NOBLE SIENNOISE
Critiquer amèrement le présent , louer avec excès le passé , est un usage si généralement répandu , que si l’on voulait rétrograder sur de pareilles données , on devrait certainement retrouver des vestiges positifs de cet âge d’or que la fable et les poètes ont célébré avec emphase. Le luxe des femmes surtout excite assez souvent la mauvaise humeur de nos vieillards , qui ne nous épargnent pas les louanges de la prétendue modestie et simplicité des belles qui ont captivé leur jeunesse. Je rétrograderai davantage encore pour combattre une faiblesse si commune ; je remonterai jusqu’au quatorzième siècle, époque à laquelle, en dépit de lois que des magistrats peu galans avaient prétendu opposer à ce désir si fondé que le beau sexe a de relever ses attraits naturels par le secours de la parure , les femmes surent alors, comme dans tous les temps , faire céder à leurs aimables caprices des réglemens trop sévères. Le luxe était arrivé à un tel excès , que les magistrats des villes libres crurent devoir lui opposer un frein , et exiger des femmes plus de simplicité dans leur toilette ; ils prononcèrent même des peines rigoureuses contre celles qui oseraient contrevenir à des réglemens devenus si nécessaires. Une Nouvelle, d’un auteur contemporain, suffira pour faire connaître avec quelle adresse elles surent éluder la sévérité du magistrat chargé de faire observer la nouvelle loi sur le luxe. Ce juge ayant été accusé de faiblesse , et sévèrement réprimandé , répondit en ces termes * :
« Messieurs , après avoir consacré ma vie entière à l’étude des lois , je croyais savoir quelque chose , et aujourd’hui je reconnais que je ne suis qu’un ignorant. Car lorsque je cherche à donner exécution à vos réglemens
* Franco Sacchetti, Novella 187.
sur la toilette de vos femmes , je suis arrêté par les argumens inouis quelles m’opposent , et je vais vous en citer quelques-uns. Je rencontre une femme avec une pointe ouvragée autour de son capuchon ; le notaire lui dit : Donnez-moi votre nom , car vous portez un ornement prohibé. La bonne dame prend dans sa main cette pointe qui ne tient que par le moyen d’une épingle , et dit que c’est une guirlande. Plus loin j’en trouve une autre , qui porte beaucoup de boutons sur le devant de sa robe. On lui dit : Vous ne pouvez pas porter ces boutons. Celle-ci répond : Pardonnez-moi , messire, je peux les porter , car ce ne sont pas des boutons ; si vous ne me croyez pas , observez-les ; ils n’ont ni queues ni boutonnières. Le notaire s’adresse à une troisième, qui porte des fourrures d’hermine, et dit: Que pourra alléguer celte autre? Vous portez une fourrure d’hermine, et il veut l’inscrire. Arrêtez, lui répond -elle , n’écrivez pas, ce n’est pas de l’hermine; n’écrivez pas, vous dis-je, ce sont des lattizzi. Qu’est-ce à dire que ces latlizzi, reprend le notaire? C’est un animal, répond la dame. . . . L’un des juges s’écrie : Autant vaudrait disputer avec un mur ; un autre ajoute : Occupons-nous d’affaires plus importantes. »
Le costume suivant est extrait des peintures de Dominique Bartoli , dans l’hôpital de Sienne. La coiffure est formée par une espèce de couronne d’or posée sur un bonnet jaunâtre , d’où s’échappe un petit voile blanc. Le manteau est retenu par une agrafe d’argent; il est d’une étoffe jaune et légère. La robe est violette , et terminée par une frange blanche, attachée à une bande noire ornée d’une broderie blanche entourant des compartimens de diverses couleurs. La ceinture est verte et or ; la robe de dessous est jaune. Les souliers sont brodés de diverses couleurs , et terminés par une pointe d’argent. Cette noble Sicnnoise porte en outre un collier de perles. Les manches de la robe sont ornées de boutons et d’une broderie d’or.
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DES XIIIe, XIVe ET XV* SIÈCLES.
MCCC. — N° 26.