YUL MER DU SUD
Si l'on compare la partie de la surface terrestre, actuellement couverte par les eaux et Taire de l'élément solide, que l'on sait être à peu près dans le rapport de 2,7 à 1 (39), on ne peut voir, sans s'étonner, le petit nombre de volcans encore actifs compris dans la région océanique. La mer du Sud, dont la surface dépasse environ d'un sixième la surface des pairies solides, et qui, dans la région équinoxiale. depuis l'archipel des Galapagos jusqu'aux lies Pelew, occupe presque les deux cinquièmes d'un grand cercle de la Terre, renferme moins de montagnes fumantes, moins d'ouvertures établissant une communication active entre l'intérieur de la Terre et son enveloppe atmosphérique, que la seule tie de Java. Le géologue de la grande Eœploring Expédition qui parcourut l'Amérique, de 1838 à 1842, sous le commandement de Charles Wilkes, l'ingénieux James Dana, a l'incontestable mérite d'avoir éclairé d'un jour nouveau tous les archipels de la mer du Sud, en généralisant les vues sur la conQguration et la distribution des groupes d'îles, sur la direction de leurs axes, sur le caractère des roches, sur les périodes de soulèvement ou de
dépression par lesquelles passent de yastes étendues du sol sous-marin; ces heureux résultats sont dus tant à ses propres recherches qu'à la combinaison attentive qu'il a faite de toutes les observations antérieures. Si je puise dans son livre , ainsi que dans Fexcellent ouvrage de Charles Darwin^ le géologue de l'expédition du capitaine Fitz Roy (1832-1836), sans avoir toujours soin de les nommer, cette liberté, j'espère, ne sera pas prise en mauvaise part; j'ai assez témoigné, depuis un grand nombre d'années, la haute estime que je fais de leurs travaux.
Sans entrer dans les divisions capricieuses de Polynésie et de Micronésie , de Mélanésie et de Malaisie (40), empruntées soit au nombre et à l'étendue des tles^ soit à la couleur et à l'origine des habitants, je commencerai l'énumération des volcans encore actifs de l'océan Pacifique par ceux qui sont situés au nord de l'équateur. Plus tard, je me réserve d'aller, dans la direction de l'Est à l'Ouest, jusqu'aux Mes situées entre l'équateur et le 30* degré de latitude australe. On ne peut dire sans doute que tant d'tlots de basalte et de tracbyte, pourvus d'innombrables cratères, d'où à diverses époques, sont sorties des éruptions, aient été semés sans ordre çà et là (41). On reconnaît en effet que la plupart ont été soulevés sur des failles d'une vaste étendue et sur des chahies de montagnes sous-marines , qui se divisent en groupes et en régions suivant des directions déterminées, et appartiennent à différents systèmes , absolument comme les chaînes continentales
de TÂsie centrale et du Caucase» Mais la distribution des rares ouvertures qui ont donné, à des époques certaines, des témoignages simultanés d'activité yoIcanique dépend, selon toute vraisemblance, des perturbations purement locales qu'ont subies les failles aboutissant à ces ouvertures. Les lignes que l'on pourrait tenter de faire passer par trois volcans encore actifs, situés à des distances respectives de 600 à 750 milles géographiques, et qui ne sont séparés par aucun volcan intermédiaire, à savoir le Mauna-Loa qui porte le bassin du Kilauea sur son versant oriental; le cône de Tanna, dans les Nouvelles-Hébrides, et l'Assomption, dans le groupe septentrional des Larrons, ne nous apprendraient rien des lois générales qui ont présidé à la formation des volcans dans le bassin de la mer du Sud. Il en est autrement, si Ton se borne à des groupes isolés, et si Ton se reporte à ces époques vraisemblablement antéhistoriques où les nombreux volcans, aujourd'hui éteints, des Larrons, des tles Mariannes, des nouvelles Hébrides et des lies Salomon, étaient encore en possession de leur activité. Il est certain que ces volcans, rangés à la suite les uns des autres, ne se sont pas éteints successivement dans une direction déterminée, par exemple, dans la direction du Sud-Est au Nord-Ouest ou du Nord au Sud. Je nomme ici les rangées d'tles volcaniques qui sillonnent la haute mer, mais les tles Âléoutiennes et d'autres îles côtières fourniraient les mêmes observations. Des conclusions générales sur la direction qu'a dû suivre le refroidissement sont facilement matière
à erreur, parce que l'on ne peut faire entrer en compte les influences passagères de la conductibilité, selon qu'elle s'exerce librement ou non.
Le Mauna-Loa, que les Anglais écrivent Mouna- Loa, haut de 12 909 pieds, d'après la mesure exacte qu'en a prise le capitaine Wilkes, dans YEœploring Expédition (42), plus haut par conséquent de 1 500 pieds que le pic de Ténériffe, est le plus puissant vol* can de l'océan Pacifique , et le seul qui ait conservé toute son activité dans l'archipel, d'ailleurs entièrement volcanique, des iles Hawaii ou Sandwich. Les cratères du sommet, dont le plus grand a plus de 12000 pieds de diamètre, laissent voir, dans leur état habituel, un sol ferme, composé de lave refroidie et de scories, d'où s'élèvent de petits cônes d'éruption fumants. Les ouvertures supérieures sont, en général, peu actives; cependant, au mois de juin 1832 et au mois de février 1843, elles ont été en éruption durant plusieurs semaines, et ont déversé des coulées de lave, larges de cinq à sept milles géographiques, qui atteignaient le pied du Mauna- Kea. L'inclinaison que suivait le courant, sans sohition de continuité, était le plus ordinairement de 6*, souvent de 1 0* à 1 5% quelquefois même de 25* (43). La configuration du Mauna-Loa a cela de particulier qu'il ne possède point de cône de cendres, comme le pic de Ténériffe, le Cotopaxi et tant d'autres volcans, et qu'il n'y a pas trace de pierre ponce. Néanmoins, les laves du sommet, d'un gris noirâtre et plus tracbytiques que basaltiques, sont riches en
Digitizi
feldspath (44). La fluidité extraordinaire des laves duMauna-Lod; qu'elles soient vomies par le cratère du sommet (Mokua-weo-weo) ou par le lac de lave situé sur le versant oriental du volcan, à 3 724 pieds seulement au-dessus du niveau de la mer, est attestée par les fils de verre tantôt lisses, tfintôt Msés, que le vçnt disperse sur toute la surface de rile. Ce verre capillaire , qui s'échappe aussi du volcan de Bourbon, est appelé, à Hawaii, cheveu de Pelé. Pelé est la déesse protectrice de la contrée. '
Dana a montage d'une manière fort ingénieuse que Mauna-Loa n'est pas, pour les lies Sandwich, un volcan central , et que le lac de lave désigné sous le nom de Eilauea n'est pas une solfatare (45). Le plus grand diamètre du bassin de Kilauea a 1 5 000 pieds, près des deux tiers d'un mille géographique; le petit diamètre a 7 000 pieds. A l'état ordinaire , la lave proprement dite ne remplit pas toute cette cavité, mais seulement un espace qui a en longueur 13 000 pieds, en largeur 4800. On monte par des espèces de gradins jusqu'aux bords du cratère. Le spectacle que l'on découvre laisse une impression solennelle de calme et de repos. L'approche d'une éruption ne s'annonce pas par des tremblements de terre ou par des bruits souterrains, mais par ce signe que la lave s'élève et s'affaisse soudainement, lorsqu'il s'en fallait quelquefois de 300 à 400 pieds qu'elle atteignit le bord supérieur du grand bassin» Pour comparer le bassin gigantesque
de Kilauea avec les petits cratères latéraux signalés pour la première fois par Spallanzani, sur la pente du Stromboli, aux quatre cinquièmes de cette montagne fermée au sommet, cVàt-à-dire avec des bassins de lave bouillonnante dont le plus large a 200 pieds de diamètre, le plus petit 30 seulement, outre que ce serait rapprocher les grandes choses des petites, il faudrait avoir oublié que les bouches ignivomes situées sur la pente du Stromboli rejettent des scories à une grande hauteur, et vomissent même des laves. Si le grand bassin de Kilauea , qui forme le cratère inférieur et secondaire du volcan actif de Mauna-Loa, menace quelquefois de déborder, jamais cependant il n'a réellement débordé de manière à produire une véritable coulée de lave. Ce qui fait l'eifet de coulées, c'est que la lave descend à travers des canaux souterrains, et s'échappe par de nouvelles ouvertures éruptives qui se forment à la distance de quatre ou cinq milles géc^aphiques, par conséquent sur des points beaucoup moins élevés. Le niveau s'abaisse dans le bassin de Kilauea, à la suite de ces éruptions, déterminées par l'énorme pression qu'exerce la lave (46).
Hawaii renferme encore deux hautes montagnes, Mauna-Kea et Mauna-Hualalai, dont la première dépasse de 180 pieds Mauna-Loa, d'après les calculs 4u capitaine Wilkes. Mauna-Kea est une montagne fonique , sur le sommet de laquelle on trouve non plus un cratère, mais seulement des éminences de
scories, depuis longtemps éteintes. Mauna-Hualalai * a environ 9 400 pieds de bauteur, et est encore enflammé; il a eu, en 1801, une éruption dans laquelle lalave s' est répandue duc6téâe TOuest, jusqu'à la mer. Toute rtle d'Hawaii doit son existence au soulèvement dos trois montagnes colossales Loa, Kea et Hualalai, qui ont surgi du fond de la mer. Dans les récits des nombreuses ascensions du Mauna-Loa , parmi lesquels le récit émané de l'expédition du capitaine Wilkes est le fruit de 28 jours de recherches , il est question de neige tombée par un froid de S"" à 8*" du thermomètre centésimal, et même de taches de neige isoléesque Ton pouvait, dans le lointain, distinguera l'aide du télescope sur le sommet du volcan, mais nulle part il n'est fait mention de neiges éternelles (47). J'ai déjà rappelé que, d'après les mesures de hauteur que l'on considère actuellement comme les plus exactes, le Mauna-Loa, haut de 12909 pieds, et le Mauna-Eea qui en a 1 3 089, sont inférieurs de 950 et de 770 pieds à la limite inférieure des neiges éternelles dans les montagnes continentales du Mexique, par 19"* 30' de latitude. II est vrai que, dans une petite lie, la ligne des neiges éternelles doit être un peu moins élevée, parce que les couches inférieures de l'air y sont moins chaudes durant la saison brûlante, et que les couches supérieures contiennent une plus grande quantité d'eau.
Les volcans de Tafoa * et d'Amargoura *, dans le groupe Tonga, sont tous deux actifs, et le second a donné, le 9 juillet 1847, le spectacle d'une
éruption de lave considérable (48). Une circonstance digne de remarque, et qui s'accorde avec cette observation ^ que les animalcules des coraux évitent le voisinage des volcans actifs ou qui ont cessé de l'être depuis peu y c'est que, dans l'archipel Tonga où abondent les rochers madréporiques , Tafoa et le cône de Gao en sont complètement dépouillés (49).
Puis viennent les volcans de Tanna*et d'Ambrym*, dont le dernier est situé à l'ouest de Mallicollo, dans Tarchipel des Nouvelles -Hébrides. Le Tanna, décrit pour la première fois par ReinholdForster, s'est trouvé en pleine éruption, lorsque Cook découvrit rtle du même nom (1774). Depuis, son activité ne s'est point interrompue. Il atteint à peine la hauteur de 430 pieds, et est par conséquent, avec le volcan de Mendana, dont il sera question plus bas, et le volcan japonais de Cosima, l'un des c6nes ignivomes les moins élevés. On trouve à Mallicollo une grande quantité de pierre ponce.
Le MathewS''Rock*j petit Ilot fumant, haut à peine de 1 1 1 0 pieds, dont d'Urville a observé une éruption au mois de janvier 1828 , est situé à Test de l'extrémité méridionale de la Nouvelle-Calédonie.
Le volcan de Tinakoro *, dans le groupe de Vanîkoro ou de Santa-Cruz.
Dans le même archipel de Santa-Cruz, à vingt milles géographiques nord-nord-ouest de Tinakoro , s'élève du fond delà mer, par 10* 23' de latitude australe, rtle proprement appeléeVolcan*. Les éruptions ignées de ce volcan, haut à peine de 200 pieds, que
Mendana avait déjà reconnu en 1593, se sont renoavelées quelquefois à des interralles périodiques de 10 minutes; quelquefois aussi , et ce fut le cas lors de l'expédition de d'Entrecasteaux , la colonne de vapeur a servi elle-même de cratère.
Dans le groupe de Salomon, Ttle Sesarga * possède un volcan actif, et non loin de là, vers l'extrémité Sud- Est de cette longue rangée d'tles, dans la direction de l'archipel de Santa-Gruz, on a déjà constaté, sur la c6te de l'ile Guadalcanar, des traces d'éruptions volcaniques.
Parmi les lies Mariannes ou des Larrons, dans la partie septentrionale de cette rangée d'Iles qui paraît avoir été soulevée au-dessus d'une faille méridienne, on cite, comme étant encore en activité, le Volcan de l'île Gougouan * et de l'île Pagon *, et le Yolcano Grande (ï Asuncion* y les côtes orientales du petit continent de la Nouvelle-Hollande, particulièrement à partir de l'endroit où elles changent d'allure, c'est-àdire vers 25* de latitude australe, entre la baie d'Hervey et la baie Moreton, paraissent se refléter dans la zone des îles voisines. La grande lie méridionale de la Nouvelle-Zélande et les groupes Kermadec et Tonga sont dirigés du Sud-Ouest au Nord-Est, tandis que les côtes septentrionales de la partie de la Nouvelle-Zélande située au Nord du détroit de Cook, depuis la baie de Plenty jusqu'au cap Oton, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Guinée, les Nouvelles-Hébrides, les lies Salomon, la Nouvelle-Irlande et la Nouvelle-Bretagne, sont inclinées du Sud-Est au Nord-Ouest, et suivent
généralement la direction Nord 48* Ouest. Léopold de Buch a^ le premier, fait ressortir ce rapport entre les masses continentales etlesllesavoisinantes, dans l'archipel de la Grèce et dans la mer de Corail (50). Ainsi que l'ont remarqué Forster, le compagnon de Gook, et La Billardière^ les lies de la mer de Corail ne sont pas non plus dépourvues des roches riches en quartz que Ton appelait autrefois roches primitiveSy c'est-à-dire de granité et de micaschiste. Dana a pu recueillir aussi des échantillons de ces roches sur nie septentrionale de la Nouvelle-Zélande, à l'ouest de Tipounah, dans la Bay ofislands (51).
C'est seulement à son extrémité méridionale, dans la contrée appelée Australie-Heureuse, au pied et au sud des monts Grampian, que la Nouvelle-Hollande présente des traces fraîches encore d'une ancienne activité volcanique. D'après le témoignage de Dana, on trouve en plusieurs endroits, au Nord-Ouest de Port-Philippe et aux environs de la rivière Murray, des c6nes volcaniques et des couches de lave (52).
Dans laNouvelle-Bretagne*, il existe, tant sur la côte orientale que sur la côte occidentale, trois cônes au moins qui, dans les temps historiques, ont été observés par Tasman, Dampier, Carteret et La Billardière, et rangés parmi les volcans enflammés à coulées de laves.
On rencontre deux volcans actifs sur la côte Nord- Est de la Nouvelle-Guinée*, en face de la Nouvelle- Bretagne et des lies de l'Amirauté, riches en obsidienne.
Dans la Nouvelle-Zélande, dont la géologie à été éclaircie, au moins en ce qui concerne Ttle septentrionale, par l'important ouvrage d'Ernest Dieffenbach et les belles recherches de Dana, la roche basaltique ou trachytique se fait jour en plusieurs points, à travers les roches plutoniennes et sédimentaires, qui y sont généralement répandues. Cest ce que Ton voit, par exemple, siu* un très-petit espace voisin de la baie des Iles (latit. 35' 2'), où s'élèvent deux cônes de cendres, Turoto et Poeroua, couronnés de cratères éteints ; et plus au Sud, entre 37^30' et 39* 15' de latitude, où une zone de terrain volcanique traverse le milieu de Tlle, du Nord-Est au Sud-Est, sur une longueur de plus de 40 milles géographiques, depuis la baie de Plenty à l'Est jusqu'au cap Egmont à rOuest. On retrouve ici ce que nous a montré déjà sur une plus vaste échelle le continent mexicain : une faille transversale allant d'une mer à l'autre, dans la direction du Sud-Est au Sud-Ouest , et coupant la chaîne longitudinale qui détermine la forme de Ttle entière. Au-dessus de cette fissure volcanique et vraisemblablement aux points d'intersection, s'élèvent le cône de Tongariro*, haut de 5 8i 6 pieds, dont Bidwill a gravi le cratère jusqu'au cône de cendres, et, un peu plus au Sud, le cône de Ruapahou, qui n'a pas moins de 8 450 pieds. L'extrémité nord-est de la zone qui aboutit dans la baie de Plenty est formée par une solfatare toujours fumante, l'Ilot volcanique Pouhia-i-wakati ou White Island, par 38* 30' (53). En retournant vers le Sud-Ouest, on retrouve, sur le rivage même,
le volcan éteiat de Poutawdki (Mount Ebgecombe), haut de 9066 pieds^ la montagne neigeuse la plus élevée vraisemblablement de la Nouvelle-Zélande. A l'intérieur, des lacs, dont quelques-uns sont remplis d*eau)L bouillantes, forment une longue chaîne^ entre le montEdgecombeetleTongariro*, siège principal de l'activité volcanique qui a laissé échapper quelques coulées de lave et qui rejette encore des vapeurs et des cendres de pierre ponce. Le lac Taupo, qu'entourent un sable brillant de leucite et de sanidine et des collines de pierre ponce, a une longueur de près de six milles géographiques, et est situé au milieu de nie septentrionale de la Nouvelle-Zélande, à 1 255 pieds, suivant Dieffenbach, au-dessus du niveau de la mer. Tout alentour, sur ime étendue de deux milles anglais carrés, le sol est couvert de solfatares, de colonnes de vapeur, et de sources thermales qui, comme les Geisers de l'Islande, forment divers dépôts de silicate (54) . A l'ouest du Tongariro, et à quatre milles seulement du rivage occidental, s'élève le volcan Taranaki (Mount Egmont), haut de 8 293 pieds, qui a été gravi et mesuré pour la première fois par Dieffenbach, au mois de novembre 1840. La cime du cône dont le contour rappelle le Tolima plutôt que le Gotopaxi , se termine par un plateau, sur lequel s^élève un cône de cendres trèsescarpé. Rien ne témoigne, comme pour le volcan de rile Blanche* et Tongariro, que l'activité du Tanaraki se soit conservée jusqu'à nos jours ; on n'a point observé non plus de laves formant des cou-
lées non interrompues. Les masses sonores et finement laminées, qui, au milieu des scories se détachent, comme des arêtes, sur le cône de cendres, et rappellent ce que Ton voit à Tune des faces du pic de Ténériife, ont du rapport avec le schiste porphyrique ou phonolithe.
Plusieurs groupes d'Iles accumulés sur une ligne longue et éb*oite qui suit sans interruption la direction du Nord-Ouest, à savoir la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Guinée, les Nouvelles-Hébrides et les lies Salomon , Pitcairn , Tahiti et les lies Paumotou coupent le Grand- Océan, entre 12"* et 2V de latitude australe , sur une étendue de 1 330 milles géographiques, depuis le méridien des côtes orientales de l'Australie jusqu'à l'île de Pâques et le rocber Sala-y-Gomez. Les parties occidentales de ces amas d'îles, la Nouvelle-Bretagne*, les Nouvelles-Hébrides*, Vanikoro*, et le groupe des îles Tonga*, donnent actuellement, au milieu du xix* siècle, des preuves d'activité ignée. La Nouvelle-Calédonie, bien qu'entourée d'îles basaltiques ou oflDrant d'autres caractères volcaniques, ne renferme que des roches plutoniennes (55), comme Santa-Maria dans les Açores, suivant le témoignage de Léopold de Buch (56), et les îles Flores et Graciosa, d'après le comte Bédemar. C'est à cette absence d'activité volcanique dans la Nouvelle-Calédonie, où Ton a découvert tout récemment des formations sédimentaires et des lits de houille, que l'on attribue la vaste extension des bancs de coraux vivants dont sont hérissés ces
parages. L'archipel Viti ou Fidschi est basaltique et trachytique à la fois ; il n'offre cependant d'autre signe caractéristique que les sources thermales de la baie deSavou, dans l'île Vanoua Lebou (57). Le même caractère basaltique se retrouve dans le groupe de Samoa (Navigators Islands), au nord-est des îles Viti et presque directement au nord de l'archipel Tonga, qui a conservé son activité volcanique. De plus, on y remarque des cratères d'éruption, en nombre infini, et entourés de couches de tuf dans lesquelles sont empâtés des fragments de coraux. L'objet le plus remarquable, au point de vue géognostique, est le pic Tafoua dans l'île Upolu du groupe Samoa, qu'il ne faut pas confondre avec le pic Tafoa, situé dans l'archipel Tonga, au sud d'Amargura, et encore en activité. Le pic Tafoua , haut de 2 006 pieds, que Dana a le premier gravi et mesuré, possède un cône de cendres régulièrement arrondi, que couronne un vaste cratère, entièrement rempli par un bois épais. Il n'y a aucune trace de poulées de lave, mais on trouve sur la montagne conique d'Apia, haute de 2 417 pieds, et située également dans l'île Upolu, de même que sur le pic Fao, qui atteint 3 000 pieds de hauteur, des champs de laves scorifiées^ dont la surface est frisée et souvent réticulaire, ce qae les Espagnols appellent Malpais. Il existe sous le champ de laves d'Apia de vastes cavités souterraines.
Tahiti, située au milieu des îles de la Société, est beaucoupplustrachytique que basaltique, et ne montre
pluS; à proprement parler^ que les ruines de son antique échafaudage volcanique. Il est même diflBicile de reconstruire la forme primitive des volcans^ d'après ces circonvallations puissantes, surmontées d'aspérités aiguës, et interrompues par des précipices creusés verticalement à plusieurs milles pieds de profondeur. Des deux plus grandes cimes, TÂorai et FOrohena, l'Aorai a été étudiée par Téminent géologue Dana, qui en a le premier fait l'ascension (58) ; la montagne trachytique d'Orohena parait atteindre la hauteur de l'Etna. Ainsi, après le groupe actif des lies Sandwich , c'est riie de Tahiti qui possède la plus haute roche éruptive de toute la région océanique comprise entre l'Amérique et l'Asie. Une roche feldspathique que l'on trouve dans les petites lies Eforabora et Maurua, voisines de Tahiti, roche qu'EUis, dans ses Polynesian Researches^ présente comme un agrégat granitique de feldspath et de quartz, et que plus récemment des voyageurs ont décrite sous le nom de syénite , mérite une analyse beaucoup plus exacte', en considération du basalte poreux et scorifié qui s'est fait joiu* tout près de là. On ne saurait trouver actuellement de cratères éteints ni de coulées de lave dans les îles de la Société. On se demande si les cratères ont été détruits sur les cimes des montagnes, ou si les anciens échafaudages, aujourd'hui crevassés et bouleversés, n'avaient point autrefois la forme d'un dôme fermé , et si le basalte et les couches de trachyte ne sont pas sortis immédiatement des failles du globe, comme cela est arrivé vraisembla-
blement sur beaucoup d^ autres points du soi océanique soulevé. Les divers degrés de viscosité ou de fluidité des matières ^ le plus ou moins de largeur des failles à travers lesquelles elles sont rejetées^ influent sur la configuration des couches volcaniques, à mesure qu'elles se forment ; et aux endroits où la trituration ne laisse subsister que de très-petits fragments y ce que Ton est convenu d'appeler des cendres 9 il en résulte des cônes d'éruption éphémères y qu'il ne faut pas confondre avec les grands cônes de cendres, placés au sommet des échafaudages permanents.
Tout près des lies de la Société, on rencontre, dans la direction de l'Est, les lies Basses ouïtes Paumotou. Ce ne sont que des lies de coraux, si l'on en excepte le remarquable groupe basaltique des petites lies Gambier et Pitcairn (59). Une roche volcanique semblable à celle dont ce dernier groupe est formé, se retrouve dans l'île de Pâques ou Waihou, située vers l'Est, à une distance de 3 1 5 milles géographiques, mais sous le même parallèle, c'est-à-dire entre 25* et IT de latitude australe. Il est probable même qu elle existe encore 60 milles plus loin, dans les rochers de Sala-y-Gomez. Le capitaine Beechey a remarqué dans l'île de Pâques, où les cônes les plus élevés atteignent à peine 1 000 pieds de hauteur, toute une rangée de cratères, dont aucun ne lui a paru enflammé.
Plus à l'Est encore, et près du Nouveau Continent, l'archipel des Galapagos, l'un des groupes volcaniques les plus actifs , dans lequel se détachent cinq lY. 29
îles plus considérables que les autres ^ marque la limite des fies de l'océan Pacifique. On peut presque dire que nulle part sur un aussi petit espace, car le diamètre du groupe des lies Galapagos est à peine de 30 ou 35 milles géographiques , il n'a subsisté un pareil nombre de montagnes coniques et de cratères éteints 9 traces visibles de Tantique communicati<)n entre l'intérieur du globe et son enveloppe atmosphérique. Darwin évalue le nombre de ces cratères à 2000. Lorsque ce spirituel voyageur visita les Galapagos, dans r expédition du Beagle commandée par le capitaine Fitzroy, deux cratères donnaient en même temps le spectacle d'une éruption ignée. Dans toutes ces lies, on voit des coulées d'une lave trèsfluide, qui se divisent et souvent sont allées se jeter dans la mer. Presque toutes aussi sont riches en augite et en olivine. Quelques-unes, plus trachytiques, contiennent, dit-on, de grands cristaux d'albite (60). Il serait à propos, eu égard aux progrès récents de la minéralogie, de rechercher si ces trachytes porphyriquesne contiennent pas de Toligoclase, comme il y en a sur le pic de Ténériife, sur le Popocatepetl et le Ghimborazo, ou du labrador, comme sur l'Etna et le Stromboli. La ponce fait complètement défaut dans les îles Galapagos, de même que sur le Vésuve, en tant du moins qu'elle serait une production de ce volcan. Nulle part non plus il n'est fait mention de hornblende. Ce n'est donc pas la formation trachytique du Toluca ou de l'Orizaba qui règne en ces lieux, non plus que celle de quelques volcans de Java, d'où le docteur
Junghuhn m'a envoyé des fragments de lave solidifiée, pour être soumis à l'analyse de Gustave Rose. Dans nie la plus occidentale et la plus considérable du groupe des Galapagos, à Albemarle, les montagnes coniques sont disposées en ligne droite, ce qui indique qu'elles sont soulevées sur des failles. Leur plus grande hauteur ne dépasse cependant pas 4 350 pieds. Le golfe situé à l'Ouest , dans lequel s'élève, comme une lie, le pic Narborough, qui a livré passage en 1825 à une violente éruption, a été décrit par Léopold de Buch comme un cratère de soulèvement, et comparé avec Santorin (61). Les bords des cratères sont souvent formés, dans les lies Galapagos, de couches tufacées qui s'écroulent de toute part. Un fait remarquable et qui révèle l'action générale et simultanée d'une grande catastrophe, c'est que tous les bords des cratères sont rompus ou entièrement détruits du côté du Sud. Une partie de ce que l'on appelle tuf dans les anciennes descriptions est formé de couches de palagonite, tout à fait semblables à celles d'Islande et d'Italie ; c'est ce que Bunsen a déjà démontré, à la suite d'analyses exactes, pour les tufs de rile Chatam (62). Cette lie, la plus orientale de tout le groupe, et dont Beechey a fixé soigneusement la position astronomique, est encore à 134 milles géographiques de la Punta de San-Francisco, sur le continent américain. J'ai eu l'occasion de calculer cette distance en déterminant la longitude de Quito (81** V 38'^); elle est aussi attestée par la Mapa de la Nueva Granada qu'Âcosta a publiée en 1840.