RECTEUR DE L’HOPITAL DE SIENNE
L’italie et la France étaient bien loin de ressembler pendant le moyen âge à ce que sont aujourd’hui ces deux États. Dans l’un les dévastations des barbares , dans l’autre la tyrannie des seigneurs châtelains , et dans tous les deux la licence militaire et l’impunité des vagabonds, rendaient les communications aussi difficiles que pénibles et dangereuses. Cependant les pèlerinages se multipliaient , et les routes étaient continuellement couvertes de dévots qui se rendaient de toutes parts à la Terre-Sainte , à Rome ou à Saint-Jacques-de-Compostelle ; les uns pour apaiser les remords de leur conscience, les autres pour l’accomplissement d’un vœu. Les riches obtenaient l’hospitalité chez leurs amis ; la charité chrétienne se hâta de pourvoir aux besoins des pauvres. Telle fut l’origine des hôpitaux , et telle fut la rapidité avec laquelle ils se multiplièrent dans les campagnes et dans les villes , que la société sembla bientôt s’être partagée en pèlerins , en malades et en hospitaliers.
L’hôpital de la Scala de Sienne passe pour un des plus anciens établissemens de ce genre ; ayant été fondé , ainsi que l’affirme Jérôme Gigli *, l’an 832 , par le béat Sorore. Il institua également une confrérie de frères servans sous la règle de Saint-Augustin , ainsi que le sont généralement tous les religieux hospitaliers , et de ceux-ci dérivèrent la plupart des autres hospices hors du territoire de Sienne. Les prérogatives attachées à la charge de recteur étaient tellement importantes , que soit par suite d’abus de la part des chanoines de la cathédrale , qui en étaient investis dans l’origine **, soit par
* Diario Senese, P. I, pag. 99.
** Murator. , Antiq. Italie, medii ævi. Diss. XXXVII.
suite de la jalousie qu’en avaient conçue les magistrats , le choix du recteur fut dévolu à ces derniers vers le douzième siècle , et une bulle du pape Célestin III l’exempta du droit des chanoines l’an 1 1 98.
Une des salles de cet hôpital est ornée de peintures de Dominique de Bartoli , qui sont remplies de détails intéressans sur les mœurs de cette époque. L’on y voit que dès lors cet hospice était également destiné à loger le pèlerin , et à servir de refuge aux malades ; que les enfans abandonnés y étaient recueillis et élevés ; et qu’enfin sur ses revenus on prélevait des dots pour marier les jeunes filles. C’est de l’une de ces peintures que j’ai extrait le costume du recteur. Il est coiffé d’une toque noire qui recouvre un petit bonnet blanc. Le manteau est d’une étoffe de soie violette ; l’habit est noir •
avec des paremens jaunes aux manches ; celles de dessous sont vertes. Les chausses et les souliers sont noirs. Il porte sur la poitrine une petite échelle surmontée d’une croix , emblème de l’hôpital de la Scala.
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DES XIII% XIVe ET XVe SIECLES.
MCCC. — 1VÜ 40.
NOBLE ITALIEN
Les peintures de Dominique de Bartoli sont tellement remplies de costumes du quatorzième siècle, que Vasari assure que le Pinturicchio et Raphaël y empruntèrent en grande partie les détails et les vêtemens nationaux dont ils enrichirent leurs tableaux dans la cathédrale de Sienne. Appuyé de telles autorités , j en ai extrait la figure suivante ; elle appartient à un gentilhomme italien; mais elle sert encore en même temps à faire connaître la manière de se vêtir des Français de cette époque ; car , dans ses chroniques, Jean Villani* se plaint des changemens qu’éprouvèrent les costumes des Florentins par suite du gouvernement de Gauthier , duc d’Athènes , et du fréquent passage des troupes françaises qui se rendaient dans le royaume de Naples.
Ce gentilhomme est coiffé d’un chapeau noir bordé d’or et surmonté de plumes blanches. La soubreveste est de damas à fond blanc , avec des fleurs verdâtres ; les manches pendantes sont doublées d’hermine. La culotte est verte et terminée à mi-jambe par une bande noire contournée d’un liseré blanc. La chausse de la jambe gauche est verdâtre en dehors et rouge en dedans ; celle de la jambe droite est également rouge en dedans et blanche en dehors. La manche du pourpoint est écarlate.
Ce costume me paraît appartenir à la fin du quatorzième siècle , et il présente dans la forme du chapeau et des chausses des particularités dont je n’ai pas trouvé de répétitions. Cependant il n’y a pas de doutes sur son authenticité.
* Gio. Villani , Stor. lib. XII, cap. 4*
DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.
MCCC.— No 41.
NOBLE ITALIENNE
Ne croirait-on pas retrouver dans le costume suivant le portrait de cette séduisante Fiammetta s qui , assise sur le gazon et promenant ses doigts délicats sur les cordes d’une harpe , se prépare à chanter par l’ordre de la reine du' jour une de ces jolies chansons qui terminent d’une manière si agréable chacune des joyeuses journées dont se compose le Décaméron de Boccace? La musique et la danse étaient les amusemens favoris de la jeunesse des treizième et quatorzième siècles. Les dissensions civiles pouvaient troubler la république ; la peste , fléau plus destructeur encore , pouvait moissonner une partie de la population , sans que ce goût national , cet enjouement et cet amour des plaisirs pussent en être altérés. La brillante introduction du Décaméron de Boccace n’en est-elle pas la preuve la plus évidente ? L’énergique peinture que cet écrivain fait de la terrible épi-
démie qui dépeupla Florence ne fait-elle pas un contraste frappant avec la gaîté de cette aimable réunion qui , fuyant un spectacle trop pénible , cherche hors d’une ville désolée une retraite où lame puisse s’abandonner librement à la joie et aux plaisirs? Telles étaient les mœurs , tel est encore aujourd’hui le caractère d’une grande partie des peuples de l’Italie.
Quelques miniatures de manuscrits français du quatorzième siècle offrent dans les costumes de femmes quelque analogie avec celui qui figure dans la planche suivante. Je l’ai extrait du même tableau de Vanni , qui m’a fourni le n° 38. Cette jeune femme porte pour coiffure un petit voile couleur de rose, orné d’une frange d’or, qui recouvre un petit bonnet de velours noir. La robe , à manches pendantes , est d’une étoffe rouge , brodée en or et doublée d’hermine , ainsi que les manches. Celles de dessous sont de tissu d’or. La harpe est jaunâtre.
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DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.
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