LAURE
« Quando giunse a Simon l’alto concetto
» Ch’a mio nome gli pose in man lo stile -,
» S’ avesse dato ail’ opéra gentile » Con la figura voce ed intellelto ;
» Di- sospir molli mi sgombrava il petto ,
» Che cio che altri han più Caro, a me fan vile,’
» Pero che’ n vista ella si mostra umile ,
» Promettendomi pace nell’ aspetto. •
» Ma poi ch’io vengo a ragionar con lei )
» Benignamente assai par che m’ascolte ;
» Se risponder savesse a’ detti miei ,
» Pigmalion , quanto lodar ti dei.
» Dell’ immagine tua , se mille volte » N’ avesti quel ch’ io sol una vorrei ! t> *
La lecture des vers qui ont consacré à l’immortalité celle qui inspira à Pétrarque une passion si vive et si constante ne fait-elle pas naître un désir bien naturel de connaître les traits d’une femme si célèbre? C’est encore à Simon Memmi , à l’ami du poète, que j’emprunte un portrait auquel le censeur le plus austère ne saurait refuser un regard d’intérêt.
* Lorsque pour me plaire, Simon, par une noble inspiration, prit en main ses pinceaux, s’il eût donné à son charmant ouvrage avec la ressemblance la voix et l’intelligence , de combien de soupirs il eût soulagé mon ame ; je ne dédaignerais pas ce qui a tant de prix pour d’autres. Ici elle se montre humble, son aspect me promet la paix. Mais lorsqu’elle me parle , lorsqu’elle semble m’écouter avec bonté : que ne sait-elle répondre âmes paroles? Pygmalion, combien tu dois te louer de ta statue, si tu en obtins mille fois ce que je désirerais une seule.
M. le professeur Marsand, dans son édition des œuvres de Pétrarque , révoque en doute cq, portrait et le précédent. Il s’appuie de l’autorité de Cicognara pour donner une préférence exclusive à un prétendu portrait de Laure que possède le chevalier Bellanti , à Sienne. J’ai examiné avec soin cette peinture , et je me suis convaincu que non seulement elle n’est pas de Simon Memmi , mais encore qu’elle est de la main d’un peintre du quinzième siècle. Le costume appartient à une époque de beaucoup postérieure à celle de Laure. Cependant une opinion hasardée sur de bien faibles probabilités a prévalu sur les preuves irrécusables qui garantissent l’authenticité du portrait peint par Simon Memmi à Florence.
Le roman de Lancelot du Lac , coté n° 6964 • à la Bibliothèque du Roi , m’a donné une nouvelle preuve de la confiance que doivent inspirer les peintures italiennes. Les costumes de femmes y ont beaucoup d’analogie avec celui de Laure, qui était française. La pierre sépulcrale de Lélia Casali, morte à Rome à l’âge de vingt-cinq ans , l’an i/|48, m’a confirmé dans l’opinion que les costumes ont éprouvé vers cette époque des variations fort lentes ou bien peu sensibles.
Vasari donne au portrait suivant un caractère d’authenticité qui est encore confirmé par la tradition. Laure y est représentée la tête couverte d’un petit capuchon blanc fermé au cou par des boutons d’or et orné d’une petite frange rouge. La robe est de damas vert brodé en or. Simon Memmi lui a peint une petite flamme au-dessous du cou pour la faire reconnaître.
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MCCCC»
DES XIIIe, XIVe ET XYe SIÈCLES.
MCCCC. — N° 46.
COSTUME MILITAIRE
La soubreveste blanche de ce gentilhomme toscan me donne occasion de parler ici de l’origine des factions des Blancs et des Noirs , dont les dissensions ensanglantèrent la Toscane.
Deux branches de la famille des Cancellieri , une des plus puissantes de Pistoie , se divisèrent. L’une descendait de madonne Blanche , première femme de messire Cancellieri, et prit le surnom de Blanche; l’autre, qui descendait de la seconde épouse, prit, en opposition, le surnom de Noire. Il arriva donc qu’un jour Lore de messire Guillaume , et Géri de messire Bertaccio , jouant ensemble , se querellèrent , et le dernier fut légèrement blessé par son adversaire. Cette aventure affligea Guillaume, et ce malheureux père croyant par une démarche modérée ôter tout sujet de scandale
y ajouta encore : il ordonna à son fils de se rendre chez le père de celui qu’il avait blessé , et de lui demander pardon. Le jeune homme obéit ; mais cette démarche n’adoucit en rien lame féroce de Bertaccio. Il fit saisir Lore par ses gens , et, pour comble d’outrages , il lui fit trancher la main sur une crèche, lui disant : « Rapporte-la à ton père qui t’a envoyé ici , et qu’il apprenne que les blessures se guérissent avec le fer et non avec les paroles. » L’atrocité de cette action divisa Pistoie, et la remplit de meurtres et de ruines. Alors , pour arrêter les progrès du mal , les magistrats confinèrent les chefs des deux partis à Florence ; c’est-à-dire , ils jetèrent le feu sur les étoupes *.
Le gentilhomme dont je donne ici le costume porte un manteau écarlate doublé de noir. La soubreveste est blanche , et terminée par une broderie
* Melch. Stéfani , Istorie Florentine. Machiavelli , Istorie Fiorentine , libro 11°.
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brune. Les chausses sont rouges. Les bottines et le fourreau de lepée sont de cuir jaunâtre. La ceinture et la poignée de l’épée et du poignard sont dorées. La gaine du poignard est noire et garnie d’argent.
Ce costume , qui a beaucoup de rapports avec celui de messire Farinata des Uberti , dans l’histoire de Job , peinte par Giotto dans le Campo Santo de Pise , fait partie d’un tableau de Matteo di Giovanni , conservé dans l’académie des Beaux-Arts à Sienne. Cette peinture est du quinzième siècle ; mais le costume appartient aussi au quatorzième.
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MCCC Æ " 47,
DES XIII% XIVe ET XVe SIÈCLES.
MCCC. — N° 47.