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CHAPITRE II

DES DIVERSES RACES QUI HABITENT LE SOUDAN. — I. Le Ololof. — Femmes ouoloves. — A damalice foiibine, danse des Ouolofs. — Le Sérère. — II. Le Peulh. — Vêtements des Peulhs. — Le Toucouleur. — Des palabres chez les Toucouleurs — Palabre du colonel Frey avec Abdoul Boubakar, chef des Toucouleurs du Fouta. — III La race mandingue. — Caractères généraux. — Caractères des peuplades de race mandingue. — Relations de la France avec les peuplades de race mandingue. — Récit du combat du Fatako-Djingo, livré par le colonel Frey aux bandes de Samory 'janvier I8861. — Poursuite de l'armée de ^lalinkamory. — Séjour de la colonne à Niagassola. — Transport des malades et des blessés à la suite des colonnes. — Voyage à Paris de Karamokc, fils de Samory. — Le Barabara. — Danse des Bambaras. — Le Khassonkais. — Le Sarrakholais. — IV. Diobas, Balantes, etc. — V. Des Maires. — Femmes et enfants maures. — Le Maure à l'escale, les traitants et les maîtres de langue. — Danse des Mauresques.

Des diverses races oui habitent le Soudan. — La plupart des historiens s'accordent siir l'existence, dans le Soudan français, de cinq races principales :

La première comprend les Ouolofs et les Sérères';

La deuxième est celle des Peulhs;

La troisième comprend les Maliukais, les Bamharas, les Mandinkais, les Kassonkais et les Soninkais ou Sarrakholais;

La quatrième (Diobas, Balantes, Bagnouns, etc.), presque éteinte aujourd'hui, est celle des aborigènes du Sénégal, refoulée peu à peu

CÔTE OCCIDENTALE d'aFRIQIE. O

jusque sar le littoral par les migrations successives des deux premières;

Enfin la race maure.

I. Le Ouolof. — Le portrait ci- après que M. le P"" Bérenger-

Fig. '20. — Ouolof de Saint-Louis- (Collection M. M.)

Féraud donne du Ouolof, peut s'appliquer, d'une manière générale, aux noirs de toutes les autres races du Soudan.

Le caractère du Ouolof esi, au fond, d'une grande apathie et d'une grande j)aresse; c'est un mélange peu réussi de quelques qualités et de beaucoup de défauts. Ces nègres sont doux, mais imprévoyants et surtout inconstants au delà de toute expression; ils sont en somme très incomplets.

A j)ropos de leur imprévoyance, croirait-on que chaque année ils vendent, au moment de la récolte, leurs arachides et leur mil à vil prix

SEXÉGAMBIE

sans en conserver un seul grain? puis ils vont, quatre ou six mois après, racheter aux mêmes traitants, mulâtres ou blancs, la semence qu'ils ont vendue, la payant cette fois cinq ou six fois le prix qu'ils en avaient obtenu au moment de la récolte.

Le Ouolof est puérilement vain, on pourrait même dire ridiculement

Fif,'. 21. — Ouolof de SaipULouis. (Collection M. M.)

orgueilleux; il est souvent difficile de garder son sérieux devant leurs absurdes prétentions et leur désir de se faire admirer.

Croirait-on que le Ouolof ne peut rester insensible aux louanges quelque grossières qu'elles soient? Ainsi, par exemple, un malheureux manœuvre vient de toucher quelque argent ou d'acheter quelque objet indispensable, un griot se place devant lui et lui dit qu'il est beau comme

A DAMALICE FofJHl

(jOiJoloves de Saiiil-Louis.

le jour, que ses ancêtres étaient les plus beaux guerriers de la contrée. Mille autres choses plus absurdes les unes que les autres arrivant comme un flot à la bouche du flatteur, l'argent convoité depuis longtemps par le manœuvre change de propriétaire, et le malheureux noir s'est laissé bénévolement dépouiller en quelques instants du bénéfice de plusieurs jours de travail.

Vaniteux, toujours prêt à donner, parce qu'il demandera ensuite sans honte, dit également M. A. Rambaud, dans la France coloniale,

Fig. 23. — Ouolove de Saint-Louis. (Collection M. M.)

dès qu'un ouvrier ouolof se voit à la tète de quelques centaines de francs, il fait des dépenses folles. Il achètera, par exemple, chez nos commerçants, un costume de velours vert orné de brandebourgs et doublé de satin, une toque de velours grenat soutachée d'or, des bottes rouges à glands d'or, une canne, une ombrelle, des lunettes bleues, et, afl'ublé de tout cela, fumant un gros cigare, il se promène dans les rues, la tête haute, balançant les bras, suivi d'une bande de noirs lui criant qu'il est beau, qu'il est riche, qu'il est généreux.

Généreux, il Test si bien que,' deux ou trois jours plus tard, il a dû

SENÉGAMBIE

revendre les diverses pièces de son costume qu'il n'a pas données, et qu'il s'engage de nouveau pour un an, sans regret du passé, tout prêt à supporter de nouveaux voyages, de nouvelles fatigues, pour revenir ensuite émerveiller encore ses amis de Saint-Louis.

La coiffure du Oaolof mahométan varie suivant la saison, le pays, et le désir de faire bon effet; en temps ordinaire c'est un bonnet en forme de cylindre, en calicot blanc : on peut même considérer ce bonnet comme la coiffure fondamentale. En été, les

Fif,'. "21. — Ouolovo du Cayor. (Collection M. M.

riches Ouolofs portent volontiers par-dessus ce bonnet un chapeau en paille tressée et cousue, fait dans les pays du bas de la côte. Ce chapeaa, qui a souvent la forme d'un cône très évasé, d'autres fois celle d'un trône de cône terminé par de larges ailes, n"a rien de bien élégant et pèse relativement beaucoup.

Sous le boubouy le nègre a le plus souvent un pantalon on un caleçon qu'il a fabriqué lui-même quand il n'a pu l'acheter. 11 marche pieds nus, ou bien en garantissant ses pieds avec des sandales de diverses formes : tantôt c'est une simple plaque de cuir avec quelques lanières, tantôt ce sont des babouches en cuir jaune,

roiif^e ou marron. Aux jours de fête, les élégants portent des bottes marocaines ou européennes; l'important, c'est que la tige en soit de

couleur voyante : le jaune, le bleu de ciel, le rouge, leur paraissent le beau idéal de la coquetterie. Quelques-unes sont même brodées en noir ou en fil métallique.

A certaines fêtes de l'année, le Ouolof se met dans ses plus beaux habits. Ces époques sont des dates mémorables dans leur esprit ; ils cherchent à se couvrir alors des couleurs les plus extraordinaires, et celui qui a pu étonner ses A^oisins par l'exagération d'ampleur, de couleur ou de taille de ses vêtements, est assurément le plus heureux de toute la Sénégambie ce jour-là.

Femmes ouoloves. — Les femmes ouoloves, dit M. le C Bérenger- Féraud, ont moins souvent le boubou blanc que les hommes.

Ce vêtement est phitôt en indienne de couleur en été; en étoffe de laine à raies, à carreaux et à dessins en hiver. Le boubou est aussi plus court et ne descend pas tout à fait jusqu'aux genoux. Quand le temps est chaud, les femmes portent souvent le boubou en mousseline transparente et même en gaze blancbe ou coloriée ; quelques jeunes filles ainsi vêtues sont véritablement très belles de formes, car leur torse à demi voilé a, sous ses pUs, des contours séduisants plus élégants même que s'il était nu, et nu il est déjà très beau.

Il n'est pas rare de voir, pendant la saison chaude, les jeunes fdles et les jeunes femmes dépourvues de boubou, montrant ainsi leur

Fig. 2;j. — Captive Ouolove.

corps nu jusqu'à la ceinture

A Damalice Foubine^ danse des Ouolofs. — De toutes les danses en honneur dans la Sénégambie, la plus curieuse, celle qui surprend le plus

SÉNÉGAMBIE

les Européens est, sans contredit, la damalice foubine, cette danse si ^lière aux Ouolofs de Saint-Louis.

La première fois que l'on voit ce pas, écrit M. Noirot, les moins puritains en sont presque scandalisés. Et puis, est-ce le milieu dans lequel on se trouve qui en est cause? Progressivement, à mesure que le pas se déroule, le premier mouvement de surprise disparait, et on se

Fig. -26. — Femmes de traitants (commerçanu indigènes), de Saim-Louis (M. M.)

prend à admirer les poses plastiques des danseurs. Les tambours exécutent un roulement précipité, les femmes qui composent le prejnier rang du cercle battent vigoureusement des mains, portent la tête en avant, et, roulant des yeux où brille le plaisir, ouvrant la bouche et montrant deux rangées de dents magnifiques, elles excitent les danseurs de la voix en répétant toutes en mesure : .1 la damalice foubine! A la damalice foubine!

Dans son Roman d'un Spahi, Pierre Loti décrit également cette danse de la manière suivante :

« Anamalis fobill — hurlaient les griots en frappant sur leur tamtam — l'œil enflammé, les muscles tendus, le torse ruisselant de sueur... Et tout le monde répétait en frappant des mains, avec frénésie : Anamalis fobill Anamalis fobill... La traduction en brûlerait ces pages...

(( Anamalis fobil! les premiers mots, la dominante, et le refrain d'un

Fig. 27. — Type de Sérère.

cliant endiablé, ivre d"ardeur et de licence, — le champ des bamboulas (lu [irintemps...

« Anamalis fobil! hurlement du désir effréné, — de sève noire surchauffée au soleil de l'hystérie torride... alléluia d'amour nègre, hymne de séduction chanté aussi par la nature, par l'air, par la terre, par les plantes, par les parfums!...

« Aux bamljoulas [du printemps, les jeunes garçons se mêlaient aux jeunes filles qui venaient de prendre en grande pompe leur costume de nubile, et, sur ce rythme fou, sur des notes enragées, — ils chantaient tous, en dansant survie sable : Anamalis fobil! »

SENEGAMBIE

Le SÉRÈriE. — Variété de la race ouolove, le Sérère est d'iiii naturel remuant; il est grand buveur, grossier et dangereux quand il est ivre. On trouve parmi les Sérères des hommes de grande taille et aux formes athlétiques. Très attaché au sol natal, qu'il cultive et dont les produits sont promptement troqués contre le sangara, eau-de-vie de traite, — le plus grand objet de commerce do

Fig. 28. — Chef Teulh. (Collection M. M.)

cette partie de la colonie, — le Sérère reste] assez indifférent aux prédications des marabouts. Idolâtre, il adore deux dieux, disent les Annales coloniales, «. celui de la justice » et « celui de tous les biens. » Ses t(Mnples sont les fourrés les plus épais des bois. 11 n'est pas rare de voir un médiocre buveur sérère engouffrer son litre d'eau-de-vie comme un ivrogne engouffre un verre de vin, — « Boire, boire toujours, écrit un missionnaire, voilà le suprême bonheur pour le Sérère! »

II. Le Peulh. — Les Peulhs, que l'on appelle aussi Pouls, Fouliahs, Fellahs, sont d'un brimrougeâtre; leurs cheveux sont à peine laineux.

On a pensé, écrit M. Rambaud, dans la France coloniale^ que cette race était peut-être celle qui habitait l'Egypte au temps de son ancienne grandeur. Il est certain que bon nombre de types peulhs rappellent au voyao-eur, même au simple voyageur peu versé en anthropologie, les fic^ures que l'on peut voir au Louvre sur les bas-reliefs égyptiens.

Les caractères distinclifs des Peulhs sont, d'après M. l'abbé Boilat {Esquisses séiiégalaises) , des cheveux longs et épais approchant

Fig. '29. — Vieille femme peulhe.

un peu de la laine; des traits presque européens; une couleur de bronze rouge, des lèvres bien moins épaisses que celles des Ouolofs: un nez un peu allongé. Leur taille est médiocre, bien prise et fort aisée. Les hommes portent une culotte courte qui descend jusqu'aux genoux. En grande tenue, ils ont de plus un pagne sur leurs épaules. Ils ornent leurs cheveux d'un bonnet placé sur le frontal, qui ressemble à un casque. Ils aiment aussi à attacher à leurs cheveux des boutons de cuivre, quelquefois même ils s'en mettent un gros s"ur le front. Ils croient surtout avoir atteint les dernières limites de l'élégance et du bon ton quand ils ont couvert leur tête de lait caillé. Il est rare de les rencontrer

SÉXEGAMBIE

sans la lance à la main ; c'est une précaution qu'ils prennent afin d'être toujours en mesure de se défendre contre les lions, les tigres et autres bêtes féroces qui peuvent attaquer leurs troupeaux ; ils sont aussi armés

de fusils.

Leurs femmes sont les plus belles du Sénégal. Elles ont la figure

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Fig. 30. - Jeunes filles peulhes, d'après une photographie de M. Colol.J

ré-ulière, une taille mince et délicate, de beaux yeux, mais languissants, etla voix toujours douce et tendre. Elles sont coiffées comme les bommes et portent des boucles doreilles d'or; leurs bras et leurs pieds sont chargés de bracelets de cuivre, qu'elles tiennent toujours luisants. Leurs vêtements sont comme ceux des femmes ouoloves.

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Vêtements des Peulhs. — Le costume des Peulhs est très simple, mais il suffit à des gens qui habitent un pays où il ne gèle jamais. Poulies hommes il se compose d'un boubou, sorte de grande chemise bleue sans manches qui descend jusqu'au gras du mollet ; d'une petite culotte à mille plis qui s'arrête aux genoux; et d'une calotte en cotonnade blanche, généralement ornée de broderies bleues.

Ces vêtements sont coupés et cousus par les hommes. Comme ils n'ont pas de fil, ils effilochent l'étoffe et, de cette façon, cousent les vêtements avec du fil de même couleur. L'étoffe qu'ils emploient de préférence est une cotonnade fabriquée et teinte dans le pays. Ils se servent aussi de cotonnade blanche et bleue — teinte aux Indes, — et d'indiennes de couleur, de provenance européenne.

Ils portent des sandales faites par leurs cordonniers, mais ils marchent généralement pieds nus. Ils ont toujours, attachés à des cordons de cuir, des sachets également en cuir, où se trouvent des versets du Koran; ce sont leurs gris-gris (amulettes).

Le costume des femmes est beaucoup plus simple; il ne se compose que d'un morceau de cotonnade qui entoure la taille et descend jusqu'au genou. Leur coiffure est plus compliquée. Leurs cheveux sont artistement tressés et, quand l'édifice est monté, il ressemble à un casque de pompier. Il ne faut pas moins de deux journées de travail pour coiffer une femme.

Gomme les hommes, les femmes portent aussi des amulettes renfermées dans des sachets de cuir. Elles portent, en outre, des pièces d'argent reliées en colliers. Des boules d'ambre, des grains de corail ou de verroteries ornent les nattes de leur chevelure.

Les enfants sont nus jusqu'à l'âge de dix ou douze ans, époque de la circoncision. Alors, les garçons sont vêtus d'un boubou et les fillettes d'un pagne.

Les hommes portent des boucles d'oreilles en or ou en grains d'ambre, des colliers de verroterie, des coquillages et des bijoux de cuivre ou d'or, presque autant que les femmes. Il paraît qu'il y a des lois somptuaires dans leur pays qui interdisent tels et tels bijoux à certaines classes d'individus. Dans tous les cas , on peut dire qu'ils aiment beaucoup les couleurs voyantes et ont une coquetterie relative bien accusée. Le vêlement fondamental des hommes est un pantalon qui s'arrête au-dessus du genoux et qui est beaucoup moins ample que le seroual du Maure. Les pauvres ont le haut du corps nu; ceux qui sont plus aisés ont une simple pièce de coton bleu ou jaune en forme de pagne ou de boubou sur les épaules.

Les femmes ceignent leurs reins d'un pagne généralement bleu; un autre pagne flottant leur couvre plus ou moins bien le haut du corps, de sorte que les deux sexes sont vêtus d'une manière peu différente. L'abon-

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clance des perles et des bijoux seule les différencie le plus souvent. Les cheveux des femmes peulhes sont souvent relevés sur le sommet de la tête en longues tresses entremêlées de corail, d'ambre et de pièces d'argent; elles portent autour du cou de gros colliers d'ambre et de verroterie. Leurs bracelets sont en argent et sont souvent si larges qu'ils forment une espèce de fourreau à l'avant-bras.

Kig. 31. — tV'inine de tirailleur (Toucoiilcurcl.

Le Tougouleuu. — Le Toucouleur est issu du croisement du Peulh avec le Ouolof. C'est un musulman fanati(iuo, ombrageux et très jaloux de son indépendance. Le pays qu'il habite, le Foula, situé sur le moyen Sénégal, est dans un état d'agitation perpétuelle. S'il est perfide, orgueilleux, mobile dans ses projets, le Toucouleur a une grande qualité : il est brave et énergique. Employé comme matelot à bord de nus avisos, ou connue soldat, il se bat courageusement à nos côtés et nous rend de réels services.

Le visage des femmes toacouleures est un peu allongé; leurs traits sont fins, leurs cheveux sont tressés sur la tête à peu près comme ceux des Françaises : quelquefois elles donnent à leur coiffure l'aspect d'un véritable échafaudage. Ces femmes ont en général un embonpoint moins volumineux que les Ouoloves; (41es aiment

Fig. 'ai. — l'cinmes toucouleures. (Collection M. M.)

beaucoup à orner leurs cheveux d'ambre jaune et de corail, et leur cou de verroteries et de bijoux d'or. Elles portent sur la tête un voile en mousseline blanche; le reste du costume', est semblable à -celui des femmes ouoloves.

Si les habitants du Foula sont peu vêtus, dit M. E. ^'uil•ol. les

KEMMKS TOLCOULELRnS 1)1 UOISUOI CJTE 0CCIDI:.\TALK DAirugiE.

bonnes mœurs n'en soullVent nullement. Les femmes ne s'inquiètent guère de savoir si on les admire; elles n'en sont pas moins très pudiques et ne manquent pas d'habiller les enfants, dès qu'ils ont atteint l'âge voulu : onze ans pour les garçons et neuf ans pour les filles.

Par exemple, ce qui ne ruine jamais les familles, ce sont les frais de layette, ce luxe réservé aux enfants blancs. Aussitôt que la mère relève de couches, elle campe l'enfant à cheval sur ses reins; pour le maintenir, elle passe sous lui une pièce d'étoîfe qu'elle noue au-dessus des seins et voilà tout. Elle vaque aux soins du ménage, travaille aux champs, et la tête de l'enfant suit tous les mouvements du corps de la mère. Quand le bébé a soif, maman desserre un peu le pagne, fait passer sa progéniture sous son bras et livre la bouteille

La façon de porter les enfants dans le Soudan est même la raison qui a fait attribuer par les Européens, à toutes les négresses, une forme qui n'est pas, en réalité, leur forme naturelle; jusqu'à présent, je crois qu'il y a là une erreur, je n'ai pas vu une femme, n'ayant pas été nourrice, qui se présentât sous cet aspect disgracieux que l'on sait.

J'ai même vu des femmes qui, après un allaitement prolongé, n'étaient pas déformées; mais, quand une négresse a eu plusieurs enfants qu'elle a portés attachés comme je viens de l'expliquer, leur poids finit par produire une sensible dépression de la forme du buste.

Les Européennes portent des corsets, les femmes noires, non seulement n'en portent pas, mais elles se compriment la poitrine avec le pagne qui supporte l'enfant.

Des palabres chez les Toucouleurs. — Toutes les affaires, importantes ou non, écrivait M. le lieutenant de vaisseau Méquet, dans la Revue coloniale, se traitent dans des assemblées où chacun a son franc parler. Dans ces interminables palabres, on dépense inutilement d'innombrables paroles, et il se trouve des orateurs qui ne le cèdent pas aux nôtres dans l'art de parler longtemps sans rien dire, et de tourner autour de la question sans jamais l'aborder.

Les palabres, dit, sur le même sujet, M. l'abbé P. Bouche, fournissent aux noirs l'occasion de montrer leur éloquence naturelle, qui ne manque ni de verve ni de finesse. Habiles, rusés, pleins de bon sens, ils savent donner l'apparence de l'équité à leurs prétentions les plus exorbitantes. Ils ont de piquantes comparaisons, des peintures vives et imagées. Dans la conversation, ils aiment les sentences, les proverbes, les dictons.

Nous donnons ci-après le récit de run de ses palabres : Palabre du colonel Fuev avec Abdoul Boubakar, chef des

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ToucouLEURS DU FouTA. — (( Slif le bord d'an petit marigot, à un kilomètre environ du village de Dembakané, est un petit monticule d'où l'on découvre bien au loin toute la plaine. Là s'élève, isolé, un petit arbre dont l'ombre peut à peine abriter une dizaine de personnes. C'est l'emplacement qui fut choisi pour l'entrevue du commandant supérieur et d'Abdoul Boubakar. Ce dernier, persuadé que sa tête avait été plusieurs fols mise à prix, s'était montré, de tout temps, d'une défiance telle que, dans la crainte de tomber dans un piège, il n'avait jamais consenti à accepter un rendez-vous d'un chef français à proximité d'un aviso ou d'un camp. Aussi, en cette circonstance, ne manqua- t-il pas de s'entourer de nombreuses précautions.

« Avant son arrivée, quelques-uns de ses fidèles s'étaient glissés au milieu des serviteurs des officiers, écoutant les conversations, épiant leurs moindres gestes et ceux des soldats de l'escorte. L'un d'eux, reconnu par un interprète, convint de bonne grâce, en excellent français, qu'il était en effet un homme de confiance d'Abdoul et qu'il avait reçu pour mission de s'assurer que son maître n'allait courir aucun danger en se rendant à cette entrevue. Pendant ce temps, des cavaliers d'Abdoul se postaient en vedette tout autour de l'emplacement qui avait été choisi, observant avec soin les environs, prêts à donner l'alarme, au cas où la sécurité de leur chef aurait été menacée.

« Lorsquil fut bien convaincu de la sincérité des intentions des Français, Abdoul se décida à se mettre en route. La petite armée toucouleure, débouchant par toutes les issues du village de Dembakané, se répand dans la plaine, puis lentement, bannières déployées, s'ébranle, avec un bruit lointain de cliquetis d'armes, de hennissements de chevaux, au milieu d'un tourbillon de poussière qu'elle soulève sur son passage!

a Un groupe de trois cents fantassins ouvre la marche : c'est la garde particulière d'Abdoul, une sorte de troupe régulière. Elle s'avance en colonne par sections sur deux rangs, tam-tams et griots en tête; les hommes portant l'arme sur l'épaule droite au lieu de la tenir par le bout du canon, la crosse en l'air, comme c'est l'habitude chez les indigènes.

« C'est évidemment une imitation des manœuvres que les Tou-

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