce fut luy qui print Smolenzko, par la trahison de Knez Michel • Liîiski, sur le roy de Polongne. Mais comme

il poursuyuoit sa victoire, et voulust enuahir toute la Lituanie , il fut vaincu par ses ennemis, qui auoient dressé l'artillerie en lieu couuert, vers lequel ils s'enfuyrent, ayans commencé à batailler, et les Moscouites les poursuyuans, furent si bien rembarrez, que la pluspart de leur armée fut mise en pièces, et les principaux capitaines faicts prisonniers. Ce prince Basile 4, quoy que fust malheureux en guerre si estoit il de bon conseil et haultes entreprinses, homme accort, fin, supçonneux, et qui ne laissoit aucune forteresse ou ville à ceux de son sang, tenant tous ses subiects en grande seruitude, et

i C'est à ce Basile que Thevet a consacré le soi-disant éloge qui termine cette réimpression.

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contraignant la noblesse d'aller à la guerre à ses propres cousts et despens, exacteur au possible, et tellement que les ambassadeurs, que ordinairement il enuoyoit ou à l'empereur Maximilian, ou depuis à Charles le quint, ou en Hongrie, ou au royaume de Polongne, s'en reuenans incontinent auec quelque riche présent à eux donné par les princes susdicts, comme est la coustume, ce duc auare leur ostoit, disant que cela s'adressoit à luy, et leur auoit esté donné au nom de Son Excellence : bien leur promettoit il de leur faire d'autres faueurs. Or de celer rien qu'ils eussent, c'estoit se filer vn cordeau, pour donner fin à leur vie. Quand ceux du païs, et de la compaignie de leurs ambassadeurs me racontoient l'histoire de ce roy, alors me venoit en mémoire la tyrannie, et manière de faire des roy s de Su, Maroque, Manicongre, Tremissan, Cap de Verd, et autres roys affamez d'Afrique et Ethiopie, qui voudroient auoir le bien mesme que l'on faict à leurs propres esclaues, comme i'ay veu souuente fois, estant au païs. Ce duc vsoit

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de puissance absolue, tant sur les euesques que autres, ordonnant du bien et de la vie de chacun à sa fantasie : et n'y auoit aucun qui eust osé dire du contraire, de ce qui luy venoit en la volonté. Aussi sont les Moscouites si amis et affectionnez de leurs ducs, qu'ils disent que la volonté de leur prince c'est celle de Dieu, et que tout ce qu'il faict, c'est de Dieu que cela procède, et pource ils l'appellent chambellan de Dieu, et l'exécuteur de sa diuine iustice et volonté. Tant y a qu'vn peuple si tyran et cruel mérite bien d'auoir vn tel prince , duquel est sorti Iean troisième1, lequel règne à présent, enmesme

i Ce Jean troisième est Ivan IV Groznoi, c'est-à-dire le Menaçant, né en 1529 , tzar dès l'âge de quatre ans , mort en 1584; c'est le prince qui a le plus longtemps et le plus barbarement (ce qui n'est pas peu dire) gouverné la pauvre Russie : « His Moscorum princeps Joannés Basiliades leges tyrannidis supra modum (justitia judicc) excedere videtur, qua non solum prœdecessores suos ( qui id secundum rnoreni et consuetudinem gentis faciebant) superavit, sed illos omnes tyrannes , qui ante et post Christum ad hac usque temporae fuerunt, utpote Neronem , Valerianum , Dionysium , Decium , Maximi~

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et pareille tyrannie que ses prédécesseurs. Et pour ce que i'ay dict qu'on sacre les ducs, i'en parleray vn mot en passant, après vous auoir dict de quels tiltres vse ce grand duc de Russie : veu que depuis Rurick , iusques à Basile troisième, ils se sont contentez du nom et tiltre de grand duc : mais ce Basile en ses lettres se disoit tel (aussi faict son successeur) Basile, grand seigneur, par la grâce de Dieu, roy et seigneur de toute la Russie, et grand duc de Vvoldimerie, Moscouie, Plescouie, Biurmie, Bulgarie, etc., seigneur et grand duc de Nouogarde en terre basse, de Resouie, Rostovvie, Bielozerie, etc. Encor l'appellent ils czar, qui en la langue russienne signifie roy : mais en esclauon, Polonois, Hongre, et Bohémien, sa signifîance emporte autant qu'empereur ou César. Car crall, ou kiraill, signifie à eux autant qu'à nous roy *. Aucuns appellent le

num, Julianumque et cseteros omnes. » {Guagnini Moscoviœ descriptio , p. 28 de l'édit. Starczewski , dédiée au comte Ouvarof.) i « Slavonica ea vox non significat Caesarem aut Impe-

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Moscouite, le roy blanc en esclauon : mais la cause ie l'ay sceuë, qui est que tout ainsi que le persan est appellé kisilpasso , ou caselbaz, pourceque son ornement royal qu'il porte en teste, est rouge, aussi le Moscouite est nommé blanc pourceque son ornement royal, qu'il porte en teste, est de telle couleur. Ce duc prend le nom de roy, escriuant à qui que ce soit, sinon au roy de Polongne, Mais il n'est aucun, qui l'honore de tiltre de roy, si ce ne sont quelques vns des siens, et ceux de Liuonie, à cause que nul empereur, ne grand pontife ne l'a couronné roy, comme il en est aduenu à ceux qui à présent portent ce tiltre honorable. Mais le Moscouite ne porte autre tiltre entre ses voisins que Vveliki Knesi, qui est à dire grand duc. Toutefois que, que ce prince soit si grand, riche et fort en guerre, iusques quasi, à contraindre le Turc de permettre que son prin-

ratorem , quemadmodum exterorum alîquî, ignoratione idiomatis mixtâ adulationi , lapsi , vocitare soient Magnum Moscovise Ducem; sed Regem. » (Kojalowicz , Hist Lituaniœ, II, 1. vu, p. 411.)

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cipal patriarche des Grecs, ausquels il est sub* iect, face résidence en toute seureté, auec tous ses moynes, à la ville de Constantinople (ce qu'il n'a voulu octroyer et permettre à nuls autres patriarches des églises d'Orient) si estce qu'il ne s'esuertue d'enuoyer ambassades à noz princes de pardeça, vsant de quelque libéralité aussi bien enuers eux, qu'enuers le prince mahometain. Nous auons veu l'année mil cinq cens soixante six, que ce prince Moscouite enuoya grand nombre de caualerie au camp du Turc contre l'empereur. Voila la pauureté où encore ils sont aueuglez, pour estre séparez de nostre Eglise. Du sacre duquel me fault parler a fin que ie vous tienne promesse. Ce duc Basile ayant esleu pour successeur Demetrie son nepueu, voulut le faire sacrer auant mourir, et pour ce vsa de telle cérémonie K En la ville de Moscouie,

i Thevet commet ici un anachronisme. Ivan III avoit eu de son premier mariage avec une princesse de Tvei un fils , celui-là même que notre cosmographe désigne plus haut sous le nom de lean deuxième , qui mourut en 1490 } laissant un enfant appelé Dmitri. Cet enfant , comme

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y a vn temple dédié en l'honneur de la vierge Marie, au milieu duquel on dressa vn grand

l'explique Levesque mieux qu'Oustrialof, devenoit l'héritier présomptif du trône; mais l'astucieuse Sophie, la seconde épouse du grand prince, voyoit avec la jalousie d'une belle-mère qu'un si riche héritage dût passer à la postérité de la première épouse , tandis que son propre fils , descendant de plusieurs Césars , n'auroit de la succession paternelle qu'un foible apanage. Elle fit valoir, en faveur de ce jeune prince , l'ascendant que l'amour lui donnoit sur son époux, et Ivan , séduit à la fois par la tendresse qu'il avoit pour sa femme et pour son fils, déclara celui-ci héritier du trône. Ivan se rendoit goupable d'une injustice : Hélène , mère de Dmitri , et ses partisans entreprirent de la détourner. Il lui persuadèrent que son épouse et son fils , impatiens de régner, avoient conjuré sa mort; on lui nomma la femme qui avoit fourni du poison à la grecque Sophie. Ivan les exila et , voulant assurer le trône à son petit-fils par une cérémonie publique, il le fit solennellement couronner en 1498. (C'est cette cérémonie dont Thevet va nous rendre compte eu appelant seulement à tort Ivan III Basile et Dmitri son iicpueu, au lieu de son petit-fils.) Mais une année ne s'étoit pas encore écoulée qu'il rappela Sophie , déclara de nouveau Basile son héritier, jeta Hélène et Dmitri en prison et fit retrancher leurs noms des prières publiques. Ce Demetrie, dont nous allons lire le sacre , n'a donc jamais régné et a misérablement péri dans les fers en 1509,

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eschaffault auec trois sièges : l'vn estoit pour îe duc, ancien ayeul du nouueau : l'autre pour le nepueu, et le troisième pour l'archeuesque. Puis on dressa comme vn pulpitre, qu'ils nomment Nolai , sur lequel fut mis Je chapeau et ornemens, que le duc portoit aux cérémonies, sans qu'autre montast sur cest eschaffault, que les trois susdicts, auec quelque prélat, et baron des premiers et principaux du païs , et le diacre, tous reuestus des habits propres chacun à sa qualité , l'homme d'église avec sa chasuble , comme nous en vsons , auec la croix et sainct huile , et les nobles le plus pompeusement et richement qu'il leur fut. possible pour honorer celuy qui vn iour leur deuoit commander. Comme donc le duc et son successeur entrassent dans l'église auant que monter sur l'eschaffault , les diacres chantoient à haulte voix paroles de souhait pour la vie et prospérité du duc. Et après l'archeuesque auec tout son clergé chanta l'oraison à la vierge Marie et à vn sainct Pierre confesseur , qu'ils appellent

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