‹ Cosmos (volume 5)Chapitre 46 sur 53 · ST · texte numérisé non relu

ST

tains soleils. La quantité de matière répandue dans Funivers demeure constamment la même; mais d’après ce que nous savons jusqu'à ce jour des lois physiques qui règnent sur la sphère terrestre, nous voyons la matière passer par des combinaisons qu'on ne peut ni nomlwer ni définir, et s’agiter, sans jamais se satisfaire, dans le cerele perpétuel de ses transformations. Ce jeu incessant des forces de la matière a pour cause l’hétérogénéité au moins apparente de ses moléeules, qui, entretenant le mouvement dans des portions de l'espace que leur pelitesse dérobe à toute mesure, complique à l'infini tous les phénomènes terrestres.

Les problèmes astronomiques sont d’une nature plus simple. Libre jusqu’à ce jour de ces complications, la mécanique céleste, appliquée à considérer la quanuté de matière pondérable qui entre dans la masse des corps, et les ondulations d’où naissent la chaleur et la lumiere, est, en raison même de cette simplicité qui ramène tout au mouvement , accessible dans toutes ses parlies au caleul mathémalique. Cet avantage donne aux Traités d'Astronomie {héorique un grand charme qui n'appartient qu'à eux. On y voit se réfléchir les résultats que Pactivité. intellectuelle des derniers siècles a obtenus par la méthode analytique : comment les formes des corps et leurs.-orbites ont été déterminées ; comment se concilient avec les mouvements des planètes les fables oscillations qui jamais n’en troublent l'équilibre ; comment la structure intérieure du système pianétaire et les perturbations qu'il subit, deviennent, en se balançant mutuellement, une garantie de préservalion et de durée.

Ni la recherche des méthodes à l'aide desquelles on a embrassé lensemble du monde, ni la complication des phénomeènes célestes, ne rentrent dans le plan de cet ouvrage. L'objet d'une description physique du monde est de raconler ce qui remplit l'espace et répand le mouvement de Ja vie organique dans les deux sphères du Ciel et de la Terre, de s'arrêter aux lois naturelles dont le secret a été dévoilé, et de les présenter comme des faits acquis, comme les con-

séquences immédiates de l'induction fondée sur l'expérience. I ne fallait pas, si lon voulait retenir un ouvrage tel que le Cosmos dans'ses limites naturelles, et ne point le laisser s'étendre outre mesure, essayer d'établir entre les phénoimènes un lien théorique. Décidé à ne point excéder ces bornes, j'ai dû apporter d'autant plus de soin, dans la partie astronomique de ce livre, à présenter sous leur vrai jour les faits particuliers et à les ranger suivant l'ordre qui convient. Après avoir considéré les espaces célestes, leur température et le milieu résistant dont ils sont remplis, je suis redescendu aux lois de la vision naturelle et télescopique, aux limites de la visibilité , à la mesure malheureusement incomplète de l'intensité lumineuse, aux moyens nouveaux que fournit l'optique pour discerner la lumière directe de la lumière réfléchie. Puis viennent: le Ciel des étoiles fixes ; le nombre et la distribution probable des Soleils brillant par eux-mêmes, autant du moins que l'on a pu déterminer leur position; les étoiles variables qui reviennent après des périodes dont on a caleulé exactement la durée; le mouvement particulier aux étoiles fixes ; l'hypothèse des corps obseurs et leur influence sur le mouvement des étoiles doubles; enfin les nébuleuses que le télescope n'a pu réduire en essaims d'étoiles pressées.

Passer de la partie sidérale de l’uranologie , ou du ciel des étoiles fixes à notre système solaire, ce n’est que passer du général au particulier. Dans la classe des étoiles doubles, des corps doués d’une lumière propre se meuvent autour d’un centre de gravité commun; dans notre système solaire, composé d'éléments très-hétérogènes, des corps obseurs gravitent autour d'un corps lumineux ; ou plutôt même autour d'un centre de gravité commun , qui se trouve tantôt en dedans, tantôt en dehors du corps central. Les divers membres de notre système sont de nature plus différente que pendant plusieurs siècles on ne fut autorisé à le croire. Le domaine solaire se compose de planètes secondaires et de planètes principales, parmi lesquelles un groupe se distingue par ses orbites entrelacées, de co-

mêtes en nombre indéterminé , de la lumière zodiacale et très-vraisemblablenient aussi d'astéroïdes météoriques qui reparaissenl périodiquement. |

Il nous reste encore à énoncer textuellement, en raison des rapports directs qu'elles ont avec l'objet de ee livre, les trois grandes lois des mouvements planétaires, découvertes par Képler. Première loi: Les courbes décrites par les planètes sont des ellipses dont Je Soleil occupe un foyer. — Deuxième loi: Chaque corps planétaire se meut autour du Soleil dans une orbite plane, où le rayon vecteur décrit des aires égales en des Lemps égaux. — Troisième loi: Les carrés des temps employés par les planètes à faire leur révolution autour du Soleil sont entre eux comme les cubes des distances moyennes, La seconde loi est quelquefois appelée la première parce qu’elle est la première qui ait été découverte (#). Les deux premières lois recevraient leur application, même quand il n'existerait qu'une seule planêle. La troisième et la plus importante, qui ne fut découverle que dix-neuf ans plus tard, suppose nécessairement le mouvement de deux corps planétaires. Le manuscrit de V'Harmonice Mundi, publié en 1619, était achevé dès le 27 mai 1618.

Si les lois des mouvements planétaires furent découvertes au commencement du xvu° siècle, si Newton révela le premier la force dont les lois de Képler étaient la conséquence immédiate, à la fin du xvin° siècle revient l'honneur d'avoir démontré la stabilité du système planétaire, grâce aux ressources nouvelles que nous fournissail pour la recherche des vérités astronomiques le perfectionnement du calcul infinitésimal, Les principaux éléments de cette Stabilité sont: linvariabilité du grand axe des orbites planétaires, démontrée par Laplace, par Lagrange et par Poisson; les lentes et périodiques variations que subit, dars d’étroites limites, l’exeentricité de deux planètes puissantes et trés-éloignées du Soleil, Jupiter et Saturne; la distribuion des masses, réparties de telle facon que la masse de Jupiter n’exeède pas 1/1048 de celle du corps central au-

quel sont suhordonnés tous les autres; enfin, cet arrangement en vertu duquel toutes les planètes, conformément à leur origine et au plan primordial de la création, accomplissent, dans une direction unique, leur double mouvement de rotation et de revolution, décrivent des orbites dont Fexcentrieité peu considérable est soumise à de faibles changements, se meuvent dans des plans à peu près également inclinés, et accomplissent leur révolution en des temps qui n'ont point entre eux de commune mesure. Ces motifs de stabilité qui sont la sauvegarde des planètes dépendent d'une action réciproque, s exerçant à lPintérieur d'un cercle cireonseril. Si celte condition venait à être troublée par Parrivée d'un corps céleste venu du dehors et étranger à notre système, soit qu'il déterminat un choc, soit qu'il introduisit de nouvelles forces attractives, ce trouble pourrait être fatal à l'ensemble des choses actuellement existantes, jusqu’à ce qu'enfin, après un long conflit, 1l s’établit un nouvel équilibre ({). Mais l’arrivée possible d’une comète, décrivant à travers des espaces immenses son orbite hyperbolique, ne saurait, bien que l'excessive vilesse puisse suppléer à l'insuffisance de la masse, inquiéter qu'une imagination rebelle aux considérations consolantes du ealcul des probabilités. Les nuages voyageurs des comêtes à courte période n’offrent pas plas de dangers pour l'avenir de notre système solaire que les grandes inelinaisons des orbites, décrites par les pelites planètes comprises entre Mars et Jupiter. Ce qui ne peut être signalé que comme une possibilité doit rester en dehors d’une Description physique du monde; il n'est point permis à la science d'aller se perdre dans les régions nébuleuses des rêveries cosmologiques.

Page 1