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Groupe du Mexique (79). • .
Groupe de rAmérique centrale (80)
Groupe de la Nouvelle Grenade et de Quito (81)
Groupe du Pérou et de la . .
Bolivie(82) **
Groupe du Chili (83) 24
Ainsi, les cinq groupes américains donnent un total de 91 volcans, dont 56 appartiennent au continent de rAmérique méridionale. Je comprends, sous la dénomination de volcans, outre ceux qui sont encore enflammés, les échafaudages dont les éruptions appartiennent aux temps historiques, ou dont la structure et les masses éruptives, j'entends les cratères de soulèvement et d'éjection, les laves, les scories, les ponces et les obsidiennes les désignent, par delà toute tradition, comme des volcans depuis longtemps éteints. Les cônes et les dômes de trachyte sans ouverture , ou les longues croupes de trachyte également fermées, ne rentrent pas dans cette catégorie. C'est là le sens que Léopold de Buch, Charles Darwin et Frédéric Naumann ont donné au mot volcan, dans leurs énuraérations géographiques. J'appelle des volcans enflammés, ceux qui , considérés de très-près, portent encore, à des degrés divers, des signes d'activité, et dont une partie a donné passage, dans des temps rapprochés de nous, à des éruptions constatées historiquement. La condition, exprimée par ces mots « considérés de très-près » , est importante, parce que, vues de la plaine, les vapeurs légères qui s'échappent du cratère à une grande hauteur peuvent rester inaperçues. N*a-t-on pas contesté, à l'époque de mon voyage en Amérique, que le Pichincha etiegrand volcan du Mexique, lePopocatepetl, fussent encore enflammés? Depuis, un hardi voyageur, Sébastien Wisse (84), a compté, dans le cratère du Pichincha, autoiu* du grand cône d'érup-
tion encore actif, 70 bouches ou fumarolles enflammées; et, moi-même, j'ai été, au pied duPopocatepetl, dans le Malpais del Llano de Telimpa^ où je mesurais une base trigonométrique , témoin oculaire d'une éruption de cendres parfaitement manifeste (85).
La chaîne volcanique de la Nouvelle-Grenade et de Quito, qui, sur 18 volcans, en possède 10 encore enflammés, et a une longueur double environ de celle des Pyrénées, peut se subdiviser en quatre groupes moins considérables, à savoir : le Paramo de Ruiz et le volcan de Tolima , situé à peu de distance, par 4' 55' de latitude Nord, d'après Acosta; le Puracé et le Sotara, près de Popayan, par 2*15'; les volcans de Tuquerres et de Cumbal, dans la province de les Pastos, entre 2' 20' et 0*" 50' ; enfin la rangée de volcans qui s'étend du Pichincha, voisin de la ville de Quito, jusqu'au Sangay, dont jamais l'activité n'est interrompue, c'est-à-dire depuis Téquateur jusqu'à 2* de latitude australe. Cette dernière subdivision, ne se distingue, parmi les chaînes volcaniques du Nouveau-Monde, ni par sa longueur ni par le rapprochement des volcans qui la composent. On sait aujourd'hui qu'elle ne renferme pas non plus les cimes les plus élevées; car l'Âconcagua, situé dans le Chili, par 32^39' (haut. 21 584 pieds d'après Kellet, 22434 d'après Fitz-Roy et Pentland) , les Nevados de Sahama (haut. 20970), le Parinacota (haut. 20670 pieds, le Gualateiri (haut. 20 604 pieds) et le Pomarape (haut. 20360 pieds), tous compris entre 18*7'
et 18'' 25' de latitude australe, sont décidément considérés comme plus élevés que le Chimborazo, qui n^aque 20 100 pieds. Néanmoins, les volcans de Quito sont les plus renommés entre tous les volcans du Nouveau-Monde. Cette célébrité vient de ce que, au plateau de Quito est attaché le souvenir de travaux astronomiques, géodésiques^ optiques, barométriques, travaux importants par les efforts qu'ils ont coûté comme par le but auquel ils tendaient, et qui ont immortalisé les noms de Bouguer et de La Condamine. Dans les contrées dont Tintelligence a pris possession , où ont été agitées de nombreuses idées qui ont aidé au développement des sciences, la gloire reste longtemps un attribut local. C'estainsi que, dans les Alpes suisses, la célébrité s'est attachée de préférence au Mont-Blanc, non pas en raison de sa hauteur, qui ne dépasse que de 523 pieds celle du Mont- Rose, non pas à cause des périls qu'il faut affronter pour le gravir, mais en souvenir des grandes vues physiques et géologiques qui illustrent le nom de Saussure et le théâtre de son infatigable activité. La Nature se montre grande surtout lorsque, en agissant sur les sens, elle se reflète dans les profondeurs delà pensée.
La chaîne volcanique du Pérou et de la Bolivie, qui appartient encore tout entière à la zone équinoxiale, et sur laquelle, d'après Pentland, la limite des neiges éternelles ne commence qu'à partir de 15900 pieds, atteint le maximum de sa hauteur, à égale distance environ de ses deux extrémités, dans
le groupe de Sahama, entre 18** 7' et 18*25' de lalititude australe. En cet endroit, près d'Arica, le rivage forme une inflexion arrondie et très-sensible, à laquelle répond un changement subit de direction dans l'axe de la chaîne des Andes et dans la ligne volcanique qui court parallèlement à l'Ouest. De là, le rivage et la faille volcanique reprennent la direction du Sud, non plus celle du Sud-Est au Nord-Ouest, mais celle même du méridien, qu'ils conservent jusqu'à l'entrée occidentale du détroit de Magellan, sur une étendue de plus de 500 milles géographiques. En parcourant la carte des embranchements et des nœuds de la chaîne des Andes ^ que j'ai publiée en 1841, on est frappé de beaucoup d'autres rapprochements du même genre, entre le contour du Nouveau Continent et la direction de la Cordillère , plus ou moins rapprochée de la côte. Ainsi, depuis le promontoire Aguya jusqu'à San Lorenzo , c'est-à-dire de 5'' 30' à 1*" de latitude australe, la côte de l'océan Pacifique et la Cordillère courent directement du Sud au Nord, après avoir, toutes deux, incliné, pendant si longtemps du Sud-Est au Nord-Ouest, entre les parallèles d' Arica et de Caxamarca ; ainsi encore la côte et la Cordillère prennent franchement la direction du Sud-Ouest au Nord-Est, depuis le nœud de montagnes d'Imbaburu, près de Quito, jusqu'à celui de les Robles, près de Popayan (86). Il parait difficile de démêler les causes géologiques dont Faction commune détermine l'accord entre les contours des continents et la direction des chaînes de montagnes voisines,
accord si souvent manifesté dans les Cordillères de TAmérique du Sud, dans les Alleghanys de TÂmérique du Nord, dans les montagnes de la Norwége et les Apennins.
Bien que ce soit actuellement la branche occidentale de la chaîne des Andes, c'est-à-dire la plus voisine de la mer du Sud , qui donne le plus de témoignages de son activité volcanique, un observateur fort expérimenté, Pentland, a trouvé, au pied de la chaîne orientale, à plus de 45 milles géographiques de la côte, un cratère parfaitement conservé, quoique éteint, avec des coulées de lave qu'il est impossible de méconnaître. Ce cratère forme le couronnement d'un cône situé non loin de San Pedro de Cacha, dans la vallée de Yucay, haute de H 300 pieds (latit. austr., 14^8'; longit. 73° 40') au Sud- Est de Cuzco , où la chaîne neigeuse orientale d' Apolobamba, deCarabaya et de Vilcauoto incline dans la direction du Sud- Est au Nord-Ouest. Ce point, digne de l'attention des voyageurs, est marqué par les ruines d'un temple célèbre, dû à l'Inca Viracocba (87). L'antique volcan, signalé par Pentland, est beaucoup plus éloigné de la mer que le Sangay, qui appartient également à ime branche orientale de la Cordillère ; il Test plus aussi que l'Orizaba et le Jorullo.
Un intervalle sans volcans, de 135 milles de longueur, sépare la chaîne volcanique du Pérou et de la Bolivie de celle du Chili; il n'y a pas, en effet, une moindre distance entre l'éruption qui s'est produite
dans le désert d'Âtacama et le volcan de Goquimbo. 2''34^ plus au Sud, le groupe du Chili atteint son maximum de hauteur dans le Tolcan d*Âconcagua, haut de 21 584 pieds, qui, diaprés Tétat actuel de nos connaissances , est aussi le point culminant de toutes les cimes du Nouveau-Monde. La hauteur moyenne du groupe de Sahama, dans la Bolivie, est de 20650 pieds; elle dépasse aussi par conséquent de 550 pieds la hauteur du Chimborazo. Puis viennent, en décroissant rapidement^ le Cotopaxi, l'Arequipa (?) et le Tolima, dont les altitudes sont comprises entre 17712 et 17010 pieds. Je donne, avec une apparente précision et sans correction, les résultats de mesures malheureusement composées de déterminations trigonométriques et barométriques, parce que c'est, je pense, la, meilleure manière de provoquer des mesures nouvelles, et d'arriver à des notions plus sûres. Il est à regretter que , dans la chaîne du Chili, dont j'ai cité vingt-quatre volcans, on n'en ait encore déterminé hypsométriquement qu'un petit nombre. On a mesuré les moins élevés et les plus méridionaux, ceux qui sont compris entre les parallèles de 37" 20' et 43M0% depuis Antuco jusqu'à Yantales, et l'on a trouvé que la hauteur de ces volcans ne dépasse pas six à huit mille pieds. Au milieu même de la Terre de Feu (Tierra del Fuego), s'élève la cime éternellement neigeuse du Sarmiento qui, suivant Fitz-Roy, ne s'élève pas au delà de 6400 pieds. Du volcan de Goquimbo au volcan San Clémente, on compte 242 milles.
Nous possédons, sur l'activité des volcans chiliens, l'important témoignage de Charles Darwin (88), qui cite formellement, comme encore enflammés, l'Osomo, le Corcovabo et l'Âcoucagiia, les témoignages de Meyen, de Pœppig et de Gay, qui ont gravi le Maypo, l'Antuco et le Peteroa, enfin ceux de Domeyko, de l'astronome Gilliz et du Major Philippi. On peut, d'après ces autorités, fixer à treize le nombre des volcans enflammés; c'est cinq de moins seulement que dans le groupe de l'Amérique centrale.
Des cinq groupes qui composent les chaînes volcaniques du nouveau continent, et dont la situation ainsi que la hauteur peuvent être indiquées d'après des déterminations de lieux astronomiques, et le plus souvent aussi d'après des mesures hypsométriques , nous passons aux chaînes de l'ancien monde, dans lequel, contrairement à ce que nous venons de voir, les files les plus serrées de volcans appartiennent non aux continents, mais aux lies* Le plus grand nombre des volcans européens, y compris le grand cratère situé entre Thera, Therasia et Aspronisi, et qui a donné bien des preuves successives de son activité, se trouvent réunis dans la Méditerranée , et même dans la partie de cette mer désignée sous le nom de mer Tyrrhénîenne et de mer Egée. En Asie, les volcans les plus puissants sont répartis dans les grandes et les petites tles de la Sonde, les Moluques et les Philippines, dans les archipels du Japon, des Kouriles et des tles Aléoutiennes^ au sud et à l'est du continent.
Dans aucune région de la surface terrestre ne se
manifestent des traces aussi récentes d'une coitjdunication active entre l'intérieur et F extérieur de notre planète que dans l'étroit espace, offrant à peine une étendue de 800 milles carrés, qui s'étend entre 10* de latitude australe et ii'' de latitude boréale, et entre les méridiens qui passent par l'extrémité méridionale de la presqu'île Malacca, et par la pointe occidentale de la presqu'île desPapouas, dans la Nouvelle-Guinée. Cet archipel volcanique égale à peine la Suisse en étendue, et est baigné par les mers de la Sonde, de Banda, de Solo et de Mindoro. La seule lie de Java, bien qu'elle n'ait pas de l'Est à l'Ouest plus de 136 milles géographiques, renferme encore aujourd'hui un plus grand nombre de volcans enflammés que toute l'Amérique du Sud, qui aune longueur sept fois égale. Après une longue attente, un savant naturaliste, aussi hardi qu'infatigable, Franz Junghuhn, a répandu un nouveau jour sur la constitution géognostique de Java, en se servant des travaux fort méritoires, bien qu'incomplets, de Horsfield, de sir Thomas Stamfort Raf&es et de Reiowardt. A la suite d'un séjour de plus de douze ans, il a embrassé toute l'histoire naturelle du pays, dans un intéressant ouvrage sur Java, sa Forme, sa Végétation et sa Structure intérieure. Plus de 400 hauteurs ont été mesurées barométriquement, avec le plus grand soin. Les cônes et les cloches volcaniques, au nombre de 45, ont été représentés eu profil, et gravis deux ou trois fois par Junghuhn (89). On s' est assuré que plus de la moitié de ces volcans, 28 au moins, sont encore actifs et vomissent desflam-
mes. Leurs reliefs^ si remarquables et si divers, ont été décrits avec une merveilleuse clarté ; Fauteur a même remonté, dansTbistoire de leurs éruptions, aussi loin qu'il était possible d'atteindre. L'Ile de Java n'offre pas moins d'intérêt par ses coudies sédimentaires déformation tertiaire que par ses phénomènes volcaniques. Ces terrains, qui, avant le grand travail de Junghubn, étaient complètement inconnus, couvrent les 3/5 de file, surtout la partie méridionale. En phisiem*s endroits de Java, des fragments de troncs d'arbres pétrifiés, longs de trois à sept pieds, et appartenant tous à la classe des dicotylédonées, sont les derniers débris d'antiques et vastes forêts. Gela est d'autant plus surprenant, pour un pays où croissent actuellement en abondance les palmiers et les fougères, que, en Europe, dans les terrains tertiaires de la formation houillère, où ne peuvent plus croître les monocotylédonées arborescentes, on rencontre souvent des palmiers fossiles (90). Grâce au soin qu'a pris Junghubn de recueillir des feuilles d'arbres fossiles et des troncs pétrifiés, Gaeppert a pu^ en y apportant sa part de travail, publier la flore antédiluvienne de Java , comme le premier spécimen de la flore fossile d'une contrée véritablement tropicale.
Sous le rapport de la hauteur, les volcans de Java le cèdent de beaucoup aux trois groupes du Chili, de la Bolivie et du Pérou, même à ceux de Quito et de la Nouvelle-Grenade, et des régions tropicales du Mexique. Les maxima des groupes américains sont coin-
pris, pour le Chili, la Bolivie et Quito, entre 20000 et 21 600 pieds; ils sont, pour le Mexique, de 17 000. Ces nombres dépassent de près de 10000 pieds, c'est^ à-dire environ de la hauteur de TEtna, la plus grande altitude des volcans de Sumatra et de Java. Junghuhn a gravi, au mois de septembre 1844, le colossal Gunung-^emeru^ encore actif, et point culminant de toute la chaîne volcanique de Java. La moyenne de ses mesures barométriques a donné 11 480 pieds audessus du niveau de la mer, c'est-à-dire 1 640 pieds au-dessus du sommet de TEtua. Durant la nuit, le thermomètre tomba au-dessous de 6%2. Le Gunung- Semeru était appelé anciennement Mahâ-Mèru , le grand Mèru; ce nom sanscrit rappelle le temps où tes Malais reçurent la civilisation indienne, il est aussi un souvenir de la montagne septentrionale du Monde qui, dans le Mahabharata, est le siège mythique de Brama, de Wischnou et des sept Dèvarschis ou des sept Sages divins (91). On s'est étonné que les indigènes de la haute plaine de Quito aient deviné, antérieurement à toute mesure, que le Chimborazo dépasse toutes les montagnes neigeuses de la contrée ; il n'est pas moins étonnant que les Javanais aient su que la montagne sacrée du Mahà-Mèru, peu éloignée du Gunung Ârdjuno , lequel s'élève à 1 0 350 pieds, atteint le maximum d'altitude dans Tlle de Java. Pourtant, dans un pays sans neige, on ne pouvait pas plus se guider sur la distance du sommet à la limite inférieure des neiges éternelles que sur la hauteur de la neige accidentelle et temporaire (92).
Après le Gunung-Semeruj haut de plus de 1 1 000 pieds, viennent quatre volcans, dont la hauteur varie, d'après des mesures hypsométriques, de 10 000 à 1 1 000 pieds : ce sont le Gunung-Slamat (93) ou montagne de Tegal (haut. 10430 pieds), le Gunung- Ardjuno (haut. 10 350 pieds), le Gunung-Sumbing (haut. 1 0 348 pieds) et le Gunung-Lawu (haut. 1 0 065 pieds). On sait aujourd'hui qu'il existe à Java sept volcans compris entre 9 000 et 10 000 pieds; ces résultats importent, en ce sens qu'on ne supposait pas autrefois qu'il y eût dans l'ile une seule montagne au-dessus de 6000 pieds (94). Parmi les cinq groupes des volcans américains, il n'y en a qu'un seul, mais il y en a un, dont la hauteur moyenne est inférieure à celle du groupe de Java. En effet, bien que près de la vieille ville de Guatemala, le volcan de Fuego atteigne, d'après le calcul et la réduction de Poggendorff, 12300 pieds, 820 pieds de plus que le Gunung-Semeru, le reste de la chaîne volcanique est compris entre 5 000 et 7 000 pieds, tandis que celle de Java, varie de 7 000 à 11 000. Ce n'est pas d'ailleurs dans l'archipel de la Sonde, mais dans le continent, qu'il faut chercher le volcan le plus élevé de l'Asie ; le volcan Klutschewsk, dans la presqu'île du Kamtschatka, s'élève à 14 790 pieds, presque à la hauteur du Rucu- Pichmcha, dans la Cordillère de Quito.
La chaîne de Java, qui contient plus de 45 volcans, suit, dans son axe principal, la direction de T Ouest- Nord-Ouest à l'Est-Sud- Est, exactement 0. 12» N. (95) ; elle est, dans la plus grande partie de son
cours, parallèle à la chatne Tolcanique de la partie orientale de Sumatra, non point à Taxe longitudinal de Java. Cette direction générale de la chatne volcanique n^ exclut pas le phénomène signalé aussi tout récemment dans la grande chaîne de THimalaya, à savoir que, çà et là, trois ou quatre hauts sommets se trouvent détachés des autres, et rangés de telle façon que les axes secondaires de ces chaînes partielles coupent obliquement Taxe principal de la grande chatne. Ces accidents des failles, que Hodgson, Joseph Hooker et Strachey ont observés et représentés en partie, sont d'un grand intérêt (96). Quelquefois les petits axes des failles accessoires se rattachent à la faille principale sous un angle presque droit et souvent, même dans les chaînes volcaniques, ce sont les maxima de hauteur qui se trouvent en dehors du grand axe. Comme dans la plupart des rangées de volcans, on ne remarque point à Java de rapport déterminé entre la hauteur de la montagne et la grandeur du cratère qui en couronne le sommet. Les deux plus grands cratères appartiennent au Gunung- Tengger et au Gunung-Raon. Le Gunung-Tengger est une montagne de troisième classe, haute seue ment de 8165 pieds; cependant son cratère, de forme circulaire , a un diamètre de plus de 20 000 pieds, c'est-à-dire d'un mille géographique environ. La plaine qui forme le sol du cratère est une mer de sable, dont la surface^est à 1 750 pieds au-dessous du point culminant de l'enceinte, et d'où s'élèvent çà et là des masses de lave scorifiées, à travers
une couche de rapillis en poudre. D'après le relevé trigonométrique exécuté avec tant d'exactitude par le capitaine Wilkes et les excellentes observations de Dana, l'immense cratère de Kirauea dans Tlie d'Hawaii ^ qui est rempli de laves brûlantes, n'atteint pas lui-même aux dimensions du cratère du Gunung- Tengger. Au milieu de ce dernier cratère, s'élèvent quatre petits cônes d'éruption, véritables gouffres en forme d'entonnoir et entourés d'une enceinte, dont un seul, le Bromo, a cessé de lancer des flammes. LemotBromo qui vient du nom mythologique Brahma a, dans les dictionnaires de la langue Kawi, le sens de feu, que Brahma n'a pas en sanscrit. Le Bromo présente ce remarquable phénomène que, de 1838 à 1842, il s'est formé dans son entonnoir un lac, qui, ainsi que l'a démontré Junghuhn, doit son origine à l'affluence des eaux atmosphériques, chauffées et acidulées par Tinfiltration de vapeurs sulfureuses (97). Après le cratère du Gunung-Tengger, le plus vaste est celui duGunang-Raon, qui a cependant un diamètre de moitié moindre, mais une profondeur à donner le vertige, que l'on évalue à plus de 2250 pieds. Néanmoins, ce remarquable volcan , haut de 9550 pieds, dont Junghuhn a fait l'ascension et donné une description si détaillée (98), n'est point marqué sur la carte, excellente d'ailleurs, de Rafiles. Un phénomène important, commun aux volcans de Java, et à presque toutes les chaînes volcaniques, c'est que la simultanéité des grandes éruptions est beaucoup plus rare entre les cônes voisins les uns
des autres qu'entre ceux qui sont séparés par des distances considérables* Dans la nuit du 11 au 12 août 1772, durant l'éruption enflammée du Gunung- Pependajan, haut de 6600 pieds , l'éruption la plus Tiolente qui ait ravagé nie depuis les temps historiques, deux autres volcans, le Gunung-Tjerimaï et le Gunung-Slamat, situés en droite ligne, à 46 et à 88 milles géographiques du Pependajan, s'enflammèrent aussi (99) • Bien que tous les volcans d'une même chatae s'élèvent au-dessus d'un même foyer, il est certain que le réseau des failles par lesquelles ils communiquent entre eux est compliqué de telle manière que l'obstruction d'anciens canaux, ou les ouvertures temporaires qui se pratiquent dans le cours des siècles, expliquent des éruptions simultanées sur des points fort distants. A ce sujet, je rappellerai la colonne de fumée qui sortait du volcan de Pasto et qui disparut subitement dans la matinée du 4 février 1797, au moment où l'effroyable tremblement de terre de Riobamba ébranla la haute plaine de Quito, entre le Tunguragua et le Cotopaxi (100).
On attribue en général aux volcans javanais une forme cannelée dont je n'ai vu d'exemple ni dans les lies Canaries, ni au Mexique, ni dans les Cordillères de Quito. Le voyageur auquel nous devons de si précieuses observations sur la structure des volcans de Java, la géographie des plantes, et leurs rapports thermométriques et hygrométriques, Junghuhn, a décrit si clairement le caractère distinctif des volcans javanais que, pour donner l'impulsion à de nouvelles
recherches, le meilleur moyen est sans doute de signaler à l'attention le passage où il parle de cette configuration symétrique. « Bien, dit-il , que la surface du Gunung-Sumbiug, haut de 10 300 pieds, n'offre, lorsqu'on l'aperçoit à quelque distance, qu'une pente non interrompue et uniformément inclinée, on trouve, en y regardant de plus près, qu'elle est composée de saillies longitudinales ou de côtes étroites qui , en descendant, s'écartent et s'élargissent de plus en plus. Leur point de départ est au sommet du volcan, ou plus souvent sur une éminence placée à quelques centaines de pieds au-dessous du sommet; de là elles rayonnent de tous les côtés, à peu près comme les balemes d'un parapluie. » Quelquefois ces côtes longitudinales décrivent de courtes sinuosités, mais toutes ont cela de commun, qu'elles sont formées par des sillons de 300 à 400 pieds de profondeur, placés à côté l'un de l'autre, dirigés dans le même sens, et s'élargissant à mesure qu'ils s'éloignent du sommet Ces sillons se retrouvent sur les pentes de tous les volcans javanais; mais, d'un cône à l'autre, leurs profondeurs moyennes varient sensiblement, ainsi que les intervalles qui séparent les bords du cratère ou le sommet fermé de l'endroit où ils prennent naissance. Le Gunung-Sumbing, haut de 10348 pieds, est un d^ volcans qui offrent les canneliu^es les plus belles et les plus régulières, ce qui tient peu^être à ce que cette montagne a été dépouillée de ses forêts et n'est couverte que d'une couche d'herbes. D'après les mesures publiées par Junghuhn , les côtes se multiplient
et se ramifient, à mesure que diminue l'angle d'in* clinaison du sol (1). Au-dessus de la zone de 9 000 pieds, il n'y a guère, dans le Gunung-Sumbing, que dix sillons ; à 8 500 pieds, il y en a 32 ; à 5 500, 72 ; à 3 000, plus de 95; en même temps l'angle d'inclinaison a diminué de 37* à 25* puis à 10*1/2. Les sillons du Gunung-Tengger, haut de 8 165 pieds, sont presque aussi réguliers. Il n'en est pas de même sur le Gunung-Ringgit, par suite des éruptions formidables qui les ont comblés et détruits (2). Junghuhn estime que la formation de ces côtes longitudinales ou des ravines qui les séparent, et dont il a publié des dessins, est due à l'érosion des eaux courantes.
Cela s'explique, si l'on songe que les eaux pluviales sont, en moyenne, trois ou quatre fois plus abondantes dans cette contrée tropicale que dans la zone tempérée. Les nuages, en crevant, déversent de véritables torrents. Bien qu'en général l'humidité diminue avec la hauteur des couches atmosphériques, les grandes montagnes coniques exercent sur les nuages une attraction particulière, et les éruptions volcaniques sont, ainsi que je l'ai déjà remarqué ailleurs, des causes déterminantes d'orages. La formation des ravines et des vallées {Barrancos), souvent décrites parLéopoId de Buch et par moi (3) , et que le voyageur est heureux de rencontrer dans les volcans des lies Canaries et dans les Cordillères de l'Amérique méridionale, parce qu'ils lui révèlent l'intérieur de la montagne, et le mènent quelquefois près du faite ou jusqu'à l'enceinte d'un cratère de soulèvement, offrent
de Tanalogie avec les cavités qui sillonnent les volcans de Java ; mais bien que, en certaines saisons, ces ravins servent de conduits aux eaux pluviales qui s'y rassemblent, ce n'est pas à l'action des eaux que doit être attribuée l'origine première des Barrancos (4). Les crevasses, résultat du plissement qui s^est opéré dans la masse trachy tique soulevée à l'état pâteux, et qui ne s'est solidiâée que plus tard, sont, selon toute probabilité, antérieures aux effets d'érosion et au choc des eaux. Dans toutes les régions volcaniques où j'ai pu voir des Barrancos profondément creusés sur la pente des montagnes en forme de cône ou de cloche (en las faldas de los Cerros barrancosos) je n'ai reconnu aucune trace d'un rayonnement régulier et des ramifications que présentent les reliefs singuliers des volcans de Java, tels que nous les ont fait connaître les ouvrages de Junghuhn (5). La plus grande analogie entre ces deux phénomènes consiste dans ce fait , signalé par Léopold de Buch et par l'ingénieux observateur des volcans, Poulett-Scrope, à savoir que les grandes fissures suivant presque toujours la direction normale des pentes, rayonnent, sans se ramifier, du centre de la montagne et ne forment pas avec les versants des angles droits ou aigus.
La croyance à l'absence complète de coulées de lave, dansl'tle de Java, vers laquelle semblait pencher Léopold de Buch, d'après les observations du savant Reinwardt, a été singulièrement ébranlée par des observations plus récentes (6). Junghuhn remarque , à
la vérité, que le puissant volcan Gunung-Merapi, dans la période historique de ses éruptions, n'a plus formé des coulées de laves continues et compactes, et qu'il n'a rejeté que des débris de lave ou des quartiers de pierre détachés, bien qu'en 1837 on ait vu, pendant neuf mois de suite , des bandes de feu descendre la nuit, le long du cône d'éruption (7). Mais le même voyageur, si attentif à tous les phénomènes de la nature, a décrit clairement et de la manière la plus circonstanciée trois coulées de lave noire, basaltique, sur trois volcans, le GunuDg- Tengger, le Gunung-Idgen et le Slamat (8). Sur le Slamat, la coulée de lave se prolonge, après avoir occasionné une chute d'eau, jusque dans les terrains tertiaires (9) . En décrivant l'éruption du Gunung- Lamongan, qui se produisit le 6 juillet 1838 (10), Junghuhn distingue très-nettement les coulées de lave proprement dites, formant des masses continues, et ce qu'il appelle des torrents de pierres, qui consiste en débris enflammés, la plupart anguleux, rejetés sans interruption par le volcan, a On entendait, dit-il, le craquement des pierres qui s'entre-choquaient, et qui, semblables à des points enflammés, roulaient en bas à la file ou pèle- mêle. Ce n'est pas sans dessein que je signale les apparences très-diverses que peuvent prendre les masses incandescentes, en roulant sur la pente d'un volcan, parce que, dans les débats auxquels a donné lieu le maximum de l'angle que forme la chute de la lave, on a pu quelquefois confondre avec ces coulées continues des
masses de scories couraDt les unes après les autres, et formant en effet de véritables torrents de pierres. Gomme dans ces derniers temps, à l'occasion des volcans de Java, on a souvent soulevé, sans y apporter toutefois une attention assez sérieuse, la question de la rareté et de l'absence complète des coulées de lave, question importante et qui touche à la constitution intérieure des volcans, il me paraît opportun de la traiter ici sous un point de vue plus général* Bien que, selon toute vraisemblance, dans un groupe de volcans ou dans une chaîne volcanique, toutes les montagnes aient certaines relations avec le foyer universel, c'est-à-dire avec les masses en fusion qui remplissent le centre de la Terre, cependant chacune d'elles se distingue des autres par des caractères physiques et chimiques, d'où dépendent la force et la fréquence de ses manifestations volcaniques , la nature de ses produits , le degré et la forme de leur fluidité* Ces particularités ne peuvent s'expliquer ni par la différence des configurations ni par celle des hauteurs au-dessus de niveau actuel de la mer. Le colossal Sangay a des éruptions incessantes, aussi bien que l'humble Stromboli. De deux volcans, voisins Tun de l'autre, l'un rejette de la ponce sans obsidienne, l'autre lance ces deux substances à la fois ; de l'un il ne sort que des scories désagrégées, l'autre vomit des laves qui coulent en torrents étroits. Un grand nombre de volcans paraissent n'avoir pas offert les mêmes signes caractéristiques, à toutes les époques de leur activité. 11 ne faut pas attribuer non plus
à un contineut plutôt qu'à T autre la rareté ou Tabsence des coulées de lave. Des différences frappantes se manifestent déjà dans certains groupes, bien qu'il faille se borner pour eux à des périodes historiques, limitées et voisines de nous. Le fait d'avoir méconnu des coulées de lave dépend de beaucoup de circonstances à la fois. 11 tient, entre autres causes ^ aux couches épaisses de tuf, de rapillis et de ponce qui recouvrent le sol, au confluent de plusieurs courants simultanés ou successifs, qui forment im vaste champ de laves ou de conglomérats, enfin à ce que, dans une plaine d'une grande étendue, les petits cônes d'éruption qui composaient en quelque sorte l'échafaudage volcanique d'où la lave s'échappait par torrents, comme à Lancerote, ont pu disparaître depuis longtemps. Il me semble très-probable que, dans les états primodiaux par lesquels a passé notre planète, lorsque ses diverses parties se refroidissaient inégalement, et que sa surface commençait seulement de se rider, un écoulement abondant de roches trachytiques et doléritiques, de masses de pierres ponces et de perlites riches en obsidienne, à fétat pâteux, s'est produit à travers un vaste réseau de failles, au-dessus duquel n'a été soulevé ni construit aucun échafaudage volcanique. Le problème de ces émissions, sortant directement des failles, est digne de fixer l'attention des géologues.
Dans la chaîne volcanique du Mexique, le phénomène le plus considérable, celui qui a eu le plus de retentissement depuis mon voyage en Amérique, c'est
le soulèvement du volcan de Jorullo et la lave qu'il a vomie. L'existence de ce volcan, dont j'ai le premier fait connaître la topographie, fondée sur des mesures certaines (11), est, par sa position entre les deux volcans de Toluca et de Colima , et par son apparition soudaine sur la grande faille qui s'étend de rOcéan Atlantique à la mer du Sud , un fait d'une grande importance géognostique (12) ; aussi a-t^il été l'objet de nombreux débats. En suivant la puissante coulée de lave sortie du Jorullo, j'ai réussi à pénétrer dans l'intérieur du cratère , et à y établir mes instruments. Le soulèvement se produisit durant la nuit du 28 au 29 septembre 1759, au milieu d'une vaste plaine de l'ancienne province de Michuacan, séparée du volcan le plus rapproché par plus de 30 milles géographiques , et fut précédé d'un bruit souterrain, qui se fit entendre à partir du 29 juin, c'està-dire pendant deux mois entiers. Ce bruit différait des singuliers bramidos que Ton entendit à Guanaxuato, au mois de janvier 1784, et que j'ai décrits dans cet ouvrage (1 3), en ce que, comme cela d'ailleurs est le cas le plus habituel, il était accompagné de tremblements de terre, dont la ville aux riches mines d'argent ne ressentit aucune atteinte. Le soulèvement du nouveau volcan eut lieu à 3 heures du matin, et s'annonça la veille par un phénomène qui d'ordinaire marque la fin et non le commencement des éruptions. A rendroitoùs'élèveactuellementleiorullo, existait autrefois un bois épais de gouyaviers (Psidium pyrifemm), fort aimé des indigènes pour la douceur de ses
fruits. Des hommes, qui travaillaient aux champs de cannes à sucre (caâaverales) de la Hacienda de San Pedro Jorullo , propriété de Don Ândres Pimentel , étaient allés cueillir des gouyaves; lorsqu'ils revinrent à la métairie , on remarqua avec surprise que leurs larges chapeaux de paille étaient couverts de cendres volcaniques. Des crevasses s'étaient donc ouvertes déjà dans ce que l'on appelle aujourd'hui le Malpais, vraisemblablement au pied de la haute coupole de basalte nommée el Cuiche, et avait déjà rejeté des cendres ou rapillis, avant que rien parut changé dans la plaine. Il résulte d'une lettre écrite trois semaines avant le commencement de l'éruption par le père Joaquin de Ansogorri, et trouvée dans les archives épiscopales de Yalladolid, que le père Isidro Molina, envoyé par le collège des Jésuites établi à Patzcuaro, pour porter des consolations spirituelles aux^ habitants des Playas de Jorullo, auxquels les bruits et les ébranlements souterrains causaient une vive terreur, reconnut le premier l'imminence du danger, et sauva, en donnant l'éveil, toute cette petite population.
Dans les premières heures de la nuit, la cendre noire formait déjà une couche d'un pied de haut. Tout le monde se réfugia sur les hauteurs d'Âguasarco, petit village indien, situé 2160 pieds audessus du plateau de Jorullo. De là on vit, telle est du moins la tradition, une vaste étendue du pays en proie à une eflCroyable éruption de flammes , et au milieu de ces flammes apparut , comme un cbà-
— 337 ~ teaunoir (castellonegro)^ une butte immense et sans forme (bulto grande), suivant les expressions de témoins oculaires. A cette époque , où Tindigo et le cor ton étaient cultivés sur une très-petite échelle , la contrée n'était guère peuplée; aussi n'y eut-il pas mort d'homme, malgré la violence et la durée du tremblement de terre, tandis que près des mines de cuivre d'Inguaran, dans la petite ville de Patzcuarro, à Santiago de Ario, et plusieurs milles encore plus loin, mais non pas plus loin cependant que San Pedro Churumuco, des maisons furent renversées, ainsi que je Tai vu dans des Relations manuscrites (14). En fuyant précipitamment au milieu des ténèbres, les habitants de la Hacienda de Jorullo avaient oubKé un esclave sourd-muet. Un métis eut l'humanité de retourner, et put le sauver avant que Thabitation s'écroulât. Aujourd'hui encore on raconte qu'on trouva cet homme, un cierge bénit dans la main, agenouillé devant l'image de Nuestra Senora de Guadalupe.
D'après une tradition fort répandue chez les indigènes, et que personne ne conteste, aux grands quartiers de roc, aux scories, au sable et aux cendres lancés dans les airs, se joignit constamment, durant les premiers jours, une émission d'eau boueuse. Dans le curieux Rapport, en date du 19 octobre 1759, que j'ai mentionné plus haut, et dont l'auteur décrivait, avec une connaissance exacte des lieux^ l'événement qui venait de s'accomplir, il est dit en termes exprès, queefpe/e eldicho volcan arena^ ceniza y agua. D'après une autre Relation^ que l'Intendant de la IV. 22
Province, le colonel Riano, et un Allemand an service de l'Espagne, le Commissaire des Mines Franz Fischer, ont publié le 10 mars 1789, sur l'état du volcan de JoruUo, tous les témoins oculaires racontaient qu'avant l'apparition de la redoutable montagne (antes de reventar y apparecerse este terrible Cerro), les secousses et les bruits souterrains acquirent plus de fréquence, et que le jour même où se produisit le grand phénomène, on vit la surface du sol se dresser perpendiculairement (se observé que el plan de la tierra se levantaba perpendicularmente). Toute la plaine se luméfia, et forma des vessies (vexigones), dont la plus grande est devenue le loruUo (de los que el mayor es hoy el Cerro del Volcan). Ces sortes de bulles^ de dimensions très-différentes et en général d'une fprme conique assez régulière, crevèrent plus tard (estas ampollas, gruesas vegigas 6 conos diferentemente regulares en sus figuras y tamanos reventâron despues), et vomirent une vase bouillonnante (tierras hervidas y calientes), ainsi que des masses de pierres scorifiées (piedras cocidas y fundidas) qui se retrouvent encore à d'immenses distances, recouvertes de masses de pierres noires.
Ces détails historiques, que l'on souhaiterait plus complets, s'accordent parfaitement avec ce que j'ai recueilli moi-même de la bouche des indigènes, quatorze ans après l'ascension de Antonio de Riano. Aux questions que je fis pour savoir si l'on avait vu la montagne en forme de château fort grandir de mois en mois ou d'année eu année, ou bien si elle avait ap-
paru dès les premiers jours daus toute sa hauteur, je ne pus obtenir de réponse. L'assertion de Riano que les éruptions s'étaient renouvelées pendant seize ou dix-sept ans, par conséquent jusqu'en 1776, a été démentie. Les petites éjections d'eau et de boue, qui, dans les premiers jours, furent observées simultanément avec les scories enflammées, doivent être attribuées, d'après la tradition, au tarissement des deux ruisseaux qui, jaillissant sur le versant occidental de la montagne de Santa Inès, à l'est du Gerro de Cuiche, arrosaient abondamment les champs de cannes à sucre de l'ancienne Hacienda de San Pedro de lorullo, et, continuant leur coursa l'Ouest, coulaient jusque vers la Hacienda de la Presentacion. On montre encore aujourd'hui, près de leur source , le point on leurs eaux, froides alors, disparurent dans une crevasse , au moment oii fut soulevé le bord oriental du Malpais. Après avoir couru au** dessous des petits fours ou Hornitos, elles réapparaissent à l'état de sources thermales; c'est là du moins Topinion des habitants. Comme en cet endroit le Malpais est taillé presque à pic, les ruisseaux forment deux chutes d'eau que j'ai vues et que j'ai fait entrer dans mon dessin. Tous deux ont conservé leur ancien nom de Rio de San Pedro et de Rio de Cuitîmba. J'ai trouvé sur ce point que la température des eaux fumantes était de 52%7. En s'échauffant dans leur long parcours, elles n'ont pas contracté de sa- Teur acide, et ne firent subir aucune altération aux papiers réactifiEi que j'avais l'habitude de porter sur
jBoi; mais plus loin, près de la Hacienda de la Presentacion , en face de la Sierra de las Ganoas, une source saturée de gaz hydrogène sulfuré forme ud bassin de vingt pieds de large.
Pour représenter clairement le relief compliqué du sol qui a été le théâtre de soulèvements si remarquahleSy il faut bien distinguer, sous le rapport de la hauteur et de la configuration : 1* la situation du système volcanique du Jorullo, relativement à réiévation moyenne du plateau mexicain; 2* la convexité du Mal pais, couvert par des milliers de Hornitos; 3* les failles au-dessus desquelles ont été soulevées six grandes montagnes volcaniques.
Sur la pente occidentale de la chaîne centrale du Mexique , la plaine des Playas de Jorullo élevée de 2400 pieds seulement au-dessus du niveau de To* céan Pacifique, forme une de ces assises horizontales qui, partout dans les Cordillères, interrompent Tinclinaison de la pente et ralentissent plus ou moins l'abaissement de la température dans les couches superposées de l'atmosphère. Si du plateau cenbral du Mexique, c'est-à-dire d'une hauteur moyenne de 7 000 pieds, on descend vers les champs de riz de Valladolid d^ Michuacan, vers le lac gracieux de Patzcuaro, et dans les prairies de Santiago de Ario, où nous trouvâmes, Bonpland et moi, de belles plantes du genre des Géorgines (Dahlia Cav.) qui depuis a obtenu tant de vogue, on ne s'est pas encore abaissé de plus de 900 ou 1 000 pieds; mais en partant d'Ario, bâtie sur une pente escarpée,
et eo passant par Aguasarco , il faut , pour se retat>uver à la hauteur de l'ancienne plaine de Jorullo, descendre 3 600 à 4000 pieds, répartis sur une trèspetite distance (15). L'espèce de circonférence qui borde la partie de la plaine rendue convexe par le soulèvement a environ 1 2 000 pieds de diamètre ; ce qui donne, pour la surface, plus du tiers d'un mille géographique carré. Le volcan de lorullo et les cinq autres montagnes qui ont surgi en même temps et sur la même faille sont situés de telle façon qu'ils n'ont à TEst qu'une petite partie du Malpais. Aussi le nombre des Homitos est-il beaucoup plus considérable à rOuest; et lorsque le matin de bonne heure je sortais de la case indienne où j'avais passé la nuit , ou que je montais sur le Cerro del Mirador ^ je voyais le volcan noir se détacher d'une manière très-pittoresque au-dessus des innombrables colonnes de fumée blanche qui s'élevaient des Homitos. Les habitations des Playas, aussi bien que le cône basaltique du Mirador , sont situées au niveau de l'ancien sol non volcanique, ou, pour parler avec plus de circonspection, de la partie du sol non soulevée. La belle végétation de cette plaine, couverte de sauges innombrables, qui croissent à l'ombre d'une nouvelle espèce de palmier en éventail (Corypha pumos) et d'une nouvelle espèce d'aulne (Alnus joruliensis), contraste avec l'aspect stérile et désolé du Maipais. La comparaison des baromètres, à l'endroit où commence le gonflement des Playas et sur un autre point pris au pied du volcan , donne une différence de
444 pieds de Itauteur verticale (16). La maison que nous habitions était située à 500 toises seulement du bord du Malpais. Il y avait là un petit talus vertical, haut de 12 pieds à peine, d'où tombent en cas* cadeles eaux devenues brûlantes du Rio de San Pedro. Autant que j'ai pu reconnaître j de ce talus, la structure intérieure du sol , j'ai aperçu des couches horizontales de glaise noire, mêlées avec du sable ou des rapillis. Sur d'autres points que je n'ai pas vus, situés à l'endroit où le sol gonflé s'élève perpendiculairement au-dessus de celui qui ne l'est pas, et présente de grandes difficultés à l'ascension, Burkart a observé un basalte d^un gris clair, peu compacte et décomposé, qui contenait beaucoup de grains d'olivine (17). Cet habile observateur a d'ailleurs adopté comme moi, sur les lieux, l'hypothèse d'un gonflement du sol opéré par les vapeurs élastiques (18), contrairement à l'opinion de célèbres géognostes, qui considèrent uniquement la convexité dont j'ai donné la mesure comme l'effet d'ime coulée de lave, plus épaisse au pied du volcan (19).
Des milliers de petits cônes d'éruption, semés assez régulièrement sur la surface du Malpais, et qui ressemblent à des fours de boulangers,* les uns plus arrondis, les autres plus allongés, ont, en moyenne, une hauteur de 4 à 9 pieds. Presque tous sont situés à l'ouest du grand volcan; ce qui n'est pas surprenant, puisque la partie orientale, située du c6té du Cerro de Quiche, est à peine la vingt-cinquième partie de l'espace soulevé dans les Playas. Chacun de
ces innombrables Hornitos est formé de spbères basaltiques décomposées, d'où se détachent des écailles concentriques. l'ai pu souvent compter 24 et même 28 de ces écailles. Les globes sont un peu aplatis , comme des sphéroïdes. Le plus grand nombre ont de 15 à 18 pouces de diamètre ; il y en a pourtant dont le diamètre n*a qu'un pied, d'autres dans lesquels il en a trois. La masse noire basaltique est traver-* sée par des vapeurs chaudes et réduite en terre; cependant le noyau est plus dense, et les écailles, lorsqu'on les détache, laissent voir des taches jaunes de fer oxydé. La glaise molle qui retient les sphères ba-^ saltiques est divisée d'une manière assez singulière en lames recourbées, qui s'insinuent à travers tous les iur terstices des sphères. le me suis demandé, à [H^mière vue, si Tensemble ne présentait pas, au lieu de sphères basaltiques, contenant quelques grains d'olivine, des niasses en voie de formation, mais troublées au mi^ lieu de ce travail. Cette hypothèse est contredite par l'analogie de collines souvent très-petites et réelle* ment formées de sphères basaltiques, mêlées de couches d'argile et de marne, que l'on rencontre souvent en Bohème dans les Mittelgebirge, où quelquefois ^es sont isolées, et quelquefois couronnent, aux deux extrémités, de longs dos de montagnes basai-» tiques. Quelques Hornitos sont tellement décomposés, et renferment des cavernes si considérables que souvent les mulets enfoncent profondément, lors^ qu'on les force à poser leurs pieds de devant sur les moins élevés. Des émiuences construites par
des terinites ont résisté devant moi à la même expérience.
Je n*ai pas trouvé, dans la masse basaltique des Hornitost de scories ou de fragments de roches plus anciennes et brisées, comme dans les laves du Jo« ruilo. Ce qui justifie surtout la dénomination de Hor^ nos ou Hornitos^ c^est cette circonstance que dans tous, les colonnes de fumée ne s'échappent point du sommet, mais d'ouvertures latérales ; cela était vrai du moins à l'époque où je visitai les Playas du Jorulio, et où je consignai mes observations, dans mon Journal^ à la date du 1 8 septembre 1803. En 1 780, on pouvait encore allumer des cigares, en les attachant au bout d'un bâton, et en les enfonçant de 2 ou 3 pouces; en quelques endroits mêmes, Tair était si échauffé par le voisinage des Homitos, que Ton était forcé de faire des détours pour se rendre au but qu'on voulait atteindre. Malgré le refroidissement que, d'après le témoignage des Indiens, la contrée a subi depuis vingt ans , j'ai trouvé le plus souvent dans les crevasses des Hornitos 93 et 95 degrés centigrades. A 20 pieds de quelques-unes de ces éminences, dans un endroit où aucune vapeur ne pouvait plus m'atteindre, l'air environnant était encore à 42%5 et 46%8, tandis que la véritable température des Playas était à peine de 25*. Les vapeurs, faiblement imprégnées d'acide sulfurique, dépouillaient de leurs couleurs des bandes de papier réactif et, quelques heures après le lever du Soleil, s'élevaient visiblement jusqu'à 60 pieds de hauteur. C'est à la fraîcheur du matin que
Taspect des colonnes de vapeur est le plus remarquable. Vers midi, déjà même à onze heures, elles ont perdu beaucoup de leur élévation, et ne sont visibles qu'à une très-faible distance. A Fintérieur de plusieurs Hornitos, nous entendîmes un bruissement qui semblait venir d'une chute d'eau. Ces petits fours basaltiques sont, ainsi que je l'ai remarqué déjà, des constructions faciles à renverser. Lorsque Burkart visita le Malpais, vingt-quatre ans après moi, aucim d'eux n'exhalait plus de fumée ; le plus grand nombre n'avaient pas une autre température que celle de l'air environnant; beaucoup même avaient perdu leur forme, par l'effet des pluies et des influences météoriques. Près du volcan principal, Burkart trouva des petits cônes formés de conglomérats d'un rouge brun, qui eux-mêmes étaient composés de fragments de lave arrondis ou anguleux et très-peu cohérents. Au milieu de la plaine soulevée et couverte de Hornitos, on voit encore des restes de l'ancienne éminence à laquelle étaient adossés les bâtiments de la métairie de San Pedro. Cette colline, que j'ai indiquée sur ma carte, forme une croupe dirigée de FEst à l'Ouest. On est étonné qu'elle subsiste encore au pied du volcan ; une partie seulement est couverte d'un sable compacte, formé de rapillis calcinés. Un rocher aigu de basalte, qui se dresse en avant et porte de vieux troncs de Ficus indica et de Psidium, doit être sans nul doute considéré comme préexistant à la catastrophe, ainsi que celui du Cerro del Mirador, et ceux qui se détachent des hautes masses de mon-
tagnes dont la ligne arrondie borne la plaine du c6té de l'Est.
Il me reste à décrire la faille puissante dont Taxe général suit la direction du Sud-Sud-Ouest au Nord- Nord-Est , et sur laquelle s'élève la rangée des six volcans. La direction partielle des trois premiers, moins élevés et plus rapprochés du Sud, est du Sud- Ouest au Nord-Est; les trois derniers vont presque du Sud au Nord. Ainsi la faille, dans son développement total de 1 700 toises, a subi une inflexion qui a légèrement modifié son axe. Cette chaîne , où les volcans se suivent sans se toucher, coupe presque à angle droit la ligne sur laquelle , ainsi que j'en ai déjà fait la remarque, les volcans mexicains se succèdent d'une mer à Tautre. De semblables divergences semblent moins surprenantes, si Ton songe qu'il ne faut pas confondre un grand phénomène géognostique, tel que la direction des masses principales au travers d'un continent, avec les circonstances locales de Torientation à l'intérieur d'un groupe isolé. La longue croupe du volcan de Pichincha ne suit pas non plus la même direction que la chaîne volcanique de Quito; et j'ai déjà signalé ce fait à l'attention , que, dans les chaînes non volcaniques, dans l'Himalaya par exemple , les points culminants sont souvent éloignés de la ligne générale du soulèvement. Ils sont, dans ce cas, placés sur des croupes neigeuses détachées des autres, et qui font avec cette ligne un angle presque droit.
Des six collines volcaniques, soulevées au-dessus de
la faille dont je viens de tracer Tallure, les trois premières, c'est-à-dire les plus méridionales, entre lesquelles passe le chemin qui conduit aux mines de cuivre d'Inguaran, sont, dans leur état actuel, les moins intéressantes. Elles se sont refermées, et sont entièrement couvertes de sable volcanique d'un blanc gris, qui n'est pas de la ponce, car je n'ai vu dans cette contrée ni ponce ni obsidienne. La couche de cendre blanche paraît être la dernière qui ait recouvert le Jorullo, comme Léopold de Buch et Monticelli Tout affirmé du Vésuve. La quatrième montagne, située plus au Nord est le grand, le véritable JoruUo, dont nous eûmes quelque peine à gravir le sommet, avec Bonpiand et Carlos Montufar, le 19 septembre 1803, bien qu'il n'ait pas plus de 667 toises au-dessus du niveau de la mèr, 180 toises au-dessus du Malpais, en comptant à partir du pied même de la montagne, 263 toises au-dessus de l'ancien sol des Playas. Nous supposions que le moyen le plus sûr pour parvenir dans le cratère, rempli encore à cette époque de vapeurs chaudes sulfureuses, était de gravir le dos abrupt de la puissante coulée de lave, sortie du sommet même de la montagne. Nous marchions sur une lave ridée, scorifiée, rendant un son clair, et présentant, dans les parties gonflées, l'aspect du coke ou plutôt celui de choux-fleurs. Quelques parties ont un éclat métallique; d'autres ressemblent à du basalte, et sont pleines de petits grains d'olivine. Lorsque nous fiimes arrivés sur le plateau supérieur de la coulée, à 667 pieds de hauteur verticale^ nous
nous dirigeâmes vers le c6ue de cendres blanches^ dont la pente abrupte, en occasionnant des chutes fréquentes et rapides, faisait appréhender des blessures douloureuses contre les aspérités des laves. Nous avions disposé nos instruments sur la partie Sud-Ouest du bord supérieur du cratère, qui forme une enceinte circulaire large de quelques pieds ; de là nous portâmes le baromètre dans le cratère ovale du c6ne tronqué. Une crevasse laissait échapper de Tair à 93% 7. Nous étions alors directement au-dessous du bord du cratère, 140 pieds plus bas, et vraisemblablement il ne nous restait guère plus de chemin à faire pour arriver au point le plus profond de Tabime, qu'une vapeur sulfureuse trop épaisse ne nous permît pas d'atteindre. Notre trouvaille géologique la plus intéressante fut des quartiers de roches blancs, nettement terminés et riches en feldspath, de trois à quatre pouces de diamètre ^ que nous découvrîmes enchâssés dans la lave noire basaltique. Je tins d'abord cette roche pour de la syénite (20), mais à la suite d'un examen attentif fait par Gustave Rose d'un fragment que j'avais rapporté, elle parait appartenir plutôt à la formation granitique que le Conseiller des Mines Burkart a vue aussi se faire jour sous la syénite du Rio de las Balsas. « La substance enfermée dans la lave, dit Gustave Rose , est un mélange de quartz et de feldspath. Les taches, d'un vert noir, paraissent être non pas de l'hornblende^ mais du mica fondu avec quelques parties de feldspath. Les fragments blancs
enchâssés dans cette pâte ont été crevassés par la chaleur volcanique et, dans la déchirure, des fibres blanches, dentelées et fondues rejoignent les deux bords. »
Plus au Nord que le grand volcan de Jorullo et la montagne de lave scorifiée quMl a vomie dans la direction de l'ancien basalte du Gerro del Mortero, on rencontre les deux dernières collines produites par le même soulèvement Ces collines étaient d'à* bord très-actives, car le peuple désigne encore la plus éloignée sous le nom de el Volcancito. Une large crevasse, ouverte du côté de l'Ouest, porte les traces d'un cratère détruit. Le grand volcan parait, comme TEpoméo d'Ischia, n'avoir déversé qu^une seule coulée de lave considérable ; du moins il n*est pas prouvé historiquement que cette propriété de vomir des laves se soit conservée au delà de la première éruption , car la lettre du Père Joaquin de Ansogorri, écrite vingt jours à peine après l'événement, et découverte par un hasard dont malheureusement peu de gens ont pu profiter, parle presque uniquement des mesures à prendre afin d'assurer aux personnnesqui se sont dispersées avant la catastrophe les soins spirituels qu'elles réclament. Pour les trente années qui suivent, nous ne possédons absolument aucun détail. Des feux qu'une tradition générale représente comme couvrant une si grande étendue de pays , on peut conclure que les six collines et une partie même du Malpais, d'où sortirent les Hornitos étaient enflammées simultanément. La haute
température de l'air ambiant, que j'ai pu constater encore, permet de conjecturer ce qu'elle devait être quarante-trois ans plus tôt. On peut se faire d'après cela une idée de l'état primordial de notre planète^ durant lequel la température de l'atmosphère, et par suite la distribution de la vie organique, purent être modifiées lentement sous toutes les zones, par Viur fluence de la chaleur interne, communiquant avec l'air extérieur à travers des failles profondes.
Depuis que j'ai décrit les Hornitos qui entourent le volcan de Jorullo, on a comparé avec ces petites éminences, ressemblant à des fours, plusieurs échafaudages analogues qui existent dans différentes contrées. Ceux du Mexique, à en juger par leur composition intérieui*e, me paraissent un phénomène isolé jusqu'à ce jour, et qui n'oflfre avec les autres que des rapports de contraste. Si l'on appelle cônes d'éruption toutes les émmencesd'où s'échappent des vapeurs, ce nom appartient assurément aux Hornitos, qui sont de véritables fumarolles. Mais la dénomination de cônes d'éruption aurait l'inconvénientde faire supposer la présence d'indices prouvant que les Hornitos ont lancé des scories ou même déversé des laves, comme font beaucoup de cônes d'éruption. U en est tout autrement, en Asie Mineure, pour rappeler un phénomène plus considérable, des trois gouffres situés sur Tancien limite de la Mysie et delà Phrygie, dans l'ancienne pays de feu (xaTttxexau(ii7)v), dont, suivant Strabon, les tremblements de terre rendaient l'habitation fort périlleuse. Ces gouffres, que
le géographe appelle fo^ai (soufflets) , ont été retrou* vés par le savant voyageur William Hamilton (21). De même, les cônes d'éruption de l'Ile Lancerote, près de Tinguaton, ceux de la basse Italie, ou ceux qui s'élèvent à la hauteiu* de 20 pieds à peine sur la pente du grand volcan du Kamtschatka , TAwat* scha (22), el qu'a visités, au mois de juillet 1824, mon ami et mon compagnon de voyage en Sibérie, Ernest Hoffmann, sont formés de scories et de cendres, qui ont bouché le petit cratère d'où elles sont sorties. Or il n'y a dans les Hornitos rien qui ressemble à un cratère. Leur caractère distinctif , c'est qu'ils consistent uniquement en sphères basaltiques, d'où se détachent des écailles, sans mélange de scories anguleuses et désagrégées. Lors de la puissante éruption de 1794, de petits cônes d'éruption (boccbe nuove) se formèrent au pied du Vésuve , comme cela s'était déjà vu à des époques antérieures. Ces cônes d'éruption parasites , ainsi qu'on les a appelés, alignés au nombre de huit sur une faille longitudinale , lançaient des flammes , ce qui suffit pour les mettre complètement à part des Hornitos duJorullo. « Vos Hornitos, m'écrivait Léopold de Buch, ne sont pas des cônes formés par l'amoncellement de matières éruptives; ils ont été soulevés immédiatement du centre de la Terre. » La naissance du volcan même de Jorullo a été comparée par ce grand géologue avec celle du Monte Nuovo, dans les champs Phlégréens. De toutes les conjectures auxquelles ont pu donner lieu les six montagnes volca-
niques, celle du soulèvement sur une faille longitudinale a été adoptée comme la plus vraisemblable, par le colonel Riano et le Commissaire des Mines Fischer en 1789, par moi en 1803, dès que j'ai pu examiner les lieux, par Burkart en 1827. Les mêmes questions se reproduisent à F occasion des deux montagnes qui ont surgi en 1538 et en 1759. Pour le Monte Nuovo de l'Italie méridionale, les témoignages de Falconi, de Pietro Giacomo di Toledo, de Francesco del Nero et de Porzio ont l'avantage d'être plus circonstanciés, d'être plus voisins de révénement et d'émaner d'observateurs plus instruits. Le célèbre Porzio, le plus compétent de tous, s'exprime ainsi : « Magnusterraetractus, qui inter radiées mentis quem barbarum incolae appellant, et mare juxta Avernum jacet, sese erigere videbatur et montis subito nascentis figuram imitari. Iste terraB cumulus aperto veluti ore magnos ignés evomuit, pumicesque et lapides cineresque (23) . »
Du volcan de Jorullo, dont j'ai donné ime description complète, je passe aux parties orientales du Mexique central , anciennement appelé Ânahuac. D'après les dernières et intéressantes recherches de Pieschel, qui ne remontent pas au delà du mois de mars 1854 (24), et dont les résultats sont conformes aux conclusions de H. de Saussure, le pic d'Orizaba a rejeté des coulées de laves que l'on ne peut méconnaître, et dont la masse est surtout basaltique. La roche du pic d'Orizaba, comme celle du grand volcan de Toluca (25) , dont j'ai fait l'ascension.
est composée de hornblende, d'oligoclase et d*un peu d'obsidienne, tandis que la masse constitutive du PopocatepetI; la même que celle du Ghimborazo, est formée de très-petits cristaux d'oligoclase et d'augite. Au pied du versant oriental du Popocatepetl , à l'ouest de la ville la Puebla de los Angeles, dans le Llano de Telimpa, où j'ai mesuré une base trigonométrique pour déterminer les hauteurs des deux grauds Nevados qui bordent la vallée de Mexico, le Popocatepetl et riztaccihuatl, j'ai trouvé, à 7 000 pieds au-dessus de la mer, un vaste champ de laves dont il est difficile d'expliquer l'origine. Renflé de 60 à 80 pieds au-dessus de la plaine limitrophe, il est dirigé de l'Est à l'Ouest, et coupe par conséquent les volcans à angle droit. On l'appelle le Malpais de l'Atlachayacatl ; l'Atlachayacatl est une coupole de trachyte peu élevée, sur le versant de laquelle jaillit le Rio Allaco. Depuis le village indien San Nicolas de los Ranchos, jusqu'à .San Buenaveniura, j'ai calculé que la longueur du Mal pais est de près de 18 000 pieds, sa largeur de 6000. Des blocs de lave noire, quelquefois dressés debout et semés çà et là de quelques maigres lichens, offrent un aspect horriblement sauvage ; et contrastent avec la ponce, d'un blanc jaunâtre y qui recouvre tout dans un rayon considérable. Cette ponce est composée de fragments à fibres épaisses, de trois à quatre pouces de diamètre, au milieu desquels se trouvent parfois des cristaux de hornblende. Le sable grossier qu'elle produit ne ressemble pas au sable à grains très -fins qui^ 1?. 23
lorsqu'il est mis en mouTement sur les pentes abruptes de la montagne^ rend si dangereuse Tascension du Popocatepetl, près du rocher elFrayle et de la limite des neiges éternelles y et menace de tout ensevelir sous sa masse roulante. Je ne puis décider si ce champ de laves scoriacées, que les Espagnols désignent sous le nom de Malpais, et dont les analogues sont appelés en Sicile Sciarravivay en Islande Odoada-Hraun y est dû à la superposition des anciennes éruptions latérales du Popocatepetl , ou s'il provient du cône un peu tronqué de Tetlijolo , nommé par les Espagnols Cerro del Corazon de Piedra. Un fait intéressant pour la géognosie, c'est que plus à l'Est , sur le chemin de la petite forteresse de Perote, T ancien Pinabnizapan des Aztèques, s'élève, entre Ojo de Agua, Venla de Soto et el Poriachuelo^ la formation volcanique de perlite blanc, à fibres grossières et friables (26), qui touche à un calcaire vraisemblablement tertiaire (Marmol de la Puebla). Ce perlite est très-semblable à celui dont est formée la colline conique de Zinapecuaro, entre Mexico et Yalladolid, et renferme dans sa pâte, outre des petites lames de mica et des quartiers d'obsidienne, des bandes vitreuses, d'un gris bleuâtre, quelquefois rouge, qui ont l'apparence du jaspe. Ce vaste dépôt de perlite est recouvert ici par un sable fin, que lui-même a formé en se décomposant, et qu'à première vue on prendrait pour du sable de granité. Malgré son analogie d'origine avec le véritable sable ponceux, d'un blanc tirant sur le gris, le
sable de perlite s'en distingue cependant sans peine. Le sable de ponce appartient plutôt à la contrée plus voisine de Perote, au plateau, élevé de 7 000 pieds, qui s'étend entre les deux chaînes volcaniques méridiennes du Popocatepetl et de TOrizaba.
Lorsque, sur le chemin de Mexico à Vera-Cruz, on commence à redescendre des hauteurs de Vigas, formées d'un porphyre trachytique sans quartz, vers Canoas et Jalapa, on traverse deux autres champs de lave scorifiée : le premier, situé entre la station Pa-rage de Carros et Canoas ou Tochtlacuaya, est appelé Loma de Tablas ^ à cause de nombreux quartiers de lave basaltique et riche en olivine, qui sont dressés comme des tables ; le second, beaucoup plus vaste, qui s'étend entre Canoas et la station Casas de la Hoya^ est appelé simplement el Malpais. Une petite croupe de ce même porphyre trachytique, plein de feldspath vitreux, qui limite à l'Est, près de la CruzBlanca et du Rio Frio, sur la pente occidentale des hauteurs de LasYigas,Ies champs de perlite sablonneux, désignés sous le nom d'Arenaly sépare la Loma de Tablas et le Ifalpais. Ceux des habitants de la campagne qui connaissent bien la contrée af&rment que cette bande de scories se prolonge vers le Sud-Sud-Ouest, c'est-àdire dans la direction du Cofre de Perote. Comme j'ai gravi moi-même le Cofre de Perote et que j'y ai pris un grand nombre de mesures (27), je suis peu disposé à conclure du prolongement, très-vraisemblable d'ailleurs, de la coulée de lave, car c'est ainsi que j'ai représenté ce phénomène dans mes profils, n*^ 9 et 1 1,
et dans mon Nivellement barométrique^ qu'elle est sortie de cette montagne si singulièrement configurée. Le Cofre de Perote, qui dépasse de 1 300 pieds le pic de Ténériffe, mais qui n'en est pas moins insignifiant, si on le compare aux colosses du Popocatepetl et de rOrizaba, forme, comme le Pichincha, une longue croupe de rochers , à l'extrémité méridionale de laquelle s'élève le petit rocher cubique appelé la Pena, dont l'aspect a donné lieu à l'antique dénomination aztèque Nauhcampatepetl. Lorsque j'ai fait l'ascension du Cofre de Perote, je n'y ai trouvé aucune trace d'un cratère écroulé ou de bouches éruptives latérales; je n'ai pas vu davantage de masses scorifiéesni d'obsidienne, de perlile ou de ponce qui appartinssent à la montagne. La roche, d'un gris noirâtre, est trèsuniformément composée d'une grande quantité de hornblende et d'une espèce de feldspath, qui n'est pas le feldspath vitreux connu sous le nom de Sanidine, mais de Toligoclase. Ces caractères désignent toute la roche qui n'est point poreuse comme un trachyte dioritique. Je décris les impressions que j'ai éprouvées, et je m'arrête à dessein sur le Malpais, afin de combattre l'opinion trop exclusive, d'après laquelle toutes les manifestations de la force volcanique sortiraient du centre de la Terre. Il se peut que ce noir et vaste champ de décombres n'ait pas été rejeté par une ouverture latérale du Cofre de Perote, et que cependant il ait été formé à roccasion du soulèvement de cette montagne, haute de 12 714 pieds. Il se peut que, lors d'un tel soulève-
ment, le plissement du sol ait produit, sur un vaste espace, des failles longitudinales et des réseaux de failles d'où sont sorties directement des matières en fusion 7 tantôt sous la forme de masses compactes, tantôt sous celle de laves scorifiées^ sans qu'il se soit formé des échafaudages de montagnes, c'està-dire des cônes ouverts ou des cratères de soulèvement. Ne cherche-t-on pas en vain, dans les chaînes de montagnes de basalte et de porphyre schisteux, des points centraux ou montagnes à cratères, ou bien des ouvertures plus basses, circulaires et entourées d'un rempart, auxquelles on puisse attribuer l'apparition de ce double phénomène. Il y a im grand profit pour la science à distinguer soigneusement les différences d'origine entre les faits naturels, à savoir : la formation des montagnes coniques, pourvues, au sommet, d'un cratère qui ne s'est point refermé et d'ouvertures latérales ; celle des cratères de soulèvement et d'explosion entourés de remparts; le soulèvement des montagnes fermées en forme de cloche ou des cônes ouverts ; enfin l'écoulement direct des substances à travers un système de failles accompagnantes. La diversité des aperçus auxquels donne carrière un horizon plus large, ouvert à l'observation, est un stimulant énergique , qui provoque une comparaison sévère entre la réalité des faits et l'hypothèse d'où l'on est parti : que tous ces phénomènes ont une seule et même origine. Sur le sol même de l^urope, dans l'Ile d'Eubée, riche en sources thermales, un puissant courant de lave s'est écoulé d'une
crevasse unique, au milieu de la grande plaine de Lclantus, à distance de toute montagne ; cela se passait durant les temps historiques (28).
Dans le groupe volcanique de TAmérique centrale, qui suit immédiatement, vers le Sud, le groupe Mexicain, et contient dix-huit cloches ou cônes, que Ton peut considérer comme enflammés, il y en a quatre, le Nindiri, el Nuevo, Conseguina et San Miguel de Bosotlan , qui ont été reconnus comme vomissant des laves (29). Les montagnes du troisième groupe volcanique, celui de Popayan et de Quito, ont depuis plus d'un siècle la réputation de ne point four nir de coulées de lave, mais seulement des masses de scories ardentes et désagrégées, qui toutes s'échappent du cratère placé au sommet de la montagne, et roulent souvent en longues bandes. C'était déjà l'opinion de La Gondamine , lorsqu'il quitta , au priatemps de 1743, le plateau de Quito et de Cuenca(30). Quatorze ans plus tard, le 4 juin 1755, il eut l'occasion, en revenant d'une ascension du Vésuve, où il avait accompagné la sœur du grand Frédéric , la Margrave de Baireuth , de s'exprimer d'une manière très-vive, à l'Académie, sur l'absence de laves coulées par torrents de matières liquéfiées , dans les volcans de Quito. Le Journal (Pun Voyage en Italie ^ dont il donna lecture un peu plus tard, le 20 avril 1 757, ne fut inséré qu'en 1 762 dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Ce Journal a quelque importance pour l'histoire de la connaissance des volcans éteints en France, parce que^ sans rien savoir
encore des assertions antérieures de Guettard, La Condamine» avec sa pénétration ordinaire, affirme formellement l'existence de cratères-lacs et de volcans éteints dans la France méridionale^ aussi bien que dans les parties centrales et septentrionales de ritalie (31).
Après avoir reconnu de si bonne heure et d'une manière incontestable la présence d'étroites coulées de lave en Auvergne, on s'est obstiné à nier qu'il en existât dans les Cordillères. Ce singulier contraste m'a sérieusement occupé, pendant toute la durée de notre expédition. Mes Journaux sont pleins de considérations sur ce problème, dont j'ai cherché la solution dans la hauteur absolue des sommets et dans la puissance de la circonvallation, c'est-à-dire dans l'enfoncement de cônes trachyliques au milieu de vastes plateaux de 8 à 9 000 pieds de hauteur. Mais nous savons aujourd'hui qu'un des volcans de Quito, qui lance des scories, le Sangay ou volcan de Macas, haut de plus de 16 000 pieds, déploie constamment une activité beaucoup plus grande que les volcans si peu élevés d'Izalco et de Stromboli. Nous savons que, parmi les volcans de la Cordillère orientale, les montagnes, en forme de dôme et de cloche, d'Antisana et de Sangay, ont des pentes libres du côté de la plaine du Napo et du Pastaza^ et que parmi les volcans de la Cordillère occidentale, le Pichincba, l'Iliniza et le Chimborazo, offrent la même particularité du côté des affluents de l'océan Pacifiwïue. Dans plusieurs de ces montagnes, la partie supérieure s'élève encore à 8 ou
9 000 pieds au-dessus du plateau, sans être entourée de remparts. Enfin l'on peut ajouter que toutes les hauteurs, calculées à partir de la surface de la mer, sui'face que Ton regarde un peu arbitrairement comme représentant la hauteur moyenne de l'écorce terrestre, sont insignifiantes en comparaison de la profondeur à laquelle il faut supposer le siège de Tactivité volcanique et la température nécessaire pour la fusion des masses rocheuses.
Les seuls phénomènes ressemblant, avec de moindres dimensions, à des coulées de lave, que j'ai trouvés dans les Cordillères de Quito, sont ceux que présente la masse colossale de TAntisana, dont des mesures trigonométriques m'ont révélé la hauteur, égale à 17 952 pieds ou 5833 mètres. Comme pour l'objet qui nous occupe, la forme est ce qui fournit le critérium le plus important, j'écarterai tout d'abord la dénomination de lave, qui a l'inconvénient d'être trop systématique et de supposer une origine trop spéciale, et j'emploierai de préférence l'expression purement objective de traînées de moises volcaniques. La puissante montagne de l'Antisana offre, à une hauteur de 1 2 625 pieds, une vaste plaine presque ovale, ayant, dans sa plus grande dimension, plus de 1 2 500 pieds, d'où s'élève, comme une île, la partie du volcan couverte de neiges éternelles. Le faîte est arrondi en forme de dôme ; ce dôme est relié par une croupe de montagne courte et dentelée à un cône tronqué qui regarde le Nord. La plaine, en partie stérile et sablonneuse, en partie couverte
d'herbes, est peuplée par une race de taureaux trèscourageux qui 9 en raison de la faible pression de l'atmosphère, rendent souvent du sang par la bouche et les naseaux, lorsqu'ils se trouvent forcés à un grand effort musculaire. Au milieu est située une petite métairie (Hacienda), composée d'une maison isolée y dans laquelle nous passâmes quatre jours, par une température de S*",? à 9* centigrades. La plaine qui n'est point, comme les cratères de soulèvement, entourée d'une enceinte, porte des traces prouvant qu'elle a servi jadis de lit à un lac. La Laguna Mica^ placée à l'ouest des Altos de la Moya^ reste comme un témoignage de l'eau qui a couvert ces lieux. A la limite des neiges éternelles, jaillit le Rio Tinajillas, qui devient plus tard, sous le nom de Rio de Quixos , un affluent du Maspa, du Napo et Gnalemeut de la rivière des Amazones. Deux remparts de pierre^ formés par des éminences étroites et semblables à des murs, partent, comme des rubans, du pied de la montagne, à la limite inférieure des neiges éternelles, du côté de la pente Sud- Ouest et de la pente septentrionale , et descendant avec une inclinaison très-douce, paraissent s'étendre dans la plaine, à plus de 2000 toises de distance, dans la direction du Nord -Ouest au Sud-Est. Ces remparts que j'ai représentés comme des coulées de lave, dans mon plan de TAntisana, et que les indigènes appellent volcan de la Hacienda ou Yaua- Yolcan, ce qui, dans la langue Qquecchua, signifie volcan noir ou brun^ ont, avec une très* faible lar-
geuf, une hauteur de 180 à 200 pieds au-dessus du sol des Llanos de la Hacienda, de Santa Lucia et del Cuvillan. Leurs pentes sont très-escarpées et taillées à pic, même aux extrémités. Dans leur état actuel 9 ils consistent en débris de rochers écailleux et le plus souvent à arêtes aiguës, provenant d'une roche basaltique noire, sans olivine et sans hornblende , mais qui contient en faible quantité de petits cristaux blancs de feldspath. La masse principale a souvent Téclat du pechstein, et renferme des parties d'obsidienne, roche particulièrement abondante et facile à reconnaître dans la Cueva de Antisana , que nous avons trouvée à la hauteur de 14958 pieds. Ce que Ton appelle Cueva de Antisana n'est pas, à proprement dire^ une caverne, mais une espèce d'abri, formé par la chute des rochers accumulés, où les gardiens des troupeaux cherchent un refuge, et qui nous protégea nous-mêmes contre une grêle effroyable. La Cueva est située un peu au nord du Volcan de la Hacienda. Dans les deux remparts de rochers qui ont l'aspect d'une coulée de lave refroidie, les tables et les blocs de pierre sont tantôt scorifiés sur les bords et réduits presque à l'état d'épongé, tantôt décomposés par l'air et mêlés de débris terreux.
Un autre dépôt de pierres roulées, qui se développe aussi comme une bande, présente des phénomènes analogues , bien que plus complexes. Sur la pente orientale de TAnlisana, il existe, à 1 200 pieds de profondeur verticale au-dessous de la plaine du même
nom, dans la direction de Pinantura et dePintac, deux petits lacs arrondis, dont Ton placé plus au nord, a pour nom Ansango , Tautre Lecheyacu. Dans le lac d'Ansango, est une lie dérocher, et ce qui est décisif, le lac est entouré de fragments roulés de pierre ponce. Les deux lacs marquent le commencement de deux vallées qui se confondent, et dont le prolongement élargi est désigné sous le nom de Volcan de Ansango j parce que du bord des deux lacs partent des traînées étroites de débris volcaniques, tout à fait semblables aux deux remparts de pierre de la haute plaine, et qui ne remplissent pas les vallées, mais se dressent au milieu d'elles comme des digues, et atteignent la hauteur de 200 à 250 pieds. Uncoupd'œil jeté sur le plan que j'ai publié dans Y Atlas géographique et physique de mon voyage au nouveau Continent, éclaircira ces rapports. Ici encore les blocs sont en partie terminés par des arêtes aiguës, en partie scorifiés sur les bords, et calcinés comme du coke La masse principale est noire, semblable à du basalte , et semée de rares parties de feldspath vitreux; il y a aussi des fragments détachés, d'un brun noir^ qui ont l'éclat mat du pechstein. Quelque ressemblance qu'ait la masse avec le basalte, il y manque complètement l'olivine, qui se trouve en si grande abondance sur le Rio Pisque, et près de Guallabamba, où j'ai vu des colonnes basaltiques, hautes de 68 pieds et épaisses de 3, contenant a la fois des parties d'olivine et de hornblende. Dans te rempart de pierre d' Ansango, un grand nombre de tables y décomposées et fendues par l'action de l'air,
déDOtentle porphyre schisteux. Tous les blocsontune croûte, d'un gris jauoe, également produite par la décomposition. Gomme on peut suivre la traînée de masses volcaniques, appelée par les indigènes familliers avec la langue espagnole, los derrumbamienlos^ la reventazon, depuis le Rio del Molino , près de la métairie de Pintac, jusqu'aux petits cratères-lacs entourés de pierre ponce, on a été tout naturellement amené à penser que ces lacs sont les ouvertures par lesquelles les quartiers de roc ont été lancés à la surface du sol. Peu d'années avant mon arrivée dans le pays, cette traînée volcanique avait glissé pendant plusieurs semaines sur un plan incliné, sans que ce mouvement eût été annoncé par aucun ébranlement sensible , et plusieurs maisons avaient été renversées près de Pintac, par le choc et la pression des quartiers de roc. Le champ de décombres d'Ânsango est encore sans traces de végétation. Il s'en trouve quelques-unes, bien que très-rares, sur les deux traînées volcaniques du plateau d'Ântisana, qui sont à la vérité plus anciennes et dans un état de décomposition plus avancée.
De quel nom désigner le mode de manifestation volcanique dont je viens de décrire les effets (32) î Avons nous à faire ici avec des coulées de lave, ou seulement avec des masses ardentes, à demi scorifiées, sans cohésion entre elles, mais rejetées en bandes serrées, comme on Fa vu sur le Gotopaxi, à des époques rapprochées de nous. Les remparts de pierre du Yana-Yolcan d'Ansango, ne sont-ils pas des
masses fragmentaires solides, accumulées autrefois sans cohésion y partant sans fixité, dans Tintérieur d*un cône volcanique , qui ébranlées par des tremblemenls de terre, produisant elle-mèmes de petites secousses locales, ont été poussées au dehors par la force des chocs ou des chutes, sans avoir eu besoin pour cela d'un nouvel accroissement de chaleur. Mais peut-être aussi qu'aucune de ces trois manifestations de l'activité volcanique, si différentes entre elles, ne trouve place ici. Ces amas de décombres alignés ont-ils donc été soulevés sur des failles, aux lieux mêmes où ils sont accumulés aujourd'hui, c'està-dire au pied et dans le voisinage d'un volcan. Les deux remparts qui suivent la pente si douce du volcan de la Hacienda et du Yaoa- Volcan, et que j'ai présentés autrefois, bien qu'en ayant soin de m'exprimer d'une manière purement conjecturale, comme des coulées de lave refroidies, me paraissent encore, à la distance où je me les rappelle, offrir peu d'indices propres à justifier la dernière hypothèse. Dans le Volcan de Ânsango, dont on peut suivre sans interruption la traînée volcanique, semblable au lit d'un fleuve, jusqu'à la pierre ponce qui borde les deux petits lacs, la pente conduisant de Lecheyacu à Pinantura, c'est-à-dire la différence de niveau entre 1 900 et 1 482 toises, soit 418 toises réparties sur un espace de 7 700, ne contredit en aucune façon ce que nous croyons savoir aujourd'hui des très-petits angles d'inclinaison qu'offrent en moyenne les coulées de lave. Dans le cas présent, l'inclinaison est de
3* 6\ Un renflement partiel du sol au milieu de la vallée ne paraîtrait pas même un obstacle, d'après ce que Ton a observé du reflux des masses liquides qui remontent les vallées, par exemple, lors deFéruptiondu Scaptar Jakoul, en Islande, dans Tannée 1783(33). Le mot lave ne signifie point une combinaison minérale particulière. Léopold de Buch dit que tout ce qui coule dans un volcan et prend une nouvelle assiette, en raison de sa fluidité, est de la lave, à quoi j'ajoute qu'il n'est pas nécessaire, pour changer de place, que les matières soient fluides, et que tout ce qui est contenu à l'intérieur d'un cône volcanique, est susceptible de former de nouveaux dépôts. Le premier récit de mon ascension au Ghimborazo, publié seulement en 1837, dans V Annuaire astronomique de Schumacher, contient déjà l'exposé de cette opinion (34). Je l'exprimais alors à l'occasion de fragments de porphyre augitique, ayant un diamètre de 12 à 14 pouces, que j'avais recueillis à la hauteur de 18000 pieds, le 23 juin 1802, sur l'étroite arête de rocher qui conduit au faite de la montagne. « Ces remarquables fragments, disais-je , ont des cellules petites et brillantes, sont poreux et de couleur ^ouge; les plus noirs sont quelquefois légers comme la ponce, et semblent avoir été soumis récemment à l'action du feu. Jamais cependant ils ne se sont répandus en coulées comme la lave , mais vraisemblablement ils ont été rejetés à travers des failles qui sillonnent le versant de la montagne en forme de cloche, soulevée à une époque antérieure. » Cette ex-
plicatioQ pourrait emprunter un Irès-utile appui aux conjectures de mon cher et vieil ami Boussingault ^ qui considère les cônes volcaniques eux-mêmes comme des monceaux de débris trachytiques anguleux, soulevés à l'état solide et accumulés sans ordre, € Comme après leur amoncellement, dit-il, ces masses brisées occupent plus d'espace qu'à l'époque où elles étaient entières, il se forme de vastes cavernes entre les fragments, lorsqu'ils sont mis en mouvement par des effets de choc et de pression , sans compter ceux de l'élasticité volcanique. » Je suis trèséloigné de douter qu'il existe en certains endroits de semblables fragments et des cavités qui, dans les Nevados, se remplissent d'eau, bien que les belles colonnes de trachyte qui s'élèvent régulièi'ement, et d'ordinaire tout à fait perpendiculairement, sur le Picode los Ladrillos , sur le Tablahama du Pinchincha, et en particulier sur le Chimborazo, au-dessus du petit lac de Yanacocha, m'aient paru avoir été formées dans les lieux mêmes. » Boussingault, dont j'aime à partager les vues, dans les questions de chimie appliqué à la géognosie , non moins que les opinions météorologiques, estime que ce que l'on nomme le Volcan de Ansango, et que pour ma part, je crois être une éruption de décombres sortis de deux petits cratères latéraux, est un soulèvement de blocs de rochers sur de longues failles (35). Comme il a exploré cette contrée trente ans après moi, il s'appuie sur l'analogie des relations géognostiques qui existent entre l'éruption d' Ansango et l'Antisana avec
celles du Yana-Urcu, dont j'ai tracé un plan détaillé, et du Ghimborazo. Ce qui m'a détourné d'admettre un soulèvement sur des failles que suivrait dans toute son étendue la traînée volcanique d'Ânsango, c'est que^ ainsi que je l'ai rappelé déjà plusieurs fois y son extrémité supérieure semble indiquer ellemême comme point de départ les deux ouvertures actuellement remplies d'eau. Je n'ignore pas d'ailleurs l'existence de ces jetées d'une étendue considérable et d'une direction régulière ; j'en ai vu, mais qui ne sont pas composées de roches fragmentaires, dans notre hémisphère, dans la Mongolie chinoise, au milieu de bancs de granité disposés en assises horizontales, et j'en ai donné la description (36),
L'Antisana a eu en 1590, une éruption enflammée (37), et une autre, vers le commencement du dernier siècle, vraisemblablement en 1728. Près du faîte, du côté du Nord-Nord-Est , on remarque une masse de rocher noir, sur laquelle ne peut se maintenir la neige même fraîchement tombée. Dans le printemps de 1801, à un moment où le sommet de la montagne était complètement dégagé de nuages^ on vit, durant plusieurs jours, au-dessus de ce point, une colonne de fumée noire. Le 1 6 mars 1802, Bonpland, Carlos Montufar et moi, nous arrivâmes sur une arête de rocher, couverte de ponce et de scories qui ressemblaient à du basalte. Nous étions dans la région des neiges éternelles, à 2 837 toises de hauteur, par conséquent à 2 21 3 toises au-dessus duMont-BIanc; la neige
était assez solide pour nous soutenir sur plusieurs points voisins de Tarète du rocher ^ ce qui arrive si rarement sous les tropiques. La température de l'air était comprise entre — 1%8 et+ 1",4 du thermomètre centigrade. Sur le versant méridional, que nous n'avons point gravi, à la Piedra de Azufre^ où des écailles se détachent quelquefois des roches par l'effet de la décomposition, on trouve des masses de soufre pur, de 10 à 12 pieds de longueur sur 2 d'épaisseur; on ne connaît pas de sources sulfureuses dans les environs. Bien que , dans la Cordillère orientale, le volcan d'Antisana, et surtout le versant occidental, depuis Ânsango et Pinantura jusque vers le petit village de Pedregal, soient séparés du Cotopaxi par le volcan éteint de Passuchoa(38j, dont on dislingue de loin le cratère, désigné sous le nom de la Peila, par le Nevado Sinchulahua, et un autre d'une moindre élévation, le Rumiiiaui, il y a cependant une certaine analogie entre les roches de ces deux montagnes colossales. Depuis le Quinche, toute la chaîne orientale des Andes a produit de l'obsidienne; cependant le Quinche, TAntisana et le Passuchoa appartiennent au bassin dans lequel est situé la ville de Quito, tandis que le Cotopaxi limite le bassin de Lactacunga, de Hambato et de Riobamba. Le petit nœud des Altos de Chisinche, forme une espèce de chaussée qui sépare les deux bassins, et, ce qui est assez surprenant en raison du peu d'élévation de ces collines, les eaux du versant septentrional du Chisinche se rendent par les Rios de San Pedro, de Pila et de Guallabamba IT. 24
dans la mer du Sud, tandis que celles du versant méridional vont se jeter dans le fleuve des Amazones et dans F océan Atlantique, par le Rio Âlaques et le Rio de San Felipe. Les nœuds de montagnes et les chaussées, tantôt d'une faible hauteur, comme les altos dont il vient d'être question , tantôt égales au Mont-Blanc, comme dans la route qui traverse le Paso dcl Assiuiy^ forment avec les Cordillères des ramifications qui paraissent un phénomène plus récent et de moindre importance que le soulèvement des grandes chaînes parallèles. On a vu déjà que la roche trachy tique du Gotopaxi, le plus puissant des volcans de Quito , offre beaucoup d'analogie avec celle de l'Antisana ; on trouve aussi sur les pentes du Gotopaxi, et eu plus grand nombre, les traînées de masses volcaniques , sur lesquelles nous nous sommes longuement étendus plus haut.
Il était intéressant pour nous de suivre ces traînées volcaniques jusqu'à leur origine, ou plutôt jusqu'au point où elles se cachent sous les neiges éternelles. Nous gravîmes le versant Sud-Ouest du volcan de Mulalo ou Mulahalo, le long du Rio Alaques, formé par la réunion du Rio de los Baflos et du Rio Barrancas, et nous atteignîmes Pansache, situé à 1 1 322 pieds de hauteur, oii nous séjournâmes sous la spacieuse Casadel Paramo, dans la plaine herbeuse connue sous le nom de el Pajonal. Bien que, pendant la nuit, il fût tombé jusqu'au point où nous nous trouvions une grande quantité de neige sporadique, nous arrivâmes cependant à l'est de la célèbre Tête
4$ rima (Cabeza del Inga), dans la Qucbrada et le Beveniazon de las Minas ^ et plus tard, inclinant plus à l'Est encore, nous A*anchtmes l'Alto de Suniguaicu jusqu'à la gorge de la montagne du Lion ou Puma* Ureu, où, pour la première fois, le baromètre indiqua une hauteur de 2 263 toises. Une autre traînée de débris volcaniques , que nous ne vîmes qu'à distance, a glissé de la partie orientale du cône de cendres, couvert de neige, vers le Rio Negro, l'un des affluents du fleuve des Amazones, et vers le Valle Vicioso. Ces blocs, tantôt anguleux, tantôt arrondis, rarement écaillés comme ceux de l'Antisana ,' et d'un diamètre de 6 à 8 pieds, ont-ils été lancés à de grandes hauteurs du cratère qui couronne le Cotopaxi, sous la forme de scories ardentes , liquéfiées seulement sur les bords^ et sont-ils retombés le long de la montagne, accélérés dans leur course par la fonte des neiges, ou bien, sans traverser l'air, sont-ils sortis directement des failles latérales du volcan? Ces questions ne sont pas encore résolues. Retournant sur nos pas à partir de Suniguaicu et de la Quebrada del Mestizo , nous visitâmes la longue et large croupe , dirigée du Nord-Ouest au Sud-Est, qui relie le Cotopaxi au Nevado de Quelendana. Là, on ne trouve plus de blocs alignés; mais bien une espèce de chaussée, sur le dos de laquelle sont situés le petit cône el Marro, et, plus près du Quelendana qui ressemble à un fer à cheval , plusieurs marais et deux petits lacs, les lagunes de Yaurîcocha et de Verdecocha. La roche du Morro et de toute cette ligne volca-
nique est un porphyre schisteux, d^un gris verdâtre, divisé en couches de 8 pouces d'épaisseur et trèsrégulièrement inclinées de ôO"" vers l'Est Nulle part nous n'avons vu trace de coulées de lave proprement dites (39).
Dans rile Lipari , riche en pierre ponce , au nord de Caneto, une coulée de lave, formée de ponce et d'obsidienne, part du cratère éteint mais bien conservé du Monte di Campo Bianco^ et se dirige vers la mer, avec cette particularité assez remarquable que les fibres de la première substance sont parallèles à lacoulée(40). D'après l'étude que j'ai failede toutes ces relations locales, les carrières de ponce qui couvrent un espace considérable, à un mille de Lactacunga, offrent de l'analogie avec ce que l'on voit à Lipari. Ces carrières dans lesquelles la ponce est partagée en bancs horizontaux, et a tout à fait l'apparence d'une roche in situ, excitaient déjà en 1737, l'étonnement de Bouguer (41) : «On ne trouve, dit-il, sur les montagnes volcaniques que de simples fragments de pierre ponce d'une certaine grosseur; mais à sept lieues au sud du Gotopaxi, dans un point qui répond à notre dixième triangle, la pierre ponce forme des rochers entiers ; ce sont des bancs parallèles de cinq à six pieds d'épaisseur, dans un espace de plus d'une lieue carrée. On n'en connaît pas la profondeur. Qu'on s'imagine quel feu il a fallu pour mettre en fusion cette masse énorme, et dans F endroit même où elle se trouve aujourd'hui : car on reconnaît aisément qu'elle n'a pas été dérangée, et
qu'elle s'est refroidie dans Tendroit où elle a été liquéfiée. On a dans les environs profité du voisinage de cette immense carrière : car la petite ville de Lac • tacunga, avec de très-jolis édifices, est entièrement bAtie de pierre ponce, depuis le tremblement de terre qui la renversa en 1698. »
Ces carrières de ponce sont situées près du village indien de San Felipe, dans les collines de Guapulo et de Zumbalica, élevées de ^i80 pieds audessus de la plaine qui les entoure, et de 9 372 pieds au-dessus de la surface de la mer. Les couches supérieures dépassent par conséquent de 500 à 600 pieds le niveau de Mulalo et de labelle villa du Marquis de Maenza, bâtie aussi de blocs de pierre ponce, au pied du Cotopaxi, et remarquable autrefois par son architecture , mais aujourd'hui complètement détruite par des tremblements de terre. Les dépôts souterrains sont inégalement éloignés des deux volcans actifs, le Tungarahua et le Gotopaxi : à huit milles géographiques du premier, à quatre milles du second. On y arrive par une galerie. Les carriers assurent que les couches compactes horizontales, dont quelques-unes sont entourées de débris de ponce glaiseuse, pourraient fournir des blocs quadrangulaires de 20 pieds, sans aucune crevasse verticale. Gette ponce, en partie blanche, en partie d'un gris bleuâtre, aun éclat soyeux et des fibres très-fines et très-allongées. Les fibres parallèles ont quelquefois une apparence noueuse , et offrent dans ce cas une remarquable structure^ Les nœuds sont formés par des fragments arrondis de
ponce finement poreuse , larges d^une ligne à une ligne et demie, autour desquels s^enroulent de longs filaments. On y trouve semées en faible quantité de petites tables hexagones de mica, d'un noir brun, des cristaux blancs d'oligoclaseet de la hornblende noire; mais en revanche il y a absence complète de feldspath vitreux, qui d'ordinaire se mêle volontiers à la ponce, comme à Camaldoli près de Naples. La ponce du Gotopaxi diffère entièrement de celle des carrières de Zumbalica (42). Les filaments en sont courts, çt, au lieu d'être parallèles, sont enchevêtrés les uns dans les autres. Toutefois, le mica magnésien n'est pas exclusivement empâté dans la pierre ponce; il se retrouve dans la masse constitutive du Gotopaxi (43). La pierre ponce paraît manquer complètement au volcan de Tuugurahua, situé plus au Sud. II n'y a pas trace d'obsidienne aux environs des carrières de Zumbalica; mais dans les blocs rejetés par le Gotopaxi et qui sont épars près de Mulalo, j'ai vu de grandes masses d'obsidienne noire à cassure conchol[de« empâtées dans du perlite décomposé, d'un gris bleu. On conserve des fragments de cette roche dans la GoUection minéralogique de Berlin. Les carrières de ponce placées à 4 milles du pied du Gotopaxi paraissent, d'après leur constitution minéralogique, complètement étrangères à cette montagne, et n'avoir avec elle d'autre rapport que celui que présentent tous les volcans de Pasto et de Quito avec le foyer volcanique des cordillères équatoriales , qui embrasse plusieurs centaines de milles carrés. Ges
ponces ont-elles formé l'intérieur et le centre d'un cratère de soulèvement particulier, dont la circonvallation extérieure a été détruite par les nombreux bouleversements qui ont ravagé ces contrées ; ou sontelles un banc horizontal, déposé tranquillement sur les failles, à une époque qui remonte aux premières rides de l'écorce terrestre? Quant à l'hypothèse de sédiments aqueux, produit par des alluvions, tels qu'il s'en présente souvent dans les masses de tuf volcanique, mêlées de coquillages et de débris végétaux, il y a plus de difficultés encore à l'admettre.
La grande masse de ponce, que j'ai trouvée sur le Rio Mayo, dans la cordillère de Pasto, entre Mamendoy et le Cerro del Pulpito^ loin de tout échafaudage volcanique, et à 9 milles géographiques du volcan actif de Pasto, fournit matière aux mêmes questions, Léopold de Buch a signalé aussi à l'attention une éruption de pierre ponce, également isolée, que Meyer a décrite, et dont les fragments roulés forment dans le Chili, à l'est de.Yalparaiso, près du village de Tollo, une colline haute de 300 pieds. Le volcan de Maypo, qui, en se soulevant, a relevé des couches jurassiques, est à deux journées de marche de ce dépôt de pierre ponce (44). L'envoyé prussien à Washington, Frédéric de Gérolt, à qui nous devons les premières cartes géognostiques coloriées du Mexique, mentionne près de Huichapa, à 8 milles géographi-* ques au sud-est de Queretaro et loin de toute espèce de volcan, un dépôt de pierre ponce, d'où l'on tire
des matériaux de construction (45). L'explorateur du Caucase, Abicb» est disposé à croire, d'après ses observations personnelles, que le puissant dépôt de pierre ponce qui a fait éruption à travers les failles, sur la pente septentrionale de la chaîne centrale de TElbrouz, près du village de Tschgem, dans la petite Eabarda, est beaucoup plus ancien que le soulèvement de la montagne conique, dont il est d'ailleurs fort éloigné.
On voit , d'après ce qui précède , que l'activité volcanique du corps terrestre produit des fractures et des rides, grâce à l'abaissement de la température primitive causé par le rayonnement du calorique dans l'espace, et par suite de la contraction due au refroidissement des couches supérieures, ce qui amène simultanément la dépression des parties élevées et l'exhaussement des parties plus basses (46). Il est donc naturel de prendre comme mesure et comme témoignage de cette activité, dans les différentes régions de la Terre, le nombre des échafaudages volcaniques, c'est-à-dire des cônes et des dômes ouverts au sommet et soulevés au-dessus des crevasses, qui sont demeurés reconnaissables jusqu'à nos jours. On a plusieurs fois essayé de les compter, mais presque toujours l'opération a été faite très-incomplétement. On a pris pour des volcans distincts des collines d'éruption et des solfatares, appartenant à un seul et même système. L'étendue des espaces qui jusqu'ici sont restés fermés à toute investigation scientifique, est cependant, pour l'achèvement de ce travail, un
obstacle moins grave qu'on ne le suppose en général, attendu que la plupart des volcans ont leur siège dans les lies et les régions voisines des côtes. D'ailleurs, dans une recherche numérique que Tétat actuel de nos connaissances ne permet pas de compléter, c'est beaucoup déjà d'obtenir un résultat qui peut être considéré comme une limite inférieure, et de déterminer avec une grande vraisemblance sur combien de points le centre liquéfié de la Terre est resté, dans les temps historiques, en libre communication avec l'atmosphère. D'ordinaire, cette communication se manifeste simultanément par les éruptions auxquelles livrent passage les charpentes volcaniques des montagnes en forme de cône, par l'accroissement de la chaleur et Tinflammabilité des sources thermales et des sources de naphte , enfin par l'extension plus grande des cercles d'ébranlement, phénomènes qui sont tous étroitement unis et dans une dépendance réciproque les uns des autres (47). Ici encore on retrouve la trace de Léopold de Buch, qui, dans ses appendices à la Description physique des lies Canaries, a tenté, le premier, d'embrasser sous un même point de vue cosmologique tous les systèmes volcaniques de la Terre, divisés en volcans centraux et en chaînes volcaniques. Le démembrement plus récent et par conséquent plus complet que j'ai entrepris moimême, d'après les principes exposés plus haut (48), c'est-à-dire en excluant les cloches fermées et les simples cônes d'éruption, donne avec vraisemblance, comme nombre limite inférieur, un résultat fort ditfé-
rent dé ceux qui ont précédé. En composant cette liste, je me suis efforcé de comprendre tous les volcaus qui sont entrés dans la période historique, en possession de leur activité.
On a souvent agité la question de savoir si, daos les parties du globe où les volcans sont réunis en plus grand nombre, et où se manifeste de la manière la plus active la réaction de l'intérieur contre l'écorce solide de la Terre , les matières liquéfiées sont plus rapprochées de la surface. Quelque moyen que l'on emploie pour déterminer au maximum l'épaisseur moyenne de Técorcé terrestre, soit que Ton choisisse la voie des mathémathiques pures que nous ouvre l'astronomie théorique (49) , ou cette autre voie plus simple, qui repose sur la loi de la chaleur croissant en raison de la profondeur et sur les diverses températures auxquelles les roches entrent en fusion (50), il reste dans ce problème un grand nombre de quantités indéterminées. Telles sont t'influence d'une immense pression sur la fusibilité; la conductibilité, variant suivant les différentes roches, le singulier affaiblissement que fait subir à cette propriété, ainsi que l'a démontré Edouard Forbes , une élévation considérable de température; l'inégale profondeur du bassin océanique; enfin les accidents locaux qui se produisent dans la combinaison et la structure des failles aboutissant à la partie liquéfiée du globe. Si, sur quelques points de la Terre, la proximité plus ou moins grande de la couche qui marque la liuûte supérieure des matières en fusion explique l'abon--
dance des yoIcûûs et les communicatioDS plus ftéqueotes entre Tatmosphère et les profondeurs du globe, cette proximité à son tour peut dépendre , soit de la différence moyenne des niveaux entre le sol de la mer et les continents^ soit de la profondeur à laquelle commence la masse liquéfiée, sous les différents méridiens et les différents parallèles; mais comment déterminer le point où cette surface commence? N'y a-t-il point de degrés intermédiaires entre une solidité complète et une entière fluidité? N'y a-t-il pas des transitions , comme celles dont il a été souvent question, lors des débats sur l'état pâteux de quelques formations plutoniques et volcaniques soulevées à la surface de la Terre, et sqr le mouvement des glaciers? Ces états transitoires échappent à toute détermination mathématique, ainsi que ce que l'on a appelé la liquéfaction de l'intérieur de la Terre, sous rénorme pression que ces régions supportent. NonHseulement il est peu probable en soi que la chaleur continue à croître avec la profondeur en proportion arithmétique, mais il peut intervenir aussi des perturbations locales, dues par exemple à des bassins souterrains : j'appelle ainsi des cavernes creusées dans la masse solide de la Terre , qui de temps à autre , sont remplies partiellement de bas en haut par des laves en fusion, et par les vapeurs qui reposent à la surface de ces laves (51). Déjà l'immortel auteur de la Prologœa^ assigne un rôle à ces cavités, dans la théorie du décroissement de la chaleur centrale : « Postremo credibile est contrahentem se re-
frigeratione crastam bullas reliquisse^ ingentes pro rei magûitudine, id est sub vastis fornicibus cavitates (52). » Moins il est vraisemblable que Tépaisseur de la croûte terrestre actuellement refroidie soit la même sur toute la surface du globe, plus il est important de déterminer le nombre et la situation géographique des volcans qiïi sont restés ouverts dans les temps historiques. Ce n'est que par des tentatives souvent renouvelées, que l'on peut espérer de compléter la théorie géographique des volcans.