‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 5 sur 87 · NOBLE ANGLAISE · texte numérisé non relu

NOBLE ANGLAISE

La figure suivante, copiée d’après une pierre sépulcrale d’une noble dame d’Angleterre, me fournit l’occasion de faire observer que si les nations anglaise et française différaient peu des peuples de l’Italie dans la forme de leurs vêtemens , elles conservèrent toutefois une nuance bien prononcée dans le caractère national. Cette diversité était occasionnée par l’extrême opposition de leurs formes de gouvernemens. Les lois de la chevalerie étaient alors dans toute leur vigueur en Angleterre et surtout en France. L’amour de Dieu et des Dames > c’est-à-dire la religion et la galanterie, étaient les premiers élémens de l’éducation de la jeunesse.

Les lois de la chevalerie , qui défendaient de médire des dames , les obligeaient à mettre plus de décence dans leurs mœurs et leur conduite. Le chevalier de la Tour en fournil une preuve dans une instruction qu’il adressait à ses filles vers l’an 1371:

« Le temps de lors, dit-il, estoit en paix et demenoient festes et grant » jouyeusetés , et toutes manières de chevaleries de Dames et Damoiselles

* se assembloient là où ils sçavo-ient les festes qui estoient faictes mesme » et souvent. Et là venoient par grant honneur les bons chevaliers de celluy » temps. Mais s’il advenoit par aucune advanture que Dame ne Damoiselle j que eust mauvais renom, ne qui feust blasmée de son honneur, se mist

* avec une bonne Dame ou Damoiselle de bonne renommée , combien

* quelle feust plus gentil femme , ou eust plus noble et plus riche mary, » tantost ces bons chevaliers de leurs droits n’avoient point de honte de venir » à elles devant tous, et de prendre les bonnes et les mettre au dessus des » blasmées et leur disoient devant tous : Dame ne vous desplaise se cesteDame » ou Damoiselle va devant ; car combien quelle ne soit pas si noble ou si riche » comme vous , elle n’est point blasmée , ains est mise au compte des bonnes j et

» ainsi ne dit l’on pas de vous , dont il me desplaist , mais l'en fera honneur à » qui la desseroy , et ne vous en mereveillez pas. Ainsi parloient les bons cheva- » liers et mettoient les bonnes et de bonne renommée les premières , dont » elles mercioient Dieu dans leur cueur de elles estre tenues nettement , » par quoy elles estoient honnorées et mises devant. Et les autres se pre- » noient au nez et baissoient le visaige , et recevoient de grant vergongnes. » Et pour ce estoit bon exemple à toutes gentilz femmes , car pour la honte » qu’elles oyoient dire des autres femmes , elles doubtoient et craignoient » de faire mal à point * »

Le costume suivant est extrait de la tombe de lady Joyeuse Tiptoft, dans l’église d’Enfield en Angleterre. Quoique cette dame soit morte dans l’année 1446, je n’ai pas craint de la faire figurer comme costume du quatorzième siècle, m’étant convaincu que les dames anglaises et françaises ont conservé pendant plus d’un siècle cette forme de vêtemens. Parmi les nombreuses répétitions que m’ont offertes divers monumens , je citerai surtout celle que j’ai trouvée dans les sculptures en bois qui ornent les stalles de la cathédrale de Lausanne ; elles sont du quatorzième siècle. J’ai trouvé dans un ouvrage anglais la description des couleurs de ce costume. La coiffure est rouge au-dessus de la couronne, les parties qui recouvrent les oreilles sont violettes et enrichies de perles , de pierres précieuses et d’une bordure d’or. Le voile est formé d’un léger tissu blanc. Le manteau est doublé et garni d’hermine ; la partie droite est ornée d’un lion rouge sur fond jaune , l’autre de trois lions jaunes sur un fond rouge. Il est retenu par un cordon d’or orné de perles et de glands en or. La robe est verte avec une garniture d’hermine , et la chaussure est jaune.

Les femmes des gentilshommes unissaient sur leurs manteaux ou surcots les armoiries de leurs époux avec celles de leur famille.

Sainte-Palaye , Mémoire II sur Tancienne chevalerie. (Note 45. )

meec.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.

MCCC.-IVo 4.

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