‹ Cosmos (volume 5)Chapitre 34 sur 53 · SATURNE · texte numérisé non relu

SATURNE

La durée de la révolution sidérale ou vraie de Saturne est de 29 ans 166 jours 25 heures 16° 52”. Son diamètre moyen est de 11 507 myriamètres, c'est-à-dire qu’elle est à celle de la Terre comme 9,022 est à 1. La durée de la rotation, déduite de l'observation de quelques taches sombres, que produit sur la surface ie renflement des bandes, est de 10h 29° 17 (58). A une telle vitesse correspond un aplatissement considérable. William Herschel évaluait cet aplatissement, en 1776, à 1/10,4. Bessel, après plus de trois années d'observalions concordantes, a trouvé pour la grandeur apparente du diamètre polaire, à distance moyenne, 15”, 581; pour le diamètre ‘équatorial, 17,055; 1l reste ainsi pour l’aplatissement 1/10,2 (%°). Le corps de Ia planèle présente aussi des bandes, mais moins faciles à apercevoir que celles de Jupiter, bien qu'un. peu plus larges. La plus constante de toutes est une bande grisàtre, située, à l'équateur, et suivie de plusieurs autres, dont les formes changeantes indiçuent une origine atmosphérique. William Herschel n’a pas toujours trouvé ces bandes parallèles à l'anneau qui entoure la planète; elles ne s'étendent pas non plus jusqu'aux pôles. Il est à remarquer que les régions polaires sont soumises à des changements d'éclat, dépendant des saisons qui se succèdent sur la planète. Dans l'hiver, le pôle devient loujours plus lumineux, phenomène qui rappelle les variations alternatives produites dans les régions neigeuses de Mars, et qui n'avait pas échappé à la sagacité de William Herschel. Que l’on doive attribuer cet accroissement d'intensité à la formation temporaire de glaces et de neiges, ou à l’accumulation des nuages, toujours est-il qu'il témoigne des effets prodcits sur une atmosphère par des variations de température (%).

Nous avons déjà donné, comme exprimant la masse de Saturne, la fraction 1/5501,6; le volume de cette planète est relativement immense, puisque son diamètre est les 4/5 du diamètre de Jupiter, d’où l’on conclut qu’elle a une densité trés-faible qui doit décroitre encore vers la surface. Si la densité était partout la mème, c’est-à-dire égale aux 0,76 de celle de l’eau, Faplatissement serait encore plus considérable.

La planète est entourée, dans le plan de son équateur, de deux anneaux au moins, tous deux fort minces et librement suspendus. Is ont plus d'éclat que la planète ellemême; l'anneau extérieur est le plus brillant des deux (51). La division de l'anneau que Huygens avait découvert el signalé comme unique, en 1655 (2), fut bien remarquée d'abord par Dominique Cassini, en 1675, mais ne fut exactement décrite que par William Herschel, de 1789 à 1792. Depuis les observations de Schort, on a constaté plusieurs fois que l'anneau extérieur était divisé par des lignes légères, mais ces lignes n’ont jamais été bien constantes. Tout récemment, le 11 novembre 1850, Bond se servant a Canibridge, dans les Etats-Unis, de la grande funette de Merz, munie d'un objectif de 14 pouces, a découvert, entre l'anneau dit intérieur et la planète, un troisième anneau plus sombre; et presque simultanément, le 25 novembre de la même année, Maidstone signalait le mème fait en Angleterre. Ce troisième anneau est séparé du second par une ligne noire; il remplit un tiers de l’espace que jusqu'à présent on croyait libre entre le deuxième anneau etle corps de ja planète, et à travers lequel des astronomes prétendent avoir vu de petites étoiles.

Les dimensions de l'anneau malliple de Saturne ont été déterminées par Bessel et par Struve. D’après Struve, le diamètre extérieur de l'anneau qui enveloppe les autres nous apparait, à distance moyenne de la planète, sous un angle de 40,09, correspondant à 58 500 milles géographiques, et le diamètre intérieur, sous un angle de 557,29, qui équivaut à 35 700 milles; le diamètre extérieur du second an-

ep

neau est de 54”, 47; le diamètre intérieur de 26”, 67. L'intervalle qui sépare le second anneau de la surface de la planète serait, d’après Struve, de 4”, 54. La largeur lotale de ces deux anneaux réunis est de 5700 milles géographiques, la distance de l'anneau à la surface de Saturne d’environ 5000. Le vide qui sépare Île premier anneau du second, et qu'indique le trait noir aperçu par Cassini, n'est que de 590 milles. On ne croit pas que l'épaisseur de ces anneaux dépasse 20 milles; leur masse est, d'après Bessel, 1/148 de la masse de Saturne. Ils offrent quelques inégalités de surface et quelques éminences, au moyen desquelles on à déterminé, d’une manière approximative, la durée de leur rotation, absolument égale à celle de la planète (55). Les irrégularités de leur forme se manifestent lors de la disparition de l’anneau, dont généralement une anse devient invisible avant l'autre.

Un phénomène très-remarquable est la position excentrique de Saturne, découverte par Schwabe à Dessau, en septembre 1827. Le globe de la planète n’est pas concentrique avec l'anneau, mais incline un peu vers l'ouest. Cette observation a été vérifiée, en partie à l'aide de mesures micrométriques, par Harding, Struve (5%), John Herschel et South. De petites différences constatées dans la valeur de l’excentricité, à la suite d’une série d'observations faites concurremment par Schwabe, Harding et de Vico, différences qui paraissent périodiques, ont peut-être pour cause une oseillation du centre de gravité de l'anneau autour du point central de Saturne. C’est un fait curieux que, dès la fin du xvu° siècle, un ecclésiastique d'Avignon, nommé Gallet, ait cherché vainement à fixer lattention des astronomes sur la position excentrique de cette planète (55). I est difficile, d’après la densité de Saturne, égale à peine aux 3/5 de celle de l’eau, et qui décroit encore vers la surface, de se représenter son élat moléculaire et sa conslitution matérielle, ou seulement de décider sile corps de la planète est à l'état fluide, qui est celui où les moléeules ont le moins

d’adhérence entre elles, où à Pétat solide, eomme permet-

tent de le croire les analogies souvent citées du bois de sapin, du hége, de la pierre ponce, ou d’un liquide solidifié, la glace. L’astronomé attaché à l'expédition de Krusenstern, Horner, est d'avis que l'anneau de Saturne est une ceinture de nuages, et prétend que les montagnes de la planète sont formées par des masses de vapeurs et de brouillards vésiculaires (6). L’astronomie conjecturale a ici le: champ libre, mais les spéculations de deux astronomes américains, Bond et Peifce, sur'les conditions de stabilité de l'anneau, ont une tout autre portée (97). C’esten partant de l'obser-

valion et de l'analyse mathématique que tous deux s'accor- RU à à admettre la fluidité de l'anneau, ainsi que des variaons copltinues dans la forme et la divisibilité de l'anneau extérieur. Si cet ensemble se conserve tel qu'il est, cela tient, suivant Peirce, à Ja posilion des satellites : sans cette influence conservatr ice, l'équilibre ne pourrait se maintenir, malgré les inégalités de l'anneau.

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