‹ Cosmos (volume 4)Chapitre 26 sur 41 · LITE · texte numérisé non relu

LITE

le golfe Arabique, depuis le détroit de Bab-el-Mandeb, jusqu'à Suez et Akaba, dans la direction de la grande ligne de soulèvement qui sillonne le globe du Sud-Sud-Est au Nord- Nord-Ouest, le mouvement des vaisseaux naviguant dans l’oeéan Indien n'est séparé que par quelques lieues de terre de celui qui s’agite sur les côtes de la Méditerranée (15).

L'empire des Séleucides ne jouissait pas des avantages commerciaux qu'offraient aux Lagides la forme et l’articulation des côtes avoisinantes. Sa situation l’exposait aussi à plus de dangers. Composé de satrapies où se conservaient des nationalités différentes, il était menacé de démembrement. Le commerce dans l'empire des Séleucides était surtout intérieur; il n'avait d'autre débouché que les fleuves et les routes des caravanes qui suivaient librement leur cours, en dépit des obstacles naturels, que pouvaient opposer les chaines de montagnes couvertes de neige, les plateaux et les déserts. Les grands convois de marchandises, dont la soie était la partie la plus précieuse, partaient du plateau des Sères dans l’intérieur de l’Asié, au Nord d'Outtara-Kourou ; ils passaient devant la Tour de pierre, probablement quelque caravansérail fortifié, situé au Sud des sources de l'Iaxarte (16); puis, aprés avoir traversé la vallée de POxus, se rendaient à la mer Caspienne et à la mer Noire. Le commerce de l'Égypte, au contraire, si actives que fussent la navigation du Nil et les communications entre les rives de ce fleuve et les routes tracées le long de la mer Rouge, était essentiellement un commerce maritime. D’après les grandes vues d'Alexandre, la ville nouvelle d'Alexandrie et lantique Babylone devaient être, à l'Ouest et à l'Est, les deux capitales de l'empire macédonien. Babylone cependant ne répondit pas à ces espérances ; la prospérité de la ville de Séleucie, bâtie par Séleucus Nicator sur le cours inférieur / du Tigre et mise en rapport avee l'Euphrate par des canaux, contribua encore à hâter sa complète décadence (17).

Trois grands monarques amis de la science, les trois premiers Piolémées dont le règne ne comprend pas moins d’un siècle, ont, par les magnifiques établissements qu'ils fonderent pour favoriser les progrès de l'intelligence, par leurs

efforts non interrompus pour agrandir le commerce maritiwe, donné à la connaissance des pays et à la connaissance plus générale de la nature un développement auquel jusque-là n'avait pu atteindre aucun peuple. Ce trésor scientifique passa des Grecs établis dans l'Égypte, chez les Romains. Déjà sous Ptolémée Philadelphe, à peine un demi-siécle après la mort d'Alexandre, et même avant que la premiére guerre punique eût ébranlé la république aristocratique de Carthage, Alexandrie était la plus grande place commerciale du monde. C’est par Alexandrie que passait le chemin le plus court et le plus commode pour se rendre du bassin de la Méditerranée dans la partie Sud-Est de l’Afrique , dans l’Arabie et dans les {ndes. Les Lagides ont mis à profit, avec

un suecès sans exemple, la route que la nature semblait avoir indiquée elle-même au commerce du monde, par la direc-

tion du golfe Arabique ('$), route qui ne pourra complétement recouvrer son importance et ses droits que lorsque la civilisation aura adouci les mœurs des peuples orientaux et qu'en même temps les nations de l'Occident auront abjuré leur jalousie ombrageuse. Au temps même où l'Égypte devint une province romaine, elle garda toute son opulence. Le luxe qui croissait à Rome sous les Césars, réagissait sur la contrée du Nil; c’était surtout à Alexandrie, comme à l’entrepôt du monde, qu'il allait demander les moyens de se

satisfaire.

Les causes qui amenèrent l'accroissement considérable

apporté sous les Lagides à la connaissance de la géographie et à celle de la nature sont : le commerce des caravanes dans l'intérieur de l'Afrique par Cyrène et les oasis; les conquêtes faites en Éthiopie et dans l'Arabie Heureuse sous Ptolémée Évergète; enfin les relations que l'Égypte entretenait par mer avec toute la presqu’ile occidentale de l'Inde, le long des côtes de Canara et de Malabar (Malayavara, territoire de Malaya), depuis le golfe de Barygaza (Guzerate et Cambaye) jusqu'aux temples brahmaniques du cap Comorin (Kumari) () et à l'ile de Ceylan, nommée Lanka dans le Ramayana et Taprobane chez les compagnons d'Alexandre, par corruption du nom indigène (*°). Déjà la pénible tra-

versée de Néarque, qui ne mit pas moins de cinq mois à côtoyer les bords de la Gédrosie et de la Caramanie, depuis Pattala, près de l'embouchure de lfndus, jusqu’à l'embouchure de l'Euphrate, avait contribué d'une manière sensible aux progrès de la navigation.

Les compagnons d'Alexandre avaient connaissance des moussons qui favorisent si efficacement les traversées entre les côtes orientales de l'Afrique, d’une part, et de l'autre les côtes septentrionales et occidentales de l'Inde. Après avoir, afin d'assurer au commerce la libre navigation de l'Indus, passé dix mois à reconnaitre la partie de ce fleuve qui s'étend depuis Nicée sur l'Hydaspe jusqu’à Pattala, Néarque se hàâta, au commencement du mois d'octobre (olymp. 443,3) de mettre à la voile auprès de Stura, parce qu’il savait que la mousson du Nord-Est et de l'Est soufflant le long des côtes qui s'étendent sous le même parallèle, le pousserait vers le golfe Persique. Plus tard, quand on connut mieux encore la loi qui regle les vents particuliers à ces parages , les pilotes s’enbardirent au point de se rendre, par la haute mer, d'Ocelis, sur le détroit de Bab-el-Mandeb , au grand entrepôt de la côte de Malabar, à Muziris, situé au Sud de Mangalor. Les communications établies dans l’intérieur des terres faisaient aussi affluer à Muziris les marchandises des côtes orientales de la presqu'ile de l'Inde, et même l'or de la loiniaine Chrysé (peut-être l'ile de Borneo). L’honneur d’avoir le premier frayé cette voie vers l’Inde est attribué à un marin, d’ailleurs inconnu , nommé Hippalus. On ne peut pas même déterminer d'une manière précise l’époque à laquelle il vécut (1). |

Daos l’histoire de la contemplation du monde doit entrer l’'énumération de tous les moyens qui ont facilite le rapprochement des peuples, rendu accessibles des parties considérables de la terre, et agrandi la sphère des connaissances humaines. Entre tous ces moyens, l’un des plus considérables fut l'ouverture matérielle d’une route d’eau faisant communiquer la mer Rouge avec la mer Méditerranée par le Nil. Déjà Neko avait entrepris de creuser un canal, à l’endroit où les deux continents profondément échancrés ne

tiennent plus l'un à l’autre que par un isthme étroil ; mais effrayé par les réponses des prêtres, il abandonna son projet. Aristole et Strabon remontent même plus haut, et font honneur de ce travail à Sésostris (Ramsès-Meiamoun). Hérodote rencontra et décrivit un canal construit par Darius, fils d’Hystaspe, qui aboutissait au Nil, un peu au-dessus de Bubastus. Ce canal, obstrué plus tard par les sables, fut définitivement rétabli par Ptolémée Philadelphe, et remis dans un état tel que, sans être navigable toute l’année (il n'avait pas élé possible d'obtenir ce résultat, si ingénieux que füt le système d'écluses qu’on avait établi), il activa le commerce de l'Éthiopie, de l'Arabie et de l’Inde jusqu’à la domination romaine , jusqu'à Marc-Aureéle, et peut-être jusqu'à Seplime Sevére, c'est-à-dire pendant plus de quatre siècles et demi. Ce fut aussi dans le dessein de multiplier les relations des peuples à travers la mer Rouge, qu’on creusa avec grand soin des ports à Myos-Hormos et à Bérénice, et qu'on mit celui de Bérénice en communication avec Coptos par une magnifique chaussée (??).

Toutes ces entreprises, tous ces établissements des Lagides , qu’ils aient eu pour but le développement du commerce ou le progrès des sciences, reposaient sur une grande pensée: c’élait une aspiration incessante vers le lointain et l’universel , le désir de rattacher par un lien commun tous les éléments épars, de grouper par grandes masses les aperçus sur le monde et les relations que présentent les diverses parties de la nature. Cette tendance si féconde de l’esprit grec, préparée longtemps en silence, s'était manifestée d’une manière imposante par lexpédition d'Alexandre et par ses efforts pour fondre ensemble l'Orient et l'Occident. Le developpement nouveau qu’elle reçut sous les Lagides est aussi le trait le plus caractéristique de l’époque dont j'essaye de tracer le tableau. Cette tendance, en effet, doit être considérée comme un grand pas fait vers la connaissance de l'univers.

Sans doute la richesse et l’abondance des observations étaient nécessaires pour arriver à embrasser l’ensemble du monde. Considérées à ee point de vue, les relations de l'É-

dis —

gypte avec les contrées reculées, les excursions entreprises en Éthiopie aux frais de l’État (25), les chasses lointaines à la poursuite des autruches et des éléphants (2), les ménageries établies dans les habitations royales du Bruchium et peuplées d'animaux rares et sauvages, durent étre des stimulants efficaces pour l'étude de l'histoire naturelle, et satisfaire aux exigences de la science expérimentale (#), Ce ne fut pas là toutefois le caractère propre de l’époque des Ptolémées, non plus que de toute l’école alexandrine qui suivit fidelement jusque dans le mi et le 1v° siècle la direction qu’elle avait adoptée. On se proposait moins alors d’observer directement les phénomènes isolés, que de rassembler à grand’peine les matériaux existants, de les mettre en ordre, de les comparer , de faire une application intelligente des éléments depuis longtemps réunis. Pendant bien des siècles, jusqu’à l'apparition mémorable d’Aristote , les phénomènes n'avaient pas été l’objet d'une observation pénétrante; ils étaient restés soumis à l’arbitraire des idées, au caprice de divinations confuses et d’hypothèses contradictoires. Maintenant, on commençait à témoigner plus de considération pour les recherches expérimentales; on examinait de près et l’on passait au crible les connaissances acquises. La philosophie de la nature, moins hardie désormais dans ses spéculations, moins fantastique dans les images qu’elle se créait des choses, se rapprocha enfin de l’expérience et marcha auprès d’elle dans la voie de l’induction. D’autre part, les efforts laborieux tentés pour accroitre le fonds de la science rendaient nécessaire une certaine universalité de connaissances; et, bien que parfois, dans les ouvrages des penseurs éminents, cette instruction variée ait produit d’heureux fruits, trop souvent, à une époque où l'imagination épuisée faisait défaut, lérudition se montra froide et inintelligente. Le peu de soin apporté à la forme, l'absence de vivacité et de grâce dans le langage, sont pour quelque chose dans les jugements sévères que la postérité a portes sur la science aiexandrine.

Nous nous proposons surtout, dans ces pages, de mettre en lumiere les progrès qui ont signalé la période des Ptolé-

imées , les résultats produits par le concours de toutes les relations étrangères, par la fondation et l'entretien des grands établissements ; tels que le musée d'Alexandrie et les deux bibliothèques du Bruchium et de Rhakotis, par le rapprochement de tant d'hommes éminents réunis en collége et tous animés d'un amour pratique de la science (?5). Leur érudition encyclopédique les mettait à même de comparer les observations et de généraliser les vues sur la nature. Le grand institut scientifique, dû aux deux premiers Lagides, conserva cet avantage , entre beaucoup d’autres, que ses membres travaillaient librement dans des directions o0pposées. Établis dans un pays étranger , entourés de races d'hommes différentes , ils gardérent toujours l'originalité de lesprit grec et la pénétration qui est un de ses caractères (??).

D'après l'esprit et la forme de cette exposition historique, un petit nombre d'exemples suffiront à montrer comment, sous la protection des Ptolémées, l'expérience et l’observation se firent reconnaitre pour les sources véritables de la science appliquée à la terre et aux espaces célestes ; comment, par l'effet de ses tendances particulières , Fécole alexandrine , tout en s'appliquant à recueillir des matériaux , ne dut pas pour cela renoncer à généraliser les idées dans une juste mesure. Si les écoles philosophiques de la Grè- «e, transplantées dans la basse Égypte, s'étaient trop bien pénétrées de l'esprit oriental et avaient accrédité un trop grand nombre d'interprétations symboliques sur la nature des choses , dans le Musée du moins , les sciences mathématiques restérent toujours comme le plus ferme appui des doctrines platoniciennes (#). Les mathématiques pures, la mécanique et l’astronomie marchaient presque de concert. Dans l’estime profonde de Platon pour le développement mathématique de la pensée, comme dans les vues physiologiques que le philosophe de Stagire étendait à tous les organismes, étaient contenus, pour ainsi dire, les germes de tous les progrés que fit plus tard la science de la nature. Tous deux furent l’éloile conductrice qui guida sûrement lPesprit humain à travers les folles imagina-

tions des siécles de ténèbres. C’est grâce à eux que n’ont pu mourir les principes de la science et les forces saines de l'esprit.

Le mathématicien-astronome Ératosthène de Cyrène, le plus célèbre dans la liste des bibliothécaires d'Alexandrie , mit à profit les trésors dont il avait la disposition et les fit entrer dans le plan systématique d’une géographie universelle. Il dégagea la description de la terre de toutes les légendes fabuleuses. Il s'interdit même, bien qu'il füt aussi versé dans la chronologie et l’histoire, le mélange des faits historiques qui, avant lui, donnaient à la géographie de la vie et de l'intérêt. Ce désavantage fut bien compensé par des observations mathématiques sur la forme articulée et l'étendue des continents, par des conjectures géognostiques sur la liaison des chaines de montagnes, sur l'effet des courants et sur les contrées jadis couvertes d’eau , qui offrent aujourd'hui encore toutes les apparences d’un lit de mer desséché. Partageant, sur la théorie des écluses, appliquée à l'Océan, les opinions de Straton de Lampsaque, fermement convaincu que le gonflement du Pont-Euxin avait produit autrefois le percement des Dardanelles et amené par suite l'ouverture du détroit de Gadés, le bibliothécaire d’Alexandrie fut conduit par cette croyance à rechercher limportant problème de l'égalité de niveau entre toutes les mers extérieures qui enveloppent les continents (?); on peut juger du succès avec lequel il tenta de généraliser les idées, d’après cette remarque que l'Asie tout entière est traversée, sous le parallèle de Rhode , dans le diaphragme de Dicéarque , par une chaine de montagnes qui forme de l'Ouest à l'Est une ligne de démarcation non interrompue (®).

C’est aussi au besoins de généraliser les'vues sur la nature, suite du mouvement intellectuel qui agitait cette époque , que doit être rapportée la première mesure de degré exécutée par un Grec. Je veux parler de l’essai tenté par Ératosthène pour mesurer l’espace compris entre Syène et Alexandrie, afin de déterminer approximativement la cireonférence de la terre. Dans cette entreprise, ce qui doit exciter notre intérêt, c’est moins le résultat obtenu d’après les

données imparfaites des bématistes, que l'effort accompli par un savant, pour arriver à connaitre, en partant de létroit espace de son pays natal, la grandeur de la sphère terrestre.

On peut reconnaitre la même tendance, à la généralisation, dans les progrès brillants que fit au siécle des Ptolémées la connaissance scientifique des espaces célestes. A ce sujet je rappellerai les premiers astronomes d'Alexandrie , Aristylle et Timocharis qui déterminérent la place des étoiles fixes ; Aristarque de Samos, le contemporain de Cléanthe, qui, familier avec les anciennes théories des Pytagoriciens, tenta de dévoiler la structure de l'univers entier, qui le premier reconnut quel immense éloignement sépare les étoiles fixes de notre petit système planétaire, qui pressentit enfin le double mouvement que la terre accomplit sur elle-même et autour du soleil, comme centre du monde. Je citerai encore Séleueus d’'Érythres ou de Babylone (5!), s’efforçant, un siècle plus tard, d'appuyer sur des preuves nouvelles l'opinion du précurseur de Copernic, d’Aristarque , qui avait jusque-là trouvé peu d’écho, et Hipparque, le créateur de l’astronomie scientifique, celui qui, de toute l’antiquité, fournit à la science le plus d'observations personnelles. C’est Hipparque qui, chez les Grecs , fut proprement le premier auteur des tables astronomiques et constata la precession des équinoxes (5?): il fut conduit à cette grande découverte en comparant les observations que lui-même avait faites sur les étoiles fixes, à Rhode , et non pas , comme on l’a dit, à Alexandrie , avec celles de Timocharis et d’Aristylle, sans que vraisemblablement il soit besoin de supposer pour cela l’apparition d’une nouvelle étoile (5%). Il n’est pas douteux que les Égyptiens eussent pu être conduits au même résultat, à force de considérer le lever matinal de Sirius (54).

Les travaux d'Hipparque offrent encore ce caractère particulier, d'avoir mis à profit les phénomènes observés dans les régions célestes, pour déterminer la position des lieux géographiques. Cette liaison entre la connaissance du ciel et celle de la terre, le reflet de l’une de ces deux sciences

dans Pautre, ajoute à la grande idée de l'univers plus d'unité et de vie. La nouvelle carte du monde, dressée par Hipparque, d’après celle d'Ératosthène, repose, dans tous les cas où cela était possible, sur des observations astronomiques ; les longitudes et les latitudes géographiques y sont déterminées d’après les éclipses de lune et la mesure des ombres, D'une part l'horloge hydraulique de Ctésibius, perfectionnement de la clepsydre , pouvait procurer une division plus exacte du temps; de l’autre les instruments en usage chez les astronomes d'Alexandrie pour déterminer les divers points de l’espace et mesurer les angles, étaient sans cesse remplacés par de plus parfaits, depuis l’ancien gnomon et les scaphes jusqu'à l'invention des astrolabes, des armilles solstisiales et des linéales dioptriques. Ainsi l’homme, servi en quelque sorte par des organes nouveaux, arriva graduellement à une notion plus précise de tous les mouvements qui s’accomplissent dans le système planétaire. La connaissance de la grandeur absolue des corps célestes, de leur forme, de leur densité et de leur constitution physique, resta seule stationpaire pendant des milliers d’années.

Le nombre des mathématiciens éminents ne se borne pas à quelques astronomes-observateurs du musée d'Alexandrie. L'âge des Plolémées fut avant tout la période la plus brillante des sciences mathématiques. Le mème siècle vit apparaitre Euclide, qui le premier fit des mathématiques une scienee; Apollonius de Perge et Archimède, qui visita l'Égypte et se rattache par Conon à l’école d'Alexandrie. La longue route qui conduit de l'analyse géométrique, telle que l'entendait Platon, el des triangles de Ménechme (%) jusqu'à l’âge de Kepler et de Tycho , d’Euler et de Clairaut, de d'Alembert et de Laplace. est marqué par une suite de découvertes mathématiques sans lesquelles les lois qui règlent les mouvements des grands corps du monde et leurs rapports réeiproques dans les espaces célestes fussent restes eéternellement un secret pour le genre humain. D'abord un instrument matériel, le télescope, a supprimé la distance en pénétrant à travers l’espace; il a porté les mathématiques dans les régions lointaines du ciel, par la combinaison des idées, et

a pris une possession assurée d’une partie de ce vaste domaine; de même voici qu'aujourd'hui, dans ce temps si fécond en découvertes scientifiques, à l’aide de tous les éléments dont permet de disposer l’état actuel de l'astronomie, l’œil de l'esprit a pu voir une planète, en déterminer le lieu céleste, l'orbite et la masse, avant même que le télescope eut été dirigé sur elle (5).

HW.

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