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qui s’établirent avec la Grèce, malgré son abaissement politique, le cardinal Bembo, protecteur éclairé des arts, ami et conseiller de Raphaël , est le premier , parmi les prosateurs, qui ait laissé des descriptions attrayantes de la nature, Son dialogue de l'Etna offre un tableau animé de la distribution géographique des plantes sur la pente de la iwmontagne , depuis les plaines fertiles de la Sicile jusqu'aux neiges qui couronnent les bords du cratère. Dans les Æistoriæ l’enelæ , œuvre achevée d’un àge plus mûr, le cli mat et la végétation du Nouveau Continent sont caractérisés d’une manière plus pittoresque encore.
Au moment où le monde se trouvait subitement agrandi, tout se réunissait pour remplir l'esprit de magnifiques ima ges et lui donner une plus haute conscience des forces humaines. Lors de lPexpédition d'Alexandre , les Macédoniens avaient rapporté des sombres vallées de l'Indoustan et des monts Paropamisus des impressions qui se retrouvent encore vivantes plusieurs siècles après dans les ouvrages des grands écrivains. La découverte de l’Amérique renouvela l'effet produit par la conquête macédonienne; elle exerça même plus d'influence que les croisades sur les peuples occidentaux. Pour la première fois le monde des tropiques découvrait aux Européens la magnificence de ses plaines fécondes, toutes les variétés de la vie organique, échelonnée sur le penchant des Cordilières, avec les aspects des climats du Nord qui semblent se refléter sur les plateaux du Mexique, de la Nouvelle-Grenade et de Quito. L’imagination, sans le prestige de laquelle il ne peut y avoir d'œuvre humaine véritablement grande, donne un attrait singulier aux descriptions de Colomb et de Vespucei. Vespucei fait preuve, en dépeignant les côtes du Brésil, d’une connaissance exacte des poëtes anciens et modernes. Les descriptions de Colomb, quand il retrace Le doux ciel de Paria et le vaste fleuve de l'Orénoque qui doit prendre sa source, à ce qu'il s’imagine, dans le Paradis, sans qu'il change pour cela la place de ce séjour , sont empreintes d’un sentiment grave et religieux. A mesure qu'il avanéa en àge, et qu'il eut à dutter contre d'injustes persécutions, cette disposition dégénéra chez lui en mélancolie et en exaltation chimérique.
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Aux époques héroïques de leur histoire , les Portugais et les Castillans ne furent pas seulement guidés par la soif de l'or, comme on l’a supposé, faute de comprendre l'esprit de ces temps. Tout le monde se sentait entraine vers les hasards des expéditions lointaines. Les noms d'Haïti, de Cubagua , de Darien avaient séduit les imaginations au commencement du xvi° siècle, comme, depuis les voyages d’Anson et de Cook, les noms de Tinjian et d'Otahiti. Le désir de visiter des pays éloignés suffit pour entrainer la jeunesse de la Péninsule espagnole, des Flandres, de Milan, du sud de l'Allemagne vers la chaine des Andes et les plaines brüûlantes d'Uraba et de Coro , sous la bannière victorieuse de Charles-Quint. Plus tard , quand les mœurs s’adoucirent et que toutes les parties du monde s’ouvrirent à la fois, cette curiosité inquiète fut entretenue par d’autres causes et prit une direction nouvelle. Les esprits s’enflammèerent d’un amour passionné pour la nature dont les peuples du Nord donnaient l'exemple. Les vues s’elevérent en même temps que s’agrandissait le cercle de l'observation scientifique. La tendance sentimentale et poétique , qui se trouvait déjà au fond des cœurs, prit une forme plus arrêtée, avec la fin du x\* siècle , et donna naissance à des œuvres littéraires inconnues des temps antérieurs.
Si nous reportons encore nos regards vers l’époque des grandes découvertes qui ont préparé le travail nouveau des esprits, les descriptions de la nature que Colomb lui-même nous a laissées se présentent naturellement à nous les premières. Depuis peu de temps seulement, nous connaissons son journal maritime, ses lettres au trésorier Sanchez, à la nourrice de l’infant Don Juan, Jeanne de Ja Torre, et à la reine Isabelle. J'ai déjà ailleurs, dans l'ouvrage intitulé : Examen critique de l’histoire de la géographie au xXY° et au xvI siecle (*), essayé de montrer quel profond sentiment de la nature animait le grand voyageur ; avec quelle noblesse et quelle simplicité d'expression il a décrit la vie de la terre , et le ciel, inconnu jusque-là , qui se découvrait à ses regards (viage nuevo al nuevo cielo i mundo que fasta entonces estaba en oculto); ceux-là seuls peuvent appréeier