IV. ASIE
i^ Partie occidentale et centrale de l'Asie.
Le volcan de Demavend (74), bien qu'il soit encore en activité, ne laisse échapper que peu de fumée, et avec des intervalles, ainsi que l'ont constaté Olivier, Morier et Taylor, Thomson en 1837.
Le volcan de Médina ; éruption de lave en 1276,
Le volcan Djebel el Tir (Tair ou Ther), haut de 840 pieds, qui forme une lie dans la mer Rouge entre Loheia et Massaua.
Le volcan Pe-schan , situé dans la grande chaîne du Thian-schan, ou montagne Céleste, au nord de Koutsche, a eu des éruptions de lave successives, durant une période bien connue historiquement, depuis Tan 89 de notre ère jusqu'au commencement du VII' siècle.
Le volcan Hotscheou, nommé aussi volcan de Tourfan dans les géographies chinoises, si riches en détails, est situé à 30 milles de la grande solfatare d'Oroumtsi, près de l'extrémité orientale du Thianschan, et en face de la belle et fertile contrée de Hami.
Le volcan de Demavend, qui atteint une hauteur déplus de 18000 pieds, est situé à 9 milles géographiques environ de la côte méridionale de la mer Caspienne, dans le Mazenderan, presque à égale distance de Rescht et d'Asterabad, sur la chaîne de l'Hindou-Eho qui s'abaisse rapidement à l'Ouest vers Herat et Meschid. J'ai rendu vraisemblable dans un autre ouvrage (75), l'opinion que THindou-Kho, à partir de Chitral et du Gafiristan , est le prolongement occidental de la puissante chaîne du Kouen-Lun qui borne le Tibet au Nord, et coupe, dans le Tsoungling, la chaîne méridienne de Bolor. Le Demavend appartient à TEIbrouz persique ou caspien, système de montagne qu'il ne faut pas confondre avec TElbrottz situé ?• 1/2 plus au Nord et 1 0* plus à TOuest. Le mot Elbrourz est une corruption du mot Albordj, qui signifie Montagne du Monde et se rattache à l'ancienne cosmogonie du peuple Zend.
En considérant, d'un point de vue général, l'allure des chaînes montagneuses de l'Asie centrale, on reconnaît que le volcan de Demavend borne la grande chaîne duKouen-Lun, près de son extrémité occidentale. De même, à l'extrémité opposée, il existe une autre montagne ignivome , dont j'ai le premier fait connaître l'existence, et qui mérite une attention particulière (76). Dans le travail auquel s'est livré, sur mon invitation, mon ami et mon collègue à l'Institut, Stanislas Julien, pour chercher dans les sources si abondantes de l'ancienne géographie chinoise des détails relatiCs au Bolor, au Kouen-Lun et à la mer
d'ÉloileSy cetérudit péDétrant, a trouvé, dans le grand Dictionnaire publié au commencement du xviu* siècle par l'Empereur Yongtsching, la description de la flamme éternelle qui s'échappe d'une caverne creusée dans la colline Schinkhieou, sur le penchant de la chaîne orientale du Kouen-Lun. La colline d'où sort ce phénomène lumineux, à quelque profondeur qu'il prenne naissance, peut difficilement être appelée un volcan ; elle me parait rappeler plutôt la Chimère de Lycie, située près de Deliktasch et de Yanartasch, que les Grecs connurent de si.bonne heure, et qui n'est autre qu'une fontaine de feu, une source de gaz enflammé, continuellement entretenue par l'activité volcanique de la Terre (77).
Des écrivains arabes nous apprennent, mais le plus souvent sans citer de dates précises, que des éruptions de lave ont eu lieu encore, au moyen âge, sur la côte sud-ouest de l'Arabie, dans la chaîne des lies de Zobayr, dans le détroit de Bab-el-Mandeb et dans celui d'Aden, dans l'Adhramaut, dans le détroit d'Ormuz et dans la partie occidentale du golfe persique, c'est-à-dire sur des points appartenant tous à un sol qui, depuis un temps immémorial , a été un foyer d'activité volcanique (78). Burckhardt a trouvé, dans la chronique de Samhudy, qui contient Thistoire de la célèbre ville du même nom, située dans THedschaz, l'époque d'une éruption volcanique qui éclata près de Médine, 1 V 30' au nord du détroit de Bab-el- Mandeb. La date indiquée correspond au 2 novembre 1276, mais Aboulmahasen nous apprend, d'après
Seetzen, qu^me éruption ignée s^était déjà produite dans le même lieu, 22 ans plus tôt, en 1254 (79). L'Ile volcanique Djebel-Tair, dans laquelle Vincent a reconnu Tîle éteinte du Periplus maris Erythrœiy est encore active d'après le rapport de Botta , d'accord avec les renseignements recueillis par Ëhrenberg et Russegger (80). Si Ton désire de plus amples détails sur toute la contrée qui entoure le détroit de Bab-el-Mandeb et Tlle basaltique de Périm; sur l'enceinte en forme de cratère , au milieu de laquelle est située la ville d' Aden ; sur Ttle de Seerah et ses coulées d'obsidienne, recouvertes de pierre ponce ; enfin sur les groupes d'iles de Zobayr et de Farsan, dont Ehremberg a découvert en 1825 la nature volcanique, on les trouvera dans le beau livre de Charles RiUer (81).
Le système volcanique du Thian-schan , qui traverse l'Asie centrale de l'Est à l'Ouest, entre l' Allai et le Kouen-Lun, a été quelque temps l'objet particulier de mes recherches (82). Au peu qu'Abel Rémusat avait puisé dans l'Encyclopédie japonaise^ j'ai pu joindre les fragments plus importants recueillis par Klaproth, Neumann et Stanislas Julien. Si Ton ajoute au Thian-schan l'Asferah, qui, commençant au delà de la chaîne méridienne de Kosyourt-Bolor , se prolonge, à l'Ouest, jusque sous le méridien de Samarcande, et dans lequel Ibn-Haukal et Ibn-al- Yardi ont signalé et décrit, comme dans le Thianschan, des puits de feu et des crevasses rejetant du sel ammoniac, peut-être même des flammes, la Ion-
gueur totale de la chaîne est huit fois supérieure à celle des Pyrénées (83). Il est dit d'une manière expresse, dans Thistoire de la dynastie des Thang, que « sur l'une des pentes du Pes-chan, qui rejette continuellement des flammes et de la fumée, les pierres s'enflamment, fondent et coulent sur une étendue de plusieiLrs Lt, comme de la graisse liquide ; cette masse molle se durcit en se refroidissant. » On ne saiu*ait mieux caractériser une coulée de lave. Dans le xlix' livre de la grande Géographie de l'Empire chinois, imprimée aux frais de l'État, à Pékin, de 1789 à 1804, les montagnes ignivomes du Thian-schan sont décrites comme étant encore en activité. Leur situation est tellement centrale qu'elles sont séparées des côtes de la mer glaciale et des embouchures les plus voisines, celles du Gange et de Tlndus, par une distance à peu près égale , qui est de 380 milles géographiques; du lac d'Aral par 255 milles; des lacs sacrés d'issikai et de Balkash par 43 et 52 milles. Des pèlerins de la Mecque, qui subirent à Bombay, en 1835, un interrogatoire officiel^ ont aussi donné des renseignements sur les flammes qui s'élèvent de la montagne de Tpurfan ouHotscheou(84). Quand donc en6n un voyageur, préparé à cette exploration, se décidera-t-il à visiter les volcans de Pes-chan et de Tourfan, de Barkoul et de Hami, en partant de la ville de Gouidja sur l'Ili, qui est d'un abord si facile ?
La situation mieux éclaircie aujourd'hui de la chaîne volcanique du Thian-schan a très-naturelle-
ment soulevé* la question de savoir si la tradition d'après laquelle des feux éternels brûlent au fond du fleuve eUMacher , dans la contrée fabuleuse de Gog et de Magog, n'avait point pour origine les éruptions du Pe-schan ou du volcan de Tourfan. Ce mythe oriental, répandu d'abord sur la côte occidentale de la mer Caspienne^ près des portes de fer de Derbend (Pyiae Albani»), a voyagé comme presque tous les mythes, et a fait une longue route dans la direction de TEst. Edrisi fait partir de Bagdad pour le pays des Ténèbres, dans la première moitié du ix" siècle, Salam El-Terdjeman, interprète de l'un des kalifes abassides.Le voyageur traverse la steppe des Baschkires, et arrive à la montagne neigeuse de Cocaïa, entourée par le grand mur de Magog ou Madjoudj. Amédée Jaubert, à qui nous devons les compléments de l'ouvrage du géographe nubien, a démontré que les flammes qui brûlent sur la pente du Cocaïa n'ont rien de volcanique (85). Plus loin vers le Sud, Edrisi place le lacTehama. Je crois avoir à peu près prouvé que le Tehama est le même que le grand lac Balkasch, dans lequel se jette la rivière d'Ili, et qui n'est que de 45 railles plus méridional que le Cocaïa. Un siècle et demi après Edrisi, Marco Polo plaçait les murs de Magog dans les montagnes d'In-schan, à Test du plateau de Gobi, vis-à-vis du fleuve Hoang-ho et des murailles de la Chine, dont, chose assez singulière, le célèbre voyageur vénitien parle aussi peu que de l'usage du thé. L'Iu-schau, qui borne les posses-sioDS du prêtre Jean, peut être considéré comme
le prolongement oriental de la chaîne du Tbian- 8chan (86).
C'est à tort que pendant longtemps on s^esl représenté deux montagnes coniques, qui jadis vomissaient des laves, le volcan de Pe-schan et THotscheou de Tourfan , séparés , sur ime longueur de 105 milles géographiques, par le puissant nœud de Bogdo-Oola, constamment couvert de neige et de glace, comme formant un groupe volcanique isolé. Je crois avoir prouvé qu'au sud et au nord de la longue chaîne du Thian-schan , de même que dans le Caucase, il existe une connexion géologique trèsétroite entre l'activité volcanique et les limites des cercles d'ébranlement, les sources chaudes, les solfatares, les failles d'où s'échappent de l'ammoniac, et les dépôts de sel gemme.
Comme, dans l'opinion que j'ai souvent exprimée, et à laquelle adhère aujourd'hui le célèbre explorateur du système caucasien , Abich , le Caucase n'est autre chose que le prolongement de a faille de Thian-schan et de l'Âsferah, en deçà de la grande dépression aralo-caspienne (87), il convient de citer à la suite du Thian-schan, quatre volcans éteints, dont l'activité remonte aux temps antéhistoriques : l'Elbrouz (haut. 17 352 pieds), l'Ararat (haut. 16056 pieds), le Kasbegk (haut. 15 512 pieds), et le Savalan (haut. 14787 pieds) (88). Par leur élévation, ces volcans sont intermédiaires entre le Cotopaxi et le Mont-Blanc. Le grand Ararat ou Agri-dagh, dont le sommet, gravi pour la première fois par Fré-
déric de Parrot, le 27 septembre 1829^ Ta été à plusieurs reprises, en 1844 et 1845, par Abich, et eufin^ en 1850, par le colonel Ghodzko, a, comme lo Chimborazo, la forme d'un dôme, avec deux relèvements très-peu considérables au bord du sommet , mais sans cratère. Les plus grandes et probablement les plus récentes des éruptions de lave, qui sont sorties deTArarat dans les temps antéhistoriques, se sont fait jour au-dessous de la limite des neiges. Ces éruptions sont de deux espèces : ou bien elles sont trachy tiques, avec du feldspath vitreux, et semées de pyrite sulfureuse, facile à décomposer; ou elles sont doléritiques et composées surtout de labrador et d'augite, comme les laves de l'Etna. Abich estime que les éruptions doléritiques de F Ararat sont plus récentes que les éruptions trachytiques. Us endroits d'où sont sorties les coulées de lave, tous placés au-dessous de la limite des neiges éternelles, sont souvent marqués par des cônes d'érup-* tion et par de petits cratères, entourés de scories. Cela est vrai notamment, dans la grande plaine herbeuse de Kip-Ghioll , sur le versant nord-ouest de la montagne. La vallée profonde de Saint-Jacques, espèce de gorge qui monte jusqu'au sommet de l'Ararat, et, vue même d'une grande distance , donne à la montagne un caractère particulier, offre beaucoup de ressemblance avec le Val del Bove de l'Etna , et permet aussi de contempler la structure intérieure du dôme; il y a cependant cette différence remarquable, que Ton a bien trouvé dans la vallée de Saint-Jacques
des masses trachytiques, mais non des coulées de lave, ni des couches de scories et de rapilHs (89). Le grand et le petit Ararat, dont le premier, diaprés les excellents travaux géodésiques de Wassili Fedorow, est situé 3' k" au nord, 6' kV à Touest du second, s'élèvent sur le bord méridional de la vaste plaine traversée par une grande sinuosité de TAraxes. Tous deux sont situés sur un plateau volcanique, de forme elliptique, dont le grand axe est dirigé du Sud-Est au Nord-Ouest. Le Kasbegk et le Tschegem n'ont pas non plus de cratère au sommet, bien que, d'après Wladikaukas, le premier ait déversé du côté du Nord de puissantes éruptions. Le plus grand de tous ces volcans éteints, le cône trachytique de TElbrouz, sorti des montagnes de schiste talqueux et dioritique qui dominent la vallée du Backsan, a un cratère-lac. De semblables cratères existent sur Tâpre plateau de Kely, d'où s'écoulent des courants de lave, qui se fraient un passage au milieu de cônes d'éruption. D'ailleurs, ici comme dans les Cordillères de Quito, les basaltes sont fort distants du système trachytique ; ils ne commencent que 6 ou 8 milles au sud de la chaîne de l'Elbrouz et du Tschegem, dans la vallée supérieure du Phase ou Rhion.
2® ?aT\AA nord-est de l*Asie^ presqu'île du KanUschatka.
La presqu'île du Kamtschatka, depuis le cap Lopatka, situé, d'après Krusenstern, par 51^3', jusqu'au capOukinsk, appartient, ainsi que l'île de Java, le Chili et l'Amérique centrale, aux régions daos
lesquelles soat réunis sur le moindre espace le plus grand nombre de volcans, encore actifs pour la plupart. On en compte 14 au E^mtschatka, dans une étendue de 105 milles géographiques. Pour TAmérique centrale, entre le volcan de Soconousko et Turrialva, de la province de Costa Rica, deux points séparés par un intervalle de 170 milles, je trouve 29 volcans, dont 18 brûlent encore. Pour le Pérou et la Bolivie, les 105 milles qui s'étendent du volcan de Chacani à celui de San Pedro de Atacamay en renferment 14, dont 3 seulement ont conservé leur activité. Au Cbili, il y a, depuis le volcan de Coquimbo jusqu'à celui de San Clémente, 240 milles et 24 volcans, sur lesquels 13 ont donné des témoignages de leur activité dans les temps historiques. La connaissance des volcans du Eamtschatka, considérés au point de vue de la forme, de la hauteur et du lieu astronomique, a été noblement agrandie, dans ces derniers temps, par Krusenstern, Horner, Hofmann, Lenz, Lûtke, Postels, le capitaine Beechey et surtout par Adolphe Erman. La presqu'île est traversée dans sa longueur par deux chaînes parallèles. C'est dans la chaîne la plus orientale que sont accumulés les volcans, dont les plus élevés atteignent une hauteur de 10 500 à 14 800 pieds. Ils se succèdent dans l'ordre suivant, du Sud au Nord :
Le volcan d'Opalinsk, le même que le pic Koscheleff de l'amiral Krusenstern, situé par 51*21' de latitude, d'après le capitaine Chwostow, il atteint près-
que la hauteur du pic de Téuériffe, et était très-actif à la fia du xviii* siècle.
La Hodoutka Sopka (51» 35') ; entre ce volcan et le précédent est situé, par 51° 3i% un cône volcanique sans nom, qui, d'après le témoignage de Postels, paraît éteint, ainsi que la Hodoutka.
La Poworotnaja Sopka (52'' 22') qui, au rapport du capitaine Beechey, a 7 442 pieds de haut (90).
L'Âssatschinskaja Sopka (52'' 2') a eu de grandes éruptions de cendres, surtout en 1828.
Le volcan Wiljoutschinsker (52* 52'), haut de 6918 pieds d'après le capitaine Beechey, de 6 330 d'après Tamiral Lutke, est situé au delà de la baie de Torinsk, à 5 milles géographiques seulement du port de Saint- Pierre et Saint-Paul.
L'Awatschinskaja ou Gorelaja-Sopka (53*17'), haut, d'après Erman, de 8 360 pieds, a été gravi pour la première fois par Mongez et Bernizet, dans l'expédition de La Pérouse. Il l'a été depuis, par mon ami et mon compagnon de voyage en Sibérie, Ernest Hofmann , dans le voyage de circumnavigation de Kotzebue, au mois de juillet 1824; par Postels et Lenz, dans l'expédition de l'amiral Lutke, en 1828, et enfin par Erman, en septembre 1829. Erman a fait cette importante observation géognostique que le trachyte a rompu, en se soulevant, des couches siluriennes de schiste et de grauwacke. L'Awatschinskaja, d'où s'échappe continuellement de la fumée, a donné, eu octobre 1837, le spectacle d'une eflroyable éruption; il eu avait eu une faible au mois d'avril 1828 (91).
Très-près du Tolcand'Awatscha s'élève la KoriatskajaouStrjeloschnaja Sopka, située par 53** 1 9' et haute de 10518 pieds, d'après les mesures de Lûtke (92). Les habitants se servaient encore dans le dernier siècle de l'obsidienne, que cette montagne fournit en abondance, pour garBir l'extrémité de leur flèches, comme ont fait aussi les Mexicains, et, dans une haute antiquité, les Hellènes.
La Jupanowa Sopka, située, d'après les déterminations nie Erman, par ^3"" 32' (93). Le sommet est sensiblement aplati, et Erman dit d'une manière formelle que cette montagne, en raison de la fumée qu'elle exhale et du bruit souterrain qu'elle fait entendre, a été de tout temps comparée au puissant Schiwelutsch, et rangée au nombre des montagnes ignivomes dont les propriétés volcaniques ne sauraient être mises en doute. La hauteur, mesurée de la mer par Lûtke, a été évaluée à 8 496 pieds.
La Kronotskaja Sopka, haute de 9 954 pieds, et située sur le lac du même nom, par 54"" 8\ La montagne, de forme conique, et terminée par une pointe très-aiguë, porte à son sommet un cratère fumant (94).
Le volcan Schiwelutsch, à 5 milles au sud-est de Jelowka. Cette montagne était presque inconnue avant le voyage d'Erman , auquel elle a fourni la matière d'un travail important et fort remarquable (95). Latitude de la pointe septentrionale, 56*40'; hauteur, 9 894 pieds. Latitude de la pointe méridionale, 56'' 39'; hauteur, 8250 pieds. Lorsqu'Erman fit l'ascension du Schiwelutsch y il le trouva exhalant une quantité con-
sidérable de fumée. De grandes érupiioiis se sont produiles en 1739 et durant l'intervalle de 1790 à 1810. Il n'y eut pas, dans les dernières, de coulée de lave, mais des éjections de roches volcaniques désagrégées. D'après C. de Dittmar, le sommet septentanonal s'écroula, dans la nuit du 17 au 18 février 1854, et cet accident fut accompagné d'une éruption de véritables coulées de lave , qui n'a pas cessé depuis.
La Tolbatschinskaja Sopka, qui répand une fumée abondante, et offrait autrefois cette particularité de déplacer souvent les ouvertures par lesquelles s'échappaient les éjections de cendres. D'après Erman, la Tolbatschinskaja Sopka est située par 55*51'; sa hauteur est de 7 800 pieds.
L'Uschinskaja Sopka, en communication étroite avec le volcan de Eliutschewsk. Latit. 56* 0% haut. H 000 pieds (96).
La Eliulchewskaja Sopka (latit. 56*4'), le plus haut et le plus actif de tous les volcans de la presqu'île du Kamtschatka, a été explorée à fond par Erman, au point de vue de la géologie et de l'hypsométrie. Suivant le rapport de Eraschenikoff, le Kliutschewsk a eu de grandes éruptions ignées, de 1727 à 1731 et de 1767 à 1795. Le 11 septembre 1829, Erman a vu, durant une ascension périlleuse, le sommet du volcan lancer des pierres enflammées, des ceAdres et des vapeurs, tandis que beaucoup plus bas, une vaste coulée de lave s'échappait d'une faille ouverte sur le versant occidental. La lave du Kliutschewsk est riche aussi en obsidienne. D'après
Ennan, cette montagne est située par 56* h' de latitude, et sa hauteur était très-exactement, en septembre 1 829^ de 1 4 790 pieds(97). Au mois d'août 1828^ l'amiral Lûtke avait trouvé, par des hauteurs angulaires prises sur la mer à 40 milles marins de distance, 15 480 pieds (98). En tenant compte de cette mesure, et en comparant les excellentes esquisses du baron de Rittlitz, qui accompagnait Tamiral Lûtke dans son expédition sur le Seniawin, avec ses propres observations de 1829, Erman a été amené à cette conclusion que, dans le court espace de 13 mois, la forme et la hauteur du sommet ont subi de grands changements. Je crois, dit Erman (99), que Ton peut, sans craindre de se tromper, admettre qu'au mois d'août 1828, le sommet était de 250 pieds plus élevé qu'au mois de septembre 1 829, pendant mon séjour dans la contrée de Kliutschi , et adopter, pour la première époque, le nombre de 15 040 pieds. Sur le Vésuve, en prenant pour point de départ de mes mesures, la hauteur de la Bocca delPalo, point culminant delà partie septentrionale du cratère , telle que Saussure l'a évaluée en 1773 à l'aide du baromètre, je suis arrivé à ce résultat, que, de 1773 à 1805, c'està-dire en 32 ans, le bord septentrional du cratère s'est affaissé de 36 pieds; mais que, de 1773 à 1822, c'est-à-dire en 49 ans, il parait s'être exhaussé de 96 pieds (100). En 1822 , Monticelli et Govelli ont trouvé pour la Rocca del Palo, 624 toises; j'en ai trouvé 629, et j'ai adopté finalement comme l'évaluation la plus probable, le nombre de 625. Trente-trois
ans plus tard, au printemps de 1855, les belles mesures barométriques de l'astronome d'Olmùtz, Jules Schmidt, ont donné de nouveau pour résultat 624 toises (1 ) . Quelle part revient dans ces divei^ences à l'imperfection des mesures et de la formule barométrique? On pourrait multiplier utilement les comparaisons de ce genre et arriver, à des résultats plus sûrs > si, au lieu de refaire souvent à nouveau tout un ensemble d'opérations trigonométriques, ou de mesures barométriques, qui sont, lorsqu'on peut aborder les sommets, im procédé plus facilement applicable, mais moins satisfaisant, on se bornait à déterminer, pour des périodes de 25 ou de 50 années, la seule hauteur angulaire du sommet, d'un point toujours le même, et choisi de manière à ce qu'il puisse êfre facilement retrouvé, en poussant le calcul jusqu'à des fractions de secondes. Eu égard à l'effet de la réfraction terrestre, je conseillerais de chercher, à chacune des époques normales, une moyenne entre un grand nombre d'observations horaires, répétées durant trois jours. Pour n'avoir pas seulement le résultat général d'une augmentation ou d'une diminution dans la hauteiu* angulaire, mais pour obtenir aussi en pieds la quantité absolue du changement produit, il suffirait de déterminer une fois la distance. Quelle riche source d'informations ne nous fourniraient pas, pour les colosses volcaniques des Cordillères de Quito, les travaux suffisamment exacts de Bouguer et de LaCondamine, si ces hommes éminents avaient pu, du moins sur quelques points, marquer d'une
manière fixe les stations d'où ils mesuraient les angles de hauteurs. D'après G. de Dittmar, le Kliutschewsk s'est reposé complètement, après Téruption de 1841, jusqu'en 1843, où il a signalé son réveil en vomissant des laves. L'écroulement du sommet du Schiwelutsch a de nouveau interrompu cette période d'activité (2).
Je n'ai point cité, faute de déterminations assez précises, quatre autres volcans, dénommés, en partie par l'amiral Lutke , en partie par Postels. Ce sont l'Apalsk, au sud -est du village de Bolscheretski; la Schischapinskaja Sopka, par 55*11' de latitude; le cône de Krestowsk, par 56* k\ près du groupe de Kliutschewisk, et l'Uschowsk. La chaîne centrale du Kamtschatka, particulièrement dans la plaine des Baidares, par 57*20' de latitude, à l'est de Sedanka, ofifre le spectacle d'éruptions de lave et de scories, s' échappant d'une roche volcanique, boursouflée^ souvent d'un rouge de brique, qui ellemême est sortie des failles de la Terre. Ce remarquable phénomène, qui fait ressembler la plaine au sol d'un antique cratère, dont le diamètre n'aurait pas eu moins de quatre verstes ou d'une lieue , est très-éloigné de tout soulèvement de montagne conique (3). n y a une analogie frappante entre cette contrée et le Malpais du plateau mexicain, vaste et mystérieux champ de débris rugueux, que j'ai décrit en détail (4).