VILLAGE DE KOUNGUEL DANS LB
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bout portant dans la gueule du caïman; en homme avisé, il avait eu le soin de se munir de son arme.
« Au fur et à mesure que Ton remonte le fleuve, les eaux sont de plus en plus basses; dans certains passages, des roches à fleur d'eau rendent la n^avigation périlleuse.
« Les marigots, affluents du Sénégal, qui naguère recevaient le trop-plein de ses eaux, se déversent à leur tour dans le fleuve. Une petite levée de terre se forme peu à peu à l'entrée de chacun d'eux:
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après une aquarelle inédite de Nou.sveaux,
comme une digue naturelle, elle va bientôt arrêter l'écoulement des eaux; elle créera ainsi une série de réservoirs qui, pendant la saison sèche, serviront d'abreuvoir aux fauves et fourniront aux peuplades riveraines l'eau nécessaire à leur existence. Ces marigots, dont l'eau s'évaporera lentement, deviendront de plus en plus étroits ; ils formeront, dans quelques semaines, une réserve providentielle où caïmans et poissons pulluleront, grouilleront, et dans lesquels les indigènes puiseront à foison.
« Déjà, au-dessus, lentement, tourbillonne une quantité considérable d'oiseaux aquatiques de toute taille : aigrettes au plumage de neige, canards aux ailes armées d'un aiguillon comme d'une épée, marabouts, pélicans au vol lourd, oiseaux trompettes au cri strident et rauque. La nuit venue, tous prendront dans les airs, pour regagner leur retraite, des formations régulières, comme une armée qui manœuvre devant un ennemi.
« La Salamandre défile devant les postes de Richard-Toll, de Dagana, de Podor, de Saldé; elle fait escale à Matam, le premier poste du haut fleuve, situé au centre des tribus du Fouta, les plus turbulentes, les plus belliqueuses du Sénégal.
« Bientôt nous entrons dans les pays sarrakholais, dont les grands villages, au milieu de cette nature morne, ont l'aspect riant d'oasis au milieu du désert!
« Des milliers de toits pointus, dépassant la crête dentelée du tata, se détachent sur le ciel bleu comme autant de gracieuses silhouettes.
(f De-ci de-là, émergent quelques palmiers, quelques hauts dattiers, rares dans ces contrées; quelques arbres séculaires, immenses figuiers déployant majestueusementleurs branches massives, comme pour protéger le village contre les esprits malins qui, au dire des noirs, errent la nuit dans les nappes mystérieuses de l'air.
« Autour de leur tronc gigantesque s'élève une estrade sur laquelle sont disposées de larges nattes de paille. C'est là que, paresseusement étendu, le noir use et abuse de ce qui est pour lui la première des jouissances : le bonheur de j)alahrei\ c'est-à-dire de passer de longues, d'éternelles heures dans l'oisiveté, à discourir sur des riens, à redire les mêmes contes, les mêmes histoires cent fois répétées.
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(( Dans ces villages, où le fléau de la guerre va bientôt passer et accumulera ruines sur ruines, le tam-tam bat ses coups redoublés, invitant les populations aux promenades joyeuses à travers le village et aux danses effrénées, inséparables des réjouissances des noirs.
« Dès que le navire est en vue, hommes, femmes, enfants se portent en masse sur la berge. Insensiblement, celui-ci ralentit sa marche; il se rapproche delà rive. Les Sarrakholais, dont se composent presque exclusivement les équipages de nos avisos, après un échange rapide de salutations, qui est l'entrée en conversation obligatoire chez les noirs, criant, gesticulant, se mettent au courant des nouvelles survenues depuis le dernier voyage. Commerçants dans l'âme, ils ne perdront pas une si belle occasion de faire quelques affaires. Ils ont eu soin de préparer quelques ballots renfermant de la guinée, du tabac, de la poudre, le tout acheté à Saint-Louis avec le fruit de leurs économies.
« De la toiture du navire, ils jettent au passage ces ballots sur la rive, à leurs parents, à leurs amis. Point n'est besoin de leur indiquer la destination de ces marchandises. Elles seront affectées au seul commerce lucratif du Soudan, à l'achat de captifs que les laptots retrouveront dans leur village à l'expiration de leur service. Puis, le navire reprend sa vitesse et, dans la traînée de son panache de famée, disparaissent peu à peu enfants, hommes, village. »
Haut Sénégal. — Quoique Matam fasse partie de la circonscription militaire du haut fleuve, le haut Sénégal ne commence en réalité qu'à Bakel.
Description de Bakel. — La ville de Bakel est, depuis cinquante ans, un des points d'échange les plus importants du Sénégal. Efle est située à six cents kilomètres environ de Saint-Louis et à cent quarante kilomètres de Médiue. Le fort se dresse sur un monticule rocheux, sur le bord même du fleuve, dont la berge est absolument à pic. A deux cents mètres environ, et parallèlement au fleuve, court une crête de collines dont les ailes viennent s'appuyer au fleuve, et qui forment ainsi une sorte de crique au centre de laquelle est le fort.
Avec ses hautes murailles crénelées, ses bastions munis de pièces de canon, le fort de Bakel peut défier toutes les attaques d'une troupe qui ne dispose pas d'artillerie.
La ville est formée par ragglomération de plusieurs villages, qui s'étendent le long du fleuve, de chaque côté du fort, et dont une partie s'étale en outre, en amphithéâtre, sur les deux versants de la ligue de
collines.
Devant l'entrée du fort, au nord, se trouve une place plantée de grands arbres qui donnent à la ville un riant aspect.
Ces villages sont dominés et protégés par une ceinture de petites tours qui sont : la tour du Xord ou tour des Pigeons, qui commande le village sarrakholais du Mody N'Kané et harre la route de Tuabo; la tour
Fig. <Ji. — Poste de Matam ^Sénégal).
Jauris et la tour du Télégraphe à l'est; au sud, la tour du Mont-aux-Singes, qui commande le village de Guéry M'Palé et barre la route de Kounguel.
Les environs du fort de Bakel ont été, à diverses reprises, le théâtre de combats livrés par nos colonnes aux peuplades indigènes révoltées contre notre autorité.
A la fin du mois de mars 1886, notamment, le marabout Mahmadou Lamine, après avoir prêché la guerre sainte aux populations sarrakolaises, vint mettre le siège devant Bakel, avec une armée de huit à dix milles fanatiques.
Les 1", 3 et 4 avril, le fort et le village furent attaqués; mais après une b.itle ncharnée, Icrrible, dans les rues du village en feu.
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l'ennemi dut se retirer, laissant de noml.reux cadavres sur 1.
terrain
Quelques jours avant l'attaque de Bakel. le l i mars, la garnison avait effectué dans la direction du village de Kounguel, occupe par
CÔTE OCCIUKNTM.K D'M lUOlE.
les bandes rebelles, l'opération dont nous donnons ci-après le récit :
Combat de KorxGUEL (près du fort de Bakel) contre les BANDES DE Mahmadou Lamine (mars 1886). — « Arrivé au marigot de Gouianiam Kolé, à mi-chemin de Kounguel, le capitaine Joly, commandant la troupe, rallie la section du sergent Fémeland, envoyée la veille de Bakel pour escorter deux chalands de vivres.
« La compagnie compte à ce moment quatre-vingt-sept hommes.
(( L'un des guides fournis par l'interprète Alpha Sega, envoyé à la découverte vers Kounguel, rapporte qu'il n'a aperçu aucun ennemi. Confiant dans les renseignements donnés par cet homme venda au marabout, le capitaine ordonne la reprise de la marche; la compagnie passe le marigot, et s'engage dans un chemin sinueux, bordé de hautes herbes qui arrêtent la vue.
« Tout à coup l'ennemi est signalé sur la rive droite du fleuve; on aperçoit en effet, se dirigeant vers le gué de Sassi-Makana, situé entre le marigot et Bakel, une bande d'environ quinze cents hommes.
« La section Fémeland est immédiatement renvoyée aux chalands; à son arrivée, elle ouvre le feu sur les hommes de la rive droite qui se sont déjà engagés dans le gué. Ceux-ci rétrogradent et se portent en arrière des levées de terre qui bordent le fleuve.
« Au moment même où la section ouvrait le feu, la compagnie est assaillie par une nuée de noirs qui, s'étant glissés à la faveur des broussailles et des hautes herbes, sont arrivés sans dévoiler leur présence jusqu'à trente mètres de la troupe. Un grand nombre de tirailleurs tombent tués ou blessés; les porteurs jettent leur chargement et s'enfuient. Le maréchal des logis Besnier, chef de pièce, reçoit deux balles dans la cuisse; les sergents Mariani et Samba Dieri sont mis hors de combat; deux officiers, MM. Laty et Toumané, sont blessés.
« Devant l'impétuosité de cette attaque, la compagnie, dans un mouvement désordonné, se replie sur la rive; la pièce de canon que Ton se disposait à mettre en batterie sur le ffanc extérieur se trouve séparée de la troupe.
« De toutes parts, autour de cette dernière, surgissent alors des
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bandes hurlantes dont le nombre se grossit encore des [Sarrakhclais de la rive droite, qui, passant rapidement le gué, accourent pour prendre part au combat.
« Un grand nombre de cavaliers se dirigeant par Tintérieur, a travers les broussailles, sur la ligne de communication de la compagnie, la retraite est ordonnée.
« La compagnie, formée en carré, marche sur Bakel; elle rencontre à l'entrée du village, le capitaine Lefranc, qui, à la tête de cinq à six cents noirs, en sortait pour lui porter secours.
« L'ennemi, de son côté, après avoir dirigé une vive attaque sur
Fig. %. — Kayes (Pavillon du commandant supurieurj.
l'arrière-garde, renonce bientôt à la poursuite pour se porter au Iiillage des chalands.
« Les pertes furent très importantes de part et d'autre : de notre côté, dix tués, au nombre desquels le sergent Ciré Boubakar, les caporaux Abd-EI-Raman et Richard, et sept tirailleurs; dcMix officiers, deux sous-officiers, dont un indigène, et vingt-deux tirailleurs de la compagnie, blessés; le maréchal des logis Besnier, deux palefreniers, un guide et six porteurs blessés; total dix morts et trente-six blessés, dont la moitié grièvement.
« Les pertes de l'ennemi ont dû être très grandes.
({ Le combat, commencé à cinq heures <lu matin, ne s'était terminé qu'à neuf heures. »
A partir (h\ ce point et jusqu'au ]>osto de Kayes, le fleuve n'est I)lus navigable, même pour les bâtiments de faible tonnage, que
pendant l'époque des hautes eaux, c'est-à-dire du mois de juillet au mois de novembre.