‹ CosmosChapitre 34 sur 56 · OBSIDIENNE · texte numérisé non relu

OBSIDIENNE

Lorsque durant le printemps et Tété de 1799, je me préparais 9 en Espagne, à mon voyage des lies Canaries, Topinion dominante chez les minéralogistes de Madrid, Hergen, dom José Clavijo et autres, était que la pierre ponce est imiquement formée d'obsidienne. Cette hypothèse était fondée sur l'étude des magnifiques collections géognostiques provenant du pic de Ténériffe , et sur la comparaison qu'on en avait faite avec les phénomènes observés en Hongrie, bien que ces phénomènes fussent généralement interprétés à cette époque d'après les vues neptuniennesde l'école de Freiberg. Les doutes que mes observations, dans les tles Canaries, dans les Cordillères de Quito et dans les volcans mexicains, firent naître sur l'insuffisance de cette théorie (81), m'inspirèrent la pensée de soumettre au plus sérieux examen deux groupes de phénomènes : d'une part, la différence générale des substances enfermées dans les obsidiennes et dans les pierres ponces; de l'autre, Passociation plus ou moins fi*équente ou l'entière séparation de ces deux roches, dans les échafaudages de volcans actifs et soigneusement analysés. Mon Journal est plein de renseignements sur cet objet; et quant à la détermination spécifique que j'ai faite des espèces minérales entrant dans la composition de l'obsidienne et de la pierre ponce, elle est mise hors de doute par les recherches récentes

et multipliées de mon laborieux et bienveillant ami Gustave Rose.

Dans Tobsidienne, comme dans la pierre ponce, il se présente du feldspath vitreux aussi bien que de Toligoclase ; souvent même tous deux sont réunis. Ou peut citer comme exemples , d'une part , les obsidiennes du Mexique, que j'ai recueillies au Cerro-delaS'Navajas, sur le versant oriental du Jacal ; celles de Ghico, qui contiennent un grand nombre de cristaux de mica; celles de Zimapan, au sud-sud-ouest de Mexico , où sont entremêlés de petits cristaux de quartz distincts; d'autre part les pierres ponces du Rio-Mayo, sur le chemin qui conduit de Popayan à Pasto, ainsi que celles du volcan éteint de Sorata près de Popayan. Les carrières souterraines de pierre ponce, voisines de Llatacunga, contiennent beaucoup de mica, de l'oligoclase et aussi de la hornblende , ce qui est fort rare dans la ponce et dans l'obsidienne (82). On a vu cependant de la hornblende dans la ponce du volcan d'Ârequîpa. Le feldspath commun ou orthoclase ne se présente jamais dans la ponce à côté de la sanidine ; il ne s'y trouve pas non plus d'augite. Il existe sur la Somma, mais non sur le cône même du Vésuve, de la ponce qui renferme des masses terreuses de carbonate de chaux. G' est sous cette remarquable variété de ponce qu'est ensevelie Pompéi (83). Les obsidiennes sont rares dans les véritables coulées de lave; elles ne s'y trouvent guère que sur le pic de Ténériffe, sur les volcans de Lipari et deVoIcano.

Si maintenant Ton examine Tassociation de l'obsidienne et de la pierre ponce dans un même volcan, voici les faits qui ont été constatés : le Pichincha a de grands champs de pierre ponce et n'a pas d'obsidienne ; le Ghimborazo ne laisse voir ni obsidienne ni pierre ponce, non plus que l'Etna, dont les trachytes sont cependant tout autrement composés, et contiennent du labrador au lieu d'oligoclase. Tai remarqué aussi Fabsence de la pierre ponce et de Fobsidienne , en gravissant le Tunguragua. Le volcan de Puracé, près de Popayan, a beaucoup d'obsidienne, mêlée à ses trachytes, et n'a jamais produit de ponce. Les plaines immenses d'où s'élèvent l'ilinissa, le Garguairazo etl'Âltar sont couvertes de pierre ponce. Les carrières de LIactacunga, celles de Huichapa au sud-est de Queretaro, ainsi que les amas de ponce qui bordent le Rio-Majo (84), ceux de Tschegem dans le Caucase (85) et de Tollo dans le Chili (86) , tous situés à distance de charpentes volcaniques en activité, me paraissent appartenir aux phénomènes éruptifs que la surface plane de la Terre produit à travers les fissures qui la sillonnent. Un autre volcan chilien, le volcan d'Antuco (87), dont Pœppig a donné une description aussi gracieuse que savante, rejette bien, comme le Vésuve, des cendres et des rapillis très-fins, mais point de pierres ponces ni de roches vitreuses ou ressemblât à do robsidienne. Nous voyons la pierre ponce se former dans des trachytes très-diversement composés sans la présence de l'obsidienne ou du feldspath vi-

treux. L'ingénieux Darwin a remarqué qu'il n'existe aucune trace de pierre ponce dans tout l'archipel des Galapagos. Ailleurs déjà nous avons fait observer que le puissant volcan de Mauna-Loa, dans les tles Sandwich, et les volcans de TEifel, qui ont vomi jadis des coulées de lave, n*ont point de cônes de cendres (88). Bien que Tlie Java contienne une rangée de plus de 40 volcans, dont 23 sont encore actifs, Junghuhn n'a pu découvrir que deux points, situés sur le Gunung Guntur près de Bandong et de la grande montagne de Tengger, où se soient formées des masses d'obsidienne (89). Il ne paraît pas que cette obsidienne soit devenue l'occasion d'une formation de pierre ponce. Les mers de sable (Dasar) qui se trouvent à une hauteur moyenne de 6 500 pieds au-dessus de l'Océan, ne sont point couvertes de ponce, mais d'une couche de rapillis qui ont été décrits comme des fragments de basalte à demi vitrifiés et ressemblant à de l'obsidienne. Le cône du Vésuve, qui n'a jamais produit de pierre ponce, a rejeté, du 24 au 28 octobre 1822, une couche, épaisse de 18 pouces, de cendres sablonneuses et de rapillis trachytiques pulvérisés, qui n'ont jamais été confondus avec la ponce.

Les cavernes et les cavités vésiculaires de l'obsidienne, dans lesquelles se sont formés des cristaux d'olivine, dus vraisemblablement à la précipitation des vapeurs, comme cela se voit au Mexique, par exemple, sur le CerrcHlel-Jacal, contiennent souvent, dans les deux hémisphères, d'autres substances, qui

semblent indiquer leur origine et leurs modes de formation. Dans les parties les plus larges de ces cavernes allongées et le plus souvent très-régulièrement parallèles, il existe des fragments de trachyte terreux, à moitié décomposés. Le vide se prolonge en se rétrécissant, de manière à former une espèce de queue, comme si la chaleur volcanique avait développé, dans la masse encore pâteuse, un fluide élastique gazeux. Ce phénomène avait particulièrement attiré l'attention de Léopold de Buch, en 1805, lorsque ce savant géologue visita à Naples, avecGay-Lussac et moi, la collection minéralogique de Thomson (90). Le boursouflement de T obsidienne par le feu qui, déjà dans l'antiquité grecque, n'avait pas échappé à l'observation (91), a certainement pour cause un développement de gaz analogue. D'après Âbich, les obsidiennes se transforment d'autant plus facilement par la fusion en pierres ponces cellulaires, à filaments non parallèles, qu'elles sont plus pauvres en acide siliceux et plus riches en alcalis. Quant à savoir si le gonflement doit être uniquement attribué à la volatilisation de la potasse ou de l'acide chlorhydrique, c'est ce qui reste fort incertain, d'après les travaux de Rammeisberg (92). Des phénomènes de gonflement offrant les mêmes apparences que pré* sentent les trachytes riches en obsidienne et en sanidine, les basaltes poreux et les amygdaloldes, le pechstein, la tourmaline et la pierre à fusil, qui perd 88 couleur brun foncé, peuvent avoir des causes très-diverses, suivant les substances. Des expériences

exactes et bornées aux fluides gazeux, expériences si longtemps et si vainement attendues, auraient pour résultat un agrandissement inappréciable de la géologie chimique des volcans, à la condition de faire entrer en ligne de compte Teffet de Teau de mer dans les formations sous-marines et la quantité d'hydrogène carburé contenue dans les substances organiques qui s'y trouvent mêlées.

Les faits que j'ai réunis à la fin de ce volume, à savoir : Ténumération des volcans qui contiennent de la pierre ponce sans obsidienne, ou beaucoup d'obsidienne sans pierre ponce, et l'association fort remarquable, mais inconstante et très-diversifiée, de l'obsidienne et de la ponce avec quelques autres minéraux, m'ont convaincu d'un fait, durant mon séjour dans les Cordillères de Quito : c'est que la formation de la ponce résulte d'un phénomène chimique qui peut se produire dans destrachytesdiversementcomposés, et qui ne suppose pas nécessairementrintervention ou la préexistence de l'obsidienne en grandes masses. Les conditions dans lesquelles un pareil phénomène peut s'accomplir sur une vaste échelle, tiennent moins, je le jrépète, à la différence des substances qu^à la gradation de la chaleur, à la pression déterminée par la profondeur, à la fluidité et à la durée de la solidification.

Les rares et mémorables phénomènes que présentent les immenses carrières de pierre ponce, isolées, sous la surface de la Terre, de tout échafaudage volcanique, c'est-à-dire de montagnes en forme de

cône ou de cloche, m'amènent à conjecturer qu^une partie considérable des roches volcaniques, peut-être même la plus volumineuse , ne s'est pas frayé une voie à travers ces échafaudages, mais bien à travers le réseau de failles dont est sillonnée la surface terrestre, d'où elles se sont répandues par couche sur des espaces de plusieurs milles carrés (93). Â ces roches appartiennent probablement aussi les masses anciennes de trapp^ de la formation silurienne inférieure, qui couvrent la partie sud-ouest de TÂngleterre, et dont mon noble ami, sir Roderick Murchison, a donné une détermination chronologique très-exacte; travail qui a sensiblement agrandi la connaissance de la structure géologique du globe, et donné à cette étude un plus haut caractère.

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