‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · CIMABUE · texte numérisé non relu

CIMABUE

Cimabue naquit dans un siècle où tous les élémens étaient réunis pour exciter le génie. La nature l’avait destiné à faire revivre cet art admirable qui ajouta [une gloire nouvelle à cette belle Italie déjà si illustre , et son apparition fut celle d’un météore brillant. Si les transports de joie des Florentins, à la vue d’une peinture de ce maître, firent donner à un quartier de leur ville un nom qui subsiste encore de nos jours *, que ne devait -on pas espérer de peuples qui se montraient si sensibles au mérite ? Et dès-lors ne devait-on pas s’attendre à cette série de grands hommes qui vinrent porter les derniers coups à la barbarie ?

Un enfant gardait les troupeaux de son père dans les environs de Florence ; l’obscurité de sa naissance et la pauvreté de ses pareus semblaient l’avoir condamné à traîner sa vie dans la misère et dans l’oubli. Cependant la na-

ture faisait germer en lui ce talent admirable qui devait en faire un des pins glorieux ornemens de sa patrie. Le sable , quelques pierres polies , recevaient journellement les traits qu’y traçait sa jeune main , et les échos des rochers répondaient seuls aux soupirs que lui arrachaient sa condition et l’impossibilité de suivre les élans de ce génie qui le dévorait. Cimabue passe par hasard , et surprend l’enfant soupirant sur l’image qu’il avait tracée sur une pierre ; le grand homme devine au premier aspect ce que deviendra un jour ce berger méconnu ; le désir de seconder de si heureuses dispositions , et de laisser à sa patrie un digne héritier de sa gloire , lui fait adopter cet élève de la nature, et acquérir un titre de plus à la reconnaissance de l’Italie, qui honore en lui le régénérateur de la peinture, le bienfaiteur et le maître de Giotto.

* Borgo allegri.

Le portrait que je donne ici est extrait des peintures de Simon Memmi, dans le chapitre des Espagnols de Sainte-Marie-Nouvelle à Florence. Cimabue y est représenté avec un court manteau blanc brodé en or, dont le capuchon lui recouvre la tête , et de la pointe duquel pend un long cordon en or. La soubreveste , les chausses , les jarretières et la chaussure sont également blanches , avec des ornemens et des broderies en or. Il a la barbe et les cheveux noirs.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.

MCCC. — N0 33.

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