‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 8 sur 87 · NOBLE ROMAINE · texte numérisé non relu

NOBLE ROMAINE

Ce costume est copié d’après la pierre sépulcrale de la femme de Luc Savelli, dans l’église de Sainte -Sabine à Rome. L’inscription porte la date de l’ah MCCCXV. Cette figure servira à préciser l’habillement noble et majestueux des matrones romaines, habillement commun à divers autres peuples de l’Europe pendant les treizième et quatorzième siècles. Eléonore , femme d’Édouard Ier, roi d’Angleterre, morte l’an 1290, est représentée sur sa tombe avec des vêtemens semblables à ceux de la femme de Savelli. La coiffure seule présente quelque différence ; la reine d’Angleterre porte au lieu du voile une petite couronne d’or , et a les cheveux épars.

Les Romains , excités par de vieilles traditions , et par ce goût effréné des spectacles qui les domine encore , tentaient parfois d’en renouveler la pompe, autant que le permettait la misère de cette époque. Messire Lodovico Monaldeschi a laissé dans ses Annales la relation d’un combat de taureaux qui eut lieu l’an i532 dans l’ancien amphithéâtre Flavien. J’en transcris la partie qui peut servir à l’explication des mœurs et des spectacles du quatorzième siècle.

« Dans ladite année on fit le jeu du taureau au Colisée , qu’on avait arrangé avec plusieurs ordres de gradins , et l’on publia un ban dans tous les environs , pour inviter tous les barons à s’y trouver. Cette fête eut lieu le 3 septembre de ladite année ; toutes les matrones romaines étaient placées sur des balcons garnis d’étoffes vermeilles. Il y avait la belle Savelli Orsini avec deux autres de ses parentes; les dames Colonne y étaient aussi , mais la jeune ne put y venir parce quelle s’était démis un pied au jardin de la Tour de Néron; la belle Jacova de Yico ou de la Rovère s’y trouvait aussi , et elles avaient amené avec elles toutes les belles femmes de Rome ; car la

Rovère conduisait les femmes de Trastevere ; l’Orsini toutes celles de la place Navone et de Saint-Pierre ; la Colonne toutes les autres, qui comprenaient les monts , la place Montanara , et Saint-Jérôme , près le palais Savelli. Enfin toutes les femmes nobles d’un côté , celles d’un rang inférieur d’un autre , el les combattans à part : ils furent tirés au sort par le vieux Jacovo Rossi de Saint-Ange , à la Pêcherie — Chacun d’eux combattit son taureau , et il y eut dix -huit hommes tués et neuf blessés : onze taureaux restèrent morts sur la place. Les combattans qui perdirent la vie furent horablement ensevelis à Saint-Marie-Majeure et à Saint-Jean-de-Latran \ •>

Dans la planche suivante madonne Savelli est coiffée d’un voile blanc. Le manteau désigné dans les chroniques françaises sous le nom de surcot fut généralement en usage pendant plusieurs siècles ; il variait seulement dans les armoiries et les ornemens dont on l’enrichissait. La robe est de la plus grande simplicité ; je l’ai trouvée dans quelques miniatures d’un violet pâle , et le manteau blanc changeant en bleu de ciel. La chaussure était ordinairement noire.

Deux autres tombes placées dans la même église présentent quelques légères différences dans l’arrangement du voile sur la tête , ce qui porterait à croire que cet ajustement dépendait un peu du caprice. Ces matrones romaines portaient aussi quelquefois sur leur robe une tunique plus courte qui dépassait à peine le genou.

* Murator. Tom. XII , Script, rer. Italie, p. 535-536.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.

MCCCC. — N° 9.

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