‹ Cosmographie moscoviteChapitre 12 sur 15 · ET DE L1ÉGLISE MOSCOVITE · texte numérisé non relu

ET DE L1ÉGLISE MOSCOVITE

sept cens octante neuf, souz pape Adrian premier, il fut ordonné du contraire de l'opinion des Grecs. Mais n'est aucun qui ne s<jache qu'en icelle on ne traicta que ceste procession du sainct Esprit, et du Pere et du Fils : et furent excommuniez et chassez ceux qui tenoient que l'Esprit procedoit du seul Pere, ainsi que «font les Grecs etMoscouites1 , et ceux aussi qui vouloient oster les images des églises. Bien confesse ce prélat russien que de ce concile est sortie la desunion et discorde des Eglises d'Orient d'auec l'Eglise de Rome. Ce qui nous faict voir que les Grecs, ayans corrompu les textes des canons , ont de ceste corruption gasté leurs cathecumenes , tout ainsi que iadis vn de leurs empereurs gasta les Goths auec le Arrianisme, lesquels auoient demandé le baptesme et instruction en la doctrine chres tienne. Or l'autre erreur, sur lequel ils nous accusent, c'est

l V. sur cette question, aussi facile que les autres à être vidée, l'irréfutable travail que le P. De liuck vient de donner sous le modeste titre d'Essai de conciliation stir le dogme de la procession du Saint-Esprit.

pource que nous ieusnons le iour du samedy, ou abstenons de manger de la chair : car ils tiennent cela comme chose abominable. Dauantage ils disent que du grand ieusne, qui est le caresme, nous en rompons vne sepmaine , et mangeons chair les trois iours de la Quinquagesime, attirans les hommes par nostre voracité : et qu'aussi on mange des lacticines entre nous, contre l'ordonnance du sixième concile gênerai , célébré à Constantinople , l'an six cens octante et vn, souz le pape Domius premier romain , qu'ils nomment Oaphane, là où en Moscouie et entre les Grecs ce ieusne est gardé si estroictement que nulle chose ayant sang et iacticine ne leur entre dans la bouche. Ce qui encor les scandalise presque sur tout, c'est le célibat et défense du mariage qu'on faict sagement en nostre Eglise aux prestres et que nous ne voulons receuoir le corps de Nostre Seigneur de la main de ceux qui sont mariez. En vne autre chose sont-ils encore differens de nostre Eglise , c'est qu'ils reiettent le sacrement de Confirmation , comme

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chose superflue1, d'autant, disent ils, que celuy qui a esté oinct par le prestre au sainct Baptesme ne fault pas qu'il passe par les mains de l'euesque : veu qu'en cela, mesrne est la puissance du prestre que celle de l'euesque. Mais ce qui plus les offense , c'est que nous célébrons en pain qui n'est point leué : et plusieurs autres erreurs , que ce pauure peuple tient pour estre séparé de nostre Eglise saine te et catholique. Et me semble qu'il n'y auroit pas grand affaire à les rappeller , s'ils vouloient prester l'oreille à nostre Eglise. Au reste, ils ne sont pas si sçauans, ny endoctrinez par les Grecs qu'auec leurs liures les catholiques ne les amenassent à la vérité, veu aussi qu'ils sont simples et de bonne façon, portans telle reuerence à Dieu et à ses saincts que celuy qui passe pardeuant l'image du crucifix est estimé méchant s'il ne se prosterne et faict

1 Ils ne le rejettent nullement , seulement c'est le prêtre qui le confère immédiatement après le baptême avec de la myrrhe consacrée par un évêque.

honneur à celuy qui est là représenté. Et à fin que chacun congnoisse s'ils ont quelque chose du chrestien, regardons leurs façons de faire en ce qui est de la religion. Premièrement, ils baptisent en ceste sorte. Dès qu'vne femme est accouchée , le prestre va deuant la porte de celle qui gist, où il recite quelques oraisons et impose le nom à l'enfant : et le quatorzième iour après , l'enfant est porté à l'église et est baptisé , le mettans trois fois tour nu d dans les fonds1, et oignent l'enfant de sainct chresme , consacré le iour du Ieudi absolut , et encore l'oignent ils de myrrhe. Ils n'vsent ni de sel ne de saliue. Les parrains, toutes les fois qu'ils renoncent au

i Cette triple immersion étoit aux yeux de l'Église grecque une condition indispensable de la validité du baptême (elle l'est encore à Constantinople , elle ne l'est plus à Saint-Pétersbourg depuis le 20 août 1718) ; d'où elle concluoit logiquement que tous ceux qui n'y avoient pas été soumis n'étoient que des demy-chrestiens : Es sollen die Reussen aile R'ômischen so nicht recht getauffei dieweil sie nicht gar under das Wasser getuncket wcrden zu dem ioaren Glauben bekeren (Moskowitische Chronikay Frankfurt, 1576, p. 37).

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