‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 35 sur 87 · CHEVALIER FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CHEVALIER FRANÇAIS

Un Français , messire Aimery de Guillaume Be'rard , bailli de Narbonne , commandait l’armée Florentine à la bataille de Campaldino ; il y fut tué après avoir mis en fuite l’armée ennemie *. Une ville reconnaissante érigea un monument à la mémoire d’un étranger qui avait versé son sang pour elle, et la sculpture , qui déjà devançait dans ses progrès les timides essais du peintre Cimabue , s’efforça de nous transmettre les traits de ce chevalier français.

Ce monument, si intéressant pour l’époque, car il appartient au treizième siècle , présente un costume des plus complets d’un chevalier ; il le montre tel qu’il se conserva pendant plusieurs siècles , tel qu’il fut en usage aux croisades , tel qu’il l’était encore lorsque la découverte d’un nouveau moyen de se détruire rendit la cotte de mailles une arme défensive à peu près inutile.

Le haubert ou cotte de mailles était une espèce de chemise semblable aux blouses de nos rouliers , formée par des mailles ou petites chaînes de fer. On y ajoutait encore un chaperon ou capuchon , et des chausses de mailles semblables à celles du haubert. Pour éviter les meurtrissures occasionées par ces anneaux de fer, on avait grand soin de les matelasser en dedans. Mais, malgré toutes les précautions qu’on prenait , il fallait plusieurs bains pour dissiper les contusions que le moindre choc occasionait. Cette sorte d’armure résistait même faiblement à un coup de lance ou d’épée , et si elle ne cédait sous la pointe qui la frappait , les anneaux ou chaînons qui la composaient meurtrissaient cruellement. C’est pourquoi on y ajouta dès le

* Gio. Villani, Stor. lib. VII, cap. 1 3 1 .

treizième siècle des plaques d’acier sur quelques parties du corps, et insensiblement on en vint à ces armures défensives qui rendirent l’homme d’armes presque invulnérable.

Le poignard que ce chevalier porte au côté droit se nommait miséricorde. Lorsqu’un guerrier avait terrassé son adversaire , il le menaçait de lui plonger ce poignard dans la visière, s’il ne criait merci.

J’ai comparé ce costume avec celui d’Othon de Grandson, représenté sur son tombeau dans la cathédrale de Lausanne, et je les ai trouvés presque entièrement semblables. Othon cependant ne porte pas de casque , sa tête n’est défendue que par une coiffe de mailles garnie d’un cercle de fer. Les chausses de mailles n’ont pas de plaques sur le devant. Les éperons ont la même forme que çeux de Guillaume Bérard, et j’ai observé que ce ne fut que vers le quatorzième siècle qu’on commença à faire usage des éperons avec des molettes. Le tombeau d’Othon de Grandson est encore un monument de sculpture du treizième siècle fort remarquable , et qui prouve combien cet art devançait la peinture dans ses progrès.

Le monument de Bérard lui fut érigé dans le cloître des Servîtes à Florence , où il existe encore.

DES XIII% XIYe ET XYe SIÈCLES. g5

MCCCC. — 1Y0 40.

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