IX. CONTINENT AMÉRICAIN
1® Mexique.
Les six volcans mexicaius, le Tuxtla *, TOrizaba, le Popocatepetl *, le Toluca, le Jorullo * et le Colima *, dont quatre ont eu des éruptions dans les temps historiques, ont été déjà énumérés plus haut, et Ton a signalé les particularités, remarquables au point de vue géognostique, qu'offre leur position respective (63). D'après les recherches récentes de Gustave Rose , la formation du Chimborazo se trouve reproduite dans la roche du grand volcan mexicain, du Popocatepetl; cette roche consiste en oligoclase et en augite. Même dans les couches trachytiques presque noires, qui ressemblent à du pechstein, on reconnaît encore de très -petits cristaux d' oligoclase à angles aigus. Cette même formation du Chimborazo et du pic de Ténériffe se retrouve dans le volcan de Colima, fort reculé vers l'Ouest, et voisin des côtes de Tocéan Pacifique. Je n'ai point visité ce volcan; mais, depuis le printemps de 1 855, nous devons à M. Pieschel une revue fort instructive des roches qu'il en a rapportées, et d'intéressantes notices géologiques sur tous les volcans du plateau mexicain, qu'il a étudiés sans exception (64). Le volcan de Toluca, dont j'ai gra?i et mesuré barométriquement le plus haut sommet, l'étroit et difficile pico del Fraylcy haut de 14 232 pieds (29 septembre 1803), a une tout autre constitution géologique que le Popocatepetl et la mon-
tagne ignivome de Golima , quUl ne faut pas confondre avec une autre montagne neigeuse du même nom, et plus élevée. Le volcan de Toluca consiste, comme le pic d'Orizaba, le Puy-de-Chaumont, en Auvergne, et le volcan d'Égine, en une association d'oligoclase et de hornblende. D'après cette courte notice, on voit, et c'est un fait fort digne de remarque, que, dans la longue rangée de volcans qui s'étend d'une mer à l'autre, il n'y en a pas deux, se suivant immédiatement, qui offrent la même composition mi« néralogique.
2® Partie Nord- Ouest de l'Amérique. — Région située au nord du parallèle du Rio-^îUa.
En traitant de l'activité volcanique dans les lies qui bordent les côtes orientales de l'Asie (65) , j'ai signalé, comme méritant une attention particulière, l'arc décrit par la faille de soulèvement d'où sont sorties les lies Âléoutiennes, et qui rend sensible le lien direct par lequel le continent asiatique se rattache au continent américain, entre les deux presqu'îles volcaniques duKamtschatka et d'Alaska. Cet arc est la limite septentrionale d'une grande baie formée dans l'océan Pacifique, qui, après avoir occupé, de l'Est à l'Ouest, à la hauteur de la ligne équinoxiale , un ^espace de 150 degrés de longitude, se rétrécit de manière à n'en plus remplir que 37, entre les extrémités des deux presqu'îles. Les navigateurs avaient bien reconnu depuis soixante-dix ou quatre-vingts ans.
un grand nombre de volcans y plus ou moins actifs, sur la côte occidentale du continent américain; mais ce groupe était pour ainsi dire isolé y sans rapport avec la rangée des volcans mexicains ou de ceux que Ton supposait exister dans la presquMIe de Californie. En remplissant par une série de cônes trachytiques éteints la lacune qui existait sur un espace de 28 degrés de latitude , entre Durango et le nouveau Washington-Territory , au nord de TOrégon occidental, on a rendu sensible la liaison géognostique de ces volcans. La description physique de la Terre est redevable de cet important progrès aux expéditions scientifiques que le gouvernement des États-Unis a si heureusement combinées, en vue de découvrir le chemin le plus facile et le plus court pour faire communiquer les plaines du Mississipi et les côtes de Tocéan Pacifique. Toutes les branches de rhistoire naturelle ont tiré avantage de ces recherches. Dans cette terra incognitaj qui s'étend depuis le versant oriental des Rocky-Mountains jusqu^à une grande distance du versant occidental, de vastes étendues de pays ont été trouvées couvertes de produits prouvant Texistence de volcans éteints ou encore actifs. Ce dernier cas est celui des montagnes des Cascades. Ainsi, en partant de la Nouvelle-Zélande, et en remontant au Nord-Ouest, à travers la Nouvelle-Guinée, les lies de la Sonde, les Philippines et l'Asie orientale jusqu'aux lies Aléoutiennes , pour redescendre vers le Sud, par la partie Nord- Ouest de l'Amérique, le Mexique, l'Amérique cen-
traie et méridionale, jusqu'à Textrémité du Chili, nous embrassons, dans son immense périmètre de 6600 milles géographiques, tout le bassin de la mer du Sud , avec les monuments qu'y a déposés de toutes parts l'activité volcanique. Il n'était point possible d'arriver à ces vues d'ensemble, sans entrer dans tous les détails de rorientation géographique et sans une classification exacte.
Après avoir marqué les contours du golfe immense formé par la mer du Sud, je devrais dire les contours de la plus grande des parties entre lesquelles se divise la masse unique qui pénètre à travers les continents , puisqu'il n'y a en réalité, sur la Terre, qu'une seule masse liquide» dont toutes les parties communiquent entre elles (66), il nous reste à décrire les contrées qui s'étendent du Rio-Gila aux détroits de Norton et de Kotzebue. De fausses analogies, tirées des Pyrénées, des Alpes et des Cordillères, depuis le Chili méridional jusqu'à 5** de latitude Nord, et entretenues par des cartes fantastiques, ont accrédité cette opinion que l'ci peut suivre comme un mur, du Sud -Est au Nord- Ouest, les hautes montagnes du Mexique ou du moins la crête de ces montagnes, qui forment ce que l'on appelle une Sierra-Madre. En réalité, la région montagneuse du Mexique est un large et puissant soulèvement, qui suit bien sans interruption, entre les deux mers, la direction indiquée ci-dessus, à la hauteur de cinq ou sept mille pieds, mais sur lequel, comme sur le Caucase et dans l'Asie centrale.
des systèmes partiels de montagnes s^élèvent, en différents sens, à 14000 et à 16700 pieds. L'orientation de ces groupes partiels^ soulevés au-dessus de failles non parallèles ^ est le plus souvent indépendante de l'axe imaginaire que Ton peut faire passer à travers les ondulations formées par le dos aplani du soulèvement général. L'illusion que causent ces remarquables relations du sol ajoute encore à l'impression pittoresque de celte belle contrée. Les montagnes gigantesques, couvertes de neiges éternelles, semblent sortir du milieu d'une plaine. La surface du sol légèrement ondulé, en d'autres termes, la haute plaine, se confond avec les plaines des basses terres. Le changement de température sous la même latitude avertit seul des hauteurs que Ton a gravies. La faille de soulèvement des volcans d'Anahuac, qui suit, entre 19" et 19* 15' de latitude, la direction de l'Est à l'Ouest, coupe presque à angle droit l'axe de l'ondulation générale (67).
Cette configuration d'une partie considérable de la surface terrestre, dont on n'a commencé à se rendre compte par des mesures exactes que depuis 1803, ne saurait être confondue avec les renflements enfermés entre deux chaînes de montagnes comme entre deux murailles, dont on rencontre des exemples dans la Bolivie, autour du lac Titicaca, et dans l'Asie centrale, entre l'Himalaya et le Eouen-Lun. Le premier de ces gonflements, qui semble former le lit d'une vallée, a en moyenne, d'après Penlland, i 2 054 pieds
de hauteur au-dessus du niveau de la mer; le second, celui du ThiJbet^ eu a plus de 14 070, suivant les calculs du capitaine H. Strachey, de Joseph Hooker et de Thomas Thomson. Le vœu que j'exprimais, il y a un demi-siècle^ dans mon Analyse de r Atlas géographique et physique du royaume de la Nouvelle-Espagne, que mon profil du plateau compris entre Mexico et Guanaxuato pût être continué jusqu'à Santa-Fé del Nuevo-Mexico, à travers Durango et Chihuahua, a été pleinement satisfait. La distance totale est actuellement de beaucoup plus de 300 milles géographiques, dont le quart seulement pour les sinuosités. On peut se faire une idée de cette singulière conformation du sol et de la pente presque insensible d'un soulèvement qui, en certaines parties, n'a pas moins de 60 à 70 railles géographiques de largeur, par ce fait que la distance de Mexico à Santa-Fé, qui comprend 16 degrés 20 minutes de latitude, à peu près la distance de Stockholm à Florence , peut être franchie avec des voitures à quatre roues, sans routes faites de main d'homme. La possibilité de ces communications était déjà connue des Espagnols à la fin du XVI* siècle, lorsque le vice-roi, le comte de Monterey, préparait les premiers établissements qui par« tirent de Zacatecas (68).
Afin de rendre plus sensible ce que j'ai dit d'une manière générale des relations hypsométriques entre Mexico et Santa-Fé del Nuevo-Mexico, j'inscris ici les principaux éléments du nivellement barométrique achevé de 1803 à 1847. Je suis la direction du Nord
au Sud, afin que les points plus septentrionaux , se trouvant au-dessus des autres, répondent plus facilement à Torientation ordinaire des cartes géographiques (69).
Santa-Fé del Nuero-Mexioo (lat. 35* W ), haut. 6 611 pieds, d'après Wislizenus.
Albuquerque (lat. 35o S'), haut. 4550 p., W. (70).
Paso-del-Norte, sur le Rio-Grande-del-Norte (lat. 29^48'), haut. 3 557 p., W. (71).
Chihuahua (lat. 28» 32'), haut. 4352 p., W.
Cosiquiriachi^ haut. 5886 p., W.
Mapimi, dans le Bolson de Mapiim (lat. 25<» 54Mf huit. 4487 p., W.
Parras (lat, 250 32^, haut. 4678 p., W.
SalUllo (lat. 25M(y), haut. 4917 p., W.
Duraogo (lat. 24» 25'), haut. 6426 p., d'après Oteiza.
Fresnillo (lat. 23» IC), haut. 6797 p., d'après Burkart
Zacatecas (lat. 22» 5(K), haut. 8456 p., B.
Sao-Luis-Potosi (lat. 22o80i haut. 5714 p., B.
Aguas-Calientes (lat. 2lo 53'), haut. 5875 p., B.
Lagos (lat. 2i<>20'), haut. 5983 p., B.
Villa de Léon (lat. 2lo V ), haut. 6 755 p., B.
Silao, haut. 5546 p., B.
Guanaxuato (lat, 2lo W iV'), haut. 6414p., d'après Humboldt.
Salamanca (lat. 20<>40'), haut. 5406p., H.
Celaya (lat. 20« 38'), haut. 5646 p., H.
Queretoro (lat. 20o 36' 39"), haut. 5970 p., H.
San-Juan-del-Rio, dans TÉtat de Queretaro (lat. 20'» aV), haut. 6090 p., H.
Tula (lat. 19*57'), haut. 6318 p., H.
Pachuca, haut. 7638 p., H.
Morao, près de Real<Klel-Monte, haut. 7986 p., II.
Hœhurtoca^ extrémité septentrioDale de la grande plaine de Mexico (laft. l^'iS'}, haut. 7068 p., H.
Mexico (lat. 19* 25' 45''). ha"^- 7 008 p., H.
Toluca (lat. 19^" 16'), haut. 8280 p., H.
Venta de Chalco, extrémité Sud-Est de la plaine de Mexico (lat. i9<»16'), haut. 7236 p., H.
San-Francisco-Ocotlan^ extrémité Ouest de la grande plaine de Puebla, haut. 7206 p., H.
Cholula^ au pied de Tancienne pyramide à gradins (lat. 19«2'),baut6480p.>H.
U Puebla de los Angeles (lat. i9«0'15"), haut. 6756 p., H.
Le Viliage de las Vigas^ extrémité orientale du plateau d'A^ nahoac (lat. l»" 37'), haut. 7332 p., H.
Au commencement du xix* siècle^ aucune hauteur distincte n^avait été mesurée barométriquement, dans toute rétendue de la Nouvelle-Espagne ; aujourd'hui il est devenu possible de réunir, dans la seule direction du Nord au Sud , entre Santa-Fé et Mexico, sur l'espace de 16 degrés et demi qui sépare Santa -Fé de Mexico, 32 points déterminés hypsométriquement, et le plus souvent aussi astronomiquement. Nous voyons ; d'après le tableau qui précède, que la surface du vaste plateau mexicain ondule entre 5 500 et 7 000 pieds. La partie la plus basse du chemin de Parras à Albuquerque dépasse encore de i 000 pieds le faite du Vésuve.
Le plateau dont nous venons de considérer la partie culminante s'élargit tellement, dans la direction de l'Est à rOuest, depuis la zone tropicale jusqu'au 42* et au 44* parallèle , que le Gréai Basin ,
situé à Touest du grand Lac Salé des HormoDS, et élevé en moyeune de 4000 pieds , a plus de 85 milles géographiques de diamètre; mais ce gonflement du sol qui, malgré sa puissance, suit une pente peu sensible, ne doit pas être confondu avec les chaînes de montagnes qui le dominent (72). Nous devons au colonel Frémont de connaître la configuration de cette contrée; c'est là un des résultats principaux des grands travaux hypsomélriques qu'il a accomplis en 1842 et 1844. La haute plaine est d'une époque antérieure à la formation des chaînes de montagnes et des systèmes qui rayonnent dans différentes directions. Sous le 32* parallèle environ, à l'endroit où, d'après la délimitation actuelle, elles entrent dans le territoire occidental des États-Unis, formé des provinces enlevées au Mexique , les montagnes de Ghihuahua portent déjà le nom un peu vague de Sierra-Madre; ce n'est néanmoins que dans la région voisine d'Albuquerque que la bifurcation devient tranchée (73). Dès lors la dénomination générale de Sierra-Madre appartient à la chaîne occidentale ; la chaîne orientale, à partir de 36* 10' de latitude, un peu au nord-est de Santa-Fé, a reçu des voyageurs américains et anglais le nom aujourd'hui universellement adopté, bien qu'assez mal choisi, de Montagnes-Rocheuses ( Rocky- Mountains). Les deux chaînes forment une vallée longitudinale, qui renferme les villes d'Albuquerque, de Santa-Fé et de Taos, et qu'arrose le Rio Grande del Norte. Par 38* 30', une chaîne qui s'étend
de TEsl à TOuest, sur une étendue de 22 milles géographiques, ferme la vallée; mais à partir de ce point jusqu'à 41*, les Rocky-Mountains poursuivent leur course parallèlement au méridien, sans nouvelle interruption. Dans cet intervalle, s'élèvent, un peu à TEst, les pics Espagnols, le pic de Pike, haut de 5440 pieds, dont Frémont a donné un beau dessin, le pic James, haut de 10728 pieds, et les trois Park-Mounlaim qui enferment trois hautes vallées en forme de cuves, dont les remparts latéraux atteignent, sur le pic de Long ou Big - Hom , la plus orientale de ces trois montagnes, jusqu'à 8 500 et 10 500 pieds de hauteur (74), Arrivée à la limite orientale qui sépare le Middle-Park et le Norlh-Park , la chaîne change d'allure et court du Sud-Est au Nord- Ouest, sur une étendue d'environ 65 milles géographiques, entre 40*" 15' et 44'' de latitude. Dans cet espace, sont situés le South-Parky haut de 7 028 pieds, et les célèbres Wind-River-MountaviSj au milieu desquels s'élève, par 43" 8', le pic de Frémont haut de 1 2 730 pieds. Sous le parallèle de 44% près des Trois- Tetons, les Montagnes -Rocheuses abandonnent leur inclinaison vers le Nord-Ouest, pour reprendre la direction méridienne, qu'elles conservent jusqu'au Lewit-and-Clarke's'PasSy situé par 47* 2' de latitude, H 4* 30' de longitude. La chaîne atteint encore, en cet endroit, la hauteur de 5 608 pieds; mais les lits profondément creusés des nombreuses rivières qui aboutissent au Flathead-River ou Clarke's-Fork lui font perdre bientôt sa simplicité et sa régularité. Le Clarkc's"
Fork et le Lewis^Rwer ou Snake-River concourent à former le grand fleuve Columbia, qui doit ouvrir uo jour une voie importante au commerce du monde (75) .
De même que, dans la Bolivie, la branche des Cordillères la plus éloignée du rivage, celle du Sorata (haut. 49 974 pieds) et de rillimani (haut. 19843 pieds), n'offrent plus un seul volcan actif; c'est aussi, aux États-Unis, dans les contrées les plus occidentales, dans les chaînes côtières de la Californie et de TOrégon qu'est circonscrite l'activité volcanique. La longue chaîne des Montagnes-Rocheuses, séparée de la mer du Sud par une distance qui varie de 1 20 à 200 milles géographiques, bien qu'elle ne montre aucune trace d'éruption ignée subsistant encore de nos jours, présente sur ses deux versants, de même que la chaîne orientale de la Bolivie, dans la vallée de Yucay (76), des roches volcaniques, des cratères éteints, des laves contenant de l'obsidienne et des champs de scories. Dans cette chaîne des Montagnes-Rocheuses, dont la géographie est si bien connue, grâce aux excellentes recherches de Frémont, D'Émory, d'Abbot, de WizHzC' nus, de Dana et de Jules Marcou, ce dernier, géologue très-distingué, compte, sur les deux versants, trois groupes de roches volcaniques anciennes. C'est encore l'esprit d'observation dont le colonel Frémont a fait preuve depuis 1842 et 1843 qui nous a valu de connaître les premiers témoignages de l'activité volcanique dans cette contrée (77).
Sur la pente orientale des Montagnes-Rocheuses,
dans le chemin du Sud-Ouesl^ qui conduit de BenCs foriy baigné par F Arkansas , à Santa-Fé del Nuevo-- Mexico j sont situés deux volcans éteints : les Raton- Mountainsy sur lesquels s'élève le Fischer* s-Peak, et la colline el CerritOy entre Galisteo et Pena Planca (78) . Les laves rejetées par les Raton-Mountains couvrent toute la contrée qui s'étend depuis le cours supérieur de TArkansas jusqu'au Ganadian-River* La pépérine et les scories volcaniques, que l'on commence à rencontrer dans les prairies, à mesure que l'on se dirige vers l'Ouest et que l'on se rapproche des Rocky*Mountains, appartiennent peut-être aux anciennes éruptions du Cerrito ou des grands pics Espagnols, situés par 37* 32'. Cette contrée volcanique, qui entoure, à l'Est, les montagnes détachées, connues sous le nom de Raton-Mountains, forme une superficie dotit le diamètre a 20 milles géographiques de longueur, et dont le centre se trouve environ par 36* 50' de latitude.
Le versant occidental offre les plus incontestables témoignages d'une activité volcanique qui a cessé de se manifester, mais qui se déployait jadis sur un espace beaucoup plus considérable, que l'importante expédition du lieutenant Whipple a traversé dans toute sa largeur, de l'Est à l'Ouest. Cet espace, aux contours irréguliers , qui de plus est interrompu, au Nord, par la Sierra de Mogoyon, sur une longueur de 30 milles géographiques, est compris, toujours d'après la carte géologique de Marcou, entre 33* 48' et 35* 40' de latitude. Les éruptions dont il a été le
théâtre sont par conséquent plus méridionales que celles des Ralon-Mountaim; leur centre tombe à peu près sous le parallèle d'Albuquerque. Cette contrée se divise en deux parties : Tune, que l'on peut désigner sous le nom de MourU-Tayhrf plus voisine de la crête des Rocky-MountainSy finit près de la Sierra de Zuhi (79); Tautre^ située à TOuest, est appelée Sierrorde-^an-Francisco. Le mont Taylor, de forme conique et haut de 1 1 500 pieds, est entouré de coulées de lave rayonnant de toute part, dépouillées encore aujourd'hui de toute végétation, comme le Malpais, et recouvertes de scories et de ponce y qui serpentent à la distance de plusieurs milles, et offrant absolument le même aspect que les alentours de THécla. A l'Ouest et à 18 milles environ du Pueblo actuel de Zuni , s'élèvent les hautes montagnes volcaniques de San-Francisco , qui courent au sud du Rio-Colorado-Chiquito, et dont le sommet culminant a, dit-on, plus de 1 5 000 pieds. Puis se succèdent, dans la direction de l'Ouest, le Bill-WilHam-Moutdainj VAzieC'Pass (haut. 5 892 pieds) et les Açuant«- Mountains (haut. 8 000 pieds). La roche volcanique ne s'arrête pas au confluent de Bt7/-W«7/tam-For& et du Colorado-Grande, près du village des Indiens Mohâve (lalit. 34M5'; longit. H6'20'); car on retrouve au delà du Rio -Colorado, près du lac Soda, plusieurs cratères d'éruptions, encore ouverts, quoiqu'éteiuts (80). Ainsi nous voyons, dans ce qui forme aujourd'hui le nouveau Mexique, au milieu du groupe volcanique de la Sicrra-de-San-Francisco
jusque un peu à F ouest du Rio-Colorado Grande ou del Occidentey qui se grossit des eaux du Rio-Gila, S6 reproduire y sur une étendue de 45 milles, Tancien domaine volcanique de l'Auvergne et du Yivarais, et un nouveau champ s'ouvrir aux études géologiques.
(Test encore sur le versant occidental des Rocky- Mountains, mais plus haut vers le Nord et à 135 milles de distance, que Ton rencontre le troisième groupe offrant des traces d'une ancienne activité volcanique. Ce groupe se compose du pic Frémont, des Trois-Tetons et de trois autres montagnes, les Trois- Buttes (81), fort semblables aux premières par leur forme conique et leur dénomination, mais placées plus à TEst, plus près par conséquent de la grande chaîne. Cette région présente aux regards des bancs de lave noire^ très-vastes et rompus en beaucoup d'endroits, dont la surface est scorifiée (82).
Plusieurs chaînes entières, tantôt simples, tantôt doubles, et dont la partie septentrionale est restée, à partir de 46* 12' de latitude, un foyer d'activité volcanique , courent parallèlement à la chaîne des Rocky-Moun tains. Nous avons d'abord, depuis San- Diego jusqu'à Monterey, c'est-à-dire de 32* 15' à 36* 45', ce que l'on appelle spécialement Coasi-Rang^ qui n'est autre que le prolongement des hautes terres de l'ancienne Californie ou Californie inférieure ; puis la Sierra-Nevada de alla Califomia, qui se déploie entre 36* et 40* 45', généralement séparée des côtes de la mer du Sud par une distance de 20 milles géographiques; enfin la chaîne des iT. 30
Cascades ( Cascade -Rauge), qui renferme les plus hautes cimes encore enflammées ^ et commençant aux hautes Shasty-Mountainsy sous le parallèle de la baie de la Trinité (41" 10'), se déroule du Sud au Nordy à 26 milles des côtes, et dépasse de beaucoup le parallèle du détroit de Fuca. Dans la même direction, mais à 70 milles du rivage, courent, entre 43' et 46% les Blue-Mountains^ hautes en moyenne de 6 à 7 000 pieds (83). Enfin, dans la partie centrale de Tancienne Californie, un peu au Nord cependant, près de la côte occidentale du golfe, on rencontre les volcans éteints ou le volcan de las Virgenes, dont j'ai marqué la place dans ma carte du Mexique, et qui a eu sa dernière éruption en 1746. On manque de renseignements certains tant sur la montagne que sur la contrée environnante (84) .
Déjà dans la Coast-Range^ près du port de San- Francisco, sur le Monte^del-Diabh ^ exploré par le docteur Trask (haut. 3 446 pieds), et dans la vallée longitudinale, riche en or, du Rio-del-Sacramento^ on a trouvé des roches volcaniques anciennes, au milieu d'un cratère de trachyte écroulé, qui porte le nom de SacramentO'Bulty et dont Dana a donné le dessin. Plus loin vers le Nord, les Shasty-Mountains ou Tskashtl- Mountains contiennent des laves basaltiques, de Tobsidienne avec laquelle les naturels font des pointes à leurs flèches, et des serpentines calcaires qui, en beaucoup de points du globe, se trouvent étroitement associées aux formations volcaniques. Mais le véritable siège d'une activité ignée subsistant encore
de nos jours, c'est la chaîne des Cascades, dans laquelle plusieurs pics, couverts de neiges éternelles, s'élèvent jusqu'à 15 000 pieds de hauteur. J'en donne ici rénumération en allant du Sud au Nord. Je continue à marquer d'un astérique, les volcans plus ou moins actifs» mais encore enflammés (85) . Les hautes montagnes coniques qui n'ont pas ce signe sont vraisemblablement des volcans éteints ou des montagnes trachytiques , en forme de cloches, sans ouverture au sommet.
Le mont Pitt ou VCLaxighlifij un peu à l'ouest du lac Tlamat (latit. 42* 30'), haut. 8 960 pieds.
Le mont Jefferson ou Vancouver^ montagne conique (latit. 44*35').
Le mont Hoo(f (latit. 45"" 10'). Cette montagne est certainement un volcan éteint, recouvert de lave cel» lulaire. D'après Dana, sa hauteur est comprise entre 14000 et 15 000 pieds, ainsi que celle du lroun^ Saint-Helen'Sy un peu plus élevé cependant , et qui occupe, dans la rangée volcanique , une place plus septentrionale. Le mont Hood (86) a été gravi dans le mois d'août 1853, par Lake, Travaillot et Seller.
Le mont Swalalahos ou Saddle-Hill, au sud-sud-est d'Âstoria, avec un cratère éteint et écroulé (87).
Le mont Saint'-Helen's*^ au nord du Rio-Columbia (latit. 46* 12'). D'après Dana, ce volcan n'a pas moins de 1& iOO pieds de haut (88). Il est encore actif, et porte à son sommet un cratère, d'où sort continuellement de la fumée. Il est couvert de neiges éternelles, et
offre le bel aspect d'un cône régulier. Le 23 novembre 1842; a eu lieu une grande éruption qui^ d'après Frémont, a rejeté tout autour, à une distance considérable, une immense quantité de cendres et de pierre ponce.
Le mont Adams (latit. 46'' 18^), situé presque exac* tcment à l'est du volcan Saint-Helen's, mais séparé de la côte par plus de 28 milles géographiques, tandis que le mont Sainl-Helen's n'en est éloigné que de 19 milles.
Le mont Reignicr*, que l'on écrit aussi Rainier (latit. 46* 48'), à Test-sud-est du fort Nisqually, sur le détroit de Puget, qui communique avec le détroit San-Juan-de-Fucay longtemps célèbre dans l'histoire des découvertes de l'océan Pacifique. D'après la carte routière pubfiée par Edwin Johnson en 1854, ce volcan a 11 567 pieds de hauteur (12 330 pieds anglais) ; il a eu de violentes éruptions en 1841 et 1843.
Le mont 0/ympu5 (latit. iV 50'), à 6 milles géographiques au sud du détroit San-Juan-de-Fuca.
Le mont Baker* y vaste volcan encore actif, situé sur le territoire de Washington (latit. 48*48'); sa hauteur, qui ne paraît point avoir été mesurée, est considérable; sa formeest exactement celle d'un cône.
Le mont Brown (haut 15000 pieds?), et, un peu à l'Est, le mont Hookes (haut. 15 700?), sont signalés par Johnson , comme de hautes montagnes de trachyte, douées autrefois d'activité volcanique, et situées dans la Nouvelle-Calédonie , par 52* 15' de
latitude, 120* et 122'' de longitude, c'est-à-dire, ce qui est un fait remarquable, à 75 milles géographiques de la mer.
Le mont Edgecombe*, dans la petite île Lazarus^ près de Sitka (latit. 57'' 3^. J'ai mentionné ailleurs la violente éruption ignée qui eut lieu en 1 796 (89). Le capitaine Lisiansky, qui a gravi le mont Edgecombe dans les premières années de ce siècle, ne Ta pas trouvé enflammé. Sa hauteur est, d'après Ernest Hofmann, de 2 852 pieds, d'après Lisiansky, de 2 628 (90). A peu de distance, sont des sources chaudes, qui jaillissent du granité, comme sur le chemin des Voiles de Aragua à Porto-Cabello.
Le mont Fairtoeather ^ ou Céerro-de-Buen-Tiempo, haut, d'après Malaspina, de 13802 pieds (4 489 mètres), et situé par 58M5' (91). Cette montagne est couverte de ponce. Il est vraisemblable qu'il y a peu de temps elle était encore enflammée, de même que le mont Elias.
Le volcan de Cook's-Inlet Oatît. 60*8'), élevé de 1 1 320 pieds, suivant l'amiral Wrangel, qui, ainsi que Vancouver, l'a considéré comme un volcan actif (92).
Le mont Elias (latit. 60* 17'; longit. 138* 30'). D'après les manuscrits de Malaspina, que j'ai trouvés dans les archives de Mexico, sa hauteur est de 16 749 pieds (5 441 mètres), mais la carte du capitaine Denham, dressée de 1853 à 1856, ne lui donne que 14 044 pieds.
Ce que M'Clure, dans son voyage sur V Investigation à la recherche du passage Nord-Ouest, a signalé vers
Test de Tembouchure de la rivière Mackensie, par 69* 57' de latitude, 129^ 20' de longitude, et qu'il a nommé les volcans de la baie de Franklin ^ paraît être le phénomène que Ton a quelquefois appelé des feux terrestres j ou simplement les vapeurs sulfureuses qu'exhalent des salses brûlantes. Un témoin oculaire, le missionnaire Miertsching, interprète de l'Expédition, a vu trente ou quarante colonnes de vapeurs qui sortaient des failles de la Terre ou de petites éminences coniques, formées de glaise diversement colorée. L'odeur du soufre était si forte que l'on pouvait à peine approcher des colonnes de vapeur à la distance de douze pas. Nulle part il n'y avait de roches in situ ou de masses solides. Pendant la nuit, on voyait du vaisseau des apparitions lumineuses; on ne remarqua point d'éjections de boue, mais une chaleur intense au fond de la mer et de petits bassins d'eau tenant en dissolution de Tacide sulfurique. Cette région mérite d'être explorée attentivement. Le phénomène que nous venons de décrire n'a nul rapport avec l'activité volcanique du Cerro-^e-Buen-Tiempo ^ dans la chaîne californienne des Cascades^ ou avec celle du mont Elias (93).
Paî retracé jusquMcî, dans leur intime connexité, tous les signes qui manifestent la vie volcanique de nob*e planète, et montré la gradation du grand et mystérieux phénomène qu'enfante la réaction de l'intérieur de la Terre contre sa surface recouverte de végétaux et d'organismes vivants. Aux effets dy-
Damiques des tremblements de terre et des ébranlements ont succédé les sources thermales et les salses, c'est-à-dire les phénomènes qui déterminent, avec ou sans inflammation spontanée , Télévation persistante de température communiquée aux sources d'eau ou aux émanations gazeuses, et la diversité des combinaisons chimiques. La réaction du dedans au dehors a son expression la plus haute et la plus complexe dans les volcans, qui produisent par la voie sèche les grands effets si divers de la formation cristalline. Et, pour cela, ils ne se bornent pas à dissoudre et à détruire; ils se présentent aussi comme agents créateurs, et soumettent les substances à des combinaisons nouvelles. Une partie considérable de roches très-récentes, si ce ne sont les plus récentes, est Fœuvre de l'activité volcanique, soit que, comme cela est encore le cas sur plusieurs points de la Terre, les masses liquéfiées s'élancent des échafaudages en forme de cône ou de dôme, que la nature a disposés pour cet usage , soit que, dans la jeunesse de notre planète, les roches basaltiques et trachytiques se soient fait jour directement et sans échafaudage, près des couches sédimentaires, à travers un réseau de failles ouvertes à la surface de la Terre.
fai mis un grand soin à déterminer exactement les points où se sont longtemps conservées les communications entre l'atmosphère et l'intérieur du g^obe; il me reste à faire le relevé de ces points, à séparer des nombreux volcans qui ont été actifs à des époques historiques, mais fort reculées, ceux qui le sont en-
~ A72 — core aujourd'hui, et à partager les derniers eâ deux classes^ suivant qu'ils appartiennent aux continents ou aux lies. Si tous les volcans que je crois devoir comprendre dans cette récapitulation, pour former ce que Ton appelle le nombre limite ou la limite inférieure des volcans actifs » exerçaient simultanément leur activité, ils auraient certainement une remarquable influence sur la composition de l'atmosphère, sur ses conditions climatologiques et surtout électriques. Mais les intervalles des éruptions en diminuent l'effet, et le renferment le plus souvent dans des localités circonscrites. Lors des grandes éruptions, il se forme autour des cratères, par suite de l'évaporation, des orages volcaniques, accompagnés d'éclairs et d'averses violentes, qui souvent dévastent les environs ; mais ce phénomène atmosphérique n'a point de conséquences générales. Le remarquable obscurcissement qui, en 1783, couvrit pendant plusieurs mois, du mois de mai au mois d'août, une partie considérable de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique septentrionale, tandis que le ciel restait pur et sans nuage sur les hautes montagnes de la Suisse, fut attribué, il est vrai, et Test souvent encore à la grande activité volcanique de Tlslaude et aux tremblements de terre de la Calabre, mais rétendue du phénomène rend cette origine fort invraisemblable pour moi. On doit reconnaître cependant que les tremblements de terre, lorsqu'ils embrassent un vaste espace, peuvent avoir, sur l'avance de la saison des pluies, une influence plus
Traisemblable que le fait isolé d'une éruption volcanique, c'est ce que Ton a vu sur le plateau de Quito et à Riobamba en février 1797, dans la partie Sud- Est de FEurope et dans l'Asie Mineure , durant le printemps de 1856.
Dans le Tableau qui suit, le premier chiffre de la dernière colonne indique le nombre des volcans précédemment cités; le second chiffre, placé entre parenthèses, marque combien d'entre eux ont donné des preuves récentes d'activité volcanique.
NOMBRE DBS YOLCAMS BIÉPARTIS SDR LA SORFACB DU 6L0BB.