CHAPITRE XI
ILES DU GOLFE DE BL\FFRA. — Fernando-Po. — Aspect général. — Sanla-Isabel. — Population. — Climat. — Garnison.
Fernaxdo-Po. — Dans le golfe de Biaffra, entre les bouches du Niger et le fleuve le Gabon, se trouvent quatre îles remarquables : rUe de Fernando-Po, Tile du Prince, l'île de Saint-Thomas et celle d'Annobon.
Nous allons donner quelques détails sur les deux premières, qui sont les plus voisines de nos possessions du Gabon.
Aspect général. — L'île de Fernando-Po, à 19 milles de distance du continent, est la plus grande des îles du golfe de Biaffra; elle appartient à l'Espagne.
Elle avait été nommée Formosa (Belle) par le navigateur qui la découvrit; ses sites magniliques, son aspect grandiose et imposant lui méritent ce nom.
Jj'île de Fernando-Po paraît avoir été détachée, par un violent cataclysme, du massif de montagnes de Cameroun qui se dresse au fond du golfe de Biaffra.
On aperçoit cette île, de Bonny, lorsque le temps est clair; elle paraît alors divisée en deux pics à peu prés d'égale hauteur. C'est surtout après les tornades qui ont purgé le ciel ([ue les terres paraissent à des distances aussi éloignées; en temps ordinaire, les brumes et les niiag<;s les miisqiiont souvent.
La hauteur du pic situé dans la partie septentrionale de l'île, le pic de Clarence, dépasse 3,000 mètres. Yu du nord, ce pic a l'aspect d'une immense pyramide quadrangulaire, couverte de végétation jusqu'au sommet.
La côte de l'île de Fernando-Po est en général haute et formée de rochers que baigne la mer, et dont la cime est recouverte de verdure.
Ces rochers forment un grand nombre de saillies et de redans, et abritent de petites anses au fond desquelles les ruisseaux se frayent un passage jusqu'à la mer.
Saxta-Isabel. — La principale et la meilleure de ces anses est la baie de Santa-lsabel, à laquelle les Anglais ont donné le nom de Clarence-Gove. C'est sur cette partie de la côte qu'est bâti le seul port de Fernando-Po. La ville compte 4,000 à 5,000 habitants, tous noirs libérés. Une source, jaillissant du rocher au pied des falaises qui forment la baie, sert d'aiguade aux navires qui viennent prendre de l'eau à cette relâche. L'aspect de cette partie de la baie est très pittoresque.
Par sa position au débouché des immenses cours d'eau par lesquels le Niger se déverse dans la mer, par la bonté de son sol et la richesse de sa végétation, la nature semble l'avoir destinée à un brillant avenir.
Cette situation exceptionnelle a fait rechercher la possession de l'île pendant longtemps, avec une active insistance, par les Anglais. Dans le but de faciliter la répression de la traite des noirs ainsi que les expéditions scientifiques et commerciales qu'elle projetait dans les bouches du Niger, l'Angleterre obtint, en 1827, de fonder dans l'île un grand établissement. Mais, dès 1844, les Espagnols s'inquiétèrent de l'occupation anglaise et reprirent possession entière de Fîle.
Population'. — Fernando-Po, au moment où on la découvrit, avait ses naturels surnommés Bouvis qui est, à ce qu'il parait, le mot employé par ces peuples pour se saluer; ils sont réduits aujourd'hui au nombre de quelques milliers et passent pour être les noirs les plus laids de toute l'Afrique; ils se rendent plus hi-
DEPENDANCES DU SENEGAL 407
deux encore par un horrible tatouage, général parmi eux, et par l'huile de palme dont ils se- frottent le corps et les cheveux qu'ils fixent en petites tresses avec de la terre amollie. Cette race est forte et musclée et vit dans les bois à l'état sauvage, couchant littéralement sur la terre, ou dans des huttes sales et si dégoûtantes que Ton rougirait d'y loger des animaux domestiques.
Les indigènes de Fernando-Po, écrit M. de Compiègne dans V Afrique équatoriale, appelés Boubies par les Anglais, et qui ont été dépeints si longtemps comme sauvages et malfaisants, sont inoffensifs.
Les Boubies viennent à la ville en assez grand nombre pour apporter de l'huile de palme et faire leurs emplettes. Nous les avons vus descendre de leurs montagnes, les hommes avec leurs chapeaux de paille d'une petitesse ridicule et d'une forme excentrique, leurs cheveux crépus teints en rouge avec de la terre, et leur petit tablier feuihe de vigne qui, avec le couteau attaché au bras gauche, complète le costume; les femmes, avec leur teinture rouge sur la figure, des verroteries et un bracelet de cuir qui, serré sans doute depuis leur jeunesse au-dessous du coude, produit un gonflement extraordinaire sur le bras. La petitesse de leur taille a été beaucoup exagérée, et les hommes sont assez bien proportionnés. Ils ont de très nombreux esclaves,
M. le D' P. Barret, dans V Afrique occidentale, dépeint de la manière suivante les habitants de Fernando-Po.
Les autochtones, que personne ne va inquiéter dans leurs bois, végètent au nombre de quelques milliers d'individus. Cette race sordide a nom Boubi; nulle n'est plus misérable et restée jusqu'à ce jour à ce point réfractaire au contact européen. Hors de Sainte-Isabelle, on les voit venir le long du bord dans des pirogues étroites et sales. La touche de ces malheureux est presque révoltante. Leurs formes sont mal proportionnées; leur peau d'un noir olivâtre, souillée de limon, reluit d'un faux éclat, grâce à la couche d'huile de palme dont ils l'enduisent; leur face bestiale est, par une coquetterie singulière, couturée d'anciennes entailles faites à dessein et surmontée d'argile. On dit qu'ils coupent un bras à l'épouse adultère. Hommes et femmes sont nus, ou sommairement voilés pour paraître à la ville.
La paresse des Boubi est proverbiale. Peu exigeants dans leurs besoins, nullement désordonnés d'appétit, ils sont à leur manière philosophes et amoureux de la liberté, demandant seulement aux Espagnols de ne pas venir troubler leur abêtissement. Dans leurs villages, au fond des bois, ils cultivent l'igname, utilisent pour leur compte l'amande du cocotier, extraient l'huile du fruit du palmier, et, quand ils ne sont pas
trop fatigués, apportent ces produits aux Européens, avec le gibier tué en passant,"des antilopes, des iguanes, des porcs-épics. Ils ne paraissent aux marchés des factoreries que pour recevoir, en échange, de Teau-de-vie de traite des fusils à pierre, de la poudre et de ces faux bijoux vers lesquels, si peu qu'ils la parent, la femme sauvage de toute race et de toute couleur est attirée comme le phalène.
Je fus, dit un autre voyageur, présenté au roi que nous trouvâmes fumant sa pipe, accroupi au milieu de sa tente. Sa Majesté nous serra démocratiquement la main.
Comme tous ses sujets et ses sujettes, le roi était presque nu. Comme sio-ne distinctif de sa dignité, il portait des sortes de genouillère eu cuir, Garnies de franges faites de coquillages et de plumes. Sur son chapeau de paille grimaçaient des têtes de squelettes d'animaux divers.
La population totale de Feriiando-Po et de ces petites îles est d'environ 50,000 habitants.
Climat. — Les saisons et le climat sont, à Fernando-Po, les mêmes que sur le continent qui Tavoisinent; les brises de terre et de mer y soufflent alternativement pendant la plus grande partie de l'année.
Garnison. — Une petite garnison composée principalement d'indigènes et ne comprenant qu'un faible effectif, est entretenu par l'Espagne à Fernando-Po et dans les petites îles voisines, Corisco et Elobey.
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Fig. •23-2. — Côte occidentale d'Afrique