LES COMÈTES
Bien que soumises à l'influence du corps central, les comètes, que Xénocrate el Théon d'Alexandrie appellent des nuées lumineuses, qui, suivant les expressions d’Apollonius le Myndien, fidèle en cela à une ancienne tradition chaldéenne, s'élèvent périodiquement dans les espaces célestes en décrivant une orbite immense et régulière, forment dans le système solaire un groupe d’astres complétement à part. Les comètes, en effet, ne se distingueni pas seulement des planètes proprement dites par leur immense excentricité ; elles présentent des changements de forme, des altérations dans les contours, qui parfois s’acecomplissent en quelques heures, comme cela est arrivé, en 1744, pour la comète de Klinkenberg, si bien décrite par Heinsius, et en 1855, lors de la seconde apparilion de la comète de Halley. Avant que notre système solaire eût été enrichi, grâce aux découvertes d'Encke, de comèles à courte période, ou comètes intérieures, c’està-dire enveloppées dans les orbites planétaires, des rèveries, engendrées par l'idée des rapports que l'on croyait exister entre la distance des planètes au Soleil et leur excentricité, leur volume et leur légèreté spécifique, avaient conduit à cette opinion: qu'au delà de Saturne on devait découvrir des pla-
nêtes excentriques d'un volume énorme, « qui formeraient des degrés intermédiaires entre les planètes et les comètes; et peut-être même la dernière planète, coupant lorbite de Saturne qui la précède immédiatement, méritait déjà le nom de comète (5). » Cette idée de l’enchaîinement des formes dans la structure de l'univers, qui rappelle la doctrine, souvent nial appliquée, de la gradation des êtres dans la nature organique, était partagée par Emmanuel Kant, lan des plus grands esprits du xvin siècle. Uranus, puis Neptune,
ont été apercus par William Herscliel et par Galle, le premier 26 aus, le sécond 91 ans après que le philosophe de Kæ-
nigsberg eut dédié au grand Frédérie son Histoire naturelle du Ciel; mais ces deux planètes ont une excentricité moindre que celle de Saturne: l’excentricité de Saturne étant représentée par 0,056, celle de Neptune n’est que de 0,008, nombre peu différent de celui qui exprime lexcentricité de Véaus, si rapprochée du Soleil (0,006). Uranus et Neptune n’ont rien d’ailleurs des propriétés cométaires qu on Jeur supposaut. ,
A une époque récente, depuis Pannée 1819, cinq comèêles intérieures, découvertes successivement, ontsuivi celle d'Enke. Elles paraissent former un groupe particulier, dans lequel la plupart des demi-grands axes ressemblent à ceux des petites, planètes ; aussi s'eston demandé si ce groupe de comètes intérieures ne composait pas originairement un seul corps céleste, comme, Olbers l'a conjecturé pour Les petites planètes; si cette grande comète n'aurait pas été divisée en plusieurs par l'action de Mars, ainsi que cela est arrivé à la comète intérieure de Biéla, qui, lors de sa dernière apparition, en 1846, s’est séparée en deux, sous les yeux, pour ainsi dire, de l'observateur. De certaines ressemblances entre les éléments des petites planètes et ceux des comètes ont conduit le professeur Stephen Alexander, du collége de New-Jersev, à rechercher là possibilité d’une origine commune à ces asléroïdes el aux comêtes, ou du moins à quelques-unes d’entre elles (®*). D'après toutes les observations réeentes, il n’y a pas lieu de s'appuyer sur
l'analogie tirée des almosphères nébuleuses des astéroïdes. Si d'ailleurs les orbites de ces petites planètes sont contenues «dans les plans divers, si même celle de Pallas offre l'exemple d'une extrème inclinaison, aucune d'elles néanmoins ne coupe, comme les eomètes, les orbites des autres grandes planètes. Cette condition essentielle, quelle que soit l'hypothèse à laquelle on S’arrête sur la direction et la vitesse primilives de ces corps célestes, ne permet guère de leur attribuer une origine commune, à part même la différence de constitution qui distingue les comêtes intérieures et les petites planètes, complètement dépourvues de nébulosité. Aussi Laplace, dans sa théorie de la formation des planètes par des anneaux de matière vaporeuse, etreulant autour du Soleil,a-tl cru devoir séparer complètement les comètes des planètes: « Dans l'hypothèse des zones de vapeurs, dit-il, et d’un noyau s’accroissant par la condensaion de l'atmosphère qui lenvironne, les comètes sont étranseres au système planétaire (%). »
En esquissant le Tableau de la Nature dans le premier volume du Cosmos (5), nous avons déjà fait remarquer que les comètes sont les corps qui, avec la plus faible masse, occupent le plus d'espace dans le domaine solaire, et qu’elles dépassent en nombre toutes les autres planètes. En effet, le caleul des probabilités fondé sur ee que l’on sait jusqu'à ce Jour de l'étendue de leurs orbites, de leurs distances aphélies ou périhélies, et du temps durant lequel ces astres peuvent rester invisibles, révèle Fexistence de plusieurs milliers de comèles. Il faut cependant excepter de celte comparaison les aérolithes ou asteroïdes météoriques, dont la nature est demeurée jusqu'ici enveloppée de beaucoup de ténébres. Parmiles comètes, 1ly à lieu de distinguer celles dont on à calculé l'orbite et celles pour lesquelles il n'existe que des observations imparfailes ou seulement des indications recueillies dans les chroniques. D’après la récente énumératon de Galle, le nombre exact des comètes déterminées élait, en 1847, de 178; en y joignant celles dont l'existence seule a été signalée, le total ne s'élève pas à moins
de six ou sept cents. Lorsque la comète de 1682 reparut en 1799, ainsi que l'avait annoncé Halley, on considéra comme très-singulière l'apparition de trois comèêtes dans la même année, Mais aujourd’hui, telle est l'activité avec laquelle la voûle céleste est explorée simullanément, sur tant de points différents du globe terrestre, que, dans chacune des années 1819, 1825 et 1840, on en a apercu et caleulé quatre ; on en avait observé cinq en 1826; ce nombre s’éleva jusqu'à huit en 1846.
Les derniers temps ont été plus riches que la fin du siécle précédent en comètes visibles à l'œil nu; cependant celles dont la tèle et la queue sont éclatantes restent toujours un phénomène rare et remarquable. I n’est point sans intérêt de rechercher combien de comètes visibles à l'œil nu se sont montrées en Europe, durant les derniers siècles (87). L'époque la plus riche a été le xvr° siècle, qui en a fourni 25. Le xvu° en compta 12, dont 2 seulement dans les cinquante premières années. Au xvin siècle, 11 n’en parut que 8, tandis que, dans la première moitié du xix°, on en compte déjà 9, parmi lesquelles les plus belles sont celles de 1807, 1811, 1819, 1855 et 1845. Dans les temps antérieurs, 1} s’est souvent écoulé un intervalle de 40 à 50 ans, sans que ce spectacle se soit présenté une seule fois. Il est possible, au reste, ie dans les années qui semblent pauvres en comèles, il
"ait eu beaucoup de grandes comèêtes à longue excursion, don le périhélie est situé au delà des or bites de Jupiter et de Saturne. Quant aux comèêtes télescopiques, on en découvre en moyenne 2 ou 5 chaque année. Dans l’année 1840, en trois mois consécutifs, Galle à signalé trois nouvelles comètles ; Messier en a trouvé 12, de 1764 à 1798; Pons en a découvert 27, dans l'intervalle de 1801 à 1807. Ainsi semble se vérifier la comparaison de Képler: ut pisces tn Oceano.
Le dénombrement exact des comètes observées en Chine, qu'Édouard Biot a extrait du Recueil de Matuan-hin, n'a pas une moindre importance. Cette liste remonte plus haut que l'école Ionienne de Thalès, et le règne du roi Alyattes
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de Lydie. Divisée en deux sections, elle comprend, dans la première, la position de toutes les comètes, depuis l'an 615 avant Jésus-Christ jusqu'à l'an 1222 de l’ére chretienne, et, dans la seconde, les comètes qui ont paru depuis 1222 jusqu'en 1644, période remplie par la dynastie des Ming, Je répèle ici ce que j'at fait remarquer déjà dans le premier volume du Cosmos (p.454, note 42), que, pour les comètes comprises entre le milieu du im siècle et la fin du xiv°, les caleuls reposent uniquement sur les renseignements des Chinois, et que la comète de 1456, une des apparitions de celle de Halley, est la première dont les éléments aient été délerminés d’après les seules observations européennes. Ces observations, dues à Regiomontanus, furent suivies par d’autres fort exactes, que fit Apian à Ingolstadt, au mois d'août 1551, lors d'une réappariton de la comète de Halley. Dans l'intervalle. au mois de mai 1500, se place une comète d’un grand éclat, la grande Asta, que le peuple, en Italie, appelait Signor Astone, et dont le souvenir se rattache à des voyages de découverte en Afrique et au Brésil (58). Guidé par là ressemblance des éléments, Laugier à retrouvé dans les indications chinoises une septième apparition de la comète de Halley, qui eut lieu en 1578 (); de mème que la troisième eomète de 1840, découverte par Galle le 6 mars (°°), paraît identique à celle de 1097. Les Mexicans avaient aussi l'habitude de rattacher, dans leurs annales, les événements considérables aux comêtes et à d’autres phénomènes célestes. Ce n’est, chose singulière, que dans le catalogue chinois, où elle est rapportée au mois de décembre, que j'ai pu reconnaitre Ja comète de 1490, dont j'ai trouvé le signalement dans le manuscrit mexieain de Le Tellier, et dont j'ai fait joindre un dessin à mes Monuments des peuples indigènes de l'Amérique (°'). Les Mexicains avaient enregistré celle comète 28 ans avant le premier débarquement de Cortez sur les côtes de Veracruz (Chalchiuheuecan).
J'ai traité en détail dans le premier volume du Cosmos (p. 80-87), d’après l'autorité de Heinsius (1744), de Bessel,
— = de Struve et de Sir William Herschel, tout ce qui a trait à la forme des comètes, à leurs variations d'éclat, de couleur et de figure, aux effluves de leur tête qui se recourbent en arrière pour former la queue (°?). La magnifique comète de 1845 (%), que Bowring put voir, semblable à un peut nuage blane, à Chihuahua, depuis neuf heures du malin Jusqu'au coucher du soleil, et qui fut observée en plein midi, à Parme, par Amici, à 1° 25° à PEst du Soleil (°4), n'est point la seule qui ait été aperçue dans ces circonstances; plus récemnient encore, la première comète de 1847, découverte par Hind près de la Chèvre, a été visible également à Londres, dans le voisinage du Soleil, au moment même de son périhélie.
Afin d’éclaircir ce que nous avons dit plus haut de Ja remarque faite par les astronomes chinois, à l'occasion de la comète qui parut au mois de mars 857, sous la dynastie Thang, j'insére ici la traduction d’un passage extrait de Ma-luan-lin, dans lequel est exprimée la loi qui règle la direction de la queue des comèêtes: « En général, pour une comète placée à l'Est du Soleil, la queue, à parür du noyau, se dirige vers l'Est; si la comète au contraire parail à l'Ouest du Soleil, la queue se tourne vers l’ouest (5). » Fracastor et Apian disent avec plus de précision et de justesse : « Qu'une ligne menée suivant l'axe de fa queue et prolongée au delà de la tête, va passer par le centre du Soleil. » Ces mots de Sénèque : « Les queues des comètes fuient devant les rayons du Soleil » (Questions naturelles iv. VIE, chap. 20) sont également caractéristiques. Parmi les planètes et les comèêtes actuellement connues, les temps des révolutions sidérales, dépendant du demi-grand axe, offrent les rapports suivants : pour les planètes, les révolutions les plus courtes sont aux plus longues comme 1 à 683, elles sont, parmi les comèles, comme 1 est à 2670. On à comparé, pour établir ce calcul, d'une part, Mercure qui fait sa révolution en 87 jours 97/100, avec Neptune qui accomplit la sivnne en 60 126 jours 7/40, d'autre part, la comète d'Encke dont la période est de 5 années 5/10,
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avec celle de 1680, observée par Gotfried Kirch, à Cobourg, par Halley et par Newton, et qui ne met pas à décrire son ellipse moins de 8814 ans. J'ai déjà indiqué, d’après un excellent Mémoire d'Encke (Cosmos, LE, p.90 et t. HE, p. 417-419) la distance entre l'étoile fixe la plus rapprochée de nous, « du Centaure, et lPaphélie de la comète de 1680. Jai signalé la lenteur avec laquelle cette comète se smeut dans la portion extrême de son orbite, parcourant à peine 5 mètres par seconde; jai rappelé la distance, égale à peine à 6 fois la distance de la Lune, à laquelle la comète de Lexell s’est approchée de la Terre en 1770, et la distance moins considérable encore où se sont trouvées, relativement au Soleil, la comète de 1680 et surtout celle de 1845. D’après les éléments de la seconde comète de 1819, dont le volume énorme apparut subitement en Europe, se dégageant des rayons du Soleil, on conclat qu'elle passa le 26 juin devant le disque solaire (%); malheureusement elle resta inaperçue. La même chose a dû arriver pour la comèle de 1825, qui, -outre la queue ordinaire opposée au Soleil, en offrait une autre dirigée vers cet astre. Si les queues des deux comèêtes étaient longues, elles ont dù mêler à notre atmosphère quelques por tions de leur substance nébuleuse, comme cela à certainement eu heu plus d'une fois. On s’est même demandé si les singuliers brouiilards de 1785 et de 1851 qui couvraient une grande partie du continent européen, n'étaient point Ja conséquence d'un pareil aceident (97).
Tandis que d’un côté l'on compare la quantité de chaleur recue par les comètes de 1680 et de 1845, dans leur péribélie, ‘à la température focale d’un miroir ardent de 32 pouces (%), un astronome éminent, auquel je suis uni par une vieille amitié (®), Lindenau, veut que, en raison de leur excessive légèreté spécifique, loutes les comètes sans noyau solide ne recoivent aucune chaleur du Soleil, et se maintiennent à la température des espaces environnants (1%), Si l’on considère les nombreuses et frappantes analogies des phénomènes que présentent, d'après Mellon
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et Forbes, les sources sombres ou brillantes de la chaleur, il semble difficile, eu égard à Pétat actuel de nos connaissances physiques et au lien qui les anit entre elles, de ne pas admettre la présence dans le Soleil de causes produisant simultanément, par les vibrations de léther, c’est-àdire par des ondalations de longueurs différentes, le rayonnement de la lumière et celui de la chaleur. Pendant longtemps, on a rappelé dans les écrits astronomiques une prétendue éclipse de la Lune par une comète, en 1454. Le premier traducteur du Byzantm George Phranza; le jésuite Pontanus, avait cru en trouver l'indication dans un manuscrit, à Munich. Ce passage d’une comète entre la Lune et la Terre est aussi peu véritable que celui de la comète de 1770, dont s'était porté garant Lichtenberg. La première publication complète de la Chronique de Phranza eut lieu à Vienne en 1796; on y lit textuellement: Que Fan du monde 6962, durant une éclipse de lune, une comète semblable à un nuage léger, et décrivant une orbite à la manière des corps célestes, apparut et s’approcha du disque lunaire. La date indiquée, qui répond à l’an de notre ère 1450, est inexacte, puisque Phranza dit positivement que le phénomène est postérieur à la prise de Constantinople, qui eut lieu Le 19 mai 1455; et en effel il ÿ eut une éclipse de lune le 12 mai 1454. On peut voir à ce sujet Jacobs, dans la Correspondance mensuelle de Zach, t. XXHKE, 1811, p. 196-202.
Leverrier a étudié avec soin les rapports de distance qui ont pu exister entre les satellites de Jupiter et la comète de Lexell, et les perturbations que cette remarquable comêle a éprouvées par leur influence, sans réagir sur la durée de leur révolution. Messier, lorsqu'il la découvrit, le 44 juin 1770, la prit pour une faible nébulosité dans le Sagillaire; et huit jours aprés, le noyau brillait déjà comme une étoile de deuxième grandeur. Avant que la comète n'arrivät au périhélie, on ne voyait aucun veslige de queue ; lorsqu'elle ent dépassé ce point, il s'en développa une qui avail à peine un degré de longueur. Lexell reconnut que
celle comète décrivait une orbite elliptique, et opérail sa révolution en 5 années 3835/1000, ce qui fut confirmé par Burckardt, dans un excellent Mémoire publié en 1806. D'après Clausen, la comète de Lexell s’est approchée dela Terre, le 1° juillet 1770, à une distance de 565 rayons terrestres , c’est-à-dire 251 000 myriamètres, ou 6 fois la distance de la Terre à la Lune. La raison pour laquelle cette comète ne fut apereue ni plus tôt, au mois de mars 1776, ni plus tard, au mois d'octobre 1781, est établie à l’aide de l'analyse, par Laplace, dans le ve Lome de la Mécanique céleste. Conformément aux conjectures de Lexell, Laplace a démontré que ce fait était dû à des influences perturbatrices, qui se sont exercées à l’approche de la comète, en 1767 et en 1779, dans les portions de l’espace occupées par ie système de Jupiter. Leverrier a trouvé, que, suivant une première bypothèse sur l'orbite de la comète de Lexell, cette comète aurait traversé en 1779 les orbites des satellites de Jupiter, et que d’après une autre hypothèse, elle serait restée fort loin'en dehors de l'orbite du quatrième satellite (1).
Il est extrêmement difficile de déterminer létat moléculaire des différentes parties d'une comète, de la tête ou du noyau, qui ont si rarement des contours arrêlés, aussi bien que de la queue. Cela tient à ce que le noyau même n’occasionne aucune réfraction des rayons lumineux, et que, d’après l’importante découverte d Arago (Cosmos, {. E, p. 84 et 529, notes 49-51), 1l existe dans a lumière des comètes une portion de lumière déjà polarisée, c’est-à-dire de lumière solaire réfléchie. Bien que les moindres étoiles restent visibles sans diminution d'éclat, à travers les émapalions brumeuses qui forment la queue des comètes, et presque à travers le centre du noyau ou du moins fort près du centre, comme le disait déjà Sénèque: (per Comelem non aliter quam per nubem ulteriora cernuntur, Quest. Natur., Nb. VI, cap. 18), cependant Arago à démontré, dans des expériences dont j'ai été témoin, que ces enveloppes nébuleuses, malgré leur rareté, sont suscepli-
bles de réfléchir une lumière étrangère (2), de sorte que les comètes n’ont « qu'une diaphanéilé imparfaite (5), puisque la lumière ne les traverse pas sans obstacle. » L’intensité d'éclat que présentent quelquefois des nébulosités si légères, comme cela est arrivé pour la comète de 1843, ou l'aspect stellaire du noyau, excilent. l’étonnement, parce qu'on est tenté de tout rapporter à la réflexion des rayons solaires. Mais ne se peut-il pas que, outre cette lumière empruntée, les comèêtes dégagent elles-mêmes une lumière propre ?
De la queue des comètes, longue de plusieurs millions de lieues, et épanouie le plus souvent en éventail, se détachent, par l’émanation ou l’évaporation, des particules qui se répandent dans les espaces. Là elles forment peutêtre elles-mêmes ce milieu résistant qui resserre peu à peu l'orbite de la comète d’Eneke (4); peut-être aussi se mélent-elles à la matière cosmique qui ne s’est point condensée en corps célestes et n’a pas servi à former la lumière zodiacale. Des parties matérielles disparaissent presque sous nos veux, el nous soupconnons à peine la portion de l’espace où elles s’agrégent de nouveau. Bien qu'aujourd'hui il paraisse très-probable que la densité du fluide gazeux répandu à travers les espaces augmente dans le voisinage du Soleil, on ne peut cependant pas, pour expliquer l'amoindrissement que le noyau des comètes éprouve, selon Walz, auprès du Soleil, se représenter ce fluide condensé comme agissant par la compression sur une enveloppe vésiculaire (*). Généralement, les contours des effluves comélaires sont fort indécis, et l’on ne peut savoir au Juste où finit la nébulosité qui réfléchit la lumière. Il n’en est que plus remarquable et plus instructif, quant à la conslitulion de certaines comètes, de voir, en quelques occasions, dans la portion antérieure parabolique de lastre, une netteté de contours à peine égalée par les groupes de nuages de notre atmosphère. C'est ce qui est arrivé pour la comète de Halle, au cap de Bonne-Espérance, vers la fin du mois de janvier 1836. Sir John Herschel comparait cette
apparence inusitée, qui témoignait de lintensité de Pat traction mutuelle exercée par les molécules, à l'aspect d’un vase d’albâtre vivement éclairé à Pintérieur (5).
Depuis la publication du premier volume du Cosmos, il s'est produit dans le monde des comèêtes un événement dont on avait à peine auparavant soupconné Ja possibil ité. La comète intérieure et à courte période de Biéla, qui ac- complit son ellipse en 6 ans 1/2, s’est partagée en deux comètes de mème forme, mais de grandeur différente, chacune d'elles ayant une tête et une queuc. Aussi longtemps qu’on à pu les observer, elles ne se sont point réunies, et ont cheminé presque parallèlement. Le 19 décembre 1845, Hind avait déjà remarqué, dans la comète encore intacte, une sorte de protubérance vers le Nord; mais le 21, d’après l'observation d’Encke à Berlin, on n’apercevait aucun indice de séparation. La division déjà effectuée fut reconnue pour la première fois le 29 du même mois, dans l'Amérique septentrionale, et en Europe, vers le milieu et à la fin du mois de janvier 1846. Le nouvel astre, le plus pelit.des deux, précédait le plus grand dans la direction du Nord. La distance de l’un à l’autre fut d’abord de 5’: plus tard, le 20 février, elle était de 6’, d’après l'intéressant dessin d'Otto Struve (7). L'éclat de chacune d'elles était changeant; de sorte que le second astre augmentant peu à peu d'intensité, surpassa quelque temps en lumière la comète principale. Les enveloppes nébuleuses qui entouraient chaque noyau, n'avaient aucun contour déterminé: celle qui entourait la plus grande comète offrait un gonflement peu lumineux vers le Sud-Sud-Ouest, mais la partie du ciel qui les séparait fut notée à Poulkowa comme libre de toute nébulosité ($). Quelques jours plus tard, le lieutenant Maury aperçut à Washington, avec un instrument dioptrique de Munich, de 9 pouces de diamètre, des rayons que l’ancienne comète envoyait vers la nouvelle, de sorte que pendant quelque temps il y eut une sorte de pont jeté de l’une à l'autre. Le 24 mars, la petite comète diminuant insensiblement d'éclat n’était déjà presque plus re-
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connaissable. On vit encore la plus grande jusque vers le 16 ou le 20 avril, où elle disparut à son tour. J'ai décrit le développement de ce phénomène extraordinaire avec tous les détails que Pon a pu constater (?). Il est à regretter que le fait même de la séparation et état qui la précédée aient échappé aux observateurs. La comète formée aux dépens de la première est-elle devenue invisible par suite de Péloignement et de la faiblesse de la lumière, ou s’est-elle dissoute ? reparaitra-t-elle accompagnant la planète principale, et la comète de Biéla offrira-t-elle encore, lors de ses retours successifs, de semblables anomalies ?
La naissance d’un nouveau corps planétaire par voie de disjonction soulève naturellement la question de savoir: si dans la mullitude des comètes circulant autour du Soleil, il n’en est pas plusieurs qui aient été engendrées de cette manière, si ce phénomène ne se reproduit pas encore tous les jours, si enfin, soit par l’inégale vitesse de leur révolution, soit parce qu’elles ne subissent pas au même degré l'influence des perturbations, les comètes ainsi décomposées ne sont point lancées sur des orbites différentes? Stephen Alexander, dans un Mémoire déjà cité, a cherché à expliquer la génération de toutes les comètes intérieures par une hypothèse de ce genre, mais sans fournir de raisons assez concluantes. Il paraît que de semblables événements se sont produits dans l'antiquité; malheureusement ils n’ont pas été décrits avec assez de détails. Sénèque rapportant d’après un témoin, qu'il déclare lui-même peu digne de confiance, que la comète à laquelle on attribua la destruction des villes de Hélice et de Bura, se divisa en deux parties, ajoute ironiquement: « Pourquoi personne n'a-t-il jamais vu deux comètes se réunir en une seule ({°)? » Les astronomes chinois parlent de trois comètes accouplées qui parurent en Pan 896, el parcoururent leur orbite de conserve (11).
Dans le grand nombre de comètes dont les éléments ont été caleulés jasqu’à ce jour, nous en connaissons huit dont la révolution s'accomplit en moins de temps que celle de
Neptune. Parmi elles six sont intérieures, e’est-à-dire que leur aphélie se trouve en deçà de l'orbite de cette planète ; ce sont: les comètes d'Encke (aphélie 4,09), de Vico (5,02), de Brorsen (5,64), de Faye (5,93), de Biéla (6,19) et de d’Arrest (6,44). Ces six comèêtes intérieures ont toutes leur aphélie compris entre celui d'Hygie (5,15) et une limite extrême située par delà l’aphélie de Jupiter (5,20), à une fois et 1/4 la distance de la Terre au Soleil. Les deux autres comètes qui accomplissent leur révolution en moins de temps que Neptune, sont la comète de 74 ans d'Olbers et la comète de 76 ans de Halley. Jusqu'en 1819, époque à laquelle Encke reconnut le premier l'existence d'une comêle intérieure, les deux comèêtes d'Olbers et de Halley restèrent, entre toutes les comèêtes dont on avait calculé les éléments, celles dont le retour était le plus prompt. La comète d'Olbers de 1815, et celle de Halley atteignent, à leur aphélie, une distance qui dépasse seulement de 4 rayons de l'orbite terrestre pour lune, de à rayons et 2/5 pour l'autre, la limite en decà de laquelle, depuis la découverte de Neptune, elles seraient considérées comme intérieures. Bien que cette limite soit variable, et que la dénomination de comète intérieure puisse recevoir des applications nouvelles, par la découverte de planètes situées au delà de Neptune, elle a cependant sur la dénomination d’astre à courte période, cet avantage qu’elle dépend au moins de quelque chose de déterminé, durant chaque phase de nos connaissances. Les périodes des six comètes intérieures, actuellement calculées avec précision, ne varient, il est vrai, que de 5 ans 5/10 à 7 ans 4/10; mais si la 6° comète de 1846, découverte à Naples par Péters, le 26 juin, dont le demi-grand axe est de 6,52 revient réellement après un intervalle de 16 années (°?), on peut prévoir que peu à peu on trouvera des comèêtes Intermédiaires, quant à la durée des révolutions, entre celle de Faye et celle d’Olbers. 1 serait done, dans l'avenir, difficile de déterminer une ligne de démareation entre les comêtes à longue et à courte période. Nous insérons 1c1i la table dans laquelle le docteur Galle a réuni les éléments des six comètes intérieures.
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