‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 4 sur 87 · SIXTE IV · texte numérisé non relu

SIXTE IV

Les historiens de la vie de Sixte IV portent des jugemens opposés sur ce souverain pontife ; mais ils s’accordent tous pour reconnaître en lui un homme instruit et protecteur éclairé des lettres et des beaux-arts. 11 s’appliqua surtout à embellir sa capitale, et en releva les principaux édifices.

Ce souverain pontife ne borna pas sa généreuse prévoyance aux seuls embellissemens de la ville : il légua encore à la postérité un trésor bien précieux. Après avoir fait chercher et acquérir des livres et des manuscrits dans toute l’Europe , il fonda la célèbre bibliothèque du Vatican , et en donna la direction à un homme illustre , à Platina *.

Le costume du souverain pontife offre quelques variations importantes que je détaillerai dans la suite. La figure suivante est extraite d’une peinture de Piero dclla Francesca , habilement enlevée du mur, et transportée dans le musée du Vatican. Sixte IV y est représenté avec les vêlemens que le pontife porte dans l’intérieur de son palais. Ce portrait peut encore servir à démontrer les progrès rapides que la peinture avait déjà faits vers le milieu du quinzième siècle. Piero délia Francesca formait alors l’artiste chez lequel le divin Raphaël reçut plus tard les premiers élémens de son art.

Un examen attentif des anciens monumens prouve que jusqu’à l’époque

* Onofrio Panvinio. Vita di Sisto IV*

de la translation de la cour pontificale à Avignon , les papes portaient dans l’intérieur de leur palais des vêtemens de la plus grande simplicité , et presque entièrement semblables à ceux du reste du clergé : mais le changement du climat occasionna des innovations indispensables ; alors commença l’usage de certaines espèces de capes , ordinairement rouges et doublées de fourrures. Après le retour du Saint-Siège à Rome , on conserva les usages adoptés en France. La chaleur fit seulement réduire la cape à cette aumusse rouge doublée d’hermine , que les papes portent encore de nos jours.

Sixte IY est coiffé d’un bonnet de drap écarlate garni d’hermine. L’aumusse est de la même étoffe et doublée et garnie d’hermine. Le rochet * est de lin , et la soutane de laine blanche. La chaussure est rouge et ornée d’une croix d’or. L’anneau est d’or , et les boutons des manches sont blancs.

La belle chaise sur laquelle est assis le pape, a les pommeaux ainsi que les autres ornemens dorés. Le reste est de velours cramoisi. Les franges sont de laine rouge mêlée de fils d’or.

* Le rochet , prescrit particulièrement aux évêques par Innocent III , est une tunique de lin avec des manches étroites , ou même sans manches, ainsi que le décrit Ducange.

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DES XIIIe, XIVe ET XV' SIÈCLES.

MCCCC. — IV0 2.

PLATINA.

Barthélemy Platina naquit d’obscurs parens, l’an 1421 , à Piadena ( en latin Platina ) , terre près de Crémone. Il voulut prendre son nom du lieu de sa naissance, plutôt que de sa famille, qui portait celui de Sacc/ii. Il suivit d’abord la carrière militaire sous le célèbre François Sforza , et ne s’adonna qu’assez tard aux sciences et aux lettres. Il se rendit à Rome Tan i458, déjà avantageusement connu par suite de plusieurs ouvrages littéraires , et honoré de la protection d’illustres personnages. La médiocrité de sa fortune l’eût réduit à y vivre dans l’indigence , si la générosité de Pie II ne lui eût fourni les moyens d’acheter une charge d’abréviateur apostolique. Un emploi honorable et la gloire littéraire semblaient promettre à Platina un tranquille et doux avenir , lorsque Paul II , successeur de Pie II, supprima le collège des abréviateurs comme personnes inutiles. On y comptait cependant des écrivains versés dans la connaissance des lois divines et humaines, des poètes et des orateurs qui n’ajoutaient pas moins d’éclat à la cour qu’ils n’en recevaient eux-mêmes. Parmi les soixantedix savans réduits à la misère se trouva Platina, lequel, étant naturellement mordant et plus courageux que ses collègues, se présenta au pape, lui demandant justice, et faisant des instances pour que leur cause fût remise au tribunal de la Rote. « A cette demande, dit Platina, le pape, me regardant avec des yeux irrités, s’écria : C’est ainsi que tu oses nous citer à un tribunal? Feins-tu d’ignorer que toute justice est renfermée dans le secret de notre cœur? Telle est ma volonté, ajouta-t-il, qu’ils aillent où ils voudront , rien ne les arrête : je suis pape , et j’ai le droit d’annuler ou d’approuver à mon gré tous les actes des autres. » Platina exaspéré, ayant perdu tout espoir, ne garda plus de mesures et écrivit

au pontife une lettre téméraire*, dans laquelle il lui disait que lui et ses collègues seraient dans la nécessité de recourir à divers monarques et les exhorteraient à réunir un concile pour juger leur affaire. Le fruit que le pauvre Platina recueillit de son imprudente épître fut une étroite prison , à laquelle le pape le condamna. Renfermé dans une haute tour exposée à tous les vents, il y passa sans feu quatre mois d’un hiver rigoureux, jusqu’à ce que les instances du cardinal François Gonzague, son protecteur, lui fissent obtenir la liberté, mais avec ordre cependant de ne pas sortir de Rome. Trois années plus tard, Platina eut encore à lutter contre une nouvelle persécution. Une académie littéraire dont il était membre , et qui se réunissait dans la maison d’un de ses amis nommé Pomponio Leto , devint suspecte d’hérésie et de conspiration. Tous ceux qui la composaient furent emprisonnés et appliqués à diverses reprises à la torture. Les protecteurs et les amis de Platina eurent beaucoup de peine à le faire remettre en liberté, ainsi que ses collègues; on rougissait d’avoir persécuté avec tant de légèreté des hommes de mérite , et on répugnait à les déclarer innocens.

Après la mort de Paul II, Platina fut amplement dédommagé de tous ses malheurs par Sixte IV. Ce pontife ayant terminé la bibliothèque du Vatican, en confia la direction à Platina, lui assigna un honoraire convenable , et l’admit dans sa familiarité. Il jouit encore paisiblement pendant six ans de ce glorieux emploi, et finit ses jours l’an 1481, le soixantième de son âge **.

Le portrait de Platina , extrait de la même peinture qui m’a fourni le précédent , servira encore à préciser le costume des hommes de lettres en général vers le milieu du quinzième siècle. Platina est vêtu d’un manteau violet qui donne en couleur de plomb. L’habit de dessous est écarlate et bordé d’hermine. On voit un peu de la chemise au cou.

* B. Platina in Paulo II. Folio ni. 35o verso.

** Angeli Caferri. Vita B. Platinæ.

.mccc. 3.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.

MCCC. — \° 3.

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