PODESTAT
Les villes italiennes , en s’affranchissant de la puissance immédiate des empereurs d’Allemagne, et se constituant en républiques , cherchèrent, autant que le permettaient des souvenirs presque effacés et d’antiques traditions, à se modeler sur le gouvernement de l’ancienne métropole. L’administration de la justice et le commandement des milices furent confiés à deux ou plusieurs consuls annuels , élus par les suffrages du peuple. Ces magistrats convoquaient et présidaient les conseils de la république. Dans chaque ville il y en avait deux , outre le conseil général ou de tout le peuple. L’un était peu nombreux , et plus immédiatement destiné à seconder les consuls dans les fonctions les plus importantes , et à exercer sur eux une active surveillance ; il était en outre chargé de l’administration des finances et de toutes les relations extérieures de l’Etat. On appelait ce corps conseil di Credenza ou de confiance. L’autre , composé de cent membres et même davantage, était désigné dans diverses villes par les noms de Sénat , de Grand conseil „ de Conseil spécial ou de Conseil du peuple. C’était dans le sénat qu’on préparait les arrêtés qui devaient ensuite être soumis au peuple , dont l’assemblée générale , convoquée au son de la grosse cloche du palais de la commune , se faisait sur la place publique. L’assemblée du peuple était souveraine , et les magistrats la consultaient dans les occasions les plus importantes.
Les élections des consuls, accompagnées de désordres et de troubles civils, ayant dégoûté les babitans des villes libres de cette forme de gouvernement , ils abolirent les consuls vers le treizième siècle , et confièrent l’autorité suprême à un seul magistrat, personnage prudent appelé d’une ville voisine, amie ou alliée , auquel ils remirent l’administration de la justice , espérant avec raison qu’un étranger libre de tous liens d’affection ou de parenté dans
la ville qu’il devait gouverner , saurait conserver la plus exacte impartialité. Ce magistrat suprême reçut le nom générique de Podestà.
L’autorité du podestat durait un an, quelquefois même six mois seulement, et. dès sa réception , il devait prêter le serment de se démettre de sa charge dès que le temps q.ui lui était assigné serait expiré. Un nom illustre , une réputation bien établie de sagesse et de prudence , et surtout une valeur éprouvée , décidaient du choix d’un personnage auquel on confiait le maintien des lois et le commandement de la milice. Le podestat pendant tout le temps de son gouvernement ne pouvait faire venir dans la ville qui l’avait appelé, ni sa femme ni aucun de ses parens ; et par un excès de défiance de ces prudens républicains, toute intimité avec les habitans lui était sévèrement interdite *.
J’ai extrait ce costume de magistrat civil et militaire des peintures du Pinturicchio , dans l’église d’Araceli à Rome. Ce tableau représente un miracle de saint Bernardin. Suivant l’usage du temps , le peintre y a placé plusieurs portraits. La simarre du podestat est de brocart d’or doublée d’hermine. Le bonnet est écarlate ; les gants sont blancs avec de petits glands rouges. Le petit Mton est d’ébène avec des pommes d’argent ou d’ivoire. La chaîne est d’or. Le collet qui se voit au-dessus de la simarre est noir.
Le page porte une petite soubreveste bleue brodée en or. Le pourpoint est violet. Les chausses sont formées par des bandes aux couleurs de son maître ; la partie gauche est écarlate , et la droite couleur de laque jusqu’au genou , et blanche jusqu’au pied. En dedans elle est blanche dans le haut , et verte dans le bas. La chaussure est rouge. Le chapeau est écarlate avec une bordure verte et or , et soutenu par un cordon rouge. Le fourreau de l’épée est noir ; la poignée et les ornemens sont dorés.
* Murator. , Antiq. Italie, medii ævi. Diss. XLV-XLVI.
DES XI1I% XIVe ET XVe SIÈCLES.
MCCCC, — 10.