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qu'à Sagonte et à Cyrène, qui avait pour métropole Théra où jamais la pluie ne rafraichissait la terre.
Aueun peuple de lantiquité ne présente une réunion de colonies plus nombreuses et en général plus puissantes, Mais aussi, depuis la fondation des premières colonies éoliennes, parmi lesquelles brillèrent Mytilène et Smyrne, jusqu’à celle de Syracuse, de Crotone et de Cyrène, il ne s’est pas écoulé moins de quatre à cinq siècles. Les Hindous et les Malais n’ont fait qu’essayer quelques faibles établissements sur la côte orientale de Afrique, à Zokotora (Dioscoride), et dans l'archipel du Sud de FAsie. Les Phéniciens , il est vrai, répandirent leurs colonies sur un espace plus vaste encore que les Grecs, puisqu'elles s’étendaient, bien qu'avec de grands intervalles, depuis le golfe Arabique jusqu’à Cerné, sur la côte occidentale de l'Afrique; de plus, leur système de colonisation était très-perfectionné. Jamais métropole ne donna naissance à une colonie qui ait appliqué plus de puissance et d'activité que Carthage au commerce ou à la conquête. Mais Carthage, malgré sa grandeur, resta toujours, à l’egard de la culture intellectuelle et du génie artistique, fort audessous de l'éclat que jetèrent les colonies grecques, en faisant fleurir pendant si longtemps les formes les plus nobles de l’art.
N'oublions pas qu’un grand nombre de villes grecques prospéraient en même temps dans l'Asie Mineure, dans la mer Égée, dans l'Italie méridionale et dans la Sicile; que les colonies de Milet et de Marseille, aussi bien que celle de Carthage, fondaient d’autres colonies à leur tour; que Syracuse parvenue au faite de la puissance combattait contre Athènes et contre les armées d’Hannibal et d'Hamilear ; que Milet, après Tyr et Carthage, fut longtemps la ville commerciale la plus importante du monde. Ainsi, à force d'activité, un peuple souvent agité de troubles intérieurs répandait cependant la vie en dehors de lui-même et, gràce à sa prospérité croissante , il allait déposer en tous lieux le germe fecond qui devait faire renaître la civilisation nationale. La communauté de la langue et de la religion rattachait les membres éloignés de ce corps; ils formaient autant d’inter-
médiaires par lesquels la petite métropole hellénique pénétrait dans les vastes cercles où s’agitait la vie des autres peuples. L’hellénisme admit ainsi dans son sein des éléments étrangers , sans sacrifier jamais la grandeur ni l'originalité de son caractère. On ne peut douter toutefois qu’un contact direct avec l'Orient et avec l'Égypte, plus de cent ans avant que cet empire ne tombât sous la domination des Perses, n’ait dü exercer sur la Grèce une influence plus durable que les colonies si contestées et si mystérieuses que Cécrops aurait amenées de Saïs, Cadmus de la Phénicie et Danaüs de Chemmis.
Ce qui distingue les colonies grecques de toutes les autres, particulièrement des colonies immobiles de la Phénicie, ce qui à imprimé un cachet propre à leur organisation, c’est l’individualité et les différences originaires des races dont se composait la nation. Il y avait dans les colonies grecques , comme dans tout le monde hellénique, un mélange de forces dont les unes tendaient à la séparation , les autres au rapprochement. Cette opposition produisit la diversité dans les idées et dans les sentiments; elle amena des différences dans la poésie et dans l’art rhythmique; mais partout aussi elle entretint cette plénitude de vie où tout ce qui semble ennemi s’apaise et se réconcilie, en vertu d’une harmonie plus générale et plus haute.
Bien que les villes de Milet , d’Éphèse , de Colophon fussent ioniennes, celles de Cos, de Rhode et d’Halicarnasse doriennes , Crotone et Sybaris achéennes , au milieu de cette culture si variée et même dans la Grande Grèce où vivaient rapprochées des colonies de tribus différentes, la puissance des poëmes homériques, de cette parole où respire un enthousiasme si profond et si vrai, rapprochait tous les esprits par le charme qu’elle exerçait sur eux. Avec les contrastes frappants qu'offraient les mœurs et les constitutions des divers États et malgré la mobilité de l'esprit grec, l'hellénisme se maintint constamment dans toute son intégrité. On put considérer comme la propriété de toute la nation ce vaste empire d'idées et de types artistiques à la création duquel chaque race avait travaillé pour sa part.
Il me reste à mentionner le troisième événement que j'ai indiqué plus haut, comme ayant particulièrement influé sur les progrés de la contemplation du monde, avec l'ouverture du Pont-Euxin et l’établissement des colonies sur les côtes de la Méditerranée, c’est-à-dire le passage à travers le détroit de Gadès. La fondation de Tartessus , cellé de Gades où l’on avait consacré un temple au dieu voyageur Mel- Kkarth, fils de Baal; la colonie d'Utique , plus ancienne que Carthage, prouvent que les Phéniciens naviguaient déjà depuis plusieurs siècles dans l'Océan , quand s’ouvrit pour la premiére fois aux Grecs la route que Pindare appelle la porte de Gadeira (S). De mème qu'à l'Est, les Milésiens, en pénétrant dans le Pont-Euxin (7), avaient établi des communications qui activerent le commerce de terre avec le Nord de l’Europe et de l'Asie, et beaucoup plus tard avec les contrées arrosées par lOxus et l’Indus , ainsi, parmi les Grecs, les Samiens (f$) et les Phocéens ($°) furent les premiers qui, en partant de la Méditerranée, se frayerent une route à lOccident.
Colæus de Samos voulait faire voile vers l'Égypte au moment où venaient de commencer ou peut-être seulement de se renouveler , Sous Psammitique , les relations de ce pays avec la Grèce. Des vents de l'Est le jetèrent vers l'ile Platée et de là il fut poussé dans l'Océan à travers le détroit de Gadès. Hérodote , en racontant ce fait, ajoute avec intention que Colæus de Samos fut conduit par une main divine. Ce ne fut pas seulement l'importance des bénéfices imprévus qui en résultérent pour la ville ibérienne de Tartessus, mais aussi la découverte d'espaces inconnus, l'accès dans un monde nouveau qu’on ne faisait qu'entrevoir à travers les nuages de la fable, qui donnerent du retentissement et de l'éclat à cet événement, partout où dans la mer Méditerranée la langue grecque était entendue. On voyait pour la premiere fois au delà des colonnes d’'Herecule (nommées d’abord colonnes de Briarée , d'Égéon et de Cronos) , à l'extrémité occidentale de la terre, sur le chemin de l'Élysée et des Hespérides, ces eaux primilives de l'Océan qui entouraient la terre (T), et d’où l'on voulait encore, à cette époque, faire descendre tous les fleuves
Sur les bords du Phase, ies navigateurs avaient trouvé un rivage qui fermait le Pont-Euxin , et n'avaient imaginé au delà que Etang du Soleil. Au Sud de Gadès et de Tartessus , Fœil se reposait librement sur Finfini. Cette circonstance a pendant 1,500 ans donné une importance particulière à la porte de la mer Méditerranée. Tendant toujours à aller au delà , les peuples navigateurs, tels que les Phéniciens , les Grecs , les Arabes , les Catalans, les Majorquains, les Français de Dieppe et de La Rochelle, les Genois, les Vénitiens, les Portugais et les Espagnols se sont efforcés successivement d'avancer dans l’océan Atlantique, que l'on se repreésenta longtemps comme une mer sombre (mare tenebrosum) remplie de limon et de banes de sable, jusqu’à ce que, partant des Canaries ou des Açores, ils parvinrent, de station en station, au nouveau continent que les Normands avaient déjà atteint par une autre route.
Tandis qu'Alexandre pénétrait dans les contrées lointaines de l'Orient, des considérations sur la forme de la terre amenaient déjà le philosophe de Stagire à deviner la proximité du détroit de Gades et des Indes (71). Strabon supposait même que, dans l'hémisphere du Nord, peut-être sous le cercle parallèle qui passe par le détroit de Gadés, l'ile de Rhode et le pays de Thinæ, il pouvait y avoir entre les côtes occidentales de l’Europe et les côtes orientales de l’Asie plusieurs autres continents habitables ("?). L'hypothèse, que l'axe prolongé de la mer Méditerranée devait aboutir à des contrées nouvelles, était d'accord avec cette grande idée d’Ératosthène, fort répandue dans l'antiquité, que le sol de l’ancien continent, dans sa plus vaste étendue de l'Est à l'Ouest, c’est-à-dire à peu près sous le 36° degré de latitude, présente une ligne de soulévemient sans interruplion considérable (5).
Mais l'expédition de Colæus de Samos ne servit pas uniquement à marquer l'époque dans laquelle de nouveaux debouchés s’ouvrirent aux races grecques, jalouses d’entreprendre de longs voyages maritimes, et aux peuples héritiers de leur civilisation; elle élargit aussi immédiatement la sphère des idées. Ce fut alors seulement que le grand phénomène
du flux périodique de la mer, qui rend sensible les relations de la terre avec le soleil et avec la lune, devint l'objet d’une attention profonde et soutenue. Jusque-là, dans les syrtes africaines, ce phénomène ne s’était manifesté aux Grecs que d'une maniere irrégulière, et même les avait exposés à quelques dangers. Posidonius étudia le flux et le reflux à Ilipa et à Gadés, et compara ses observations avec ce que, dans les mémes lieux, les Phéniciens plus expérimentés pouvaient lui apprendre sur les influences de la lune (TÀ).