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CHAPITRE IX

COMMERCE DU SÉNÉGAL. — Population. — Climat. — Conditions difficiles des opérations des colonnes expéditionnaires pendant les mois de mai et de juin dans le haut Sénégal.

L'évaluation du chiffre du commerce annuel du Sénégal ne peut être faite que très approximativement ; ce chiffre varie, comme exportation, entre 12 et 18 millions de francs, suivant les conditions climatologiques de Tannée et la situation politique de la colonie. Il est à remarquer qu'en dehors des arachides, l'exportation des autres produits du Sénégal est restée stationnaire depuis de longues années. C'est un fait dont il faut tenir compte dans les études ayant pour objet l'avenir de cette colonie.

Population du Sénégal. — D'après VÂnnuairr du Sénchjal, la population de l'ensemble de nos possessions du Sénégal, y comprises celles du haut Sénégal et des Dépendances, serait de 108,000 habitants.

Quant à la population des pays indépendants ou places sous notre protectorat, il est difficile d<^ l'évaluer, dit le mémo ouvrage.

Quelques écrivains ont donné dans leur évaluation de la population du Soudan, des chiffres fantaisistes que quelques voyageurs consciencieux ont rectifiés à l'occasion.

L'un d'eux écrit notamment au sujet du massif du Fouta Djallon que quelques ex})lorateurs nous représ(;ntent comme très peuplé :

J'ai vu Timbo, la capitale du Fouta Dïaio, ainsi (pie prononcent les Peullis. Eli bien ! tu pourras dire aux prétendus historiens de rAfricpie, qui placent dans cette mystérieuse contrée des villes considérables où

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"^rouillent des populations très denses, tu pourras dire qu'ils n'ont vu ce pays que dans les lunettes de l'imaginatioa. Timbo possède au plus mille cinq cents habitants et la population des autres cilés dont j'ai pu apprécier l'étendue est très inférieure à ce qui nous était raconté par les naturels La population de Foucoumba, Douria, Koussy ou de Bambya n'excède pas cinq cents âmes.

Sur un parcours de cinq cents kilomètres, j'ai rencontré quatorze chevaux et un âne, mais pas le plus petit animal féroce, pas le moindre serpent. En revanche, j'ai vu beaucoup de fourmis de toute espèce, des caravanes de singes, de grands troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres.

« Si l'on s'en rapportait à certains auteurs, écrivions-nous, eu 1887, dans l'ouvrage déjà cité : Camyagne, etc., le chiffre de la population du Soudan occidental ne serait pas au-dessous de 50, 80, 100 millions même d'habitants.

« Mais au furet à mesure que l'on pénètre dans ces contrées, on reconnaît combien ces évaluations sont erronées et fantaisistes. En ce qui concerne le haut Sénégal, défalcation faite des villages établis sous le canon même des forts, on constate que :

1" De Diamou à Bafoulabé, sur un parcours de quatre-vingtcinq kilomètres, dans la partie la plus sûre de la ligne de nos postes, il existe quatre villages formant une population de quinze cents à deux mille habitants,

« 2" De Badumbé à Kita, sur un parcours de cent vingt kilo mètres, on ne rencontre que cinq villages, formant une population totale de deux mille habitants : cinquante-cinq kilomètres de cette région sont même entièrement déserts.

« 3° De Kita à Koundou, distants de cent dix kilomètres, il n'existe que quatre villages, qui comptent à peine quinze cents habitants.

« Telle est également la densité des populations des contrées qui bordent la ligne de nos postes.

w Bien plus, les renseignements recueillis auprès des indigènes, permettent d'affirmer qu'au point de vue de la densitt' de la population, le reste du Soudan ne diffère pas sensiblement de la partie dont il vicnl d'être question et que nous avons parcourue.

a Ce ne sunt que villages, séparés souvent les uns des autres

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par de vastes déserts, réceptacles dimmondices et d'ordures en toute saison, véritables cloaques pendant la période des pluies, et pour la plu^iart roriSlitaés par quelques agglomérations de huttes basses, malsaines, abritant une population rare, sans confortable, sans richesses d'aucune sorte, mais aussi sans grands besoins, vivant au jour le jour, et préf(''rant d'ailleurs cent fois encore cette

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existence niis(''rable à un bien-être dont l'acquisition devrait lui coûter quelque peine î

La superficie relativement considérable qu'occupent ces villajj;es indi,i:énes induit smivent Je voyageur en erreur sur r(''vabiati(>n du nombre de leurs haljitants.

C'est ainsi, pour ne citer que deux exemples frappants, ([ue \o docteur Lenz estima, en 18S(J, à 6,000 âmes la population de Goumbou, village situé dans le nord-esL de Bamakou, « population qui

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contient au c^rand maximum 2,000 habitants»; et à *2,U()0 âmes celle de Sokolo, « dont la population est tout au plus de 1,800 habitants )) d'après la mission française qui a visité ces villages en 1887. Ab iino disce omnes!

Climat. — Au Sénégal, l'année se partage en deux saisons bien distinctes : la saison sèche, de décembre à juin pendant laquelle il ne tombe pas une goutte d'eau; et la saison des plaies, ou hivernage, qui va de juillet à novembre.

La température^ pendant l'une et l'autre saison, est toujours très élevée. Dans la saison sèche, le thermomètre descend quelquefois à 10° dans la nuit et atteint, le inèni(- jour, à l'omljre 45° et 46". Nous avons observé, à l'ombre, sur les liords du lac de Merucaghen, une température de 48°.

Pendant l'hivernage, la température rst d*- -27" à .36" à l'ombre ; mais cette température reste très élevée pcMidant la nuit, ce qui occasionne pour l'Européen une fatigue extrême et le dépérissement de ses forces. Sur le plus grand nombre de points de la colonie, en dehors des stations de la côte, le climat est mortel pour l'Européen, et malsain môme pour l'indigène.

11 nous suffira de faire les citations suivantes :

Dans l'état actuel des choses, raccliniatemeiit des Européens est absolument impossible dans le haut Sénégal, el non seulement l'acclimatement de la race, mais aussi racclimalemeut individuel. Ce pays réunit toutes les conditions telluriques et météorologiques les plus défavorables au maintien de la vie. (D'' DuiiAND.

On a dit qu'avec une ferme résolution on pouvait triompher de tous les obstacles opposés par le climat : on eût mieux fait d'accuser l'insalubrité de localités inhabitables, les mauvaises conditions hygiéniques.... une de faire porter la responsabilité des désastres sur ceux qui les avaient subis et (le les mettre sur le compte de leurs excès et de leurs imprudences. (Du même auteur.)

Il n'est possible à l'Européen de résister, pendant (pielques années, au climat du haut Sénégal, qu'à la condition de n'y arriver que vers le milieu de novembre et d'en partir dés les premiers jours de mai, de manière à n'y séjourner que pendant les cin(| mois de la bonne saison et à venir se reposer en France, de juin à novembre, pendant la saison de l'hivernage. C'est ce qu'ont fait les commandants supérieurs qui ont elléctué plusieurs campagnes successives dans le haut Sénégal.

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Conditions difficiles df,s opérations des colonnes expéditionnaires PENDANT LES MOIS DE MAI ET DE JUIN DANS LE HAUT SÉNÉGAL.

— « Le petit corps chargé d'opérer contre le faux prophète Mahmadou Lamine comptait, au total, un effectif d'environ 140 Européens et 380 tirailleurs et spahis. Mais cet effectif allait se réduire, hélas ! dans d'effrayantes proportions dès les premiers jours de marche.

« En effet, la campagne qui commence va s'effectuer dans la saison la plus mauvaise de l'année. C'est l'époque des plus fortes chaleurs; le thermomètre reste jour et nuit stationnaire aux plus hautes températures. Pas une goutte d'eau n'est tomhée sur la terre depuis plusieurs mois. Aussi l'aspect de ces contrées est-il d'une tristesse, d'une désolation incomparables! Partout où les regards se portent, ils ne rencontrent qu'arbres dénudés, sans ombrage, qu'arbustes épineux, rabougris et chétifs, que vastes étendues de terre nue, sans horizon, couvertes d'herbages desséchés.

« Le ciel est sans nuages, mais une poussière ténue et grisâtre plane sans cesse comme un brouillard au-dessus du sol : l'air chaud que Ton respire en est chargé.

« La saison des fièvres est passée, il est vrai, les marais d(;sséchés n'ayant plus de miasmes à exhaler; mais le soleil fait chaque jour ses victimes ! Époque terrible, fatale pour l'Européen ! Au repos, en station, son corps est harassé sans avoir fait de mouvement; ses jambes peuvent à peine le porter. Quelle souffrance n'éprouvera-t-il pas quand il faudra marcher, marcher sans cesse, combattre ! Si l'étape se prolonge, que de malheureux exténués de fatigue, suffoqués par la chaleur, sont alors semés sur la route pour ne plus se relever !

« D'autre part, li'ntemimt, l'anémie accomplit son œuvre d(> destruction. Elle a peu à peu envahi le soldat, épuisé par les privations continuelles, par l'éncjrmité du travail exigé : le visage, brûlé par le soleil, pâli par la uialadic, a pris une teinte cadavéreuse; l'estomac ne peut plus suiiporter aucune nourriture; riiommo voit ainsi insensiblement ses forces décroître, jusqu'au jour où il ne I)Ourra plus se soulever de sa couche!

« C'est encore poiir l'Européen l'époque des uui(s saussoinmeil, des terribles visions auxquelles succède nu vagu(^ de l'inné

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CAMP DES TIHAILLEL'KS. — d'un pas léger, soutknant, de leurs bkas b(j

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Il S 81 R LEIT. TKTE, ELLES RENTRENT, RIEISES ET RRIYANTES, AI CAMP DES TIR AM.LKIRS. nl'hilippc.)

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indéfinissable, une sorte d'anéantissement complet, persistant, de l'être moral et physique.

« On .comprend quels terribles ravages ce climat exerce dans les rangs de nos soldats ! On comprend la mortalité effrayante de nos colonnes dans ces contrées du haut Sénégal, mortalité qui s'élève, en quelques mois à peine, au tiers, à la moitié de l'effectif. Et il en a toujours été ainsi : on trouve, dans les annales du Sénégal, qu'il était autrefois défendu d'envoyer des soldats européens en garnison dans le poste de Bakel, lequel pourtant est aujourd'hui réputé très sain, en comparaison d'autres postes qui viennent d'être établis dans le haut Sénégal. 11 faudra que de longs siècles s'écoulent avant que les conditions climatologiques du haut fleuve soient transformées; pays mortel pour TEuropéen, malsain même pour les indigènes originaires des autres contrées et qui vont s'y établir !

« Les hommes ne sont pas les seuls à souffrir de l'inclémence du climat; les animaux payent aussi leur tribut. Chaque année, en effet, nos colonnes perdent une très grande partie, quelquefois la totalité des chevaux et des mulets qu'elles emmènent : 200 mulets sur 450, J80 chevaux sur 200, tel est le bilan d'une année. Aussi en quel triste état était réduit l'escadron de spahis, si beau, si brillant au début de la campagne ! Quelques chevaux efflanqués, décharnés, étiques, pour les officiers et pour quelques Européens; le reste avait pour monture des mulets. Plus misérable encore était l'aspect des soldats d'infanterie de marine et des tirailleurs : on ne voyait que vareuses déchirées, que pantalons effilochés, et, en guise de souliers, des sandales taillées dans des peaux de bœuf! Mais les épreuves n'avaient pas abattu les courages. Chez les soldats jamais une plainte, jamais un murmure, jamais un instant de découragement; une confiance aveugle dans leurs officiers, auxquels ils étaient reconnaissants de leur sollicitude, de leur dévouement constant. Chez l'officier, toujours la même ardeur à supporter les fatigues, à courir au-devant de nouveaux dangers, à voler à de nouveaux combats ; même confiance dans le succès. Le chef savait qu'il pouvait tout demander à cette poignée d'hommes. »

Fil;. 117. — Villi; do Saintc-MiMie-do-Uathurst. ;Gambie.)

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