‹ Cosmographie moscoviteChapitre 13 sur 15 · ET DÉ L'ÉGLISE MOSCOVITE · texte numérisé non relu

ET DÉ L'ÉGLISE MOSCOVITE

diable, selon les paroles du prestre, ils crachent à terre, en signe d'abomination et mespris, auquel ils ont ceste infernale créature : et ne baptisent iamais que clans les églises, si ce n'est qu'il y eust trop loin du lieu où est l'enfant iusques au temple , et que le froid fust trop violent pour nuire à la petite créature. Au reste, nul ne va au • sainct Sacrement sans se confesser : et se faict la confession au milieu de l'église, où et le confesseur et le pénitent sont tout debout, tenans le visage tourné à vne image à ce ordonné. Et après que la confession est finie, le prestre enioinct la pénitence , telle qu'il luy semble. Mais à ceux qui ont commis quelque grand crime , on leur enioinct de se lauer tous nuds dans l'eau froide (qui est vne terrible punition, en vn païs si froid) et autres se lauent le visage auec de l'eau beniste , laquelle ils bénissent tous les ans le iour des Roys , et non à Pasques , ou Pentecoste, comme on faict de pardeça.

Apres que l'homme est confessé, il s'agenouille deuant l'image susdicte, et faisant le

signe de la croix sur le front et sur la poictrine, il crie auec grand gémissement, Iesus- Christ fils de Dieu ayes pitié de moy. Et cette solennelle confession se faict à leurs Pasques, auec vne grande contrition de coeur, et reuerence d'vn tel et si sacré mystère. Ils communient souz les deux espèces, meslans le pain, qu'ils appellent proscura, et le vin ensemble, que le prestre ayant consacré et receu, va distribuer au peuple assistant, en donnant à chacun vne portion , qu'il prend du calice, auec vne petite cuiller d'argent : et les communians sont tous à genoux, ainsi qu'aussi en font les Grecs , qui leur ont apprins ceste façon de faire. Et ne sont si malins , que ceux qui nient l'adoration du Sacrement , veu que ceux cy l'adorent, et se prosternent, lorsqu'il est consacré, bien que le prestre ne le monstre que bien peu : voire auant qu'il le soit, comme le diacre le porte par l'église à l'autel, chacun lui faict honneur, comme aussi font en Ethiopie, lesquels le portent dans vn vase d'or , et la croix qui les précède, avec force encense-

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ments et suffimagations. Les festes sont célébrées par eux en ce seulement qui touche l'office diuin : lesquels estant finy , chacun s'en va à sa besongne H Les pauures n'osent boire vin ou ceruoise , si ce n'est aux festes de Noël, Pasques et Pentecoste, et en quelques autres particulières de quelque sainct,

l Cette allégation est dénuée de fondement : la sanctification des fêtes a toujours été strictement observée paries Russes; il y sont encore si fidèles, qu'un docte évêque françois les présentoit, il y a peu de temps, comme un modèle à suivre. Nous avons vu leurs prisonniers, disoit-il, donner aux perturbateurs de nos villes et de nos campagnes l'exemple du respect pour les choses saintes , d'un attachement inviolable à la loi de Dieu. Nous pourrions citer la ville (Beauvais) où ces braves chrétiens , pressés par des catholiques , indignes de ce nom , d'y travailler le dimanche , s'y sont énergiquement refusés. En vain, on cherchoit à les tenter par l'appât du gain ; ils levoient les mains au ciel et disoient : quand vous nous offririez autant de vos écus d'argent que nous (ivons de doigts à ces deux mains , jamais vous ne nous feriez consentir à ce travail impie. Quel cœur de vrai François ne se sentiroit ému d'une tendre compassion pour ce pauvre peuple , si digne d'être plus heureux , ne s'ouvriroit avec délices à l'espérance de le voir revenir à la liberté de son ancienne foi {Mandement de Mgr. d'Angoulême du 12 septembre 1855)?

qui soit patron des villes : mais les riches se restent mignonnement le iour des festes, qu'ils passent en banquets, et yurogneries. Ils tiennent peu de festes des saincts que l'Eglise a canonisez. Ils croyent le purgatoire des Grecs et prient pour les morts , tant en mémoire de la résurrection , que aussi ils croyent, que les ames en peuuent obtenir vn lieu plus plaisant et tolerable , attendans le Iugement, par telles prières f aie tes en l'église. Les cimetières ne sont point benists et consacrez , si ce n'est à la mesme manière des Grecs. Aucun ne s'arrouse d'eau beniste soy mesme , ains fault que la prenne de la main du prestre, ou autre député, tant ils ont les choses sacrées en reuerence et vénération. Sur tous les saincts, après la vierge Marie (qui les sauuera) et sainct Michel l'ange, ils ont en grande recommandation sainct Nicolas, duquel ils vous chantent plusieurs grands miracles. Ont aussi sainct George en honneur, en quoy ils sont imitez de tout l'Orient presque , tellement que le Turc mesme honore la mémoire de ce bon

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cheualier. Ils honorent encor un sainct patriarche de Gonstantinople , nommée Sergie , - le corps duquel repose en une abbaye de,diee à la saincte Trinité, qui est à trois lieues de la ville de Moscouie, où souuent le prince va en pèlerinage , et tousiours on y voit des voyageurs de toute la Russie qui y affluent en grande deuotion *. Ils ieusnent sept sepmaines entières en caresme : en la première desquelles ils vsent de lacticines, mais ès autres six , ils s'abstiennent et de laict et de poisson , et les passent auec vne austérité extrême. Les autres ieusnes ne sont pas obseruez auec telle solennité, i'entens les moynes reformez , et quant aux autres , ils ne sont point autrement contraincts. Or ieusnent ils encor depuis les octaues de Pente-

i S. Serge n'e'toit pas patriarche de Constantinople , mais an simple et bon moine russe qui fonda en 1337 un couvent qui , foyer d'opposition nationale contre les Polonois au xvne siècle , est aujourd'hui le pèlerinage le plus fréquenté qu'il y ait au monde. V. Vie de saint Serge, par le métropolitain Philarète, deMoscou. Saint-Pétersbourg,

coste, qui est à eux la feste de tous les Saincts, iusques à la feste de sainct Pierre 1 , Ils ieusnent aussi depuis le premier d'aoust iusques à la Nostre-Dame au mesme mois : puis sept sepmaines de l'aduent, qu'ils nomment le ieusne sainct Philippe, à cause qu'en ce temps ils font la feste dudict apostre : et ne ieusnent aucune vigile de sainct , que la Decolation sainct Iean, au vingt neufieme d'aoust, et sainctPierre, qu'ils nomment le Miraculeux. Le peuple, hors le temps du ieusne, mange chair le samedy, mais il s'en abstient le mercredy. Et les docteurs qu'ils se vantent ensuyuir sont Basile le Grand, Grégoire Nazianzene, Grégoire de Neocesaree et sainct Iean Chrysostome, qu'ils appellent Stalausta, qui veut dire Bouche-d'Or : et ont

t Ce Carême de saint Pierre, que les Russes observent avec une piété qui feroit honneur à la religion véritable , est encore une preuve bien manifeste qu'ils reconnoissent , sans s'en douter, la primauté de ce saint , ainsi que vient de le signaler un écrivain qui ne produit rien que de sage, de suivi et de solide. V. les Starovères7 par le P. Ga~ garin.

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peu de prescheurs , se contentans des seules lectures que font les prestres tous les dimanches, lesquels leur lisent l'Euangile et Epîtres des apostres et les livres des docteurs en langue entendue. Le prestre recite tous les dimanches la confession générale et denonce les festes qui sont sur sepmaine, aussi bien qu'on faict pardeça. Mais le plus sot qui est en eux , c'est que ils ont telle opinion de leur prince , qu'ils estiment que chacun se doit former selon ce qu'il croict, et qu'il ne peult croire chose qui ne soit iuste et saincte et selon l'institution des anciens 1. Et ont des prescheurs, qui vont avec grand danger annoncer la foy aux peuples les plus septentrionaux. Les décimes sont données aux églises ( ce qui fut institué par Woldemere, premier grand duc chrestien ) qui seruent à la nourriture des pauures , des malades et

i Je croyois (avouoit il n'y a pas longtemps une pieuse personne) que si le gouvernement avoit fait des lois si sévères contre ceux qui abandonnoient la religion grecque , c'est qu'ils commettoient un grand péché. Notice sur madame Elisabeth Galitzin, 1795-184:3, Tours, 1857. p. vu.

des veufues : mais elles sont distribuées par les gens d'église, qui nourrissent aussi des femmes veilles qui cuisent le pain auec lequel on sacrifie, qu'ils nomment proscura, comme dict est. Or , les euesques ont iuiïdiction sur tout, soient ducs ou courtisans , qui entretiennent quelque concubine : et* si la femme est prise en adultère, si elle n'obéit pas à son mary , ils se peuuent séparer. Ont iustice sur les enchanteurs , deuins , hérétiques, empoisonneurs, et contre ceux qui auront mangé quelque beste suffoquée , qui est entr'eux vn péché 1. Ils célèbrent la messe en leur langue, mais en tresgrande solennité et reuerence , se tournans à main gauche , contre nostre coustume : ce que i'ay veu

1 II n'y avoit anciennement qu'une seule action encore plus condamnable , celle de se raser la barbe. Le plus important des conciles russes , celui de 1551 , a statué que : « l'effusion de tout le sang d'un martyr ne sauroit racheter cette faute ! car raser sa barbe pour plaire aux hommes , c'est violer toutes les lois et se déclarer l'ennemi de Dieu qui nous a créés à son image. » V. Strabl , Geschichte dt* Russischen Kirche.

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faire en Ierusalem, et autres endroicts d'Orient. Et quand ces diacres portent le pain et le calice, auant qu'il soit consacré, d'autres vont deuant auec les images des SS„ Pierre et Paul , sainct Michel et sainct Nicolas, que tout le peuple honore auec cris et signes d'esiouissance. Quant aux mariages , ils se font sans que l'espoux et l'espousee se soient iamais faict l'amour : seulement le pere de la fille incitera le iouuenceau qu'il veult pour gendre d'espouser sa fille. Lequel ayant faict entendre à ses parens et la chose accordée, et conuenu du douaire % qui est le plus souuent cheuaux, peaux de bestes, espees, habillemens, esclaues et bestial, ils les font espouser , sans que le fiancé puisse auparauant parler à sa fiancée, voire ny la voir en sorte aucune, ains fault que s'en rap-

* « Un Scythe demandant en mariage une fille, et sommé de bailler son bien par déclaration, dit : qu'il n'auoit autre bien que deus amis , s'estimant assez riche auec telle possession pour oser demander la fille d'un grand signeur en mariage (Louise Labé, Débat de folie et d'amour). r>

porte au récit de ceux qui l'ont veuë 1 . Ils n espousent iamais femme qui leur touche

1 « Lorsqu'un Moscovite veut marier sa fille , il cherche un jeune homme à son gré, et la luy offre avec une somme d'argent : s'il l'accepte , il va trouver ses parens , ausquels il fait le même offre. Il n'est pas permis au jeune homme de voir la fille avant le jour des nopces , mais à ses parens seulement , qui veulent sçavoir si elle n'a aucune infirmité. La mère de la fille fait aussi la mesme recherche à l'égard du garçon. Le jour des nopces, l'époux et l'épouse, avant que de se marier, font bonne chère avec leurs parens et le curé: et ils ne vont pas à l'église, qu'ils ne soient presque saouls. Aussi-tost qu'ils y sont, le prestre demande quelques pains , selon la coustume , et les ayant , il fait joindre l'époux et l'épouse. Il s'approche de l'époux , et luy demande s'il veut se marier avec cstte fille , et s'il dit que oiiy, il luy demande s'il la menacera et s'il la battera , a quoy l'époux ayant répondu que non , il demande à la fille si elle veut épouser cet homme , gouverner sa maison , et luy estre fidèle en sa vieillesse; lors qu'elle a répondu que oiiy, il met sur leurs testes un bouquet d'absynthe, et leur donne la bénédiction. Il boit ensuite à eux dans une tasse de bois doré, dans la quelle ils boivent aussi ; et aussi-tost l'époux jette la tasse par terre, la foule aux pieds, et demande à Dieu que tous ceux qui voudront les mettre mal ensemble, soient ainsi foulez par sa Toute-Puissance. Il reçoit après quelques présens des assistans , et il remarque îeux qui les font. De manière que chacun est content d'une

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