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CHAPITRE VIII

COTE DE CALABAR. — Rivière Bonny. — Village du roi de Bonny. des traitants. — Rivière de Vieux-Calabar.

Habitalions

Après la colonie anglaise de Lagos , Ton passe devant les bouches du Niger qui sont au nombre d'une trentaine, parmi lesquelles les plus importantes sont : le Bénin, le Noun, les rivières de Bonny et de Calabar.

Le delta formé par ces bras du Niger est très malsain et habité par des populations clairsemées dont l'unique commerce est la troque, contre nos produits, d'un peu d'ivoire, de peaux, de beurre végétal, et de sésame.

La côte de Calabar, qui commence à la rivière de ce nom, est une plage sablonneuse que borde une barre redoutable dont les brisants s'entendent de fort loin.

Dans l'ouvrage Captivité de J. Donnât chez les Achantis, nous lisons :

Les villages de Bonny et de Calabar doivent, sans aucun doute, leur existence à quelques chefs descendus du haut du fleuve pour vendre des esclaves aux négriers, et c'est pour avoir un pied-à-terre près du lieu où ils faisaient leurs marchés qu'ils se sont décidés à construire ces huttes dans la fange et dans la boue

J'ai vu à Bonny une hutte, c'était probablement le temple de la guerre, pavée de crânes humains et ornée de pyramides formées par des centaines d'autres crânes empilés les uns sur les autres. Je m'adressai à un gamin qui m'accompagnait, et je lui demandai ce que c'était que ces têtes. 11 lue répondit qu'elles avaient appartenu à des prisonniers de guerre. Quand

ces hommes ont été décapités, ajouta-t-il, on a fait bouillir les tètes pour en extraire les chairs et conserver les crânes comme trophées. Quant aux restes des corps, on les a préparés avec soin, et on les a mangés.

Village du roi de Bonny. — La demeure du roi, qui réside (au village nègre de Paméla) à l'entrée de la rivière de Bonny et celles des chefs, consistent en des huttes un peu plus grandes que les autres.

Les maisons sont construites sur des sortes de pilotis qui soutenaient un premier étage assez haut au-dessus du sol. Un double escalier, espèce d'échelle de meunier, y donnait accès. Le rez-de-chaussée n'était point occupé en raison de Thumidité constante et meurtrière qu'on y aurait trouvée. En avant du premier étage s'ouvrait une vaste vérandah ouverte à tous les vents, et qui donnait entrée dans la maison par une petite porte s'ouvrant sur une pièce ayant l'aspect d'une seconde antichambre.

Les murs étaient en clayonnage enduits de terre glaise, et supportés par une charpente en bois, le tout recouvert d'un toit de zinc.

Habitations des traitants. — Au lieu d'habiter ces rives malsaines, et des logements aussi insalubres, les trafiquants, principalement les Européens, s'installent sur des pontons, au milieu même du fleuve, ce qui ne les empêche pas de subir les influences mortelles du climat.

Longtemps Bonny, écrit M. A. Burdo, dans Niger et Bémié, fut le lieu de prédilection des négriers, qui y prenaient leurs chargements de bois d'ébène, car tel est, on le sait, le terme dont les marchands d'hommes qualifiaient leurs esclaves. Jadis, les habitants de ces régions étaient anthropophages, et il ne faut pas s'aventurer loin de la côte pour retrouver des tribus chez qui les repas de chair humaine sont encore en honneur.

Le roi actuel de Bonny, Georges Peppel, a été élevé en Angleterre, il s'habille à l'européenne, fait le commerce d'huile de palme, et y consacre un petit steamer dont les Anglais lui ont fait présent. Les indigènes ne ressemblent guère à leur roi : ils sont restés sauvages et païens et leurs chef eux-mêmes n'ont qu'une faible teinture de civilisation. A vrai dire Georges Peppel est plutôt un agent anglais qu'un vrai roi, et tel chef subalterne a sur son peuple plus d'influence et de pouvoir que lui. Les habitants vont tout nus, les femmes mémos ne portent un pagne autour des reins qu'après leur mariage. La ville nègre est insalubre, entourée qu'elle est de marigots pestilentiels, boueux et sales; les rues sont semées de canons de tout calibre, sans afluts, dont ces grands enfants d'indigènes sont très tiers, (pioiqu'il leur soit impossible d'en faire usage, car

DEPENDANCES DU SENEGAL 351

ce sont des pièces hors de service que les Anglais leur ont vendues pour satisfaire leur belliqueux enfantillage.

L'extrait qui précède nous apprend qu'il ne faut pas s'aventurer loin de la côte de Bonny pour rencontrer des tribus anthropophages. Au reste, une correspondance , reçue de cette côte, porte que des actes de cannibalisme viennent récemment d'y être commis. Elle nous fait connaître en effet, qu'en septembre 1888, un conflit surgit entre les habitants d'Okrika, île située à cinquante milles en amont de la rivière de Bonny, et ceux d'une tribu voisine, celle des Ogoni. Cent cinquante de ces derniers, attirés à Okrika sous prétexte de discuter à l'amiable la solution à donner au différend, furent traîtreusement massacrés, y compris les femmes et les enfants.

Les détails de cette scène de sauvagerie sont, dit la correspondance, trop révoltants pour être publiés. Les Okrikains burent le sang de leurs victimes et se livrèrent à des scènes abominables de cannibalisme. L'île est encore semée de membres arrachés et de corps mutilés.

Rivière de Vieux-Galabar. — Dans le Yieux-Calabar existe un établissement anglais qui se trouve à 45 milles environ de l'embouchure du fleuve; cet établissement ressemble à celui de Bonny, tant par l'aspect des habitations des indigènes qui sont construites sur pilotis, que par celui du grand nombre de pontons que l'on y remarque et qui sont les comptoirs et les habitations des trafiquants.

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Fir;. 191. — Côto occidenlalû d'Afrique.

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