CHAPITRE PREMIER
COTE DITE DES RIVIERES DU SUD DU SENEGAL ET DE SIERHA-LEONE. — Aspect général. — Mer des côtes de la Sénégambie et de Sierra-Leone. — Dépendances du Sénégal. — Sainle-Marie de Balhurst. — Archipel des Bissagos. — Les Alcatras.
Aspect général. — La végétation, rendue si pauvre sur le littoral du Sénégal proprement dit par le voisinage du désert, devient de plus en plus riche à mesure qu'on s'éloigne des plaines sablonneuses du Sahara.
Après le Gap Vert, les côtes restent basses et marécageuses, mais de nombreux îlots de lave, des blocs basaltiques jetés comme au hasard au milieu de tous ces terrains plats, donnent à cette côte un aspect particulier qui la distingue de la plus grande pai-tie du reste du littoral.
Une triple ligne de bancs de sable sur lesquels la mer brise sans cesse, continue de border le rivage.
La côte présente c(^ mémo aspect jusjpiau cap de Sierra-Leone, situé sur la rive gauche du fleuve de ce nom.
Là s'avance en forme de promontoire une haute chaîne de mon-
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tagnes couvertes d'une riche et admirable végétation; ce sont les montagnes de Sierra-Leone.
Mer des côtes de la Séxégambie et de Sierra-Leone. — M. le D"" Paul Barret, dans l'œuvre magistrale qu'il a récemment publiée sur l'Afrique occidentale, a décrit, avec un talent remarquable, ia physionomie particulière de cette mer qui baigne les côtes de la Sénégambie et de Sierra-Leone : ses jeux variés de lumière, sa continuité monotone, rappelant l'égale sérénité des flots de la mer équatoriale; puis, par moments, ses aspects changeants, ses scènes mouvementées dues aux luttes sans cesse renouvelées et suivies de fructueuses curées auxquelles se livre le petit monde merveilleux qui y vit : image frappante de ce qui se passe sur le continent, où la chasse au plus faible est la plus ardente préoccupation des êtres qui l'habitent.
Au nomljre des spectacles que peut offrir la mer chaude des tropiques, il n'en est pas de plus merveilleux que sa phosphorescence. La nuit venue, le pliénomène paraît dans toute sa beauté. Les eaux se couvrent d'une nappe de feu, éclatant en étincelles du conflit des molécules liquides pressées parla brise. Des globes lumineux sillonnent la surface ; des i;ou'tes pareilles au métal en fusion coulent du seau qu'on a rempli à la mer, et l'eau récemment puisée en est comme pointillée de poussière luisante. Une écume d'argent jaillit du flot séparé par l'étrave ; et l'onde, bouillonnant sous l'hé.ice, s'ouvre en sillon de neige lumineuse, laissant une trahiée brillante et douce qui s'éteint bien loin derrière le navire.
Les poissons volants émaillent l'égalité des alizés, dont les brises tièdes d'haleine ne forcent jamais la mer et font au navigateur de passage un climat sans réaction ni souffrance. C'est par bandes nombreuses et charmantes qu'ils viennent s'ébattre au soleil, baignés dans l'écume mousseuse de la mer bleue, à travers la poussière de diamants que le vent disperse. Pareils aux libellules des étangs, ils animent la solitude de ce vaste champ; leurs bonds sont de quelques mètres, et, dans ce court trajet, pressé entre deux ennemis, s'il prend son vol d'un moment pour échapper au poisson carnassier, Vexocet tombe sous le bec des rapaces de l'air, fuyant sans cesse et toujours poursuivi par ces ennemis, qu'attire son écaille d'azur et d'ari^ent, brillant d'eau et de soleil.
C'est encore de paresseuses tortues flottant à la dérive; les oiseaux
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de mer, posés sur ces écueils vivants, piquent les mollusques attachés à récaille. Ailleurs, des bancs serrés et remuants de sardines qui scintillent au soleil. A la curée de celte abondante pâture, rapide comme la flèche, un vol de mouettes blanches descendait à pic et s'élevait pour retomber acharné sur sa proie, tournoyant sans relâche comme un tourbillon de neige flottant sur les eaux.
Entre le cap Roxo et l'archipel des Bissagos, nous lûmes surpr.s par un de ces calmes éblouissants qu'on ne peut se figurer sur nos côtes, même aux jours les plus chauds de la Méditerranée. La mer réalisait cette a[iparence d'une cuve de mercure à peine ondulée, renvoyant en reflets métalliques les rayons d'en haut. A quelque distance, la surface immobile s'anime soudainement, et, à mesure qu'elle se rapprochait du navire allant vers elle, son agitation devint inouïe. Un monde de marsouins accourait en masse serrée, bondissant dans une fuite folle; lancés en l'air comme mus par un ressort, ils retombaient pour reprendre sur l'eau un point d'appui, cherchant de nouveau à se dépasser à la course. La mer en devint noire, et leur passage laissa un remous pareil au sillage .d'une flotte. La vitesse effiéuée de cette troupe d'animaux, sur ces flots transformés en plaine, rappelait à une certaine distance le galop furieux de chevaux emportés.
Un peu plus tard, de nombreux requins montrèrent à fleur d'eau leur aileron noir : au repos d'une chasse fructueuse et d'un gras festin, ils se laissaient paresseusement bercer...
DÉPENDANCES DU SÉNÉGAL. — On désigne sous le nom de Déj^eiidances du Sénégal, une série d'établissements français situés sur la côte, au sud-est de la presqu'île du Cap Vert et qui s'étendent jusqu'à la colonie anglaise de Sierra-Leone (Free-Town).
Ces établissements (postes fortifiés ou simples comptoirs) contiennent les territoires arrosés par les rivières suivantes :
Le Saloiun, avec Kaolak comme ville principale.
La Cazcnnancr ; cette rivière traverse un territoire fertile couvert d'une végétation luxuriante, et de forêts épaisses renfermant les essences les plus variées.
Les points importants de la Cazamance sont le poste de Carabanr, à l'entrée de la rivière, dont il commande les passes, et Srdhiou, située à 35 lieues de l'embouchure. Scd/iioii est la véritable capitale delà Cazamance. C'est une jolie localité où les maisons de commerce ont édiiié des comptoirs et des habitations aussi
spacieuses que confortables; derrière la ville européenne s'étend le village indigène, aux rues larges et bien tracées.
Le Rio-Nunez, avec le poste de Boké;
La Dubréka;
Le Rio-Pongo, avec le poste de Baffa;
Enfin la Mellacorée, avec le poste de Benty.
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DÉPENDANCES DU SENEGAL
Au milieu de ces établissements se trouvent enclavées quel-, ques possessions étrangères :
1" Sainte-Marie de Bathurst. — La colonie anglaise de la Gambie, sur la rivière du même nom et qui a pour chef-lieu Sainte- Marie de Bathurst.
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