‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 18 sur 87 · CAVALIER ARMÉ · texte numérisé non relu

CAVALIER ARMÉ

L e précieux monument de sculpture qui m’a donné ce costume existe dans l’église de Santa-Francesca Romana à Rome. C’est le portrait équestre d’Antoine Rido , noble padouan , gouverneur du château Saint-Ange sous Eugène IV, et général des troupes de l’Eglise sous Nicolas V. Ce châtelain joue un rôle important dans la mort tragique du cardinal Vitelleschi. Scipion Ammirato en a décrit toutes les circonstances dans son histoire de Florence.

Ce costume appartient à une époque où la chevalerie touchait à la dernière période de sa décadence. L’usage des armes à feu était devenu général , et avait donné aux fantassins les moyens de résister avec avantage à cette cavalerie de gentilshommes qui, pendant plusieurs siècles, avait pu, au moyen d’armures impénétrables , braver les coups impuissans d’un amas de paysans et de bourgeois presque nus. Déjà le peuple commençait à faire l’essai de ses forces, et apprenait, quoique lentement, qu’il pouvait contraindre des maîtres orgueilleux à redevenir ses égaux. En vain le seigneur et le chevalier banneret épuisaient leurs corps sous le poids des lourdes plaques de fer qu’ils renforçaient sans cesse et dont ils s’accablaient ; ils ne pouvaient échapper au plomb meurtrier parti de la main d’un vil plébéien. Ce n’était plus le temps où un chevalier armé de toutes pièces , invulnérable lui et son coursier , pouvait se précipiter impunément sur cette malheureuse infanterie exposée à ses coups comme un faible troupeau sans défense. Le jour fatal arrive où , confondu dans les rangs de ceux qu’il jugeait à peine dignes de ses coups, il devra, comme eux, attendre sans pâlir le coup fatal contre lequel il n’a plus d’armes privilégiées à opposer. La noblesse hésita cependant ; et, vers la fin du quinzième siècle, on avait tellement renforcé les armures des cavaliers ,

le poids en était devenu si excessif 9 que Lanoue assure qu’à trente-cinq ans l’homme le plus robuste en avait les épaules voûtées. Il fallut enfin céder à la nécessité , et les deux siècles suivans délivrèrent peu à peu les hommes d’armes d’un moyen de défense qui avait fini par leur ôter la liberté d’agir.

Ce guerrier est entièrement couvert d’une armure dont toutes les parties sont rendues avec une fidélité qui ne laisse rien à désirer. Le sculpteur l’a représenté coiffé d’une toque, afin de pouvoir donner les traits du personnage à la mémoire duquel est élevé ce monument ; mais il a figuré à part le casque , de sorte que rien ne manque à ce costume. Les harnois du cheval sont simples , mais enrichis de bossettes d’or et d’ornemens élégans.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.

MCCC. — IV0 23.

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