‹ Cosmopolis (volume 4)Chapitre 3 sur 16 · II DÉDICACE · texte numérisé non relu

II DÉDICACE

hér entes des errants de la haute vie et le caractère de pérennité empreint partout dans la grande cité des Césars et des papes qui m'a fait choisir ce lieu oïl les moindres coins parlent d'un passé séculaire pour y évoquer quelques représentants du genre d'existence le plus moderne, ex aussi le plus arbitraire et le plus momentané. Vous qui connaisse^ mieux que personne ce monde bigarré des Cosmopolites, vous comprendre^ pourquoi Je me suis borna à n'en peindre ici qu'un fragment, comme j'ai dû, à son occasion, ne raconter qu'un épisode. Ce monde en effet n'a pas, Une peut avoir ni des mœurs définies ni un caractère général. Il est tout en exceptions et en singularités. C^ous sommes si naturellement des êtres de coutume, notre continuelle mobilité a un tel besoin de graviter autour d'un axe fixe, que des raisons d'un ordre très personnel peuvent seules nous déterminer à un habituel et volontaire exil hors du pays natal. C'est tantôt, pour un artiste, le méthodique souci de la culture et du renouvellement ; tantôt, chei un homme d'affaires, le besoin d'assurer .l'oubli à quelque scandaleuse incorrection ; tantôt, cke^ un homme de plaisir, la recherche d'aventures nouvelles; chei un autre, et qui souffre d'un préjugé de naissance, c'est le désir de rencontrer un milieu plus équitable; chei un autre, la fuite de trop douloureux souvenirs . L'existence du Cosmopolite peut tout cacher sous la luxueuse banalité de ses fantaisies, depuis le snobisme en quête de relations plus hautes, Jusqu'à l'escroquerie en

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qiiète de vols plus faciles, en passant par les brillantes frivolités du sport, les sombres intrigues de la politique, — ou la tristesse d'une destinéejnanquée^ Un e pareille variété de causeTTenTalafoistrès attrayante et presque inexécutable la tâche du romancier qui se pose comme modèle cette société mouvante, si pareille à elle-même dans les rites extérieurs de ses élégances, si réellement, si intimement complexe et composite dans ses éléments fondamentaux. L'écrivain en est réduit àprendre une série de cas particuliers, comme fai fait, tout en essayant de dégager à leur propos une loi qui les domine. Cette loi, dans le présent livre, est la permanence de la race. Si' contradictoire que paraisse ce résultat, plus on fréquente les Cosmopolites, plus on constate que la donnée la plus irréductible en eux est cette force spéciale de l'hérédité qui sommeille sous H uniforme monotonie des rapports superficiels, prête à se réveiller aussitôt que la passion remue F arrière-fond du tempérament. éMais encore là une difficulté se rencontre, presque insoluble. Obligé de concentrer son action dans un nombre restreint de personnages, le romancier ne saurait non plus avoir la prétention , d'incarner dans ces personnages cet ensemble confus de caractères que résume le mot vague de race. Tour prendre de nouveau le présent livre comme exemple, vous et moi, mon cher Trimoli, nous connaissons quantité de Véninennes et d'oinglaises, de Tolonais tt de "Romains, d'c4méricains et de Français qui n'ont rien de commun

avec é^î'"' Sieno, éMaud ei 'Boieslas Gorka, le prince d'a4rdea, le marquis Cibo, Lincoln c^airland, son beaufrire et le marquis de ^ontfanon, de même qu'un Justus Hafner ne représente qu'une face entre vingt de tavenlurier Européen, de qui on ne connaît ni la religion, ni la famille^ ni l'éducation, ni le point de départ, ni U point d'arrivée, tant il a traversé de métiers et de milieux déjà différents. Toute mon ambition serait satisfaite, si l'avais réussi à créer ici un groupe d'individus non pas représentatifs de route la race à laquelle ils appartiennent, mais seulement possibles dans les données de cette race, — ou de ces races. — Car plusieurs d'entre eux, ce Justus Hafner précisément et sa Jilli Fanny, oilha Sténo, Florent Chapron, Lydia ^aitland, ont eux-mêmes dans leurs veines des gouttes d'un sang très mêlé. Tuissent ces personnages vous intéresser, mon cher ami, et vous devenir aussi vivants qu'ils l'ont été pour moi pendant des Jours, et accueille\-les dans votre palais de Tor di [T^na, — tout près de l'auberge delF Orso oit logea zMontaigne, — comme de fidèles messagers de la reconnaissante affection que vous a vouée votre compagnon de cet hiver.

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