CHAPITRE III
HABITATIONS, INTERIEURS, REPAS DES NOIRS DE LA SENEGAMBIE. — Habitations des noirs. — Intérieur de case de nègre. — Description d'un village indigène fortifié. — Attaque d'un village par les indigènes. — Des bijoux de la négresse. — Coiffure des négresses de la Sénégambie. — Du tabac au Sénégal. — Un marché indigène. — Préparation des repas des Noirs. — Les pileuses de couscous. — Repa;; des noirs. — Boisson des noirs. — Du deuil chez les noirs.
Habitations des noirs. — Autour de la case, dit M. le D"" Bérengei- Féraud, et plus souvent autour de deux ou trois cases appartenant à la même famille, on fait une haie avec des pieux et des roseaux.
Cette palissade est parfois recouverte d'une sorte d'argile détrempée ; elle s'appelle alors tapade. Ainsi entourée, l'habitation des- nègres a une cour dans laquelle bûtes et gens passent leur journée, bien souvent la nuit. Dans cette cour sont les ustensiles de ménage; la cuisine, des poules, des canards, des moutons, la vache ; — un chien, plusieurs chats complètent la population. Le poisson péché la veille sèche sur la toiture, les animaux morts récemment pourrissent avec les intestins de moutons, de volailles et de poisson dans les environs. Tout cela, joint à la malpropreté sordide habituelle au nègre, fait que l'atmosphère des villages est toujours infectée.
Intérieur de gase de nègre. — Voici ce dont se compose un intérieur de case de nègre : le mortier et son [lilon, la inannilc eu
terre ou en fonte pour la cuisson du couscous, quelques calebasses de dimensions différentes, servant à la fois d'écuelles, de gobelets, de jattes; comme mobilier, un coffre et un lit consistant en quelques planches soutenues par des piquets plantés en terre. S'il s'agit d'une négresse aisée, joignez à cela quelques gargoulettes, quelques escabeaux, quelques canaris, sorte de grandes poteries pour contenir l'eau, et quelques nattes pour permettre de s'étendre au dehors, pour y prendre le frais, sur la fm de la journée.
Fig. 60. — Groupe de cases composant l'habitation d'un chef indigène.
Description d'un village indigène fortifié. — ■ Dans le bas Sénégal, qù notre présence a amené une certaine confiance et une certaine tranquillité dans les rapports des indigènes entre eux, les habitants n'ont pas à craindre d'attaques inopinées de la part d'un farouche voisin; aussi, en règle générale, les villages ne sont-ils point fortifiés. Dans le haut Sénégal et sur le Niger, OAi contraire, tous les villages sont fortifiés. La guerre y existe, en effet, à l'état permanent, de contrée à contrée, quelquefois de village à village. Le prétexte de ces luttes incessantes est souvent des j)lus futiles : par exemple, une vengeance à exercer contre les habitants du pays voisin qui, il y a quelque trente ans, ont volé un, bo3uf, une captive du village. Quant à la cause déterminante, c'est|
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la nouvelle que le voisin vient de faire une bonne récolte, possède un beau troupeau, de nombreuses et belles captives. Aussi les villages se tiennent-ils, les uns vis-à-vis des autres, sur une constante et prudente défensive.
Nous extrayons de l'ouvrage : Campagne dans le haut Sénégal
Fig. 70. — Village indigène, d'apii's une photographie de M. Bonnevide.
et dans le haut Niger, la description ci-après de Tun de ces villages du haut Sénégal :
(( Chaque village est entouré d'un tata, enceinte fortifiée, qui a d'ordinaire 0"',G0 d'épaisseur à la base, 2'", 50 à 3 mètres de hauteur. Les tatas de certaines places fortes, telles que Nioro et Dcguella, sur le Niger, ont de 3 à 4 mètres d'épaisseur à la base et \ mètres de hauteur.
(( De distance en distance, adossées au tata, sont dos cases, sur-
montées d'une terrasse ou bien de petites tourelles, semblables à de petits blockhaus; enfin, de petites estrades, affleurant presque la partie supérieure du tata, forment une sorte de banquette sur le pourtour de la fortification. C'est de ces points que le défenseur observe les abords du village et fait des feux plongeants en avant de l'enceinte. Celle-ci est percée d'un ou de deux rangs de créneaux placés, de mètre en mètre, à 0'",50 les uns des autres, et à un mètre au-dessus du sol. Ces créneaux sont évasés à l'intérieur; ils sont dissimulés, bouchés à l'extérieur, afin qu'au moment de l'attaque, l'assaillant reste jusqu'au bout dans l'ignorance de leur emplacement, et par suite des parties dangereuses de la fortification.
(c Quand la marche de l'assaillant est signalée, les défenseurs se portent en masse en arrière de la partie menacée, débouchent les créneaux du bout du canon de leur fusil, et font feu en tirant horizontalement, sans viser. Un autre défenseur succède à celui qui vient de tirer, fait feu à son tour pendant que le premier recharge son arme, et le combat se continue de cette manière.
« De là des épisodes burlesques et terribles à la fois ; les hommes placés de chaque côté du tata, cherchant réciproquement à saisir Tarme de leur adversaire, à la briser ou à l'attirer à eux, se jetant à plat ventre au moment où celui-ci va faire feu; le tout entremêlé décris, d'injures, de rauques imprécations de part et d'autre.
« Sur deux ou trois points de l'enceinte, au pied même du tata, sont ménagées de petites ouvertures, fortement barricadées à l'intérieur, et qui servent à l'écoulement des eaux pluviales. C'est par ces trous qu'à la nuit tombante, lorsqu'une attaque a été repoussée, se glissent, comme des hyènes sortant de leur tanière, les noirs qui sont envoyés en reconnaissance, ceux qui vont dépouiller les morts et achever les blessés que l'ennemi n'a pu emporter. ^>
Attaol'e d'un vn.L.vcE PAR LES INDIGENES, — Quaiid uue expédition a été résolue, écrit M. E. Noirot, dans sou volume : A travers le Fouta Djallon, l'Almamy (le roi) fait battre le tabala dans tout le pays. Ce tambour de guerre, toujours accroché dans la case des chefs, est considéré comme l'insigne de l'autorité.
Immédiatement, tous les hommes en élat de porter les armes se rendent au lieu de rendez-vous, suivis de quelques-unes de leurs femmes,
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et de captifs en nombre sufîisant pour porter les ustensiles de cuisine. On ne se munit d'aucune provision de bouclie; le pays oii l'on opère doit fournir les vivres aux combattants. Mais les parties du territoire que traverse l'armée ne sont pas exemptes de contributions et les habitants voient souvent disparaître les provisions de toute l'année.
Comme dans toute l'Afrique, les expéditions des Peulhs n'ont souvent pour cause que le désir de faire du butin et de prendre des esclaves. Cependant, quand ils combattent les indigènes, ils prennent pour pré-
Fig. 71 — Négresse de Corée (M. M.
texte la conversion, et quand ils bataillent contre d'autres musulmans, ils ne les réduisent pas en esclavage; ils se contentent de piller et d'enlever les captifs.
L'attaque a généralement lieu le matin et les combattants s'efforcent d'arriver sur un village sans faire aucun bruit. Ils l'entourent et tout à coup poussent de grands cris, déchargent leurs armes, font le plus grand vacarme possible; ils profitent de l'affolement qu'ils produisent pour mettre tout au pillage et enlever les femmes et les enfants.
Quand l'ennemi est sur ses gardes, les deux parties font également le plus de bruit possible; gesticulent, prodiguent les menaces afin de s'ef-
frayer mutuellement, et s'il arrive que Tun des deux, se déliant de ses forces bat en retraite, c'est l'instant où l'autre s'élance à l'attaque.
Pour leurs expéditions de guerre, les Peulhs portent un petit boubou, teint d'une couleur terreuse, qui ne vient que jusqu'à la ceinture et qui est o-arni d'amulettes sur toutes les coutures. Ils se fout aussi des coiffures en poil de chèvre pour se donner l'air plus terrible. X'est-ce pas là l'ancien bonnet à poil des vieux grenadiers du premier empire?
A entendre parler les Peulhs, on dirait que ce sont des guerriers invincibles; mais je ne les crois pas d'une bravoure excessive. Ils sont forts quand ils attaquent par surprise, mais lorsqu'ils combattent face à face.
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Fig. 72. — Ouolove de Saint-Louis.
ils prennent aisément la fuite, à en croire les histoires de guerre que m'a racontées Mahamadou-Saidou.
Des bijoux de la négresse. — L'écrin de la négresse se compose de lourds bracelets en argent ou en or massif qu'elle porte aux poignets et dont le nombre témoigne de la libéralité et de la richesse de l'époux et maître; de larges anneaux de môme matière qui entourent la cheville; de pendants énormes ciselés par le forgeron indigène et qui chargent littéralement ses oreilles au point que la négresse est obligée de les fixer à sa chevelure.
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Les griottes et les femmes toucouleures ajoutent à cela de lourds colliers | composés de boules d'ambre, de coraux, etc. Lorsque la jeune fille est nubile, elle conserve sur la tête rasée une mècbe, à l'extrémité de laquelle flotte une piécette d'or ou d'argent.
CÔTE OCCIDENTALE d'aFIUQUE. *5
Les femmes de condition libre, dit M. l'abbé Boilat, ont plusieurs pao'nes leur servant de jupons, une camisole sans manche, de beaux paf^nes sur les épaules, plusieurs mouchoirs arrangés sur la tète, des pendants d'oreilles faits d'or massif, et des colliers d'or, des bracelets d'ar"-entaux mains et des perles d'or, ou d'argent, ou de corail, aux pieds. Les plus riches ont quelquefois jusqu'à six pendants à chaque oreille. Au lieu de faire valoir la richesse de leur taille, les femmes chargent leurs reins de trente ou quarante tours de verroteries de toutes couleurs. Cet ornement fait entendre, en marchant, une sorte de cliquetis qui annonce une négresse de bon ton.
Coiffure des négresses de la Sénégambie. — Les négresses de la Sénégambie ont adopté une coifîure assez compliquée dont la forme et la disposition varient avec les différentes races^, mais qui réclament toutes une patience et une adresse professionnelles : dans le bas Sénégal, cette coifîure consiste en une infinité de tresses qui encadrent la figure et retombent gracieusement sur le cou, donnant au visage une physionomie très douce.
Du TABAC AU SÉNÉGAL. — Au Sénégal, le tabac en tète de plusieurs feuilles est une excellente marchandise d'échange. Dans l'intérieur, bien souvent, un indigène qui manque de cette denrée donne un et quelquefois deux poulets pour deux feuilles de tabac.
La pipe qu'emploient les indigènes est fabriquée tout en fer, fourneau et tuyau; quelquefois c'est un simple os de mouton qui en remplit rofïice.
Il est de bon ton parmi les dames indigènes (les négresses comme les mauresques) de fumer. Il n'est pas rare de les voir vaquer à leurs diverses occupations, le brùle-gueule aux lèvres; au repos, elles affectionnent de placer leur pipe entre l'orteil et un doigt de leur pied.
Les négresses se servent également de pipes en bois importées de France.
Un marche indigène. — Nous donnons ci-après la description qu'a faite du marché indigène de Guet N'Dar, l'écrivain qui a su dépeindre avec une grâce charmante et tant de vérité, dans le Roman d'un Spa/n', les scènes de la vie sénégalaise :
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A Guet-N'Dar, sur le sable, tapage, confusion de tous les types, Babel de toutes les langues du Soudan. Là, se tient perpétuellement le grand marché, plein de gens de tous les pays, où l'on vend de tout, des choses précieuses et des choses saugrenues, des denrées utiles et des denrées extravagantes, des objets invraisemblables, de l'or et du beurre, de la viande et des onguents, des moutons sur pied et des manuscrits, des captifs et de la bouillie, des amulettes et des légumes.
D'un côté, fermant le tableau, un bras du fleuve avec Saint-Louis derrière : ses lignes droites et ses terrasses babyloniennes ; ses blancheurs
Fis. 71. — Négresse de Saint-Louis.
bleuâtres de chaux, tachées de rougeurs de briques, et çà et là, le panache jauni d'un palmier montant sur le ciel bleu.
De l'autre coté, Guet-N'Dar, la fourmilière nègre aux milliers de toits pointus. Auprès, des caravanes qui stationnent, des chameaux couchés dans le sable, des Maures déchargeant leurs ballots d'arachides, leurs sacs fétiches en cuir ouvragé.
Marchands et marchandes accroupis dans le sable, riant ou se disputant, bousculés, piétines, eux et leurs produits, par les acheteurs.
Marchandes de poisson salé, marchandes de pipes, marchandes de tout, marchandes de vieux bijoux, de vieux pagnes crasseux et pouilleux, sentant le cadavre, de beurre de Galam pour l'entretien crépu de la chevelure ; de vieilles petites queues, coupées ou arrachées sur des têtes do négresses mortes, et pouvant resservir telles quelles, toutes tressées et