AVOCATS DES ÉGLISES
Cette charge, dont l’origine est fort ancienne, différait beaucoup de celle des avocats modernes. Lorsqu’un ecclésiastique voulait plaider devant les juges séculiers , il devait prêter le serment de ne pas calomnier, il pouvait même être obligé de jurer en d’autres occasions. Cette formalité, de nature à compromettre le caractère sacerdotal , fut défendue au clergé par les sacrés canons, pour préserver ses membres du danger de faire un faux serment. C’était donc aux avocats à jurer pour les clercs qui plaidaient. Cette nécessité d’avoir des avocats séculiers s’accrut encore considérablement lorsque les Lombards, les Francs et les Allemands eurent répandu en Italie l’usage du duel. On vit souvent des ecclésiastiques, pour défendre leurs propriétés ou leurs droits, obligés non seulement d’accepter, mais même d’offrir le combat , et de choisir leurs avocats pour vider leur querelle. Les avocats des églises avaient deux sortes de fonctions à remplir , et toutes deux incompatibles avec le caractère sacerdotal : l’une était de défendre devant les tribunaux séculiers les droits de leurs cliens ; l’autre était de protéger les biens ecclésiastiques par la force et par la voie des armes , à une époque où le droit écrit devait si souvent céder au droit de l’épée. Quelques villes de France et d’Angleterre donnaient aussi la même charge à des gentilshommes sous le titre de prévôts. Peu à peu le retour de l’ordre et des lois mieux observées réduisirent à un simple titre un emploi qui fort souvent coûtait aux cliens presque autant qu’à leurs adversaires *.
Le costume suivaut est extrait du tableau dans lequel Filippino Lippi a figuré la dispute de saint Thomas d’Aquin dans l’église de la Minerve à Rome.
* Murator. , Antiq. Italie, medii ævi. Dissert. LXIII.
Ce peintre appartient à lecole florentine du quinzième siècle : il avait pu assister à la pompe qu’étalait l’évêque de Florence lorsqu’il faisait son entrée dans cette ville. Les visdomini ou avocats de l’évéché y figuraient des premiers, et les relations contemporaines parlent des masses d’argent dont ils étaient armés. ÎN’y a-t-il pas tout lieu de croire que devant représenter en peinture une dispute où il faisait comparaître les principaux hérétiques devant une espèce de tribunal, l’artiste y ait introduit, selon l’usage de son temps, un avocat des églises dans la personne de l’homme armé qu’il y a placé en qualité de champion du saint ? Ce militaire porte une cotte de mailles avec une soubreveste noire ornée de broderies d’or. Sa main droite est armée d’une masse d’argent ornée de ciselures dorées. Les chausses et le bonnet sont rouges ; la chaussure est jaunâtre. La poignée de l’épée est dorée , le fourreau en est noir, et elle est suspendue à un cordon d’or. Les manches du pourpoint sont rouges et laissent entrevoir la chemise. La ceinture est blanche et soutient une espèce de bourse écarlate. La chaîne et la croix qui y est attachée sont en or.
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DES XI1I% XIVe ET XVe SIECLES.
MCCCC. — IV0 11.
JEUNE ITALIENNE
Si nous devons ajouter foi aux descriptions que les écrivains du moyen âge font des mœurs et des costumes de leur temps , si nous observons les peintures des quatorzième et quinzième siècles , nous remarquerons certainement que nous n’avons ni beaucoup gagné ni beaucoup perdu pour ce qui tient au luxe des femmes. Plusieurs villes tentèrent par de sages lois de modérer ces dépenses si frivoles , qui ruinaient les familles , et rendaient comme de nos jours si difficile l’établissement des filles. Vains efforts , l’ascendant invincible du luxe et de la mode l’emporta , et les pères de famille furent contraints de proportionner la dot de leurs filles aux dépenses excessives que nécessitait leur brillante parure *.
Ce costume est extrait d’une peinture exécutée vers la fin du quinzième siècle; mais il combine dans ses détails avec la pierre sépulcrale de Catherine Capogalli, morte l’an 1 383. Cette tombe existe dans l’église des Saints- Apôtres à Rome. Elle présente seulement une légère différence dans l’ajustement du voile de la tête ; mais cette variété semble avoir dépendu du caprice, ainsi que j’en ai donné l’exemple au n' 8, et me paraît trop peu importante pour constituer un costume différent.
Cette analogie dans la manière de se vêtir, dont je produirai de nombreuses preuves, justifiera l’impossibilité où je me suis trouvé de classer les costumes en observant un ordre chronologique. Un long et sérieux examen d’une infinité de monumens de peinture et de sculpture , m’a donné la conviction qu’un artiste pourra parfois recourir indistinctement aux costumes des
* Murator., Antiq. Italie, medii ævi. Dissert. XXIII.
3o COSTUMES
quatorzième et quinzième siècles , sans avoir à craindre de tomber dans un anachronisme marquant.
La figure suivante est copiée d’après la même peinture qui m’a fourni le n° 9. Cette jeune Italienne porte une robe d’une étoffe verte changeante en or , et enrichie de perles et de pierres précieuses à l’ouverture de la manche pendante. La manche de dessous est rouge changeante en or , ainsi que la partie qui se voit sur la poitrine. Le voile sur la tête est violâtre , retenu par un petit lacet d’or , et orné d’un liseré d’or terminé par un petit gland. Le voile qui lui recouvre le cou est blanc.
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DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.
MCCC. — No 12.