O^S 306-309 et 452 note
Ce long travail, pour lequel je me suis fait un devoir de remonter aux sources, c'est-à-dire aux relations de voyages des géologues et des géographes, constate que, sur 407 volcans, 225 ont donné , dans les temps modernes, des témoignages d'activité. Les listes antérieures des volcans actifs en contenaient les unes 30, les autres 50 de moins (95), parce qu'elles étaient composées d'après des principes différents. Je n'ai cependant fait entrer dans cette catégorie que les volcans qui ont exhalé des vapeurs ou qui ont eu, dans le xix' siècle ou dans la seconde moitié du xviir, des éruptions historiquement constatées. Il existe, il est vrai, des volcans dont l'activité s'est réveillée après des intervalles de quatre cents ans et plus ; mais ces phénomènes sont extrêmement rares. On peut suivre la longue série des grandes éruptions du Vésuve, dans les années 79, 203, 512, 652, 983, 1138 et 1500. Pour l'Epomeo d'Ischia, on ne connaît, antérieiu*ement à la grande éruption de 1302, que celles des années 36 et 45 avant l'ère chrétienne.
Strabon, qui mourut sous Tibère, à l'âge de 90 ans, 99 ans après que Spartacus se fut retranché sur le Vésuve, et qui n'avait aucune connaisance historique d'éruptions antérieures , déclare cependant que cette montagne est un ancien volcan depuis longtemps ^int. « Ces lieux , dit-il, en parlant d'Herculanum et de Pompéi, sont dominés par le Vésuve, entouré de riches campagnes, excepté à son sommet, dont la majeure partie offre une surface plane, com-
plétement stérile , qui a l'aspect d'un monceau de cendres. Au milieu de rochers de couleur sombre, qui semblent avoir été consumés par le feu^ on ape^ çoit des couches crevassées. On serait tenté de oroire que ces lieux ont brûlé jadis, et qu'ils renfermaient des cratères de feu , où l'incendie s'est éteint faute d'aliment (96). » Cette description ne mentionne ni le cône de cendres ni la dépression en forme de cratère de l'ancien sommet, dont les remparts purent fournir un refuge à Spartacus et à ses gladiateurs (97) . Diodore de Sicile, contemporain de César et d'Auguste, en racontant les voyages d'Hercule et ses combats avec les géants dans les champs Phlégréens, dépeint ce que, dit-il, on appelle aujourd'hui le Vésuve, comme une éminence (X<$<poç) semblable à l'Etna de la Sicile, qui jadis a vomi des flammes en abondance et a conservé encore des traces de son ancien embrasement (98). D désigne tout l'espace compris entre Gumes et Neapolis sous le nom de champs Phlégréens. Polybe avait étendu ce nom à l'espace plus vaste encore qui va de Capoue à Nola (99). De son côté, Strabon, qui décrit avec tant de vérité locale la contrée voisine de Puteoli (Dicœarchie), dans laquelle est située la grande solfatare, l'appelle Èfaicrrou oyopa (100); c'est à cette contrée que plus tard on a généralement limité la dénomination de fXeypaia xeîia, et aujourd'hui encore les géognostes opposent, sous le rapport de la composition minéralogique, les laves qui couvrent les champs Phlégréens à celles qui entourent le Yé-
gave. Cette même opinion qu'il y eut, à une époque lointaine, du feu sous le Vésuve , et que cette montagne a été jadis en éruption, se retrouve exprimée de la manière la plus formelle dans un passage de l'Architecture de Vitruve, auquel on n'a point fait assez attention jusqu'à ce jour (1) : « Non minus etiam memoratur antiquitus crevisse ardores et abundavisse sub Vesuvio monte, et iude evomuisse circa agros flammam. Ideo que nunc qui spongia sive pumex Pompeianus vocatur, excoctus ex alio génère lapidis, in banc redactus esse videtur generis qualitatem. Id autem genus spongiae, quod inde eximitur, non in omnibus locis nascitur, nisi circum ^tnam et collibus Mysias qui a Grœcis xaTaxexau(iivoi nominantur. » Les recherches de Bceckh et de Hirt ont mis hors de doute que Vitruve vécut sous Auguste (2), c'est-à-dire au moins un siècle avant l'éruption du Vésuve qui coûta la vie à Pline l'Ancien. Ce fait acquis donne un grand intérêt au passage que je viens de citer, et en particulier à l'expression pumex Pompejanus^ qui rattache l'idée de pierre ponce à celle de Pompéi; par là peut être éclaircie la question de savoir si, d'après l'ingénieuse conjecture de Léopold de Buch, Pompéi n'a été recouverte que par le tuf ponceux, de formation sous-marine, soulevé en même temps que le sommet, et dont les couches horizontales s'étendent sur toute la surface du pays, entre la chaîne des Apennins et la côte occidentale , depuis Capoue jusqu'à Sorrente, depuis Noia jusqu'au delà de Naples, ou si le Vésuve,
contrairement à ses habitudes actuelles, a tiré la ponce de son propre fonds î
Carminé Lippi (3) 9 qui, en 1816, attribuait à une inondation le tuf sous lequel est ensevelie Pompéi, aussi bien que son ingénieux adversaire, Archangelo Scacchi, dans la lettre qu'il a adressée au chevalier Francisco Avellino en 1843, ont attiré Tatteution sur ce remarquable phénomène, qu^ une partie des pierres ponces de Pompéi et de la Somma renferment de petits morceaux de calcaire qui n'ont pas perdu leur acide carbonique, ce qui, à vrai dire, ne doit pas exciter beaucoup de surprise, si ces morceaux de calcaire étaient soumis à une grande pression, pendant le cours de leur formation ignée. J'ai eu l'occasion de voir des échantillons de ces ponces, dans l'intéressante collection géologique de mon savant ami et collègue le docteurEwald. La similitude de la composition minéralogique, sur deux points opposés, peut donner lieu de se demander si, dans l'éruption de l'année 79, la couche qui recouvre Pompéi a été précipitée le long de la pente de la Somma, comme le veut Léopold de Buch, ou si, comme l'affirme Scacchi , le cratère du Vésuve nouvellement ouvert a déversé simultanément de la pierre ponce du côté de Pompéi et sur la Somma. La substance désignée au temps de Vitruve, c'est-àdire d'Auguste, sous le nom de pumex Pompeianus, nous amène aux éruptions antérieures à Pline. Ce que nous savons des changements qu'ont subis les formations, dans les différents âges et suivant les différents états de l'activité volcanique, nous autorise
aussi peu à nier formellement que le Vésuve, depuis sa uaissance, n^ait jamais produit de ponce qu'à admettre d'une manière absolue que la ponce, c'està-dire un minéral pyrogène à Tétat fibreux ou po* reux, ne peut se former que là où Tobsidienne ou le trachyte existent conjointement avec le feldspath vitreux ou sanidine.
Si» d'après les exemples que j'ai cités des longs intervalles après lesquels peut se réveiller l'activité assoupie des volcans, il reste beaucoup d'incertitude sur l'avenir de ceux qui semblent éteints, il n'en est pas moins très-important de constater, à une époque déterminée, la distribution géographique des volcans actifs. Sur les 225 gouffres qui, au milieu du xix* siècle, mettent l'intérieur liquéfié du globe en communication avec l'atmosphère , 70, c'est-à-dire un peu moins d'un tiers appartiennent aux continents, et 155 aux lies. Des 70 volcans continentaux, 53, ou les trois quarts, sont situés en Amérique, 1 5 en Asie, 1 ou 2 dans la partie de l'Afrique qui nous est connue; il n'y en a qu'un seul en Europe. C'est dans les lies de TAsie méridionale, dans les archipels de la Sonde et des Moluques, ainsi que dans les lies Aléoutiennes et les lies Kouriles qui se rattachent à l'Asie, que se trouvent réu nis, sur un plus petit espace, le plus grand nombre de volcans insulaires. Sur toute la surface terrestre, la zone dirigée du Sud-Est au Nord-Ouest, entre 75* de longitude occidentale et 125* de longitude orientale, entre 47* de latitude australe et 66* de
latitude boréale, qui comprend la partie occidentale de Tocéan Pacifique , est la plus riche en yolcans.
Si, se plaçant toujours à un point de Tue cosmologique, on se représente le golfe immense que Ton a coutume d'appeler la mer du Sud ou Tocéan Pacifique, borné au Nord par le parallèle du détroit de Bering, au Sud par celui de la nouvelle Zélande qui sépare le Chili de la Patagonie, on b*ouve ce remarquable résultat, que le bassin ainsi formé, en y joignant les côtes de l'Asie et de l'Amérique qui en dessinent le contour, contient 7/8 des volcans actifs, c'est-à-dire 198 sur 225. Les volcans les plus voisins des pôles sont, d'après l'état actuel des connaissances géographiques : dans l'hémisphère boréal, le volcan Esk, de la petite lie Jan May en (latit. 71* 1', longit. 9*" 5r Ouest de Paris); dans l'hémisphère austral, le mont Erebus qui vomit des flammes rougeâtrès, visibles même en plein jour (latit. 77* 33', longit. 164* 38' Est de Paris). En 1841, sir James Ross , dans son grand voyage de découvertes aux régions australes, a trouvé l'Erebus haut de 11633 pieds, c'est-à-dire plus élevé de 225 pieds que le pic deTénériffe (4).
L'abondance relative des volcans répandus dans les îles et sur les côtes des continents a dû attirer de bonne heure l'attention des géognostes. Tai déjà mentionné ailleurs la théorie compliquée d'un historien contemporain d'Auguste, de Trogue Pompée, d'après laquelle le feu volcanique serait ravivé par l'eau de la mer. Les effets chimiques et mécaniques.
produits par le voisinage de la mer, ont trouvé des défenseurs jusqu'à nos jours , et l'ancienne hypothèse de la filtration des eaux dans le foyer volcanique a paru reposer sur un fondement plus ferme, lorsque Davy découvrit les bases métalliques des terres ; mais Davy lui-même abandonna bientôt cette hypothèse, vers laquelle inclinait Gay-Lussac malgié la rareté ou l'absence complète de l'hydrogène (5) . Je serais tenté d'attribuer plus de vraisemblance aux causes mécaniques ou plutôt dynamiques, soit qu'on les cherche dans le soulèvement des continents, et dans les rides ou l'inégale épaisseur de l'écorce terrestre. On peut admettre, en effet, que les dépressions produites dans le lit de la mer lors du soulèvement des continents, aient déterminé sur les côtes, qui élèvent au-dessus de la mer leurs pentes plus ou moins escarpées, des failles établissant une communication entre le dedans et le dehors du globe. A l'intérieur des continents, loin des dépressions formées par le bassin océanique, les mêmes causes de rupture n'existent pas. Les volcans suivent la direction des rivages, tantôt sur une seule ligne, tantôt sur deux et même trois lignes parallèles. Ces lignes sont reliées entre elles par de petites chaînes transversales, élevées sur des failles également transversales et qui forment les nœuds de montagnes. Souvent, mais non pas toujours, la chaîne la plus voisine de la mer est la plus active, tandis que les chaînes plus intérieures paraissent éteintes ou près de s'éteindre. Quelquefois on croit remarquer que, dans une même rangée de IV. ' 31
volcans, la fréquence des éruptions augmente ou diminue, suivant une direction déterminée. Mais le réveil de l'activité volcanique vient^ après de longs intervalles, démentir ces conjectures.
Comme, faute d'avoir déterminé avec certitude la position des volcans et les points de la côte dont ils sont le plus proches, ou pour n'avoir pas tenu assez compte de ces calculs, il s'est répandu des notions fort inexactes sur les intervalles qui existent entre les bords de la mer et les lieux où se manifeste l'activité volcanique, je donne ici ces distances en milles géographiques de 15 au degré. Dans les Cordillères de Quito, le Sangay, dont les éruptions sont incessantes, est le plus oriental de tous les volcans; il n'est cependant qu'à 28 milles de la mer. Des moines fort instruits, attachés aux missions des Indios Andaquies qui habitent l'Alto Putumayo, m'ont assuré avoir vu fumer une montagne conique d'une faible hauteur, sur le cours supérieur du Rio delaFragua, l'un des affluents du Caqueta, à l'est de la Céja (6) ; la distance de ce volcan aux côtes serait de 40 milles. Le volcan mexicain le Jorullo, soulevé en septembre 1759, est à 21 milles du point le plus rapproché du rivage; le Popocatepetl à 33 milles; un volcan éteint, situé sur la cordillère orientale de la Bolivie, dans la vallée de Yucai, près de San Pedro deCacha^ est à plus de 45 milles (7). Les volcans du Siebengebirge, près de Bonn, et ceux de l'Eifel, sont séparés de la mer par des distances de 33 et de 38 milles (8), Poiur ceux de l'Auvergne, du Velay et
du Vivarais(9), que l'on peut considérer comme formant trois groupes séparés, le groupe du Puy-de- Dôme, y compris les monts Dore j celui du Gantai , celui du Puy-et-Mezenc, les distances respectives sont de 37,29 et 21 milles. Les volcans éteints d'OIot, situés au sud des Pyrénées, à Touest de Gerona, d'où sont sorties des coulées de lave faciles à reconnaître et quelquefois divisées, sont à 7 milles seulement des côtes de la Catalogne. Au contraire , on ne compte pas moins de 150 à 170 milles entre les volcans bien constatés des Rocky- Mountains qui, suivant toute apparence, sont très-récemment éteints, et le littoral de l'océan Pacifique.
Un phénomène très-anomal dans la distribution géographique des volcans est l'existence au milieu de la chaîne du Thian-schan ou Montagnes-Célestes, entre les deux chaînes parallèles de l'Altaï et du Kouenlun, de volcans ayant donné des preuves historiquement certaines de leur activité, et qui peut-être même brûlent encore. Guidé par les ingénieuses et savantes recherches d'un sinologue éminent, Stanislas Julien, j'ai pu traiter en détail, dans VAsie centrale, de ces volcans dont Abel Rémusat et Klaproth ont les premiers reconnu l'existence (10). Le Pe-schan, ou Montagne-Blanche, qui a vomi des coulées de lave, et le volcan encore enflammé de Tour fan, ou Hotscheou, sont à des distances presque égales des côtes de la mer Glaciale et de celles de la mer des Indes , à 370 milles des premières et 380 milles des secondes. Il est vrai d'ajouter que le Pe-schan, dont les érup-
tions de Tave sont énumérées distinctement dans les ouvrages chinois, depuis l'année 89 de notre ère jusqu'au commencement du vu* siècle , n'est séparé du lac alpestre Issîkoul , sur la pente du Temourtoutagh, ou partie occidentale de Thian-schan, que par 43 milles, et par 52 milles du lacBalkasch, situé plus au Nord, et qui n'a pas moins de 37 milles de longueur (1 1). Le grand lac Dsaisang, dans la Dsoungarie chinoise, près duquel je me trouvai en 1829, est à 90 milles des volcans du Thian-schan. Ainsi les eaux intérieures ne manquent pas ; mais elles sont plus éloignées que ne Test la mer Caspienne du volcan encore actif de Demavend, dans le Mazenderan persique.
Si les masses d'eau, soit océaniques, soit intérieures, ne sont point nécessaires à l'entretien de l'activité volcanique, il est vraisemblable, comme j'incline à le croire, que les lies et les côtes sont plus riches en volcans parce qu'aux soulèvements causés par les forces élastiques intérieures répond un affaissement dans le lit des mers (12). De là il résulte que les gonflements et les dépressions sont limitrophes, et qu'il se produit des failles profondes et de vastes crevasses, sur la limite qui les sépare. Rien n'empêche donc d'admettre que, dans la zone de l'Asie centrale qui s'étend de 41 • à 48' de latitude, la grande dépression Aralo-Caspienne et le nombre considérable de lacs rangés en file ou épars entre le Thian-schan et T Altaï -Kourtschoum ont pu donner naissance aux mêmes phénomènes que la proxi-
mité des côtes de la iner« On sait par tradition que tous ces petits lacs, que Ton a nommés lacs à chon peleiy ne formaient autrefois qu'un vaste bassin. On voit encore de grands lacs se diviser, par la disproportion des eaux qu'elles reçoivent et de celles que leur enlève l'évaporation. Un voyageur qui a longtemps étudié la steppe des Ehirgises^ le général Genz, supposait une communication hydraulique entre le lac Aral, TÂksakal, le Sary-Kupa et le Tschagli. On remarque, dans la direction du Sud-Ouest au Nord-Est, un grand sillon que Ton peut suivre au delà d'Omsk, entre l'Irtysch et l'Obi , d'abord à travers la steppe des Barabintsky, semée de lacs nombreux, puis à travers les plaines marécageuses des Samoyèdes, jusque vers Beresow et les côtes de la mer Glaciale. A ce sillon se rattache peut-être une ancienne tradition fort répandue, d'après laquelle il aurait existé à Test et au sudd'Hami un grand lac amer, nommé aussi Mer-Desséchée (Hanhai). On rapporte que du milieu de ce lac est sortie, comme une tle, une partie du Gobi, dont le centre couvert de lacs salés et de marécages n'est élevé, d'après les mesures barométriques fort exactes du docteur de Bunge, que de 2400 pieds au-dessus du niveau de l'Océan. Un fait géologique qui n'a pas assez excité l'attention jusqu'à ce jour, c'est que des veaux marins, tout pareils à ceux qui habitent en troupes la mer Caspienne et leBaïkal (13), se retrouvent à 1 00 milles géographiques^ dans le petit lac d'Oron, rempli d'eau douce, et qui n'a que quelques milles de circonférence, tandis qu'il n'en existe
pas dans la Léna^ bien que la rivière Witim , Ton de ses aiSuents, soit en communication avec le lac d'Oron (14). L'isolement où vivent aujourd'hui ces animaux 9 la distance qui les sépare de Tembouchure du Volga, distance égale à 900 milles géographiques, est un phénomène géologique remarquable, qui témoigna d'un vaste et antique système de communication entre les eaux. Les immenses et nombreuses dépressions qu'a subies le sol de l'Asie centrale auraient-elles eu , par exception, la même influence sur le gonflement continental, et créé les mêmes relations que produit, sur les rivages, aux bords des failles de soulèvement, l'affaissement du lit des mers?
Des Rapports dignes de confiance, adressés à l'empereur Kanghi , nous ont révélé Texistence d'un volcan éteint, situé à une grande distance vers l'Est, dans la partie nord-ouest de la Mandchourie, aux environs de Mergen, probablement par 48'' 50' de latitude et 120"" de longitude Est de Paris. Le mont Bo-schan ou Oujoun-Holdongi (les neuf collines), situé au sud-ouest et à trois ou quatre lieues de Mergen^ a vomi des scories et des laves, dans le mois de janvier 1721. Les collines formées par l'amoncellement des scories avaient, au dire des personnages chargés par l'empereur Eaoghi d'explorer les lieux, un périmètre de six milles géographiques. 11 est dit aussi dans le Rapport qu'une coulée de lave avait donné naissance à un lac, en arrêtant le cours de la rivière Oudelin. D'après des Relations chinoises
moins circonstanciées, le Bo-schan avait eu une éruption de flammes I au vii* siècle de notre ère. Cette montagne est environ à 105 milles géographiques de la mer; c'est plus de trois fois la distance du JoruUo aux côtes les plus voisines, et à peu près celle de THimalaya (15). Ces renseignements géognostiques sur la Mandchourie sont dus aux recherches de M. P. Wassiljew (16) et à celles de Semenow, le savant traducteur du grand ouvrage de Charles Ritter, qui a inséré un Mémoire sur ce sujet dans le xvir vo-* lume de la Collection publiée par la Société impériale de Géographie.
A propos de la distribution géographique des volcans, répartis en plus grand nombre dans les lies et sur les côtes, ou, ce qui revient au même, à propos des éminences qui bordent le soulèvement des continents, on a fait entrer en ligne de compte une inégalité vraisemblable dans l'épaisseur de la croûte terrestre. On incline, en général, à croire que la siu*face de la masse en fusion est plus rapprochée de la surface terrestre sur les points où ont surgi les volcans. Mais comme on peut admettre plusieurs degrés de consistance dans la matière qui tend à se solidifier, il est difficile de se représenter assez clairement cette surface de la masse en fusion, pour être en droit de considérer comme la cause principale de toutes les éruptions, des failles, des soulèvements, des dépressions, un changement local de capacité dans Técorce terrestre déjà parvenue à Tétat solide. Si Ton était autorisé à déterminer ce qu'on appelle l'épaisseur de
la croûte terrestre, d'après les observations faites sur les puits artésiens et d'après la température de fusion du granité, en supposant que la température intérieure du globe suit une proportion arithmétique (1 7), on trouverait que l'épaisseur de Técorce terrestre est égale à 5 milles géographiques et f„ c'est-à-dire à ^ du diamètre polaire (18). Mais les effets de la pression et de la conductibilité, variable suivant les roches, font supposer qu'à mesure que la profondeur augmente, l'accroissement de la chaleur devient moins rapide.
Malgré le très-petit nombre de points sur lesquels l'intérieur du globe est actuellement en communication active avec l'atmosphère , il n'est pas sans intérêt de rechercher de quelle manière et dans quelle mesure les exhalaisons gazeuses agissent sur la composition chimique de l'air, et par suite sw la vie organique qui se développe à la surface du sol. Avant tout, il faut tenir compte de ce fait, que les gaz s'échappent moins des cratères placés au sommet des montagnes que des petits cônes d'éruptions et des fumaroles qui entourent un si grand nombre de volcans, et couvrent des espaces considérables. Des contrées entières en Islande, dans le Caucase, sur le plateau de l'Arménie, à Java, dans les îles Galapagos, dans les lies Sandwich, et dans la Nouvelle-Zélande, manifestent sans interruption leur activité par des solfatares, des sources de naphte et des salses. Les régions volcaniques réputées éteintes peuvent être aussi considérées comme des sources de gaz, et
bien que les champs de laves qui sont sortis des volcans continuent à émettre, pendant des années entières, des vapeurs visibles et invisibles, il est probable que le jeu silencieux des forces souterraines qui composent et décomposent est plus productif, sous le rapport de la quantité, que les éruptions, phénomènes plus grandioses et plus retentissants à coup sûr, mais plus rares. Si Ton croit pouvoir négliger ces petits phénomènes chimiques, parce que l'addition de parties insignifiantes, relativement à Timmense volume de l'atmosphère, continuellement agitée par des courants, ne saurait altérer sensiblement sa constitution primitive (19), nous rappellerons Tinfluence puissante que, d'après les belles recherches de Percival, de Saussure, de Boussingault et de Liebig, trois ou quatre dix millièmes d'acide carbonique répandus dans l'atmosphère peuvent exercer sur l'existence de l'organisme végétal. On sait, par les belles recherches de Bunsen sur les gaz volcaniques, que les émissions des fumaroles varient suivant les diverses périodes de leur activité et les circonstances locales. Celles de l'Hécla, par exemple, donnent 0,81 à 0,83 d'azote, et les coulées de lave de cette montagne en dégagent 0,78, avec une faible trace d'acide carbonique (0,01 à 0,02). D'autres fumaroles, également situées en Islande , près de Krisouvik, donnent de 0,86 à 0,87 d'acide carbonique, avec 0,01 à peine d'azote (20). D'après l'important travail de Charles Sainte-Claire Deville et de Bornemann, sur les émanations gazeuses dans l'Italie mé-
ridionale et en Sicile, les exhalaisons d^une £adlle profondément creusée dans le cratère de Yulcano contiennent une grande quantité d'azote (0,98), mais il s'y trouve aussi des vapeurs sulfureuses, avec un mélange de 74,7 d'azote et 18,5 d'oxygène. Ce mélange ne' diffère pas beaucoup du mélange atmosphérique. Le gaz qui s'échappe de la source Acqua-Santa, près de Catane(21), est au contraire de l'azote pur, en tout semblable au gaz qu'exhalaient les volcancitos de Turbaco, lors de mon voyage en Amérique (22).
Toute la quantité d'azote que l'activité volcanique rejette dans l'atmosphère est-elle introduite dans les volcans par les pluies météoriques, ou existe-t-il des sources d'azote cachées sous les profondeurs de la Terre? Il est bon de rappeler à ce sujet que, d'après mes propres expériences, Tair contenu dans l'eau de pluie renferme, non pas, comme l'air que nous respirons, 0,79 d'azote, mais seulement 0,69. L'azote est une source féconde de production pour le sel ammoniac, par le moyen des décharges électriques, presque journalières dans les régions tropicales (23). L'influence de l'azote sur la végétation est semblable à celle du substratum de l'acide carbonique contenu dans l'atmosphère.
Boussingault, en analysant les gaz des volcans voisins de l'équateur, du Tolima, du Puracé^ des volcans de Pasto, de Tuquerès et de Cumbal, a trouvé de l'acide carbonique et du gaz hydrogène sulfuré, avec une grande quantité de vapeur d'eau, mais il
n'a point trouvé d'acide muriatique, non plus que de Tazote, ou de Thydrogène en liberté (24). L'influence que Tintérieur du globe exerce encore actuellement sur la composition chimique de Tatmosphère^ par des substances qu'il lui a d'ailleurs empruntées pour les lui rendre sous une autre forme, n'est certainement qu'une partie insignifiante des révolutions chimiques que doit avoir subies l'atmosphère, dans les temps primitifs, par suite du soulèvement de grandes masses rocheuses au-dessus des failles terrestres. En comparant la profondeur des houillères avec la couche de charbon que les forêts les plus épaisses de la zone tempérée ajouteraient au sol en cent ans, et qui, d'après le calcul de Chevandier, ne dépasse pas sept lignes, on est disposé à beaucoup mieux accueillir cette conjecture, vraisemblable en elle-même, que Tenveloppe gazeuse de la Terre dut contenir jadis une très-grande quantité d'acide carbonique (25) .
Dans l'enfance de la géognosie , avant les ingénieuses hypothèses de Dolomieu, on ne plaçait pas la source de l'activité volcanique dans les plus anciennes formations, que l'on croyait être le granité et le gneiss. Longtemps on pensa, d'après quelques faibles analogies d'inflammabilité, que la source des éruptions volcaniques et des émanations gazeuses qui en sont la conséquence durant plusieurs siècles doit être cherchée dans les couches sédimentaires de formation plus récente, qui contiennent des matières combustibles et appartiennent au groupe silurien
supérieur. Une connaissance plus générale de la surface terrestre, des recherches mieux conduites et plus approfondies, surtout les services qu'ont rendus à la géologie les découvertes de la chimie moderne, ont jeté un nouveau jour sur ces questions. On sait aujourd'hui que les trois grands groupes de roches volcaniques ou éruptives, le trachyte, le phonolithe et le basalte, quoique différents d'âge et le plus souvent fort séparés Tun de l'autre, en tant que grandes masses, se sont tous fait jour à la surface de la Terre après les formations plutoniques , telles que le granité , le diorite et le porphyre quartzifère , et après toutes les formations siluriennes, secondaires , tertiaires et quartiaires oa pléistocènes; on sait même qu'elles traversent souvent les lits désagrégés de conglomérats diluviens et de brèches osseuses. Tous ces modes de percements divers se trouvent réunis en Auvergne, dans un espace circonscrit, ainsi que l'a remarqué Rozet (26); car bien que les grandes masses trachytiques du Cantal, du Mont-Dore et du Puy-de-Dôme traversent le granité lui-même, et renferment çà et là, par exemple entre Vie et Aurillac et sur le Giou-de-Uamon^ de grands fragments de gneiss et de calcaire (27), on voit pourtant aussi le trachyte et le basalte pousser des filons à travers le gneiss et les roches carbonifères de couches tertiaires et diluviennes. Le basalte et le phonolithe , étroitement unis entre eux , comme le prouvent les Mittel-Gebirge de la Bohême et les montagnes de l'Auvergne, sont de formation plus ré-
cente que les trachytes , qui souvent sont percés par des filons de basalte (28). Mais à son tour le phonolithe est plus ancien que le basalte ; dans lequel il est vraisemblable qu'il ne pousse jamais de filons, tandis qu'au contraire des filons de basalte percent souvent le porphyre schisteux ou phonolithe. Sur les Andes de Quito, je n'ai guère trouvé la formation basaltique loin des trachytes qui dominent dans ces montagnes que sur le Rio-Pisque et dans la vallée de Guaillabamba (29).
Gomme^ sur le plateau volcanique de Quito, tout est recouvert de trachyte, de conglomérats trachytiques et de tufs, je m'appliquai avec ardeur à découvrir un point ou Ton pût reconnaître au-dessus de quelle roche plus ancienne sont placées les puissantes montagnes en forme de cônes et de cloches, ou, pour parler plus clairement, quelles roches elles ont brisées. Je pus satisfaire ce désir, au mois de juin 1802, lorsque, en partant de Riobamba Nuevo, élevé de 8 898 pieds au-dessus de l'océan Pacifique, je tentai de gravir le Tunguragua, du côté de la Cuchilla-de-Guandisava. J'étais sorti du charmant village de Penipe, par le pont de cordes vacillant (puente de maroma) du Rio-Puela, et je me dirigeais vers la Hacienda^e-Guansce^ située solitairement à 7440 pieds de hauteur, en face de la jonction de Rio-Blanco et de Rio-Chambo, près de l'endroit où 8'élève,du côté du Sud*Est,une magnifique colonnade de trachyte noir semblable à du pechstein. De loin , ou croit voir les carrières basaltiques d'UnkeL Sur le
CbimborazOy un peu au-dessus du bassin de Jana- Cocba» je vis des colonnes de tracbyte groupées de la même manière , bien que plus bautes et moins régulières. Au sud -est de Pënipe, la plupart des colonnes ont cinq faces; leur diamètre n'est que de 14 pouces; souvent elles sont courbées et divergentes. Au pied des tracbytes noirs de Penîpe, près de l'emboucbure du Rio-Blanco, se présente un phénomène très -inattendu dans cette partie des Cordillères : c'est du scbiste micacé d'un blanc verdâtre, contenant des grenats ; et plus loin , au delà de la petite rivière marécageuse de Bascaguan, près du Rio-Puela et de la Haciendade-Guansce, du granité à grain moyen, avec du feldspatb d'un rouge clair, un peu de mica d'un vert noirâtre et beaucoup de quartz d'un blanc gris, plongeant vraisemblablement sous le scbiste micacé. 11 n'y a point de bofnblende, non plus que de syénite. Les tracbytes de Tunguragua, semblables à ceux du Chimborazo par leur constitution minéralogique, ont percé aussi le granité et le schiste micacé. Plus loin» vers le Sud, un peu à l'est du chemin qui conduit de Riobamba-Nuevo à Guamote et à Ticsan, et vers l'endroit où la Cordillère se détourne de la côte, apparaissent partout au pied de TAltar de los Collanes, du Cuvillan et du Paramo del Hatillo, les roches autrefois réputées primitives, c'est-à-dire le schiste micacé et le gneiss. Avant l'arrivée des Espagnols, et même avant que la domi^ nation des \ncas s'étendit aussi loin vers le Nord,
les naturels avaient exploité, dit-on, dans le voisinage des volcans, quelques dépôts métallifères. On observe, un peu au sud de San-Luis, de nombreux filons de quartz qui traversent un schiste argileux verdâtre. Près de Guamote, à Feutrée de la plaine herbeuse de Tiocaxa, nous trouvâmes de grandes masses de gestellstein ou quarlzite très-pauvre en mica, dont la structure montre des lignes parallèles bien déterminées, et qui inclinent régulièrement de 70"" vers le Nord. Plus loin, du côté du Sud, tout près de Ticsan, et à peu de distance d'ÂIausi, le Cerro Cuello de Ticsan présente des masses considérables de soufre encaissées dans un lit de quartz, lequel est subordonné à des couches adjacentes de schiste micacé. A première vue, cette expansion de quartz dans le voisinage de volcans trachytiques a quelque chose qui dépayse. Mais les excellents travaux dont le Sangay a été l'objet de la part d'un géologue français « M. Sébastien Wisse, ont confirmé, 47 ans plus tard, les observations que j'avais faites, au pied du Tunguragua, sur la superposition ou plutôt sur r éruption du trachyte à travers le schiste micacé et le granité^ phénomène aussi rare dans les Cordillères qu'il est commun en Auvergne. Le Sangay, plus haut de 1 260 pieds que le Mont- Blanc, et complètement dépourvu de coulées de lave, caractère commun au Stromboli, suivant Charles Deville, mais qui rejette sans interruption, du moins depuis 1728, des pierres noires, souvent enflammées, forme, au milieu des couches de granité et de gneiss, une lie trachytique, ayant
au plus deux milles géographiques de diamètre (30). Les gisements de TEifel présentent, ainsi que je Tai remarqué déjà, des relations tout opposées, tant sous le rapport des cratères d'explosion ou entonnoirs de mines, plongeant dans le schiste dévonien, que sous celui des échafaudages d'où s'échappent les laves, comme on le voit sur la longue croupe du Moselberg et du Gerolstein. La surface ne laisse point deviner ce que recèle l'intérieur. L'absence de trachyte dans des volcans si actifs, il y a des milliers d'années, est un phénomène plus surprenant encore. Les scories du Mosenberg, qui contiennent de l'augite, et accompagnent en plusieurs endroits les coulées de lave basaltique, renferment de petits quartiers de schiste calcinés, mais non point des fragments de trachyte. Les trachytes manquent aux alentours. Cette roche ne se montre dans TEifel qu'isolément, loin des cratères d'explosion et des volcans à coulées de lave (31), comme par exemple, à Sellberg, près de Quiddelbach , et dans la chaîne de Reimerath. La variété des formations que percent les volcans, pour venir exercer leur action puissante à la surface de récorce terrestre, n'importe pas moins à la géognosie que les substances mêmes qu'ils rejettent.
Les configurations relatives des échafaudages à travers lesquels l'activité volcanique se manifeste ou s'efforce de se manifester ont été aussi, dans ces derniers temps, approfondies et représentées beaucoup plus exactement que dans le siècle qui a précédé. A cette époque, la morphologie des volcans se bornait
aux montagnes en forme de cône ou de cloche ; elle comprend aujourd'hui toutes les variétés» souvent très-compliquées, qui peuvent s* offrir sous les zonesjes plus lointaines. On connaît d'une manière très-satisfaisante la structure, Thypsométrie et le groupement d'un grand nombre de volcans, tout ce qu'un péné' (rant géologue, Charles-Frédéric Naumann , appelle la géolectonique (32), tandis que Ton est resté danâ une complète ignorance des détails relatifs à la composition des roches et à l'association des espèces minérales qui caractérisent les trachytes, et deviennent reconnaissables lorsqu'ils sont séparés de la masse principale. Cependant ces deux branches de connaissances, celle qui s'applique à la configuration des charpentes rocheuses, et celle qui a pour objet leur composition minéralogîque , en d'autres termes la morphologie et l'oryctognosie des volcans, sont également nécessaires pour embrasser l'ensemble de l'activité volcanique. Peut-être même la dernière, fondée sur la cristallisation et l'analyse chimique, doit-elle être considérée comme la plus importante, en raison -de ses rapports avec les roches plutoniques^ à savoir le porphyre quartzifère, le grûnstein et la serpentine. Ce que nous croyons connaître du volcanisme de la Terre est nécessairement borné à la configuration des volcans (33).
Si , comme je l'espère , les idées que j'exprime ici
sur la classification des roches volcaniques, ou, pour
parler d'une manière plus précise, sur la division des
trachytes d'après leur composition, éveillent quelque