‹ Côte occidentale d'AfriqueChapitre 45 sur 71 · DÉBARQUEMENT AU MOYEN DE PIROGUES FRANCHISSANT LA BARRE · texte numérisé non relu

DÉBARQUEMENT AU MOYEN DE PIROGUES FRANCHISSANT LA BARRE

— C'est avec ces frêles esquifs que sur toute la côte occidentale d'Afrique les noirs franchissent les brisants de la barre.

Cette opération, dont nous avons déjà parlé en diverses circonstances, offre au voyageur l'un des spectacles les plus étranges etHos plus saisissants qu'il puisse voir.

Les amateurs d'émotions vives y sont servis à souhait, dit M. l<j

D"" Bérenger-Féraud, qui fait le récit ci-après d'an passage de brisants qu'il effectua dans une pirogue.

Notre pirogue filait véritablement comme une flèche sur le dos d'une volute qui se formait, et je voyais le moment où notre vitesse étant plus grande que colle de la vague, nous allions arriver à l'endroit où elle crève en bouillonnant. Il y avait là une dénivellation de deux ou trois mètres, peut-être plus, de sorte qu'il me semblait impossible que nous ne fussions pas lancés dans l'espace. Assez inquiet, malgré tout ce que je savais de l'innocuité de ce passage de brisants, je retournai un peu la tête pourvoir ce qui se passait derrière nous, et j'avoue que mon cœur battit violemment. En effet, une volute énorme s'était formée, nous suivait menaçante, nous gagnant manifestement de vitesse; bientôt nous fûmes arrivés à l'endroit où la vague qui nous avait portés s'arrêtait en bouillonnant, et la lame qui venait de briser sur la plage, revenant vers le large, faisait un contre-courant plus fort que l'impulsion que pouvaient donner nos mariniers, de sorte que la pirogue allait être engloutie sous la volute énorme qui venait derrière nous. — Tout ceci se passait en moins de temps que je ne mets à le raconter, et j'attendais avec une terreur indicible la collision quand je me sentis saisi par deux mains vigoureuses à la ceinture et sous l'aisselle droite. — Je perdis l'équilibre; le nègre qui était le plus proche de moi, jetant sa pagaie, m'entraînait avec lui au fond de l'eau assez loin du côté de la pirogue pour que l'embarcation ne me blessât pas dans son évolution. J'arrivai littéralement au fond, sentant avec mes pieds nus et mes mains le sable fia sur lequel la mer en furie roule ses lames incessamment, mais aussitôt mon nègre, me ramenant à la surface de la mer, faisait émerger mon buste jusqu'à la ceinture, afln que le plongeon que je venais de faire ne se traduisît par un coup forcé d'eau de mer à avaler. Un calme relatif était revenu; nous étions au milieu d'une eau bouillonnante et agitée, de nouvelles volutes se préparaient, mais n'avaient pas pris encore un volume inquiétant, je pus voir à quelque distance de nous la pirogue pleine, saisie par deux piroguiers qui, se plaçant en face l'un de l'autre, la vidèrent en deux mouvements de va-et-vient brusquement imprimés pendant que le quatrième piroguier ramassait en nageant les pagaies qui s'en allaient à la dérive. Aussitôt la pirogue vidée, mon nègre me poussa vers une de ses extrémités et m'aida si bien à m'embarquer que l'opcralion se fit presque instantanément; les nègres montèrent successivement à cheval sur la (jueue que la pirogue porte à son arrière et embanpièrent ainsi dans cette embarcation si volage qu'elle chavirerait si on embarquait par le côté. Nous repartîmes aussitôt pour ne pas être atteints p;u' une volute qui arrivait à grands pas pour nous engloutir encore. Cette fois la vague nous apporta sur la plage, et arrivés

DEPENDANCES DU SENEGAL

au point où il n'y avait plus que quelques centimètres d'eau sous la pirogue, les quatre nègres sautèrent à terre et se mirent à courir en j)Oussant l'embarcation avec une vitesse telle que nous atteignîmes rapidement le point oii la lame s'arrête.

Le Corisco et îles Élobey. — Dans la baie de Corisco, à cinquante kilomètres au nord de Libreville et en face de Tembouchure

Fig. l'JS. — Femmes indigènes de Cameroun.

même de la rivière Bonny, sont deux petites îles connues sous le nom d'îles Elobey. Depuis notre occupation du Gabon et malgré les traités que le gouvernement français a conclus, en 1855 et en 1860, avec les indigènes qui, à cette époque, se sont réclamés de notre protection, la possession de ces îles nous est encore aujourd'hui disputée par l'Espagne qui y entretient une petite garnison. Celle-ci a à réprimer fréquemment des troubles de la part de la population indigène, très hostile à la domination espagnole.

COTE OCCIDENTALE u'AFnrQL'E.

>so

Fig. '200. — Côte occidentale d'Afri(|Lie.

Page 1