VII. ÎLES DE l'océan INDIEN
Sous le nom d'océan Indien, on désigne Tespace compris entre les côtes occidentales de la presqu'île Malacca ou des Birmans et les côtes orientales de l'Afrique. Cette mer comprend par conséquent, dans sa partie septentrionale , le golfe du Bengale , le golfe Arabique et la mer d'Ethiopie. Nous suivrons l'activité volcanique de l'océan Indien, en allant du Nord-Est au Sud-Ouest.
Barren Islande l'île Déserte, située dans le golfe du Bengale, un peu à l'est de la grande île d' Andaman, par 12* 15' de latitude, peut être a bon droit citée comme un cône d'éruption actif. Le cône s'élève au milieu d'un cratère de soulèvement. La mer pénètre par une étroite ouverture, et remplit un bassin intérieur. Cet îlot, découvert en 1791 par Horsbourgh, offre un spectacle extrêmement instructif, pour la théorie de la formation des échafaudages volcaniques. On y voit, à l'état complet et perma-
nent, ce que, dans File Santorin et sur d^ autres points du globe y la nature ne présente que passagèrement (30). Au mois de novembre 1803, les éruptions étaient très-régulièrement périodiques, comme celle du Sangay, dans les Cordillères de Quito; les inter- Yalles étaient de dix minutes (31).
L'ile Narcondam, par 13''2V de latitude, au nord de Barren^Islandy a manifesté aussi jadis son activité volcanique, ainsi que le cône de l'île Chedouba, plus septentrionale encore et située près de la côte d'Arracan, par 10*52' (32).
A en juger par l'accumulation des coulées délave, le volcan le plus actif, non-seulement de Tocéan Indien, mais on peut presque dire de tout l'hémisphère austral , compris entre les méridiens des côtes occidentales de la Nouvelle-Hollande et des côtes orientales de l'Amérique, est le volcan de l'île Bourbon , dans le groupe des Mascareignes. La plus grande partie de la contrée, celle surtout qui s'étend à l'Ouest et à l'intérieur de l'île, est basaltique. Des filons de basalte plus récents et pauvres en olivine traversent la roche plus ancienne, où au contraire l'olivine abonde. Des couches de lignite sont enfermées aussi dans le basalte. Les points culminants de l'île sont le Gros Momeet lestroisSalazes,dontLacaille évaluait la hauteur à 1 0 000 pieds. Actuellement l'activité volcanique est concentrée dans la partie Sud-Est, appelée le Grand Pays brûlé. Suivant le témoignage d'Hubert , le volcan de Bourbon déverse presque chaque année deux coulées de lave, qui souvent vont rejoindre la
mer. Le faite de la montagne a, d'après les mesures de Berth, 7 507 pieds de hauteur (33). Il présente plusieurs cônes qui portent des noms particuliers, et entrent en éruption à tour de rôle. Les éruptions sont rares au sommet. Les laves contiennent du feldspath vitreux, et sont par conséquent plus trachytiques que basaltiques. Les pluies de cendres présentent souvent de Tolivine en fils longs et déliés, phénomène qui se représente dans le volcan d'Owaihi. Une forte éruption de ces fils vitreux s'est produite en 1 821 , et a couvert toute la surface de l'île Bourbon.
Près de là, est située la grande Terra incognùa de Madagascar, dont on ne sait que deux choses : l'existence d'un vaste dépôt de pierre ponce près deTiutingue, vis-à-vis de l'île française de Sainte-Marie, et la présence du basalte au milieu du granité et du gneiss, au sud de la baie de Diego Suarez, près du cap d'Ambre, situé à l'extrémité septentrionale de l'île. La partie méridionale de la croupe centrale des monts Ambostimenes a, dit-on, une hauteur de 10000 pieds , mais cette appréciation est fort incertaine. A Touest de Madagascar, à l'extrémité du canal de Mozambique, la plus grande des îles Comores renferme un volcan enflammé (34).
La petite lie volcanique de Saint-Paul, située au sud de rtle d'Amsterdam , par 38* 38' , est réputée volcanique , non pas seulement à cause de sa configuration, qui rappelle par des traits caractéristiques celles de Santoriu, de Barren hland, et de Déception
tsland dans le groupe du Schetland austral , mais aussi à cause d'éruptions de flammes et de vapeurs plusieurs fois observées depuis les temps modernes. Le dessin très-pittoresque que Valentyn en a donné dans son ouvrage sur les iles Banda, à Toccasionde l'expédition de Willem de Vlaming (novembre 1696), s'accorde parfaitement, ainsi que la détermination des latitudes, avec les représentations graphiques contenues dans TÂtlas de l'expédition de lordMacartney, et avec le relevé du capitaine Blackwood (1842). La baie, arrondie en forme de cratère et lai^e d'un mille anglais environ, est entourée de toute part de rochers taillés à pic intérieurement, à l'exception d'une étroite ouverture qui livre passage à la marée montante. Les rochers qui forment les bords du cratère s'abaissent par une pente peu sensible, presque jusqu'au niveau de l'Ile (35).
L'Ile d'Amsterdam, située 50 minutes plus au Nord (37* 48'), consiste, d'après les dessins de Valentyn, en une montagne détachée, très-boisée et un peu arrondie, dont la croupe la plus haute supporte un petit rocher cubique, à peu près comme le Cofre de Perote, surle plateau mexicain. Lors de l'expédition de d'Entrecasteaux (mars 1792), l'île a été vue pendant deux jours enveloppée de flammes et de fumée. L'odeur de la fumée faisait croire à l'incendie d'une forêt et à un embrasement souterrain. Il semblait même que, près de la côte, l'on voyait sortir çà et là du sol des colonnes de vapeur. Cependant les savants attachés à l'expédition furent en définitive d'avis que ce
mystérieux phénomèoe ne devait pas être rapporté à l'activité volcanique de la montagne (36). Il est plus sûr de remonter plus haut , et de citer comme témoignage de l'énergie volcanique, dans Tlle d'Amsterdam, les couches de pierre ponce que Yalentyn mentionne déjà, d'après le journal de bord de Viaming, à la date de 1696.
Au sud-est de l'extrémité de l'Afrique sont situées rile de Marion ou du prince Edouard (lat. 47"* 2') et Possession Island (lat. 46" 28', longit. 49" 36'), qui font partie du groupe Crozet. Toutes deux portent, comme traces d'une activité volcanique épuisée, de petites montagnes en forme de cônes, avec des cratères d'éruption entourés de colonnades basaltiques (37).
Plus à l'Est, presque sous la même latitude, on rencontre l'île de Kerguelen, V Island of désolation du capitaine Cook , dont nous devons encore la première description géologique à l'heureuse et féconde expédition de lord James Ross. Au lieu nommé par Cook Ghristmas Harbour, (lat. 48'' 41', longit. 66"* 42' ) , des troncs d'arbres fossiles , larges de plusieurs pieds, sont engagés dans des laves basaltiques. On admire au même endroit le pittoresque Arched Rock, qui forme un passage naturel dans une étroite muraille de basalte. Près de là se trouvent des montagnes coniques, avec des cratères éteints, dont les plus hautes atteignent 2 500 pieds, des masses de grunstein et de porphyre traversées par des filons de basalte , et près de Cumberland Bay
du mandelstein avec des druses de quartz. Ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont de nombreuses couches de charbon couvertes de rochers de trapp, peut-être de dolérite, comme à Meissoer dans le duché de Hesse, et qui, partant d'une épaisseur de quelques pouces, atteignent une puissance de quatre pieds (38).
Si Ton jette un coup d'œil général sur les lies de Tocéan Indien, on voit la longue file des tles de la Sonde, après avoir fléchi vers le Nord-Ouest, à la naissance de l'Ile de Sumatra, se prolonger par les Nicobar, et par les grandes et les petites Andamans, en même temps que les volcans de Barren Island, Narcondam et Cheduba courent presque para]lèlement aux côtes de Malacca et de Tanasserim, et pénètrent dans la partie orientale du golfe du Bengale. Il n'y a pas d'iles dans la partie occidentale du golfe qui s'étend le long des côtes d'Orissa et de Coromaadel; car Ceyian, comme Madagascar, a un caractère plutôt continental qu'insulaire. En face du rivage qui borde, à l'Ouest, la presqu'île en deçà du Gange, la longue rangée que forment, du Nord au Sud, depuis 14* de latitude boréale jusqu'à SO"" de latitude australe, les trois archipels des Lakedives, des Maldives et des Chagos, se rattachent, par les bancs de Sahia^ de Malha et de Cargados Carajos, au groupe volcanique des Mascareignes et à Madagascar. Ces bancs, autant que l'on en peut juger, sont formés d'édifices construits par des polypes madréporiques, et de véritables atolles ou rochers de IV. 28
coraux enfennanl des laguoes. Ils conûrment Tiiigénieuse conjecture de Darwin , d'après laquelle une vaste étendue du lit de la mer serait, dans ces parageSy non pas une surface de soulèvement^ mais bien une surface de dépression (area of subsidence).