NOTIONS ACQUISES SUR LES ESPACES DU CIEL ET DE LA TERRE
Après la dissolution du monde macédonien qui embrassait des parties considérables de trois continente, se développèrent , sous des formes très-diverses à la vérité y les germes que le génie d'Alexandre avait d^osës dans un sol fertile, en rapprochant et en unissant les peuples. A mesure que s'effaçait ce qu'il y avait d'exclusif dans l'esprit et dans la nationalité des Grecs, à mesure que l'imagination créatrice p^^ dut de sa profondeur et de son éclat , les relations entre les peuples prenaient un essor nouveau ; les vues sur la nature acquéraient un plus haut degré de généralité , et ainsi devenaient plus fructueux les efforts tentés pour saisir l'ensemble des phénomènes, dans i empire de Syrie, chez les Attales de Pergame,
chez les Séleucides et les Ptolémées, partout et presque simultanément , ces progrès furent favorisés par des souverains d'un rare mérite. L'Egypte grecque eut sur les autres états l'avantage de l'unité politique ; elle fut aussi merveilleusement servie par sa situation géographique. Grâce, en effet, à la longue crevasse que remplit le golfe Arabique , depuis le détroit de Bab-el-Mandeb, jusqu'à Suez et Akaba, dans la direction de la grande ligne de soulèvement qui sillonne le globe du sud-sud-est au nord-nord-ouest, les vaisseaux naviguant dans l'océan Indien ne sont séparés que par quelques lieues de terre de ceux qui longent les côtes de la Méditerranée (15).
L'empire des Séleucides ne jouissait pas des avantages commerciaux qu'offraient aux Lagides la forme et l'articulation des côtes avoisinantes. Sa situation l'exposait aussi à plus de dangers. Composé de satrapies où se conservaient des nationalités différentes, il était menacé de démembrement. Le commerce dans l'empire des Séleucides était surtout intérieur; il n'avait d'autre débouché que les fleuves et les routes des caravanes frayées à travers tous les obstacles naturels que pouvaient opposer les chaînes de montagnes couvertes de neige , les plateaux et les déserts. Les grands convois de marchandises , dont la soie était la partie la plus précieuse, partaient du plateau des Sères dans l'intérieur de l'Asie, au nord d'Outtara-kourou; ils passaient devant la Tour de pierre^ probablement quelque caravansérail fortifié, situé au sud des sources de
riaxarte (16) ; puis, après avoir traversé la vallée de rOxus, venaient aboutir à la mer Caspienne et à la mer Noire. Le commerce de TÉgypte, au contraire, si actives que fussent la navigation du Nil et les communications entre les rives de ce fleuve et les routes tracées le long de la mer Bouge, était essentiellement un commerce maritime. D'après les grandeis vues d'Alexandre , la ville nouvelle d'Alexandrie et l'antique Babylone devaient être, à l'ouest et à l'est, les deux capitales de l'empire macédonien. Babylone cependant ne répondit pas à ces espérances ; la prospérité de la ville de Séleucie, bâtie par Séleucus Nicator sur le cours inférieur du Tigre et mise en rapport avec l'Euphrate par des canaux , contribua eucore à hâter sa complète décadence (17).
Trois grands monarques amis de la science , les trois premiers Ptolémées, dont le règne ne comprend pas moins d'un siècle , ont , par les magnifiques établissements qu'ils fondèrent, pour favoriser les progrès de l'intelligence, et par leurs efforts non interrompus pour agrandir le commerce maritime , donné à la connaissance des pays et à la connaissance plus générale de la nature un développement auquel jusque-là n'avait pu atteindre aucim peuple. Ce trésor scientifique passa des Grecs de rÉgypte chez les Bomains. Déjà sous Ptolémée Philadelphe , à peine un demi-siècle après la mort d'Alexandre, et même avant que la première guerre punique eût ébranlé la république aristocratique de Carthage , Alexandrie était la plus grande place
commerciale du moûde. C'est pdr Alexandrie que passait le chemin le plus court et le plus commode pour se rendre du bassin de la Méditerranée dans la la partie sud-est de TÂfrique , dans l'Arabie et dans les Indes. Les Lagides ont mis à profit , avec un succès sans exemple , la route que la nature semblait avoir indiquée elle-même au commerce du monde, par la direction du golfe Arabique (18), route qui ne pourra complètement recouvrer son importance et ses droits que lorsque la civilisation aura adouci les mœurs des peuples orientaux et que les nations de l'occident auront abjuré leur jalousie ombrageuse. Au temps même où l'Egypte devint une province romaine , elle garda toute son opulence. Le luxe qui croissait à Rome sous les Césars , réagissait sur la contrée du Nil ; c'était surtout à Alexandrie, comme à l'entrepôt du monde, qu'il allait demander les Haoyens de se satisfaire.
Les causes qui amenèrent l'accroissement coBsiéérable, apporté sous les Lagides à la connaissance de la géographie et à celle de la nature, sont : le com* merce des caravanes dans l'intérieur de l'Afrique par Cyrène et les oasis ; les conquêtes faites en Ethiopie et dans l'Arabie Heureuse sous Ptolémée Évergète; enfin les relations que l'Egypte entretenait par mer avec toute la prescpi'île occidentale de l'Inde, le long ties côtes de Canara et de Malabar ( Malayavara , t«v ritoire de Malaya), depuis le golfe de Barygaza (Guzerate et Cambay) jusqu'aux temples brahmaniques d« cap Comorin ( Koumari ) (1 9) et à l'île de Ceyian, nom-
mée Lanka dans le Ramayana et Taprobane cihez les oontemporains d'Alexandre^ par corraption du nom indigne (20). Déjà la pénible traversée de r^rque qui ne mit pas moins de cinq mois à côtoyar les bords de la Gédrôsie et de la Caramanie, depuis Pattala, près de remboucbure de fbidus, jusqu'à rembouchure de TEuphrate, avait contribué d'une manière sensible aux progrès de la navigation.
Les compagnons d'Alexandre avaient connaissance des moussons qui favorisent si efficacement les tt^r versées entre les côtes orientales de l'Afrique, d'une part , et de l'autre les côtes septentrionales et occi* dentales de l'Inde. Après avoir, afin d'assurer au commerce la libre navigation de l' Indus , passé dix mois à reconnaître ia partie de ce fleuve qui s'étend depuis Nioée sur l'Hydaspe jusqu'à Pattala, Néar^ qae se bâta , au commencement du mois d'octobre {olymp. 113,3), de mettre à la voile près de Stura, parce qtf il savait que la mousson du nard-est et de Test, soufflant le long des côtes qui s'étendent sous le même parallèle , le pousserait vers le golfe Persique. Mus tard , quand on connut mieux encore la loi qui règle les vents particuliers à ces parages , les pilotes s'enhardirent au point de se rendre , par la haute mer, d'Ocelis , sur le détroit de Bab-el-Mandeb , au grand entrepôt de la côte de Malabar, à Muziris, situé au sud de Mangalor. Les communications étabKes dans l'intérieur des terres faisaient aussi afïhier à Muziris les marchandises <tes côtes orientales de la presqu'île en deçà (lu Gange, et même l'or de la loiur
taine Chrysé (peut-être l'île deBoméo). L'honneur (l'avoir le premier frayé cette voie vers l'Inde est attribué à un marin , d'ailleurs inconnu , nommé Hippalus. On ne peut pas même déterminer d'une manière précise l'époque à laquelle il vécut (2<).
Dans l'histoire de la contemplation du monde doit entrer l'énumération de tous les moyens qui ont facilité le rapprochement des peuples , rendu accessibles des parties considérables de la terre , et agrandi la sphère des connaissances humaines. Entre tous ces moyens, l'un des plus considérables fut l'ouverture matérielle d'une route d'eau faisant communiquer la mer Rouge avec la mer Méditerranée par le Nil. Déjà Neko avait entrepris de creuser un canal , à l'endroit où les deux continents profondément échancrés ne tiennent plus l'un à l'autre que par un isthme étroit ; mais effrayé par les réponses des prêtres , il abandonna son projet. Âristote et Strabon remontent même plus haut , et font honneur de ce travail à Sésostris (Ramsès-Meiamoun). Hérodote rencontra et décrivit un canal construit par Darius, fils d'Hystaspe , qui aboutissait au Nil , un peu au-dessus de Bubastus. Ce canal , obstrué plus tard par les sables, fut définitivement rétabli par Ptolémée Philadelphe, et remis dans un état tel que , sans être navigable toute l'année (il n'avait pas été possible d'obtenir ce résultat, si ingénieux que fût le système d'écluses mis en usage), il activa le commerce de l'Ethiopie , de l'Arabie et de l'Inde jusqu'à la domination romaine , jusqu'à Marc-Aiu*èle , et peut-être jusqu'à
Septime Sévère , c'est-à-dire pendant plus de quatre siècles et demi. Ce fut aussi dans le dessein de multiplier les relations des peuples à travers la mer Rouge, qu'on creusa avec grand soin des ports à Myos-Hormos et à Bérénice, et qu'on mit celui de Bérénice en communication avec Coptos par une magnifique chaussée (22).
Toutes ces entreprises, tous ces établissements des Lagides , qu'ils aient eu poiur but le développement du commerce ou le progrès des sciences , reposaient sur une grande pensée : c'était une aspiration incessante vers le lointain et l'universel , le désir de rattacher par un lien commun tous les éléments épars, de grouper par grandes masses les aperçus sur le monde et les relations que présentent les faces diverses de la nature. Cette tendance si féconde de l'esprit grec, préparée longtemps en silence, s'était manifestée d'une manière imposante par l'expédition d'Alexandre et par ses efforts pour fondre ensemble l'orient et l'occident. Le développement nouveau qu'elle reçut sous les Lagides est aussi le trait le plus caractéristique de l'époque dont j'essaie de tracer le tableau. Cette tendance , en effet , doit être considérée comme un grand pas fait vers la connaissance de l'univers.
Sans doute la richesse et l'abondance des observations étaient nécessaires pour arriver à embrasser l'ensemble du monde. Considérées à ce point de vue, les relations de l'Egypte avec les contrées reculées, les excursions entreprises en Ethiopie aux frais de
l'état (23), les chasses lointames à la poursuite dtô autruches et des éléphants (24) , les ntéiiageries établies dans les habitations royales du Bruehium et peuplées d'animaux rares et sauvages^ durent être des stimulants efficaces pour T étude de T histoire naturelle, et satisfaire aux exigences de la scieace expârimentale (25). Ce ne fut pas là toutefois le caractère propre de T époque des Ptolémées, non plus que de toute Técole alexandrine qui suivit fidèlement jusque dans le m* et le iv* siècle la direction qu'elle avait adoptée. On se proposait moins alors d'observer directement les phénomènes , qi:^ de rassembler à grand' peine les matériaux existants^ de les mettre en ordre, de les comparer, de faire une appUr cation intelligente des éléments depuis longtemps réunis. Pendant bien des siècles, jusqu'à l'apparitiaA m^orable d'Aristote, les phénomènes n'avaient pas été l'objet d'une observation pénétrante ; ils étaient restés soumis à l'arbitraire des idées, au caprice de divinations confuses et d'hypothèses contradictoires. Maintenant du moins, on commençait à témoigner plus de considération pour les recherches expérimeoftales ; on examinait de près et l'on passait au crible les connaissances acquises. La philosophie de la nature, moins hardie désormais dans ses spéculations , moins fantastique dans les images qu'elle se créait des choses, se rapprocha enfin de l'expérience et maDcha auprès d'elle dans la voie de l'induction. D'autre part, les efforts laborieux, tentés pour accroître Je fonds de la science, rendaient nécessaire une certaine
universalité de coiuiaigjgânces ; et , bleu que par* fois, dans les ouvrages des penseurs éminents , cette instruction variée ait produit d'heureux fruits ^ trop souvent 9 à une époque où Timagination épuisée faisait défaut 9 rérudition se montra froide et inintelligente. Le peu de soin apporté à la forme , T absence de vivacité et de grâce dans le langage^ sont pour quelque chose dans les jugements sévères que la postérité a portés sur la science alexandrine.
Nous nous proposons surtout , dans ces pages, de mettre en lumière les progrès qui ont signalé la période des Ptolémées, les résultats produits par le concours de toutes les relations du dehors, par la fondation et Tentretien des grands établissements, tels que le Musée d'Alexandrie et les deux bibliothèques du Bruchium et de Rhakotis , par le rapprodiement de tant d'hommes éminents réunis en collège et tous animés d'un amour pratique de la science (26) . Leur érudition encyclopédique les mettait à même de comparer les observations et de généraliser les vues sur la nature. Le grand institut scientifique, dû aux deux premiers Lagides, conserva cet avantage, entre beaur coup d'autres, que ses membres travaillaient librement
dans les directions les plus opposées. Etablis dans un pays étranger, entourés de diflérentes races d'hommes, ils gardèrent toujours l'originalité de l'esprit grec et la pénétration qui est un de ses caractères (27). D'après l'esprit et la forme de cette exposition historique, im petit nombre d'exemples suffiront à montrer comment, sous la protection des Ptolémées,
l'expérience et T observation se firent reconnaître pour les sources véritables d'où devait sortir la science de la terre et des espaces célestes ; comment, par l'effet de ses tendances particulières, l'école alexandrine, tout en s' appliquant à recueillir des matériaux, ne dut pas pour cela renoncer à généraliser les idées dans ime juste mesure. Si les écoles philosophiques de la Grèce, transplantées dans la basse Egypte, s'étaient trop bien pénétrées de l'esprit oriental et avaient accrédité un trop grand nombre d'interprétations symboliques sur la nature des choses, dans le Musée du moins, les sciences mathématiques restèrent toujours comme le plus ferme appui des doctrines platoniciennes (28). Les mathématiques pures, la mécanique et l'astronomie marchaient presque de concert. Dans l'estime profonde de Platon pour le développement mathématique de la pensée , comme dans les vues physiologiques que le philosophe de Stagire étendait à tous les organismes, étaient contenus, pour ainsi dire, les germes de tous les progrès q' accomplit plus tard la science de la nature. Tous deux furent l'étoile conductrice qui guida sûrement l'esprit humain à travers les folles imaginations des siècles de ténèbres. C'est grâce à eux que n'ont pu mourir les principes de la science et les forces saines de l'esprit.
Le mathématicien-astronome Ëratosthène de Cyrène, le plus célèbre dans la liste des bibliothécaires d'Alexandrie, mit à profit les trésors dont il avait la disposition, et les fit entrer dans le plan systématique
d'une géographie universelle. Il dégagea la description de la terre de toutes les légendes fabuleuses. Il s'interdit même, bien qu'il fût aussi versé dans la chronologie et dans l'histoire, le mélange des faits historiques qui , avant lui , donnaient à la géographie de la vie et de l'intérêt. Ce désavantage fut bien compensé par des observations mathématiques sur la forme articulée et l'étendue des continents, par des conjectures géologiques sur la liaison des chaînes de montagnes, sur l'effet des courants et sur les contrées jadis couvertes d'eau, qui offrent aujourd'hui encore toutes les apparences d'un lit de mer desséché. Partageant, sur l'application à l'océan de la théorie des écluses, les opinions deStraton de Lampsaque, fermement convaincu que le gonflement du Pont-Euxin avait produit autrefois le percement des Dardanelles et amené par suite l'ouverture du détroit de Gadès , le bibliothécaire d'Alexandrie fut conduit par cette croyance à rechercher l'important problème de l'égalité de niveau entre toutes les mers extérieures qui enveloppent les continents (29) ; on peut juger du succès avec lequel il tenta de généraliser les idées, d'après cette remarque que l'Asie tout entière est traversée, sous le parallèle de Rhodes, dans le diaphragme de Dicéarque, par une chaîne de montagnes qui forme de l'ouest à l'est une ligne de démarcation non interrompue (30).
C'est aussi au besoin de généraliser les vues sur la nature, suite du mouvement intellectuel qui agitait cette époque, que doit être rapportée la première II. 44
mesure de degré exécutée par un Grec. Je veux par-
1er de Fessai tenlé par Eratosthène pour mesurer l'espace compris entre Syène et Alexandrie, afin de déterminer approximativement la circonférence de la terre. Dans cette entreprise, ce qui doit exciter notre intérêt, c'est moins le résultat obtenu d'après les données imparfaites d'arpenteurs qui comptaient les pas, que la tentative faite, pour arriver à connaître, en partant de l'étroit espace de son pays natal, la grandeur de la sphère terrestre.
On peut reconnaître la même tendance à la généralisation dans les progrès brillants que fit, au siècle des Ptolémées, la connaissance scientifique des espaces célestes, A ce sujet je rappellerai les premiers astronomes d'Alexandrie, Aristylle et Timocharis qui déterminèrent la place des étoiles fixes, et Aristarque de Samos, le contemporain de Cléanthe , qui , familier avec les anciennes théories des Pythagoriciens, tenta de dévoiler la structure du monde , reconnut le premier quel immense éloignement sépare les étoiles fixes de notre petit système planétaire, et pressentit le double mouvement que la terre accomplit sur elle-même et autour du soleil, comme centre du monde. Je citerai encore Séleucus d'Érythres ou de Babylone (31), s'eflForçant, un siècle [plus tard, d'appuyer sur des preuves nouvelles l'opinion du précurseur de Copernic , d' Aristarque , qui avait jusque-là trouvé peu d'écho, et Hipparque, b créateur de l'astronomie scientifique, celui qui, de toute l'antiquité, fournit à la science le plus d'observations
personnelles. C'est Htpparque qui, chez les Grecs, Ait proprement le premier auteur des tables ^tronomiques, et constata la précession des équinoxes (32) ; il fut conduit à cette grande décourerte en comparant les observations que lui-même avait faites sur les étoiles fixes, à Rhodes, et non pas, comme on Ta dit, à Alexandrie, avec celles de Timocharis et d'Aristylle, sans que vraisemblablement il soit besoin de supposer pour cela l'apparition d'une nouvelle étoile (33) . D n'est pas douteux que les Egyptiens eussent pu être conduits au même r^ultat, à force de considérer le lever héliaque de Sinus (34).
Les travaux d'Hipparque offrent encore ce caractère particulier, d'avoir mis à profit les phénomènes observés dans les régions célestes , pour déterminer la position des lieux géographiques. Cette liaison entre la connaissance du ciel et celle de la terre , le reflet de l'une de ces deux sciences dans l'autre ^ ajoute à la grande idée de l'univers plus d'unité et de vie. La nouvelle carte du monde, dressée par Hipparque, d'après celle d'Eratosthène, repose, dans tous les cas où cela était possible, sur des observations astronomiques ; les longitudes et les latitudes géograj^iques y sont déterminées d'après les éclipses de lune et la mesure des ombres. D'une part Thorloge hydraulique de Ctésibius, perfectionnement de la dqpsydre , pouvait procurer une division plus exacte du temps ; de l'autre les instruments en usage diez les astronomes d'Alexandrie pour déterminer les divers points de l'espace et mesurer les angles , étaient sans
cesse remplacés par de plus parfaits, depuis T ancien gnomon et les scaphes jusqu'à l'invention des astrolabes^ des armillcs solsticiales et des linéales dioptriques. Ainsi rhomme , servi en quelque sorte par des organes nouveaux , arriva graduellement à une notion plus précise de tous les mouvements qui s'accomplissent dans le système planétaire. La connaissance de la grandeur absolue des corps célestes, de leur forme, de leur densité et de leur constitution physique, resta seule stationnaire pendant des milliers d'années. Le nombre des mathématiciens éminents ne se borne pas à quelques astronomes-observateurs du musée d'Alexandrie. L'âge des Ptolémées fut avant tout la période la plus brillante des sciences mathématiques. Le même siècle vit apparaître Euclide, qui le premier fit des mathématiques une science; AppoUonius de Perge et Archimède, qui visita l'Egypte et se rattache par Conon à l'école d'Alexandrie. La longue route qui conduit de l'analyse géométrique, telle que l'entendait Platon , et des triangles de Ménechme (35) jusqu'à l'âge de Kepler et de Tycho, d'Euler et de Clairaut, de d'Alembert et de Laplace, est marquée par une suite de découvertes mathématiques, sans lesquelles les lois qui règlent les mouvements des grands corps du monde et leurs rapports réciproques dans les espaces célestes fussent restés éternellement un secret pour le genre humain. D'abord un instrument matériel, le télescope, a supprimé la distance en pénétrant à travers l'espace; il a porté les mathématiques dans les régions lointaines
du ciel par la combinaison des idées , et a pris une possession assurée d'une partie de ce vaste doraaine ; et voici qu'aujourd'hui, dans ce temps si fécond en découvertes scientifiques, à l'aide de tous les éléments dont permet de disposer l'état actuel de l'astronomie, l'œil de l'intelligence a pu voir une planète, en déterminer le lieu céleste, l'orbite et la masse, avant même que le télescope ait été dirigé sur elle (36).