ÉDOUARD III
L’histoire du siège de Calais est si connue , qu’il n’est personne qui ne se rappelle le noble dévouement des six bourgeois qui s’oflfrirent à la vengeance d’un vainqueur irrité. Il est impossible de lire sans attendrissement le récit touchant et naïf que nous en a laissé Froissart. Ces citoyens , conduits vers Édouard , s’agenouillèrent , et dirent à jointes mains , Gentil sire roy^ veez nom ici six, qui avons été bourgeois de Calais, et grans marchands. Si vous apportons les clefs de la ville ^ et du cliastel : et nous remettons en vostre pure voulonté , pour sauver le remanant du peuple de Calais : qui a souffert moult de griefs. Si veuillez avoir pitié et mercy de nous, par vostre haute noblesse.
Les comtes , barons et chevaliers anglais furent émus jusqu’aux larmes; le roi, seul inaccessible à la pitié, commanda qu’on leur tranchât la tête, malgré les prières et les objections des seigneurs qui l’entouraient. A donc la royne d’ Angleterre , (qui estoit moult enceinte) se meit à genoux enplorant, et dît , haa Gentil sire, depuis que je repassay la mer y en grand péril, je ne vous ay riens requis. Or vous prie humblement en don, que , pour le fils de saincte Marie, et pour V amour de moi, vous veuillez avoir de ces six hommes mercy : le roy la regarda : et se teut une pièce : puis dit , haa Dame , j'aimasse mieux que vom fussiez autre part que cy. Vous me priez si acertes, que je ne vous puis éconduire. Si le vous donne à vostre plaisir. Lors la royne emmena ces six bour-^ geois en sa chambre. Si leur fit oster les chevestres d’entour le col : et les fit revestir et disner tout à leur aise. Puis donna à chacun six nobles : et les fit conduire hors de l’host à sauveté*.
Le costume suivant est copié d’après le monument sépulcral du roi
* Froissard, chap, CXLVI, pag. 167 et suiv.
Édouard III , dans l’abbaye de Westminster. La couronne est extraite du monument de Henri III ; le sceptre, des peintures de Richard II ; et le trône, d’un ancien manuscrit. La couronne est d’or ; le manteau est bleu , enrichi d’une broderie d’or et doublé d’hermine. La tunique est couleur de laque avec une bordure d’or. L’habit de dessous est blanc. La chaussure est violette , avec des bandes blanches. Le trône et le tapis sont brun rouge ; les coussins sont blancs, avec des raies jaunes et violettes.
Ce costume a beaucoup d’analogie avec celui de Charles d’Anjou et de Frédéric II, et sert à confirmer encore ce que j’ai déjà dit sur le peu de variétés que présentent les costumes des diverses nations occidentales de l’Europe , du XIII® au XVI® siècle.
DES Xlir, XIV*^ ET XV" SIÈCLES.
MCCCC. — IV" 8.