‹ CosmosChapitre 23 sur 56 · VI. Iles de l'asœ iiÉamiONALE · texte numérisé non relu

VI. Iles de l'asœ iiÉamiONALE

Nous comprenons sous cette dénomination Tlle Formose (Thal-wan), les Philippines, les lies de la Sonde et les Moluques. Elaproth , nous a fait connaître, le premier, les volcans de Formose, d'après les sources chinoises, toujours si abondantes en descriptions minutieuses de la nature (17). Formose contient quatre volcans , parmi lesquels le Tschykang, ou Montagne Rouge, qui a eu de grandes éruptions enflammées, et sur lequel existe un cratère-lac rempli d'eaux brûlantes. Les petites UesBaschi et les Babuyanes, qui, suivant le témoignage de Meyen , ont donné encore en 1831 le spectacle d'une violente éruption de flammes, établissent une liaison

entre Formose et les ties Philippines, dont les plus petites et les plus profondément échancrées sont les plus riches en volcans. Léopold de Buch compte 19 montagnes coniques d'une hauteur considérable, nommées dans le pays Volcanes^ mais dont une partie n'est vraisemblablement composée que de dômes trachytiques fermés. Dana pense qu'il ne reste plus, dans la région méridionale de l'Ile Luzon , que deux volcans encore enflammés : le Taal , qui s'élève dans la laguna de Bongbong y et porte à son faite un cirque qui lui-même enferme une autre lagune (18); et dans la partie Sud de la presqu'île Camarines, le volcan Âlbay ou Mayon, nommé par les indigènes Isaroe. L'Albay, haut de 3 000 pieds, a eu de grandes éruptions en 1800 et 1814. Dans la partie septentrionale de Luzon, on rencontre du granité en abondance, du schiste micacé, et même des formations sédimentaires et de la houille (19).

La longue file des lies Soulou ou Solo, qui contient cent lies pour le moins, et rattache Mindanao à Bornéo , est en partie sillonnée par des récifs de coraux, en partie volcanique ; mais il ne faut pas oublier que les pics isolés , trachytiques et en forme de cônes, sont souvent appelés Yolcanes par les Espagnols, bien qu'ils soient fermés au sommet.

Si, prenant pour guide le grand travail du docteur Junghuhn, on fait un dénombrement exact de tous les éléments volcaniques compris à partir de l'extrémité méridionale des Philippines ou du 5* degré de latitude boréale, entre le méridien des lies Nicobares

et celui qui traverse la côte occidentale de la Nouvelle-Guinée , c'est-à-dire dans l'espace occupé par les grandes et les petites lies de la Sonde et par les Moluques, on trouve que^ dans cette guirlande d'îles qui entourent l'île presque continentale de Bornéo, il existe 109 montagnes ignivomes, et 10 volcans de boue; et ce n'est pas là une évaluation approximative, c'est le résultat d'un calcul rigoureux.

On ne sait jusqu'à ce jour à quoi s'en tenir sur l'existence de volcans actifs dans l'île Bornéo, la GiavaMaggiore de Marco Polo (20). Il est vrai que Ton ne connaît encore que des zones étroites du littoral. Au Nord-Ouest, on n'a exploré que la contrée qui s'étend jusqu'à la petite île côtière de Labouan et au cap Balambangan; à l'Ouest, on a visité l'embouchure db Pontianak, et à l'extrémité Sud-Est, le district Banjermas-sing, où l'on était attiré par des lavages d*or, de diamant et de platine. On ne croit pas que la plus haute montagne de Bornéo et peut-être de toute la région insulaire qui se déploie au Sud de l'Asie, le Kina-Bailou, dont le double faîte s'élève près de la pointe septentrionale de l'Ile, à 8 milles géographiques seulement de la c6te des Pirates, doive être considérée comme un volcan. Le capitaine Belcher évalue la hauteur du Kina-Bailou à 1 2 850 pieds; c'est 4 000 pieds de plus que le Gunung Pasaman (Ophir), de Sumatra, (21). D'autre part, Rajah Brooke cite, dans la province Sarawak , une montagne beaucoup moins haute, dont le nom malais, Gunung Api, c'est-à-dire Montagne de Feu, témoigue,

ainsi que les scories éparses à Tentour, qu'elle fut autrefois un volcan actif. De grands dépôts de poudre d'or, compris entre des fragments de filons de quartz, les lavages d'étain que Ton rencontre sur les deux rives opposées des fleuves, et le porphyre riche en feldspath des montagnes de Sarambo indiquent une extension considérable de ce que l'on est convenu d'appeler roches primitives et roches de transition (22). D*après les indications du docteur Louis Borner, fils du savant astronome de Zurich, les seules émanant d'un géologue auxquelles nous puissions ajouter foi, plusieurs lavages, exploités avec succès dans la partie Sud-Est de Bornéo, présentent aussi, comme dans FOura) sibérien, de l'or, des diamants, du platine, de l'osmium et de l'iridium; jusqu'à ce jour cependant, on n'a point trouvé de palladium. Très-près de là, dans la chaîne des Ratouhs, haute de 3 200 pieds, il existe des formations de serpentine, de gabbro et de syénite (23).

Des trois autres grandes lies de la Sonde, Sumatra, Java et Célèbes^ la première possède d'après Junghuhn, six ou sept volcans encore en activité ; Java en renferme de vingt à vingt-trois, Gélèbes en contient onze; on en compte six dans l'île moins considérable de Flores. Nous avons déjà traité en détail des volcans de l'Ile Java (24). Dans Tlle de Sumatra, qui n'a point encore été explorée en entier, parmi dix-neuf montagnes en forme de cône et d'apparence volcanique, six ont conservé certainement leur activité (25) ; c^

sont le Gunung*Indrapoura, qui s'élève à 1 1 500 pieds environ, d'après des hauteurs angulaires prises sur rOcéan, ce qui suppose une altitude égale à celle du Semerou ou Maha-Merou de Java , dont on possède des mesures plus exactes; le Gunung-Pasaman, nommé aussi Ophir^ dont le docteur L. Borner a fait l'ascension y qui a 9010 pieds de haut et un cratère presque éteint; le Gunung-Salasi riche en soufre, qui a rejeté des scories en 1833 et 1845; le Gunung- Merapiy le plus actif de tous les volcans de Sumatra, haut de 8 980 pieds, dont le docteur Louis Homer a gravi aussi la cime en 183i, avec le docteur Korthals. Ce volcan, qu'il ne faut pas confondre avec deux autres du même nom , appartenant à File Java (26); le Gunung-Ipou , montagne fumante, qui a la forme d'un cône tronqué; enfin, dans le district intérieur de Benkoulen, le Gunung-Dempo, dont on évalue la hauteur à 10000 pieds.

Quatre Ilots composés de cônes trachytiques, dont les plus élevés sont le pic Rekata et le Panahitam, dans rile des Princes, relient la chaîne volcanique de Sumatra à la file serrée des volcans javanais ; de même, à l'extrémité opposée , Java et son volcan d'Idjen se rattachent à la longue chaîne des petites îles de la Sonde, parle Gunung-Batour et le Gunung-Âgung, volcans actifs de l'île Bali. Puis viennent, à l'est de Bali : la montagne fumante de Rindjani, située dans l'île Lombok , qui, d'après la mesure trigonômétrique de M. Melville de Garnbée , atteint i 1 600 pieds ; et le Temboro, dans l'Ile Soumbawa ou Sambawa,

qui en a 5500. Au mois d'avril 1815, l'atmosphère fut obscurcie autour du Sambawa par une éruption de cendres et de ponce, l'une des plus considérables dont Thistoire ait gardé le souvenir (27). L'tle Flores contient six volcans dont plusieurs rejettent encore de la fumée»

La grande île Célèbes, qui étend ses longs bras de tous côtés, renferme aussi des volcans dont quelques-uns sont encore actifs. Tous se trouvent réunis dans Tétroite presqu'île de Menado, qui forme la pa^ tie Nord-Est de l'île. Près de ces volcans, jaillissent des sources sulfureuses bouillantes. C'est dans une de ces sources, située sur le chemin de Sonder à Lamovang, qu'est tombé un infatigable voyageur, libre observateur de la nature, mon ami le comte piémontais Carlo Vidua, dont les brûlures ont déterminé la mort. De même que , dans les Moluques , la petite île Banda est uniquement formée du volcan Gunung-Api, haut à peine de 1 700 pieds, dont l'activité s'est entretenue de 1586 à 1824, l'île Ternate, bien que plus grande, ne se compose aussi que d'une montagne conique, haute de 5 400 pieds, le Gunung-Gama-Lama, dont les violentes éruptions, se sont succédé de 1 838 à î 849, après un repos complet déplus de cent cinquante ans, et ont été décrites à des époques très-différentes. D'après Junghuhn, dans l'éruption du 3 février 1840, une coulée de lave s'est fait jour à travers une faille , près du fort Toluko, et a poursuivi son cours jusqu'au rivage (28), a soit que la lave fût formée d'une masse cohérente et

entièrement liquéfiée^ou de fragments enflammés, précipités à travers la plaine par la pression des masses qiii les suivaient d . Si aux montagnes coniques que nous avons citées en raison de leur importance on joint les nombreux et très-petits Ilots volcaniques qui ne comportent point d'être mentionnés ici, on trouve que le nombre de toutes les montagnes ignivomes, situées au sud du parallèle du capSerangani, dans l'Ile de Mindanao, Tune des Philippines, entre le méridien du cap Nord-Ouest de la Nouvelle-Guinée, et celui qui traverse les croupes des îles Nicobar et Andaman, ne s'élève pas, ainsi qu'on Ta déjà remarqué plus haut, à moins de 109 (29). Dans ce nombre figurent, pour nie de Java, 45 volcans, la plupart coniques et pourvus de cratères; mais sur ces 45 volcans, il n*y en a que 21, et sur la somme totale de 109, il n'y en a pas plus de 42 ou 45, dont on puisse affirmer qu'ils ont donné de nos jours ou même dans les temps historiques des témoignages d'activité. Le puissant pic de Timor servait autrefois de phare aux navigateurs, comme Stromboli. Dans la petite île deP oulou-Batou, nommée aussi Poulou-Komba , un peu au nord de Flores, on a vu, en 1850, un volcan rejeter des laves enflammées jusque sur le bord de la mer. Déjà en 1812, le Pic de l'île Sangir, plus étendue que Poulou-Batou, et située entre Magindanao et Célèbes, avait offert le même spectacle, qui s'est renouvelé tout récemment, au printemps de 1856. Junghuhn doute que le célèbre cône Wawan ou Ateti, dans Ttle d'Amboine, ait rejeté, en 1674,

autre chose que des laves ardentes, et actuellement il range File parmi les solfatares. Le vaste groupe des lies de l'Asie méridionale se rattache, par la partie occidentale des îles de la Sonde, aux lies Nicobar et Andaman de l'océan Indien; par les Moluques et les Philippines, aux lies Papouas, aux tles Pelew et aux Garolines de la mer du Sud. Nous examinerons d'abord les groupes moins nombreux et plus clair-semés de Tocéan Indien.

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