‹ Cosmos (volume 4)Chapitre 11 sur 41 · SUR L’ÉTUDE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

SUR L’ÉTUDE DE LA NATURE

DE L'ART DU DESSIN APPLIQUÉ À LA PHYSIONOMIE DES PLANTES — FORMES VARIÉES DES VÉGÉTAUX SOUS LES DIFFÉRENTES LATITUDES

La peinture de paysage est, non moins qu’une description fraiche et animée , propre à répandre l'étude de la nature. Elle montre aussi le monde extérieur dans la riche variété de ses formes et peut, suivant qu’elle embrasse avec plus ou moins de bonheur l’objet qu’elle reproduit, rattacher le visible à l’invisible. Cette union est le dernier effort et le but le plus élevé des arts d’imitation ; mais je dois, pour conserver à ce livre son caractère scientifique, me borner à un autre point de vue. S'il peut étre question ici de la peinture de paysage , c’est seulement en ce sens qu’elle nous met à méme de contempler la physionomie des plantes dans les différents espaces de la terre, qu’elle favorise le goût des voyages lointains, et nous invite, d’une manière aussi instructive qu’agréable, à entrer en commerce avec la libre nature.

Dans l'antiquité que l’on nomme par excellence l’antiquité classique, les dispositions d'esprit particulières aux

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Grecs et aux Romains ne permettaient pas que la peinture de paysage füt pour l’art un objet disünet, non plus que la poésie descriptive. Toutes deux ne furent traitées que comme des accessoires. Subordonnée à d’autres buts, la peinture de paysage n'a été longtemps qu'un fond sur lequel se détachaient des compositions historiques, ou un ornement accidentel dans les peintures murales. C’est de la même manière que le poëte épique rendait visible par une description pittoresque la scène où s’accomplissaient les événements, je pourrais dire encore le fond au-devant duquel se mouvaient ses personnages. L'histoire de l’art nous apprend par quel progrès l'accessoire est devenu peu à peu l’objet principal de la représentation ; comment la peinture de paysage dégagée de l’élément historique a pris rang et est devenue un genre à part; comment les figures humaines n’ont plus servi qu'à animer une contrée couverte de montagnes ou de forêts, les allées d’un jardin ou le bord de la mer. Ainsi s’est préparée peu à peu la séparation des tableaux d'histoire et de paysage, séparation qui à favorisé le progrès général de l’art aux différentes époques de son développement. Pour les anciens, on a remarqué avec raison que, si la peinture ne put rivaliser chez eux avec l’art plastique, le sentiment du charme particulier qui s’attache à la reproduction par le pinceau des scènes de la nature leur fut surtout étranger. Cette jouissance était réservée aux modernes.

Sans doute il dut ÿ avoir , dans les plus anciennes peintures des Grecs, quelques traits destinés à caractériser les lieux , s’il est vrai que Mandroclès de Samos, ainsi que le rapporte Hérodote, fit représenter pour le grand roi le passage des Perses à travers le Bosphore ($), et que Polygnote peignit la ruine de Troie sur les murs de la Lesché de Delpbes (7). Philostrate l’ancien , parmi les tableaux qu’il décrit, cite un paysage où l'on voyait la fumée s'échapper du faite d’un volcan, et des torrents de lave qui allaient se jeter près de là dans la mer. Suivant les conjectures des plus récents commentateurs , une autre composition très-compliquée, dans laquelle on embrassait sept iles, aurait été réellement peinte d’après nature et aurait représenté le groupe

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